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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

dimanche 6 août 2023

Le MANAS de Laval (Mayenne) expose les arts singuliers et bien entendu quelques tableaux du Douanier Rousseau

J'ai consacré le billet d'hier au Douanier Rousseau. Comme je l'indiquais, trois de ses oeuvres sont exposées dans le Vieux-Château de Laval qui abrite le musée d’Art Naïf et des Arts Singuliers.

Sans doute la ville aura-t-elle eu une sorte de "remords" de n'avoir pas su saisir sa chance quand le Douanier Rousseau se proposa de lui offrir une oeuvre. De fait, il n'en présente que trois, et aucun tableau n'est vraiment très connu comme ceux qui sont exposés au musée d'Orsay.

Toujours est-il que ce musée fut le premier en France à reconnaître officiellement ce mouvement artistique. Par une sorte de renversement de situation, il est désormais identifié au niveau national comme découvreur et soutien aux plasticiens éloignés des circuits de diffusion. Il mérite amplement qu'un article lui soit entièrement dédié. D'autant que sa découverte n'est pas sans hésitation car aucune pancarte n'en mentionne l'entrée, estimant sans doute que la présence des statues peut suffire. J'ignore qui les a réalisées mais elles sont dans le style de ce que fait Peter Meyers.

Créé en 1967, il est réputé pour sa remarquable collection d’art naïf.

Outre Le Douanier Rousseau il expose deux très beaux tableaux de Séraphine de Senlis (dont je rappelle l'excellent film de Martin Provost sur sa vie, un des premiers films que j'ai chroniqué en 2008, et la très complète exposition du Musée Maillol l'année suivante), des toiles d’Henri Trouillard, et de bien d’autres "singuliers" en accordant une large place aux artistes régionaux, comme Alain Lacoste ou Eva Lallement.

Les œuvres dites naïves se caractérisent par l’exubérance des formes et des couleurs, le décalage des rapports d’échelle et de perspective, ainsi que par un foisonnement de détails. Ils puisent leur inspiration dans leur propre vie, révélant des fractures et dans la nature qu’ils subliment par leur regard. Souvent, mais pas toujours, les matériaux utilisés sont inhabituels comme l'ardoise pour Lacoste, les pâtes alimentaires qu'employa Antoine-Joseph Pesenti pour recréer un navire (non photographié), des végétaux (Noël Fillandeau), du bois et même des champignons, souvent des tissus, broderies, fils et boutons.

Art Naïf, Arts singuliers, seule la seconde expression est au pluriel pour signifier combien chaque artiste a trouvé tout seul, en suivant un parcours autodidacte, sa propre écriture plastique, même si un œil averti estimera que le manque de formation est un obstacle à la composition.

Déambuler dans les salles procure une sensation de liberté et de vitalité même si on note aussi comment nombre de ces artistes sont centrés sur leurs obsessions. Nous entrons dans un monde qui, souvent est proche du fabuleux.

A tout seigneur tout honneur, commençons par le Douanier, puis un choix parmi les oeuvres, puis l'installation de Simon Augade, et enfin l'expositions temporaire de Chris Besser.
Henri Rousseau (dit le Douanier 1844-1910), Le pont de Grenelle vers 1892, huile sur toile
Henri Rousseau (dit Le Douanier 1844-1910)
Vue de l'île Saint-Louis prise du pont Henri IV, étude préparatoire vers 1909, huile sur carton entoilé
Henri Rousseau (dit Le Douanier 1844-1910)
Paysage, vers 1905, huile sur toile
Cette dernière est modeste et il faut être attentif pour la repérer (sur l'extrême droite ci-dessus) à côté du coin lecture aménagé pour les enfants, visible également du premier étage. L'endroit est très prisé et cela fait plaisir de remarquer combien le jeune public est attentif. Bien entendu j'ai fait en sorte d'attendre le moment propice pour prendre mes photos.
Fernand Lefresne (1924-2001) Le vieux Laval, 1998, huile sur toile
Eva Lallement (1916-1991) La batelière, 1968, huile sur toile
Jules Lefranc (1887-1972) lui aussi né à Laval 
Le lancement du Normandie, 1933, huile sur toile marouflée sur panneau
Alain Lacoste (1932-2022) Le flambeur, 1984, acrylique sur ardoise
Louis Bouscaillou (né en 1932) Deux personnages assis - 1976- Huile sur toile 62x74,8 cm
Au centre on remarque Le Festin d'ortolans de Pierre Albasser (né en 1936)
crayons sur carton en 2017 de 36,3x30,5 cm
Séraphine Louis (1864-1942) Branche de fruits, vers 1915, huile sur panneau
Bouquet de mimosas, vers 1929, huile sur toile
Pierre Amourette (1947- ) Vierge ouvrante, 2015, terre cuite vernissée
Île (1967- ) La Nef, 2020, techniques textiles mixtes et peinture
Au premier plan, Le combat des amazones entre 1981-82 de François Monchâtre (1928- ) 
Au fond à droite, L'Epou Ventable1998 d'Antoine Rigal (1966- )

samedi 5 août 2023

Le Douanier Rousseau, figure emblématique de Laval (Mayenne)

Il y a plusieurs mayennais célèbres, Ambroise Paré (vers 1510-1585), Alfred Jarry (1873-1907) ou encore Alain Gerbault (1893-1941) le navigateur. Mais le plus célébré aujourd’hui est sans doute Henri Rousseau, alias le Douanier Rousseau (1844-1910) .

Pourtant d’autres peintes sont mayennais : les impressionnistes Camille Pissarro et Ludovic Piette, dont j’ai pu admirer des oeuvres au musée de Pontoise. Et Jean-Baptiste Messager qui immortalisa les principaux sites mayennais.

Et plus récemment, Henri Trouillard (1892-1972) menuisier et brocanteur, arrivé tardivement à la peinture, et Jules Lefranc, qui réalisa le lancement du paquebot Normandie dans un style hyperréaliste naïf. Tous deux sont exposés au MANAS.

Le Douanier est représenté dans le jardin de la Perrine où je me suis promenée il y a quelques jours d’après l’autoportrait de 1890, « Moi-même, autoportrait-paysage » réalisé en 2020 par Robert Lerivrain, un sculpteur lavallois.

Henri est né à Laval dans la maison de la porte Beucheresse de père fertblantier. C’est sa fonction d’octroi à Paris à partir de 1871 qui lui vaut son surnom.

Ses tableaux furent boudés aux salons des Indépendantists (et par sa ville de naissance qui refusa le don qu’il voulut lui faire). Ce sont les soutiens d’Apollinaire et d’Alfred Jarry qui lui valurent un début de reconnaissance peu avant sa mort en 1910.

C’est d’ailleurs son ami Guillaume Apollinaire qui composa son épitaphe dont la première strophe a été gravée par Brancusi (1876-1957) sur sa pierre tombale :
Gentil Rousseau tu nous entends
Nous te saluons
Delaunay sa femme Monsieur Queval et moi
Laisse passer nos bagages en franchise à la porte du ciel
Nous t'apporterons des pinceaux des couleurs des toiles
Afin que tes loisirs sacrés dans la lumière réelle
Tu les consacres à peindre comme tu tiras mon portrait
La face des étoiles
On peut s’étonner que ce soit un artiste contemporain qui ait effectué la gravure. L’explication est simple. Ce n’est qu’en 1947 que la municipalité a rapatrié les cendres du peintre depuis la région parisienne et les a placées dans un caveau, au jardin de la Perrine. 
Si vous voulez voir des oeuvres de grand format il faudra par exemple vous rendre au Musée d'Orsay. Trois (seulement trois et de dimensions modestes) de ses peintures sont accrochées au MANAS, le Musée d'Art Naïf et Singulier de Laval qui se trouve dans la cour du vieux château :
Le pont de Grenelle vers 1892, huile sur toile
Vue de l'île Saint-Louis prise du pont Henri IV, étude préparatoire vers 1909, huile sur carton entoilé
Paysage, vers 1905, huile sur toile

Une œuvre supplémentaire a failli être exposée. Un donateur très âgé déposa anonymement au musée en 2017 un tableau intitulé "Paysage avec pêcheur", justifiant son geste par l'absence d'héritier et sa déception de ne pas voir davantage de tableaux du Douanier dans sa ville natale, et une motivation philanthropique.

L’homme avait joint un certificat d’authentification signé d’une critique et historienne d’art. Hélas celui-ci se révéla être un faux.

Outre Robert Lerivrain, Laval compte d'autres sculpteurs et le plus célèbre est sans doute Louis Derbré, dont les œuvres sont visibles dans le département mais aussi à l’étranger, et qui repose à Ernée. À Laval, les passants peuvent découvrir plusieurs de ses sculptures dont Le Zoom à l’entrée de la ville, La Joie qui est installée place de la préfecture ou encore La Rencontre face à la bibliothèque Albert Legendre.

Il m'a semblé que la préfecture était sensible à la sculpture contemporaine car j'en ai remarqué en de multiples endroits. Je citerai même une sculpture plutôt énigmatique (non photographiée) intitulée L’ami des artistes d’Emile Gilioli dans la cour du château de Laval, en hommage à Robert Buron.

Et n'oublions pas le plus fantastique, Robert Tatin, et les oeuvres de son étrange musée de Cossé-le-Vivien où l'on retrouve évidemment le Douanier.

vendredi 4 août 2023

Le Domaine de la Cour situé à Vautorte (Mayenne)

Si j'ai eu l'occasion de visiter le Domaine de la Cour situé à Vautorte (Mayenne) c'est parce qu'il servait d'écrin à un des spectacles des Nuits de la Mayenne, intitulé Maya une voix. Ce n’était d’ailleurs pas la première fois et les propriétaires se souviennent de répétitions d’un spectacle de danse « par un froid de gueux », ce qui est bien différent cette année.

Il se situe en lisière de la forêt de Mayenne, au cœur d’un parc de 40 ha avec étangs et constitue un bon point de départ pour découvrir le Pays de l'Ernée, visiter Chailland, Petite Cité de Caractère, admirer les Jardins des Renaudies, ou encore, et je le relaterai dans quelques jours, la ville de Mayenne, son château (qui présente la plus belle collection européenne de pièces de jeux datant du Moyen-Age, tant par leur nombre que par leur qualité) et le jardin d’inspiration médiévale et naviguer à bord d’un bateau sur la rivière.

C’est un des nombreux châteaux privés habités de Mayenne (qui est le département français en comptant le plus) et il n’est pas ouvert à la visite. Ce fut donc une chance d’en suivre la visite extérieure en avant-programme du spectacle en écoutant les explications de Michel du Fou.
Il a notamment attiré notre attention sur l’ouverture triangulaire encore visible dans la tour pour laisser passer la pointe d’une arbalète.
La Cour de Vautorte contrôlait un passage d’une voie romaine dont les traces se trouvent au milieu de l’étang. Elle reliait la ville de Jublains à la ville Corseul en passant par Ernée.

Seulement neuf familles se sont succédées à la tête de la propriété depuis 1121. Elle a été cependant remaniée plusieurs fois. Une partie du bâtiment principal date du XVIII° siècle. L’autre est beaucoup plus ancienne. Elle a été construite au XV° en même temps que le mur d’enceinte sur les bases d’une ancienne place forte avec basse-cour et logis entièrement entourés de douves.
Aujourd’hui, ne subsiste qu'une douve encore en eau, à l'ouest car celles qui se trouvaient devant l’entrée ont été comblées au XIX° en même temps qu’on créait un accès par la D12.

jeudi 3 août 2023

Pas de festival sans catering, les Nuits de la Mayenne ne font pas exception

L'anglicisme a pour équivalent français "traiteur" quand il est utilisé dans le transport aérien concernant les repas servis aux passagers et au personnel pendant le vol. Vous avez peut-être entendu le terme ou lu le mot sur un générique de film. Le catering est le mot désignant la restauration collective organisée sur un tournage de cinéma, ou d'émission de télévision, un festival ou toute organisation pour les artistes comme pour les techniciens et souvent les organisateurs.

Parfois on indique aussi "cantine", mais ce n'est pas tout à fait exact parce que c'est éphémère, limité  au temps de la manifestation.

Je me souviens de formidables moments de partage au Théâtre du Peuple de Bussang ou pendant la Mousson d’été en Lorraine, tout comme au Salon du blog culinaire de Soissons, et de soirées chaleureuses quand j'étais bénévole sur le festival Solstice, parce que sont réunis autour d'une même table des personnes d'horizons très différents et qu'il n'y a plus vraiment de hiérarchie. Egalement durant le week-end du Grand bazar des savoirs il y a trois ans. Cela faisait une drôle d'impression de voir la scène transformée en salle à manger.
On peut aussi bien se trouver sous une tente en extérieur, attablés dans un parc, ou dans des endroits plus insolites et totalement inadaptés à la restauration sur des lieux de tournage extrêmes comme en haut d’une falaise ou au milieu d’une forêt. Il faut alors combiner la résolution d’un casse-tête logistique et le sens de la disponibilité et de l’adaptation avec, c’est la base, de bonnes compétences en cuisine. Question d’habitude.

C’est parfois un peu étrange quand un catering est installé sur le tournage d’une émission de cuisine et la situation peut vite être surréaliste comme je l’ai expérimentée lors de ma participation à Côté cuisine.

Les Nuits de la Mayenne ont choisi de faire confiance à Charline, spécialisée dans la cuisine vegan, 100 % végétale. Elle a l'habitude de proposer un service de restauration sur place ou à emporter et elle est équipée pour livrer entre une vingtaine et une trentaine de repas.

Elle arrive environ deux heures avant le spectacle. Les plats sont à bonne température s'ils doivent être consommés chauds. Il n'y a plus qu'à dresser le couvert avec la vaisselle qu'elle a apporté. A mettre à disposition un choix de boissons et chacun peut remplir son assiette et se restaurer. En toute sérénité car communique le menu en mentionnant les allergènes éventuels. Elle fera place nette ensuite.

J'ai goûté et apprécié sa cuisine le soir de la représentation de La Chair de l'objet. Pour cette fois nous étions en intérieur, avec un bar disposant d’eau chaude. Mais ce n’est pas toujours aussi confortable. Les spectacles sont majoritairement programmés en extérieur. Et Charline peut faire face à toutes les configurations.
En entrée Petit wrap achards de légumes de saison, coco, cumin, pleurotes et shiitakés façon kebab, qui a fait l'unanimité.

En plat, hachis végétal et accompagnement de saison (des courgettes) qui ressemblait à s'y méprendre - et c'est l'objectif- à un hachis Parmentier traditionnel. Elle aurait pu aussi bien nous présenter un bourguignon, des lasagnes ou un sandwich falafel en passant par un couscous … toujours revisité de façon végétale.
En dessert Mousse coco, fraise, framboise
Charline ne cuisine qu’avec des produits de saison, et sa cuisine s’appuie sur la tradition française même si elle peut aussi adapter des recettes du monde ou plus spécifiques de la junk food, en se lançant par exemple dans un cheesecake avec des oreos. Sa seule contrainte est de travailler en fonction des légumes proposés par des producteurs, locaux, au minimum raisonnés en majorité bios. Elle a d’autres valeurs fortes comme l’éco-responsabilité, voilà pourquoi elle apporte sa propre vaisselle, n’a pas recours à de la vaisselle jetable ni aux contenants en plastique.

Elle démontre que la cuisine végétale peut être gourmande et généreuse à des clients qui, à 80% ne sont pas végétariens. Je prône l’inclusivité du véganisme dit-elle avec humour. Son plat fétiche est le Better Chick, une version toute personnelle mais qui respecte les saveurs du Butter Chicken, bien entendu sans poulet, dans une version qui bluffe les viandards !

C’est le plat qu’elle recommande à tous ses clients pour un repas entre amis comme pour un mariage, même de 200 personnes comme elle s’apprête à le faire début septembre. Mais son plat préféré est aussi sa dernière découverte, une Moussaka 100% légumes frais mayennais.

Elle s’est installée à Laval au 23 rue des Bouchers, il y a comme ça des pieds-de-nez que fait le destin. Munie d’un Master des sciences de l’éducation, elle était bibliothécaire et enseignante documentaliste. Et puis in jour elle a commencé à partager ses recettes sur Internet tout en continuant son premier métier.  Mais l’envie d’une reconversion a été plus forte que la sécurité de l’emploi . Elle a franchi le pas en 2018 après avoir assumé une double vie professionnelle pendant quelques mois.

C’est sans doute parce que la qualité est au rendez-vous qu’elle n’a pas eu besoin de chercher des clients. Le bouche à oreille a très vite fonctionné. Après l’organisation de repas de fêtes on l’a sollicitée sur des festivals pour faire le catering. Même la période de confinement ne fut pas stérile car elle a fait de la vente à emporter. Et elle était présente à Echologia en mai dernier pour la fête de la nature. Les projets ne manquent pas … comme vous pourrez le constater en parcourant son site.

La carte change toutes les semaines pour un service assuré certains midis. On peut -sous certaines conditions- consommer sur place ou venir chercher une commande le soir entre 18 et 19 h 30, mais uniquement sur réservation au moins 24 heures à l’avance car l’activité de traiteur prime sur les autres. Ses clients le comprennent tout à fait et s’adaptent, eux aussi, à ses disponibilités en comprenant que, travaillant seule, elle ne peut pas se démultiplier.

Elle adore imaginer des soirées à thème et s’adapter aux challenges qu’on lui lance. Elle dispose aussi d’une salle privatisable rue des Bouchers. Et elle livre -à partir de 20 personnes- dans un périmètre allant jusqu’à Angers et pour le moment sa limite se porte à 200 personnes. Compter 20€, entrée-plat-dessert.

Tout est expliqué sur son site Cha cuisine. Et des photos appétissantes sont régulièrement postées sur ses comptes Facebook et Instagram qui permettent d’entretenir le lien avec les amateurs de sa cuisine, régulièrement plus nombreux.

mercredi 2 août 2023

Promenade dans la vieille ville de Laval (Mayenne)

Il y a beaucoup de curiosités à visiter à Laval (Mayenne) et je suis loin d’avoir tout vu. Il me faudra revenir pour découvrir le fonctionnement d’un véritable bateau-lavoir (classé monument historique) sur la rivière. Ou pour visiter le musée des Sciences et les Bains-Douches. Sans compter les attraits de plusieurs points dans les alentours comme le parc Echologia, la fromagerie d’Entrammes, l’abbaye du Port-du-Salut et celle de Clairmont.

Deux des fondamentaux sont la visite de la vieille ville et celle du MANAS, le Musée d’Art Naïf et d’Arts Singuliers, et je peux cocher ces cases.

Commençons par la visite du centre historique depuis lplace de la Tremoille jusqu’au jardin de la Perinne avec Anne-Laure, guide de l'Office de tourisme. Le Musée fera l’objet d’un article spécifique.

Attendez-vous à une ville qui grimpe. La grande rue est bordée par les plus anciennes maisons. La plus vieille, aux numéros 26-28, bâtie au XV° est aussi une des plus anciennes de l'Ouest de la France. On l'appelle la maison du Pou volant, en raison de son rôle de refuge pour les personnes nécessiteuses au XIX° siècle. 

Sa pente lui valut le surnom de La montagne au Moyen-Age et Napoléon ne voulut pas que ses soldats atteignent la ville en y passant. Il fallait alors trente bonnes minutes pour traverser Laval. Soyez prudents. Ses pavés la rendent dangereuse par temps de pluie. Je vous suggère de terminer la visite en la descendant pour rejoindre les quais de la Mayenne.
La ville médiévale est construite contre le château, sur le flanc d’un coteau qui domine la rive droite de la rivière. Anne-Laure expliqua en premier lieu que le nom d'origine latine, Vallis Guidonis employé aux XIII° et XIV° siècles, signifiant "la vallée de Guy", en référence à Guy Ier, le premier seigneur de Laval, constructeur du (vieux) château en 1020. Il donna plus tard le nom de Laval qui est un palindrome, pouvant se lire aussi bien de droite à gauche, ce qui justifie la disposition des pavés en haut de l’escalier du Roquet du Palais où j'ai pris la première photo.

La façade Renaissance du Château Neuf s'étire au bout de la place de la Trémoille. Le nom est un peu trompeur parce que c'est un bâtiment en galerie, près des jardins, conçu pour se promener et recevoir les invités, un peu à l’instar de ce qu’on trouve à Chenonceaux. C'est dans sa longueur que se déployaient les salons des comtes de Laval à partir du XVI°. 

A la Révolution, le bâtiment devient prison (en face) et palais de justice (à droite).  Une guillotine était installée sur la place, à peu près au niveau de la boulangerie actuelle, près de laquelle une nouvelle prison fut inaugurée en 1908.

La dernière exécution eut lieu le 29 mars 1912 à 5 h 20 du matin devant une foule de 2000 personnes qui loua des emplacements pour jouir de la meilleure vue possible sur le funeste spectacle. Le condamné à mort était un domestique de ferme coupable d'avoir tué et volé une septuagénaire. L’échafaud en bois fut ensuite démonté et ne servit plus jamais à Laval ni dans le département. Quant au Château Neuf, il abrita le palais de justice jusqu’en 2001.
À droite du Château Neuf, un discret porche du XVII°, accolé à une maison à colombage, conduit à la cour du Vieux Château sur laquelle veille la statue de Béatrix de Gâvre, originaire de Flandre, épouse du comte de Laval Guy IX. La tradition lui attribue à la fin du XIII° l’implantation des techniques de l’industrie de la toile et le succès de son commerce dans le pays de Laval, grâce à des ouvriers qu’elle aurait fait venir de son pays. Mais l’activité devait être antérieure dans le Bas-Maine. Disons qu'elle l'a intensifiée. Décédée en 1315, elle est inhumée à l’abbaye de Clermont, près d’Olivet.
Ce premier château a donc été construit au début du XIe siècle. Guy Ier vient de Sarthe et installe à Laval au point passage entre Paris et la Bretagne avec l'intention de faire payer la traversée de la Mayenne qui s'effectuait à gué au pied du château. Celui-ci ressemblait alors un château à motte et il n’en reste que des pierres.

Il fut transformé en château-fort en se dotant d’une belle tour maîtresse. On créa ensuite un intra-muros avec des boutiques, des artisans… Les barons s'illustrèrent vaillamment au XVIe siècle aux côtés de Charles VII, pendant la guerre de 100 ans, et eurent le droit de porter le titre de comtes. Comme la pierre blanche remontait par la rivière on a pu à la Renaissance orner les baies et lucarnes de tuffeau, sculptés de rinceaux à l’italienne, avant de bâtir en 1542 le Château Neuf.
On m’a vanté la charpente du donjon des années 1220 mais une météo capricieuse m’a dissuadée d’y grimper, pensant que la vue d’en haut n’en vaudrait alors pas l’effort. C’est dans une partie de ce vieux château que se trouve le MANAS, discrètement gardée par les sculptures à la mémoire des artistes lavallois.
En ressortant de la cour on suit naturellement la rue des Orfèvres qui présente une enfilade de belles maisons à encorbellement du XVI° au XVIII°. On a recensé 63 maisons pans de bois. Leur intérêt était de ne pas coûter trop cher à édifier. Entre les ourdis (en bois de châtaignier) entourés de paille, le remplissage est en torchis sur rez-de-chaussée et premier étage en pierres, présentant l'avantage d'isoler du sol. Le rez-de-chaussée accueille toujours une boutique, souvent encore aujourd'hui.
Parmi les plus intéressantes je citerais La penderie d’Angèle, la dénicheuse de merveilles depuis 2012 et qui est une référence en vêtements vintage, puis juste à côté, Les cornichons, un commerce qui prône le bio et le zéro déchet.

A l’angle du 14 rue des Orfèvres et du 68-70 Grande rue s’élève sur la droite la maison Renaissance du Grand Veneur, construite vers 1554 par Jacques Marest, un riche marchand de toiles, divisée en deux moitiés au XVII°, et dont la façade et les fenêtres en tuffeau sculpté sont comparables à celles du château. Enfin, dans sa partie droite car elles ont été gommées sur la moitié gauche, qui appartient à un autre propriétaire.

Toutes les belles et grandes maisons appartenaient auparavant à des commerçants qui ont fait fortune avec la vente de toiles de lin (spécialité de Laval tandis qu’on trouvait le chanvre plus au Nord). On exposait les toiles la nuit à la lumière de la lune qui a des vertus blanchissantes. Elles étaient exportées à grands frais jusqu’au Portugal pour en faire des toiles de bateau. 

Nous poursuivons dans la rue des Orfèvres qui devient rue du Pin Doré. A l'angle entre la rue des Chevaux, la rue de la Chapelle se dresse à l'intersection des trois voies une curieuse maison qui se remarque davantage en descendant vers la rivière.

mardi 1 août 2023

Mon petit de Nadège Erika

Après avoir passé une partie de l’été à Nantucket, m’être infiltrée dans la forêt guyanaise, avoir navigué sur l’Atlantique, mes yeux se sont posés à Belleville, dans les années 90, et j’ai passé quelques jours (parce que j’ai fait durer le plaisir) au bout de la rue Piat dans une no-go-zone avant qu’elle ne devienne une bobo-zone

Ce premier roman de Nadège Érika, intitulé Mon petit, va être un très grand succès. Son éditeur, Livres agités, qui ne publie que des premiers romans, frappe encore fort en cette rentrée littéraire qui se profile. Je ne suis pas dans le secret des dieux mais je le verrais bien dans les sélections de plusieurs prix littéraires, rien que ça !

J’ai arpenté le quartier il y a une dizaine d’années pour me documenter dans le cadre d’une commande littéraire (qui n’a d’ailleurs pas abouti) et j’avais pris des dizaines de photos dont ne subsiste qu’une seule et j’imagine que l’auteure reconnaîtra cette fresque signée par Jérôme Mesnager, visible en montant la rue de Ménilmontant (Paris 20°) au niveau du n°74.

Si l’Homme en blanc, « symbole de lumière, de force et de paix » est apparu le 16 janvier 1983, cette grande peinture a été réalisée en 1995 et pastiche le célèbre tableau La Danse, de Matisse.

Administrativement, le quartier de Belleville est limité aujourd’hui par l’axe des rues de Belleville, Pixérécourt, de Ménilmontant, et du boulevard de Belleville. Ses limites actuelles  correspondent à une partie de l’ancienne commune de Belleville, annexée par Paris en 1860, qui s’étendait sur la moitié nord de l’actuel 20° arrondissement, mais aussi -en bonne partie- sur la moitié sud de l’actuel 19°.

D’abord paroisse rurale, ses activités étaient essentiellement agricoles. On y a aussi très longtemps extrait le gypse qui a fourni le plâtre de Paris et dont les carrières furent transformées en parc.

Le début du XXème siècle marqua le début de l’arrivée, par vagues successives, d’étrangers persécutés dans leur pays d’origine ou poussés par la misère : Arméniens, Juifs d’Europe centrale, maghrébins, juifs de Tunisie, Chinois, migrants…, faisant de Belleville un quartier où les valeurs de solidarité et de tolérance étaient d’actualité, une sorte de « ville-monde », avant qu’il ne se boboïse, phénomène qui fera fuir la grand-mère de l’auteure et qu’elle dénonce. 

Le récit se situe essentiellement dans l’Est parisien que Nadège sillonne de part en part. Dans le roman elle s’appelle Naëlle mais on ne peut pas imaginer que le personnage ait été inventé. Elle est autant la petite fille de sa rigide mais si bonne Grand-Maman chez qui elle doit porter le col Claudine sur une jupe-culotte en tissu pied-de-poule, que fille de Jeanne, bohème, mère de quatre enfants de couleur différente, de quatre pères différents (p. 56). Elle fait la navette entre le 12 et le E en effectuant une mutation de style de vie entre les deux pour s’accommoder d’appartenir à une famille asymétrique (p.69). Plus tard, elle marchera depuis la rue de la Mare, trait d’union entre Belleville et Ménilmontant, en passant le plus possible par l’épicentre qu’est la place Gambetta et qui agit sur elle comme l’aiguille aimantée d’une boussole. Mon Dieu, ce qu’elle peut marcher ! 

La lecture commence « gentiment » dans un style très vivant, un peu effronté, par quelqu’un qui connait si bien le coin qu’elle est légitime à se moquer de la transformation de l’environnement. On comprend tout à fait aussi la nostalgie qu’elle peut en avoir et l’agacement à s’en sentir dépossédée par une population qui a les moyens d’y vivre dans l’abondance.

Le rituel de la baignoire fait sourire (p. 76), avec un peu de nostalgie pour moi qui ai connu plus rudimentaire encore puisque chez ma grand-mère il n’y avait ni salle de bains, ni eau chaude et qu’il s’agissait d’une grande bassine ovale, la même qui servait pour les grandes lessives.

Le livre est d’ailleurs un vibrant hommage à cette grand-mère qui l’appelait mon petit, ou ma Nana, selon l’humeur. Qui ne parlait jamais de temps de merde mais d’intempéries (p. 42). Naëlle intègre tous les codes. Mais elle nous aussi dit tout, avec un style cash. Elle confesse par exemple  « prendre » un rouge à lèvres dans un magasin : quand j’ai pris, j’ai pris ! (p. 119). C’est qu’elle n’est jamais langue de bois. Non seulement ses lignes respirent la vérité mais en plus le style est personnel, très imagé, on ne peut plus clair.

Elle explique très bien l’évolution historique du quartier, renforcée par le mépris de classe que lui manifeste sa future belle-famille, se moquant de son ignorance à propos des glaces Bertholon (je pourrais lui donne des adresses bien meilleures, soit dit en passant) et s’étonnant qu’elle apprécie les ballets Preljocal (p. 134).

Pour se faire accepter, la jeune femme se fait discrète, acceptant de n’être que mignonne et rigolote. Des années plus tard elle persistera à offrir un silence de rêve à ceux qui voudront jouer avec elle au jeu de Tu-Me-Donnes-Quel-Age qu’elle déteste (p.258).

Pourtant elle n’a pas la langue dans sa poche, surtout quand elle dégaine son stylo pour écrire. A propos de  cette belle famille elle transformera la mise en garde collée sur les portes du métro : Ne mets pas ton coeur dans cette famille, ou tu risque de te faire pincer le coeur très fort (p. 134). Ou encore : du coté des parents de Gustave j’ai très vite compris que la chaîne du froid avait été rompue. Ils avaient pris un coup de chaud, je veux dire. L’annonce de ma grossesse les avait achevés (p. 139).

Petit à petit, ce qui est une chronique tendre d’années difficiles mais joyeuses glisse dans un récit de vie bouleversant. Les indications ponctuant la première partie comme, à propos des gifles que lui envoie son père, je savais retenir mes larmes, j’avais du métier (p. 104) ne sont plus furtives. C’est un très long cri que l’on entend dans la seconde moitié du livre.

On le perçoit au détour de chaque paragraphe. La grossesse s’avère très difficile. Elle traversera son accouchement et le mois qui suivra comme un naufrage. J’ai ressenti de la colère à la lire en m’insurgeant que si peu de monde ne lui soit venu en aide.

Le décès d’un de ses jumeaux est une intoxication infinie et lente (p. 209). Nadège a le courage d’aborder un sujet tabou, de même que celui des fausse-couches, un terme qui révolte Line Papin dans Une vie possibleLes mamans des bébés morts ne parlent pas (p. 162). Comme si le drame était une énigme. Rien d’étonnant alors que les confidences soient ponctuées de termes médicaux et de rapports qui sonnent comme des pièces à conviction.

On voudrait tant qu’elle ne se sente plus coupable mais victime de la mort de cet enfant ! J’espère que son cri agira comme une délivrance. C’est le mot que l’on emploie (à l’instar du « travail » qu’elle n’aime pas) pour désigner un accouchement. Mon petit est un bel et beau bébé ! Nous souhaitons tous qu’il y en ait d’autres ensuite et que Nadège Érika soit l’heureuse maman d’une famille de nombreux romans depuis qu’elle a démissionné de son métier d’éducatrice spécialisée dans le médico-social pour se consacrer à l’écriture.

Mon petit de Nadège Erika, éditions Livres agités, en librairie le 25 août 2023

Les citations de début d’articles font référence à Un dernier été d’Erin Hildenbrand, Ceux qui restent de Jean Michelin et Mes Soeurs, n’aimez pas les marins de Gregory Nicolas.

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