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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

vendredi 8 juillet 2022

Frère(s) de et mis en scène par Clément Marchand à La Chapelle des Antonins (Avignon 2022)

Ce vendredi 8 juillet aura sans doute été ma plus longue journée. Commencée à 10 heures à La Chapelle des Antonins, nouvelle salle de la Factory, au 5 rue Figuière, terminée à 1 heure du matin dans la Cour d’honneur du Palais des Papes après un huitième spectacle.

Cela peut sembler lourd et pourtant non. Parce que lorsqu’on sort d’un très bon spectacle c’est avec l’esprit disponible qu’on peut rentrer de nouveau dans une salle.

Aujourd’hui ce ne fut que de l’excellence et je les recommande TOUS, mais reprenons dans l’ordre chronologique :

Frère(s) à 10 heures, à La Chapelle des Antonins, est dans mon jargon une ultra-pépite. Qui rejoint la dizaine de spectacles dont je me souviendrai toute ma vie.

Frère(s) est sa première création mais Clément Marchand (à droite) étant scénariste dans le cinéma, il a naturellement le sens de ce qu’est une séquence. Les acteurs sont en mode machine de guerre, avec une sensibilité hors du commun. Ils sont admirablement dirigés et leurs visages traduisent une palette d'émotions aussi rapidement qu'un ciel sur lequel défileraient toutes les météos imaginables. 

Le décor, imaginé par Roman Carrère, est très simple mais efficace et permettra de jouer sur tous les plateaux, grands ou restreints. Sans oublier Juliette de Romémont qui a choisi des costumes adéquats.

Le moindre de leur geste a été chorégraphié par Delphine Jungman sans que jamais on ne sente qu'ils en font trop. Leurs corps sont en mouvement autant que nécessaire, avec de brefs instants de répit, comme le feraient des joueurs de foot lorsqu'ils sont autorisés à souffler sur le banc de touche.

Très souvent, et cela m'a davantage frappé lorsque j'ai visionné la centaine de photos que j'ai prises du spectacle (que j'ai revu une seconde fois dix jours plus tard), ils sont en opposition l'un par rapport à l'autre, se tournant le dos ou exprimant un registre différent. La mise en lumière de Julien Barrillet souligne fort à propos qu'être frères ne signifie pas du tout qu'on soit constamment sur la même longueur d'onde. Mais parfois ils sont en phase et l'énergie est alors décuplé.

Patrick Biyik (à gauche) a créé une bande musicale subtile, laissant la place au silence lorsque celui-ci était porteur de sens. Et l'usage d'un micro sur pied permet d'instaurer la distance nécessaire quand le personnage s'exprime à une autre époque.

Être si jeunes dans le métier et faire déjà preuve d’autant de maturité ne peut qu’augurer un grand avenir, pour peu que le travail soit poursuivi au même niveau.

Émile (Jean-Baptiste Guinchard) est né avec une spatule dans la bouche mais son père, chef étoilé, l’envoie direct en CAP, histoire qu’il ne pense pas que tout lui arrivera sans effort. Maxime (Guillaume Tagnati) a opté pour cuisine plutôt que fonderie puisque la filière générale ne veut plus de lui. Tout oppose ces deux gamins, mais une chose les rattache : le rejet. Ils vont devenir amis, s’entraider, se fâcher, se retrouver peut-être pour réaliser des rêves inaccessibles, à moins que …

Ils n’ont pas l’âge du rôle au début de la pièce et pourtant on y croit d’emblée. Parce qu’ils ont l’art du théâtre. Les dialogues sont totalement dans l’air du temps, assaisonnés de yuzu, cet agrume fétiche des Top chefs. Vous saurez, en sortant, la différence entre la découpe en mirepoix et la brunoise. Vous apprendrez que jusqu’en 1980 le CAP cuisine était interdit aux femmes. Pas étonnant que la cuisine soit un univers où la domination masculine est encore portée à l’ébullition et où le bizutage au poulet grillé reste une souffrance obligée. Vous ressentirez toutes les émotions de ce duo qui découvrira l’extase dans une trattoria napolitaine avant que le football ne s’accorde avec la passion culinaire.

Après l'apprentissage ils se lanceront dans la vie professionnelle et grimperont ensemble les échelons en passant par le routier, un bistrot fooding, une trattoria minable, un restaurant étoilé. En s'arrêtant aussi sur les gradins d'un stade de foot et dans une cellule de prison. Ils deviendront des hommes, resteront amis. Jusqu'à ce que le lien se détériore, dans le monde des restaurants gastronomiques où pour survivre il faut devenir une machine. Leur complicité se déroulera en dents de scie sur une vingtaine d'années. Si l'amitié est fragile la fraternité résistera peut-être aux épreuves … à moins de n'être qu'un souvenir.

C’est encore une découverte que je dois à Laurent Rochut. Je ne savais pas ce spectacle était lauréat 2022 du Festival Découverte de la création théâtrale mais ça ne m’a pas surprise de l’apprendre. La Factory mérite amplement sa base-line de Fabrique permanente d’art vivant.

La Compagnie s’appelle Le chemin ordinaire. Je suis certaine que leur route sera belle et longue. Elle sera stoppée net à Avignon puisque la pièce n'aura été jouée que sur un demi-festival, jusqu’au 17 juillet, mais à guichet complet et avec standing ovation tous les jours dès la seconde semaine. Il aura été mon plus immense coup de coeur du/des festivals. Et je parie sur une reprise prochaine dans un lieu pouvant accueillir davantage de spectateurs.

Contrairement à mon habitude j'ai préféré placer les photos que j'ai sélectionnées sans ajouter de commentaires et l'une sous l'autre à la manière d'une bande-dessinée. Il me semble qu'ainsi elles rendent mieux compte de ce que l'on peut ressentir en assistant au spectacle.

jeudi 7 juillet 2022

Belles de scène, mis en mise en scène par Stéphane Cottin aux Gémeaux (Avignon 2022)

La journée du 7 juillet s'achève avec Belles de scène à 21 h 10, une pièce de Jeffrey Hatcher qualifiée de "géniale", dans la mise en scène autant réussie que la scénographie de Stéphane Cottin.

Avec une bande de beaux et de belles formidables que sont Patrick Chayriguès, Stéphane Cottin, Emma Gamet, Vincent Heden, Jean-Pierre Malignon et Sophie Telier.
L'action se situe à Londres en 1661. Edouard Kynaston (Vincent Heden), comédien et "homme" de son état, est l'interprète incontesté des grandes héroïnes de Shakespeare et excelle notamment en Desdémone. Il est également la coqueluche du Tout Londres célébré par les journalistes comme Samuel Pepys (Patrick Chayriguès), et l'amant secret du très puissant Duc de Buckingham (Stéphane Cottin).

Sa suprématie s'écroule le jour où Maria (Emma Gamet), son habilleuse, joue Desdémone dans un théâtre rival dans la plus flagrante illégalité ; non pas qu'elle soit meilleure, loin de là, mais le Roi Charles II (Jean-Pierre Malignonsous l'influence de sa maîtresse, elle-même aspirante comédienne (Sophie Tellierdécide non seulement de rétablir le droit pour les femmes de jouer au théâtre mais également d'interdire aux hommes d’interpréter les rôles féminins, réduisant au chômage bon nombre de comédiens du moment. Artisan involontaire de sa propre perte (il s'est sans le savoir attiré les foudres de la maîtresse du Roi) Kynaston est humilié, molesté et projeté dans une déchéance totale, perdant à la fois son métier, son amant, ses appuis, ses repères et jusqu'à son identité.

Amené par la suite à diriger celle par qui le malheur est arrivé, il enseigne à Maria l'art de jouer une "vraie" femme et découvre chemin faisant comment jouer lui-même un homme.

Les costumes sont sublimes, le propos est passionnant puisqu’on découvre que la France fut féministe avant l’Angleterre qui, en 1661, interdisait purement et simplement aux femmes de jouer un rôle de femme (et a fortiori d’homme). Bref les femmes n’avaient pas droit à la scène.

La pièce est féministe, comment pourrait-il en être autrement ? Mais elle ne condamne pas les comédiens qui "ravissaient" leurs rôles aux femmes. On comprend qu'eux-mêmes ont été victimes d'un système les contraignant à adopter les postures féminines pour incarner des femmes en jouant de l'ambiguïté.

Quand celles-ci recouvrèrent la place qui leur était due, les comédiens perdirent la leur et se trouvèrent fort démunis, devant en quelque sorte réapprendre leur métier pour se glisser dans un rôle masculin. Vincent Heden joue à la perfection cette partition de la défaite et les conséquences, notamment le rejet de son amant Buckingham.

C’est instructif, savoureux, truculent, forcément captivant et ça se termine à l’anglaise, c’est-à-dire avec un seul salut ! Alors on ne les rappelle pas mais le coeur y est. Bravo ! Succès évident assuré !
Belles de scène, d'après Complete Female Stage Beauty de Jeffrey Hatcher
Adaptation de  : Agnès Boury, Vincent Heden, Stéphane Cottin
Mise en scène et scénographie : Stéphane Cottin
Avec Patrick Chayriguès Stéphane Cottin Emma Gamet Vincent Heden Jean-Pierre Malignon Sophie Tellier
Lumière : Moïse Hill et Musique : Cyril Giroux
Costumes : Chouchane Abello Tcherpachian
Spectacle vu le Jeudi 7 juillet 2022 aux Gémeaux. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après dans la matinée.

Dernière histoire d’amour, de et mis en mise en scène par Gérard Vantaggioli au Théâtre du Chien qui Fume (Avignon 2022)

Me voici de retour, au théâtre du Chien qui fume, à 19 heures pour la création de Dernière histoire d’amour, texte et mise en scène de Gérard Vantaggioli.

Une lecture en avait été faite l'an dernier dans le jardin du Cloître Benoît XII du Palais des Papes par Jean-Marc Catella, Vanessa Aiffe-Ceccaldi, Nicolas Gény, Hugo Valat.

Seul Jean-Marc Catella (dont j’avais salué hier la prestation dans Parfum de femme) est resté dans la distribution définitive, rejoint par Sarah Bertholon, Paul Camus et Paul de Montfort
Paris. 1943. Malgré l’occupation allemande, Monsieur Jean, grand couturier reconnu, poursuit son travail de création, et ses entreprises plus discrètes. Un soir, dans sa maison, la Mort en personne se présente. Elle vient lui annoncer que l’heure est venue de faire ses adieux au monde, mais propose quelques jours de répit supplémentaires avant d’accomplir sa mission. Quelques jours de vacances que Monsieur Jean et son visiteur inopportun vont devoir partager. C’est l’histoire d’une vie qui arrive à son terme et qu’un étrange visiteur vient ravir. C’est l’histoire d’un amour dans une époque bouleversée, un amour véritable qui va jusqu’à la mort, au-delà de la mort.
Le texte évoque bien sûr Faust comme Le visiteur (succès avignonnais de l’an dernier) et même le roman Le silence de la mer. Évoquer n’est pas copier et le directeur du théâtre signe un spectacle fort réussi, tout en finesse de sensibilité et porteur de nombreux messages, avec une distribution équilibré, un décor élégant et efficace.

Il distille de l’humour subtilement et une certaine fantaisie avec un point de vue philosophique à propos de cet invité inévitable qu’on rencontrera tous, même s’il ne prendra pas nécessairement la même apparence au moment des derniers adieux.

Jean-Marc Catella (le couturier) nous embarque encore une fois dans cette histoire un peu fantastique qu'il rend crédible. L'émotion est intense à la toute fin, avec ces dernières paroles : Adieu aux présences que j'aimais, aux objets, à la lumière, à celle qui a tracé mon chemin.

Sarah Bertholon exprime l'optimisme de la jeunesse tempérée par l'inquiétude d'une fille pour son père. Paul de Montfort est l'adorable amoureux soudain abominable traitre mais il sait rendre son personnage digne d'empathie car il est lui-même victime de trahison. Et Paul Camus maitrise à al perfection ce difficile registre du trouble-fête.

Gérard Vantaggioli nous distrait et nous nous interroge aussi sur la manière de briser les faux-semblants et sur la question de la confiance, aussi bien en soi que dans les autres. Peut-on conclure un marché avec n'importe qui ? Une bonne question par les temps qui courent …
Dernière histoire d’amour, de et mis en mise en scène par Gérard Vantaggioli
Avec Paul Camus, Jean-Marc Catella, Sarah Bertholon, Paul De Montfort
Musique : Eric Breton
Lumières et son : Franck Michallet
Spectacle vu le Jeudi 7 juillet 2022 au Théâtre du Chien qui Fume. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après dans la matinée. 

Camus-Casarès, mis en scène par Elisabeth Chailloux dans le Jardin de Fogasses (Avignon 2022)

Puisqu’il y a eu des loupés dans les réservations faites par certains théâtres j’ai pu grappiller un peu de temps libre et aller voir un spectacle que je n’avais pas pu programmer, ni l’an dernier (il passait alors aux Gémeaux), ni cette année,

Camus-Casarès, une géographie amoureuse s'est déplacé de quelques mètres pour s'installer, à 17 heures dans le Jardin de Fogasses, 37 rue des Fourbisseurs (p. 441 du programme, rubrique "autres lieux") dans la mise en scène de Elisabeth Chailloux.

Pour un peu, on se croirait dans un des jardins accueillant le Festival d'Avignon IF (dont je vous parlerai le 13 juillet). Le plaisir d’être en plein air et quasi à l’ombre aurait été total si le mistral n’avait pas tant soufflé, jusqu’à faire tomber des branchettes sur ma tête.

Je rends hommage aux comédiens d’avoir joué comme si de rien n’était, et sans micro. Jean-Marie Galey restitue le côté dépressif de Camus que rien n’apaise, même pas la remise du Prix Nobel. Teresa Ovidio incarne cette amoureuse éternelle et passionnée que fut Maria Casarès, acceptant le rôle d'amante qui ne sera jamais l'épouse.
Tous les deux ont effectué un énorme travail de documentation pour nous restituer une histoire d'amour d'une intensité exceptionnelle. Peut-on imaginer aujourd'hui échanger 865 lettres ? Les deux amoureux auraient d'ailleurs battu ce record si la mort n'avait fauché Albert Camus dans un accident de la route, en 1960, juste après avoir posté une lettre dont il ne se doutait pas qu'elle était la dernière.

Les deux comédiens ont retenu presque 200 missives. Ils ont ajouté des passages des Carnets de Camus. Le résultat est un spectacle qui n'a rien d'une "lecture", et dont Elisabeth Chailloux a repris la mise en scène pour la rendre cohérente avec le nouveau cadre, ce qui est formidablement réussi.

Le décor naturel est exactement ce qui convient. Avec un escalier métaphorique idéal des allers-retours de l'un comme de l'autre. Quelques objets symboliques de la période 44-60 rappellent que nous effectuons un voyage dans un passé encore marqué par la Seconde Guerre mondiale où la TSF annonçait bonnes et mauvaise nouvelles, souvent en langage codé. Quel contraste au demeurant avec le conflit russo-ukrainien que nous vivons en ce moment !
Au-delà d'une réflexion sur la permanence de l'amour fou, nous sommes amenés à nous interroger sur les rêves de monde meilleur.

Jolie et douce idée que de terminer avec la chanson de Fabienne Thibault rappelant la mémoire de Gérard Philipe, le prince avignonnais. Ne manquez surtout pas ensuite l’exposition consacrée à ces deux mythes Philipe-Casarès à la Maison Jean Vilar.

Camus Casarès, une géographie amoureuse
D’après la correspondance d’Albert Camus et Maria Casarès 1944-1959
Adaptation et interprétation – Jean-Marie Galey et Teresa Ovidio
Mise en scène d’Élisabeth Chailloux
Lumières de Franck Thévenon
Son de Thomas Gauder
Spectacle vu le Jeudi 7 juillet 2022 dans le Jardin de Fogasses. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après, dans la matinée.

Reprise parisienne à la Scala-Paris du 6 au 29 janvier 2023 (relâche le 20 janvier).

À la ligne par Mathieu Létuvé du Caliband théâtre à la Manufacture (Avignon 2022)

Que peut le théâtre quand le monde est en guerre, en crise sanitaire et en crise économique ? Être un lieu qui s’adresse à chaque personne dans la salle et l’interroge en faisant réfléchir, répondait hier Olivier Py au cours de sa conférence de presse au Cloître Saint-Louis.

C’est ce que fait Almataha. C’est encore ce que fait À la ligne, à 13 h 50, à la Manufacture que Mathieu Létuvé du Caliband théâtre présente dans un grand respect avec le texte magistral du premier roman de Joseph Ponthus-Le Gurun.

Il y a une autre version de ce livre au Théâtre du Train bleu.

Je ne comparerai pas mais j’applaudis celle-ci qui m’a fait revivre les sensations que j’avais éprouvées en découvrant le texte de Joseph, et dont on peut retrouver ma chronique ici.

Avec une musique électronique enveloppante, sous des lumières de néon qui ont quelque chose de la chambre froide, en toute logique puisque nous sommes dans une conserverie ou un abattoir.

Allez voir ce spectacle (et lisez le livre) pour comprendre de l’intérieur ce qu’est encore aujourd’hui l’esclavage, à peine adouci par les pensées de Victor Hugo, d’Apolinaire, de Shakespeare, de Marcel Proust, de dBeckett, et même e Karl Marx et puis les chansons de Trenet, Johny Haliday ou Brel et Ferré et la Passion selon Saint Mathieu de Bach. 

Je paierai cher demain ce texte écrit si tard, confiait Joseph. Il est vrai que l’addition fut lourde (l'auteur est brutalement décédé des suites d'un cancer en février 2021). Mais ce texte demeure et quel texte ! Grand joie que les théâtres s’en emparent maintenant et le fassent vivre autrement.

À la ligne du Caliband théâtre
Adaptation, mise en scène et interprétation : Mathieu Létuvé
Collaboration artistique : David Gauchard
Création et musique live électro : Olivier Antoncic
Création lumières, régie et regard : Eric Guilbaud 

Spectacle vu le Jeudi 7 juillet 2022 à la Manufacture. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après dans la matinée.

Almataha au Théâtre de l’Oulle (Avignon 2022)

Jour officiel d’ouverture en ce 7 juillet des deux grands festival Festival In et Off.

Curieusement tout était plus facile hier, plus fluide. Aujourd’hui, les équipes d’accueil ne sont pas rodées.

Certains spectacles ont commencé avec 10 voire 25 minutes de retard et on ne se doute pas des conséquences de cet effet domino pour quelqu’un qui enchaine d’un lieu à un autre.

Résultat : déjà un planning bousculé alors que je l’avais si soigneusement fignolé il y a trois semaines.

Mais il faut souligner trois coups de coeur, qui s’ajoutent aux précédents. Et le premier est de taille avec Almataha, sur lequel j'avais flashé quand Laurent Rochut, le directeur de La Factory, était venu présenter sa programmation au Théâtre de Belleville le 18 mai.

Ses propositions sont très intéressantes. J'en ai programmé 7 (sachant qu'il y a un spectacle que j'ai déjà vu). Il faut malheureusement choisir et je l'ai fait en partie sur ce que les bandes-annonces révélaient des mises en scène. A ce propos il faudrait alerter les compagnies sur la nécessaire cohérence entre les images et leur travail. Le futur spectateur veut savoir ce qui l'attend et pas être stimulé par un "teaser" élégant mais décalé. Celle de cette compagnie est exemplaire. les dubitatifs pourront la voir ici.

Tous ceux qui connaissent la compagnie de danse hip hop Zahrbat comprendront mon enthousiasme. Il ne faut pas regretter de se lever tôt pour venir voir leur création 2021 à 10 heures, au Théâtre de l’Oulle. D'ailleurs il faut souligner que de multiples propositions excellentes sont programmées à cet horaire chaque jour un peu partout. Et je ne parle pas de spectacles pour enfants !

Ce nom, Almataha, qui résonne avec étrangeté, masque trois artistes de génie, agiles jusqu’au bout des doigts. Si vous avez aimé Cabaret de carton, couronné par Les Molières, vous courrez voir celui ci. J'ai appris bien après l'avoir vu qu'il était initialement destiné au jeune public. Mais il est pour tous les adultes à partir de 6 ans, pour reprendre la formule de Igor Mendjisky, le metteur en scène de Gretel et Hansel dans le In.

Almataha c’est la surprise à chaque instant, et je rage de ne pouvoir spoiler les performances du trio. Disons que ça commence comme du théâtre d’objets, par un curieux coucou de la main et que ça se terminera en … mais allez-y donc voir !

Au démarrage on se dit que les manipulateurs ne se dissimulent pas aussi parfaitement que ce à quoi on est habitué, mais qu’ils sont drôlement bons pourtant. On se dit aussi qu’après tout, ils sont honnêtes de se montrer, un peu, et puis leur apparence prend tout son sens.

Si différents l’un de l’autre, ils finissent par se ressembler. Magie du mouvement sans aucune triche. Instants fragiles d’une maitrise hors normes. Car il ne faut pas oublier que Zahrbat est avant tout une compagnie chorégraphique même si la pièce qu'ils nous présentent emprunte beaucoup, et brillamment, à l’univers du théâtre d’objet et de la marionnette.

Il y a quelque chose de l’opéra dans leur démarche artistique qui évoque avec beauté et intelligence les grands mythes fondateurs.

En particulier le mythe du labyrinthe  comme métaphore du sens de la vie pouvant symboliser l’élévation de l’esprit vers la connaissance ou celle de l’âme vers la spiritualité, qui permet de sortir de l’enfermement et de l’absurdité de la condition humaine. Entre danse, objets et marionnettes, ce spectacle est une invitation au voyage sous forme de quête d’identité. La trame narrative de ce parcours fictif est portée par la création musicale d’Usmar.

La marionnette défie l’homme, et réciproquement dans une battle de sculptures de gestes. C’est du sérieux et néanmoins teinté d’humour. Prodigieux ! J’espère que le Festival Marto va les repérer. 
Almataha
Direction artistique et chorégraphie Brahim Bouchelaghem
Conseil artistique objets et marionnette Denis Bonnetier
Interprétation et manipulation Moustapha Bellal, Sofiane Chalal, Alhouseyni N’Diaye
Musique originale Usmar 
Lumières Philippe Chambion 
Costumes Emmanuelle Geoffroy
Constructions marionnettes et objets Vitalia Samuilova
Scénographe Brahim Bouchelaghem, Denis Bonnetier

Spectacle vu le Jeudi 7 juillet 2022 au Théâtre de l’Oulle. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après dans la matinée.

mercredi 6 juillet 2022

Inauguration du nouveau théâtre avignonnais, La Scala Provence et concert de Chloé Thévenin et Vassilena Serafimova (Avignon 2022)

Les cafouillages dans l'emploi du temps des générales m'ont finalement permis de m’octroyer un temps de repos avant l’inauguration, en fin d'après-midi, du nouveau théâtre avignonnais.

La Scala Provence est la combinaison de prouesses techniques et de la volonté hors du commun de Mélanie et Franck Biessy.

Ils ont raconté la genèse de ce projet qui vivra 11 mois par an dans la cité des papes. Pour créer, répéter, enregistrer, vivre, et puis aussi manger, boire et y dormir. Car l'équipement est aussi doté de 5 studios d'habitation pour des résidents.
La présentation des spectacles de cet été obéit à leur rigueur culturelle et à leur appétit pour la diversité. Le choix est large, qu’on aime le théâtre, la musique et/ou les arts du cirque. Avec des créations comme Un pas après l'autre ou Sisyphe. Des reprises comme La machine de Turing ou Etienne A. Et des spectacles de cirque exceptionnels comme Six°.
Les 4 salles ne devraient pas désemplir. Si ce soir tous les artistes sont en tenue décontractée ils vont bientôt revêtir leurs costumes de scène et nous enchanter (ci-dessous Alexis Michalik en conversation avec Fabio Marra et Catherine Arditi).
J’ai prévu de revenir bientôt où je me suis programmé 4 spectacles (sachant que j'ai déjà vu 4 autres) et je parlerai alors plus en détail de ce lieu qui va devenir un des lieux majeurs du Festival Off Avignon (et pourquoi pas aussi du In, mais en prédisant cela on va croire que je suis dans le secret des dieux alors que pas du tout).

Il y avait du beau monde dans la grande salle, avec deux anciennes ministres, la maire d'Avignon et le préfet, et beaucoup d'avignonnais si heureux qu'on ait restauré le cinéma de leur enfance que tout le monde a connu sous le nom du Capitole. Les appliques 1950 brillent comme si elles étaient neuves, s'accordant à l'or des statuettes de Molières qui sont présentes dans le hall. L'âme du bâtiment est l'ADN de la Scala vont si bien ensemble …
Et parce que la musique tient une place de choix la soirée fut aussi l'occasion du lancement du label Scala Music avec ces deux artistes, Chloé Thévenin et Vassilena Serafimova !
Chloé est productrice/compositrice et DJ française. Vassilena est percussionniste d'origine bulgare. Elle travaillent ensemble depuis quatre ans. J’ai eu le sentiment que ce soir il n’y avait aucune fracture entre l’électronique et l’acoustique sous les jeux de lumières qui, tels des baguettes magiques, semblaient accompagner la partition.
L’écoute était palpable, sur scène comme dans la salle, à travers un jeu complice et néanmoins ultra-complexe de questions-réponses sur la puissance et la douceur.
Les lumières ont été rouges et blanches, éblouissantes de beauté. Les deux musiciennes (Vassilena à gauche et Chloé à droite) nous ont offert des moments magiques. On peut attendre avec autant de confiance que d'impatience leur premier album en commun, à paraitre à l'automne, puisqu'il reprendra les morceaux que nous venons d'entendre, sous le nom de Sequenza.
Quel beau lancement La journée se termine donc en musique, comme elle a commencé (avec Une opérette à Ravensbrück), inaugurant en quelque sorte des festivals qui vont être marqués par le partage.

Je me couche en entendant le fond musical du Moine noir qui doit terminer les derniers calages dans la Cour d’honneur du Palais des Papes. Aucune comparaison avec La Cerisaie de l’an dernier dont le niveau sonore était souvent assourdissant.

La Scala Provence au 3 Rue Pourquery Boisserin, 84000 Avignon - Téléphone : 04 65 00 00 90

Concert vu le Mercredi 6 juillet 2022. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après dans la matinée.

Parfum de femme, dans la mise en scène de Gérard Vantaggioli au Théâtre du Chien qui fume (Avignon 2022)

Voici au Chien qui fume la reprise de Parfum de femme, dans ce théâtre qui fête ses 40 ans cette année avec près de 50 créations théâtrales de Gérard Vantaggioli - auteur, comédien, adaptateur et metteur en scène qui ont vu le jour dans ce lieu emblématique.
Homme élégant, amateur de whisky et de femmes, le capitaine Fausto, lors de manoeuvres militaires, a perdu la vue et sa main gauche. Refusant son infirmité, aide et compassion, il recrute le jeune soldat Ciccio pour l'accompagner retrouver son vieil ami Vincenzo, aveugle comme lui.
Se déroule alors un mystérieux voyage en train, de Turin à Naples en passant par Gênes et Rome durant lequel il infligera à Ciccio sarcasmes et caprices. Il retrouvera ensuite Sara, toujours amoureuse, au cours d'un mystérieux rendez-vous.

Gérard Vantaggioli a fait une adaptation sensationnelle du film de Dino Risi, offrant à Jean-Marc Catella un rôle sur mesure où il déploie en français et en italien, les facettes de son talent. Interpréter avec autant de naturel un aveugle … et un vieux bougon (si loin de son propre caractère) est sans doute un challenge jouissif. Le pari est remporté à chaque fois.

Vanessa Aiffe Ceccaldi relève elle aussi un défi, celui d’être toutes les femmes de la pièce et bien entendu elle triomphe. La sensibilité est de tous les instants et leurs partenaires Hugo Valat et Nicolas Gény complètent une belle distribution.

C'est difficile d'accompagner un aveugle et de marcher à son tempo. Alors … danser … mais le jeu des comédiens est parfait. Le dispositif scénique est magique. Les dialogues dégagent une forte sensualité. La musique évoque des standards romantiques. Les lumières jouent de la pénombre avec subtilité.

Parfum de femme, dans la mise en scène de Gérard Vantaggioli
Avec Jean-Marc Catella, Vanessa Aiffe Ceccaldi, Hugo Valat et Nicolas Gény
Musique Eric Breton
Lumière et son Franck Michallet

Spectacle vu le mercredi 6 juillet 2022 au Théâtre du Chien qui Fume. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après dans la matinée.

Le voyage de Molière de Jean-Philippe Daguerre au Théâtre du Chien qui fume (Avignon 2022)

Je reste dans ce même théâtre du Chien qui fume pour assister à deux autres générales.

D’abord à la création de Jean-Philippe Daguerre qui propose une pièce dans la tradition du théâtre de tréteaux, avec encore une fois la musique mise à l’honneur.

Le voyage de Molière combine toutes les caractéristiques, y compris le recours aux masques.

Il est présenté comme une "fresque théâtrale" en l'honneur de Molière qui aurait eu … 400 ans en 2022.

La vie de cet immense auteur-comédien-metteur en scène est suffisamment inspirante pour justifier un spectacle centré sur les moments vécus par lui et sa troupe avant leur arrivée (triomphale) à Versailles. Ce point de vue est assez original car le grand public connait peu ses débuts, les scolaires encore moins. Et ce spectacle témoigne aussi à la perfection de ce qu'était autrefois le quotidien des théâtraux, toujours en voyage. A ce titre il faut reconnaitre que les comédiens de 2022 ne sont pas privilégiés pendant un festival comme celui d'Avignon, devant inlassablement enchainer la scène et les files d'attente des spectateurs où ils tractent sans répit (voir dernière photo en guise de preuve). 
Léo, un jeune homme du XXIe siècle qui rêve d’être comédien, se retrouve accidentellement plongé en 1656 au cœur de la troupe de l’Illustre Théâtre de Molière. Commence alors une aventure extraordinaire dans un monde créatif et cruel où la vie et la gloire ne tiennent qu’à un fil.

On lui souhaite "merde" (si vous ne connaissez pas l'origine de cette coutume, lisez ce que j'en disais il y a plus de dix ans ici). J'ignorais par contre qu'il ne faut surtout pas répondre merci.

Léo jure d'être capable de jouer tous les rôles du Dépit amoureux. Il est prédestiné avec son prénom qui est le diminutif de Léandre, le héros de l'Etourdi. C'est le parfait homme à tout faire qui pourra être (aussi) cuisinier, cocher, accessoiriste …
Le dispositif scénique imaginé par Antoine Milian est d'une efficacité incroyable. A la fois simple et sophistiqué, manipulé par les comédiens eux-mêmes. Le plateau tournant s'inspire bien entendu des tréteaux que l'on utilisait à l'époque, avec quelques voilages. Mais il évoque aussi un univers marin cohérent avec l'emploi des hommes d'équipage pour manipuler les décors dans les théâtres.
Chacun donnera sa définition du métier de comédien. Toujours avec justesse et humour, citant Montaigne qui reconnaissait que "philosopher c'est apprendre à péter".
C’est une vraie déclaration d’amour à Poquelin, pardon Molière, avec parfois du culot, à tout le moins de l’audace quand on assiste à une leçon de prononciation aussi savoureuse que ce à quoi le Bourgeois gentilhomme nous a habitué, mais en anglois (sic) cette fois.

La musique des Beatles résonne, sans qu'il y ait d'incongruité historique si on se souvient que Léo est de notre époque. Il emploiera donc un lexique contemporain et osera parler de république, d'appart' et de Comédie française.

Audace encore ou est-ce mon oreille qui me joue une farce quand je reconnais à la contrebasse les accords de Ne me quitte pas de Jacques Brel quelques secondes avant que Molière ne commence à tousser ?
Le spectacle est ponctué de multiples références mais il n'est pas nécessaire de les connaitre pour les apprécier. On assiste au processus créatif à partir d'improvisations. Le rythme est enlevé et joyeux. Le résultat est ludique.
Enfin la réflexion porte aussi sur la position du public dont il ne faut pas oublier qu'il a pris de son temps et de son argent pour venir. Voilà pourquoi il faut le considérer comme le véritable patron.
Molière est devenu éternel, comme l’est le théâtre. Et Jean-Philippe Daguerre est lui même devenu une valeur sûre du festival.
Le voyage de Molière de Pierre-Olivier Scotto et Jean-Philippe Daguerre
Mise en scène Jean-Philippe Daguerre
Avec Grégoire Bourbier, Stéphane Dauch, Violette Erhart, Mathilde Hennekinne, Charlotte Matzneff, Teddy Melis, Geoffrey Palisse, Charlotte Ruby
Décors : Antoine Milian  - Costumes : Corine Rossi
Lumières : Moïse Hill - Musiques : Petr Ruzicka
Le texte de la pièce a été publié chez l’Harmattan
 
Spectacle vu le mercredi 6 juillet 2022 au Théâtre du Chien qui Fume. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après dans la matinée.

Une opérette à Ravensbruck, mise en scène de Claudine Van Beneden au Théâtre du Chien qui Fume (Avignon 2022)

Depuis que le Théâtre Notre-Dame en a eu l’initiative, presque tous proposent les générales de leurs spectacles en accès libre (dans la limite des places disponible) la veille du lancement officiel du festival Off, donc aujourd’hui mercredi.

Pour ma part je passerai l’essentiel de ma journée du 6 juillet au Théâtre du Chien qui fume avant de m’éclipser pour l’inauguration de La Scala Provence en fin d’après-midi. 

Très chouette journée qui commença en beauté à 10 heures 30 avec une pièce sur un sujet tragique, la déportation des femmes pendant la Seconde guerre mondiale mais traité magistralement par Claudine Van Beneden.

Son Opérette à Ravensbruck restitue amplement - et bien au-delà de ce qu'on appelle aujourd'hui le devoir de mémoire- toutes les dimensions humoristiques voulues par l’auteure, Germaine Tillion (1907- 2008, ethnologue et résistante française entrée au Panthéon en 2015) dans Le verfügbar aux enfers qu'elle avait écrite clandestinement avec ses compagnes de détention au camp de Ravensbrück.
Alors qu’elle et ses camarades étaient dans un enfer dont on connait des images atroces, elle nous raconte avec légèreté « une histoire sans importance où tout disparaît dans la nuit ».
Pour ce faire elle a choisi de faire parodier - et on remarquera que c'est un homme qui joue ce rôle- une pseudo conférence ethnologique sur une espèce en voie de disparition, le verfügbar qui est la métaphore des déportées. Les séquences naturalistes alternent donc sous forme de leçon de choses avec pupitre et tableau interactif.
En riant de ce qui est lamentable, c’est la folie des hommes qui se trouve un temps mise à l’écart pour laisser place à ce qu’il y a de plus beau : l’entraide, la solidarité, l’appétit de vivre et de transmettre.
Cette opérette est un monument d’humour noir, et bien sûr un acte de résistance dans le plus pur sens du terme, avec un paroxysme de la métaphore qui fait ricochet dans nos mémoires et notre coeur.

Les comédiennes sont formidables, osant tous les costumes, lesquels évoquent (mais en neuf) ceux qu'on portait à l'époque, y compris le maillot de bains, vêtement ô combien représentatif de la superficialité d'une existence oisive.
Germaine Tillion utilisa le second degré pour déboulonner l’horreur. Claudine le porte au troisième niveau pour nous réjouir. Sa mise en scène est d’une précision remarquable avec un dosage exemplaire de séquences jouées, chantées, parlées et dansées.
Son adaptation est juste formidable en respectant le texte intégral tout en nous offrant des pépites. La cover d’Au clair de la lune débordante de sex-appeal est digne d’une soirée.

Le pastiche de la fable de La Fontaine, Le laboureur et ses enfants, récité de voix de maitre (maitresse en l’occurrence), mériterait d’entrer dans les programmes du Bac (où il serait sans doute mieux accepté que le texte de Sylvie Germain auquel les jeunes ont été confrontés en juin).
La scène des julots est réjouissante (et instructive). L’emploi des plumes d’autruche pour faire glisser les rutabagas est une idée formidable. Le partage du pain est d'une émotion troublante.
On aurait envie de danser le French cancan comme ces filles là !

Onirique, poétique, dramatique, il y a tout dans ce spectacle. Sauf le public, ce matin, puisque nous étions les témoins privilégiés d’un filage privé. Avec les rires et les applaudissements qui fuseront à la fin de chaque tableau cette opérette sera un des temps forts du Off ! Vous êtes prévenus. Ne la manquez pas !
Une opérette à Ravensbruck, adaptation et mise en scène de Claudine Van Beneden
D'après «  Le Verfügbar aux enfers » de Germaine Tillion parue aux Editions de La Martinière 2015 
Avec Solène Angeloni, Angeline Bouille, Isabelle Desmero, Barbara Galtier, Claudine Van Beneden et Raphaël Fernandez/ Musicien : Grégoire Béranger.
Arrangements musicaux : Grégoire Béranger et Jean Adam
Scénographie : Blandine Vieillot
Costume : Marie Ampe
Son : Manu Giroud
Création lumières : Hervé Bontemps
Chorégraphie : Jérémy Pappalardo

Spectacle vu le mercredi 6 juillet 2022 au Théâtre du Chien qui Fume. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après dans la matinée.

Les deux photos qui ne sont pas logotypes A bride abattue proviennent du site de la Compagnie Nosferatu que je remercie (nom du photographe non mentionné).

mardi 5 juillet 2022

Quatre expositions consacrées à Maria Casarès, Gérard Philipe, Jean Vilar et Christophe Raynaud de Lage, sous l’égide de la Maison Jean Vilar d’Avignon

Cette édition 2022 aura marqué le retour de l'association Jean Vilar et de la BnF dans les murs de la Maison Jean Vilar, suite à ses travaux de mises aux normes réalisés par la Ville d'Avignon.

La programmation était riche de dlectures au Jardin de Mons autour de Gérard Philipe et Maria Casarès, de plus d'une dizaine de rencontres, et bien sûr de quatre expositions, consacrées à Maria Casarès, Gérard Philipe, Jean Vilar et Christophe Raynaud de Lage.

Le vernissage des deux premières expositions a eu lieu aujourd’hui. Une troisième sera ouverte au public dans 48 heures.

Une quatrième est toujours visible au Jardin des Doms. J’ai choisi de les rassembler dans un même article.

Première journée avant le premier spectacle des festivals d’Avignon

La journée a démarré très tôt et a failli être chaotique car le train est arrivé en retard en gare d’Avignon TGV, ce qui a compliqué les correspondances pour certains voyageurs. Au moins il n’était pas en grève et j’ai été surprise des efforts du chef de cabine pour trouver une solution pour tous les passagers en difficulté ! Je suis loin de me douter que le retour sur Paris, quinze jours plus tard sera encore plus complexe, avec un départ différé d’une heure et demie et une arrivée encore plus décalée.

Pas davantage que j’imagine la quantité d’oublis de réservation, consécutifs à des erreurs de transmission de dates, soit disant par suite de dysfonctionnements informatiques auquel je serai confrontée pendant tout le festival. Je crois plutôt qu’à force d’avoir fonctionné en distanciel les bons réflexes du travail en présentiel ont été perdus. Rien ne vaut papier-crayon-gomme pour faire un planning, dresser une liste et ne rien oublier. Aucun clic maladroit ne peut alors rien effacer !

vendredi 1 juillet 2022

Que voir au festival d’Avignon 2022 ?

Que voir ? Mais tant de choses ! Avec plus de 1500 choix possibles dans le Off, une superbe programmation dans le In, et un retour du If, il y a de quoi avoir le tournis.

De deux choses l’une, soit vous êtes un habitué et vous saurez d’instinct où aller. Soit vous ne l’êtes pas et vous aurez besoin de faire un choix raisonné. C’est là que j’interviens.

Je ne vous recommanderai d’abord que ce que j’ai déjà vu. Vous pourrez du coup cliquer sur les titres pour lire ce que j’ai écris à son propos et vérifier si le sujet vous tente et correspond à vos attentes. Quoiqu’en dise le personnage d’Anthony (Félix Moati) à Marcia, la merveilleuse Rebecca Marder, dans le dernier film réalisé par Michel Leclerc, les goûts et les couleurs ça se discute  … mais ça ne se condamne pas.

Ensuite je me risquerai à vous indiquer quelques-uns des spectacles que j’ai décidé de découvrir en motivant ma sélection.

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