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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

lundi 17 mars 2014

Anne le Menn expose ses gravures à la Médiathèque de Bagneux (92)

Admiratrice de Rembrandt, Anne Le Menn a découvert la gravure à l'âge de 20 ans. Elle en aurait volontiers fait son métier mais le vent qui soufflait sur les Beaux-Arts de Brest n'était pas follement sérieux dans les années 70, sans doute une conséquence des mouvements de mai 68.

Elle est entrée en fac de Sciences et elle est "sagement" devenue informaticienne dans un secteur qui avait, lui, le vent en poupe. Mais elle n'a pas oublié la gravure qu'elle continua de pratiquer, dans un cadre amateur, en suivant régulièrement beaucoup d'ateliers avec des pro ou semi-professionnels, ce qui lui a permis de continuer à progresser.

Depuis quelques années, c'est devenue son activité principale après qu'elle ait fait une formation aux métiers de la culture dans un esprit professionnel. Elle loue un espace pour y installer son atelier au 37 rue Marc Sangnier, à Bagneux, où elle a installé son atelier. Il est tout petit mais elle pourra y accueillir quelques élèves.
Aujourd'hui c'est dans le hall de la médiathèque de Bagneux qu'elle a posé sa presse afin d'initier les personnes de passage à l'art de la gravure. Beaucoup de jeunes ont découvert cet outil avec plaisir, chacun repartant avec un tirage comme celui-ci :
Anne Le Menn a retenu une vingtaine de gravures, parmi les plus récentes, pour les présenter au public dans le hall conduisant à l'espace musique, durant tout le mois de mars. Elle propose un travail dans lequel se comptent plus de portraits et de croquis que de paysages ou de nature morte.

Le rendu est figuratif, mais avec la recherche des matières et des accidents. L’envie de s’étonner et l’assurance que le résultat sera inattendu. L’utilisation des techniques à l’eau-forte, avec une prédilection pour le vernis mou favorise cette disposition. Cette méthode donne le rendu du crayon, mais sensible à tout changement que ce soit dans la concentration de l’acide ou dans son application, il varie dans ses résultats.

Certaines de ses oeuvres sont très sombres, comme la dernière de ses oeuvres, qui a été faite à l'atelier de gravure de Sceaux la Tarlatane. Il s'agit d'une évocation un peu japonisante Des vents m'ont dit de Xavier Grall, lui aussi breton, qui avait écrit ce recueil de chroniques pour l'hebdomadaire La Vie.
Une vaste portion de ciel y apparait plus clair. Anne m'a expliqué que suite à une fausse manoeuvre c'est le pot entier de résine qui s'est renversé sur une zone de la plaque correspondant au ciel. La résine sert à faire de l’aquatinte. En faisant fondre cette poudre elle s’étale mais en laissant des interstices qui permettent de faire des zones de valeurs plus ou moins foncée suivant le temps de la morsure par l’acide. Elle a voulu s'appuyer sur cette erreur et elle a bien fait.

Elle aime graver des visages et l'atmosphère des cafés-restaurants l'inspire, comme ici Le Procope, le plus ancien café parisien. J'ai reconnu aussi le Zeher tout à coté. Avoir habité le XIV° arrondissement laisse des souvenirs.
Elle nous dit "profiter de moments qui s’envolent, du temps qui passe vite, et les capturer dans des carnets de voyages pour en garder mémoire." 

Gravures d'Anne le Menn jusqu'au 29 mars 2014
Médiathèque Louis-Aragon
2 avenue Gabriel-Péri , 92220 Bagneux
01 46 57 08 76

Vous pouvez la rencontrer dans son atelier de Bagneux. Il est prudent de la contacter auparavant à l'adresse anne.le.menn@wanadoo.fr

dimanche 16 mars 2014

Florent Ladeyn sur la scène salée d'Omnivore 2014

L'édition Omnivore 2014 m'a semblé être un excellent cru. Cette première journée fut riche en rencontres et découvertes, preuve s'il en faut que l'on peut toujours faire "plus". Vous n'avez pas fini d'en entendre parler.

Pour le moment je voudrais revenir sur la première des performances qui s'est déroulée sur la scène salée, avec Florent Ladeyn, le patron fraîchement étoilé de l'Auberge du vert Mont, à Boeschepe et du  tout récent Bloempot de Lille.

L'Auberge est à une encablure de la frontière. Florent est venu ce matin avec Clément qui est plus que son second. C'est aussi son cousin, et surtout un vrai compère. Ils ont tous les deux commencé à bosser à 8/10 ans, à la plonge. Il faut bien commencer par quelque chose de techniquement abordable.

Florent a apporté "juste" les produits qu'il travaille à l'Auberge dans l'idée de faire "juste" les plats qu'il y sert. Il aime la désigner sous le nom d'estaminet, arguant que sa cuisine d'auberge (et ce n'est pas un gros mot comme le souligne Sébastien Demorand) est davantage une cuisine de cantine que de l'élaboré très compliqué.

Le jeune chef, qui revendique une formation autodidacte, s'est interrogé il y a quelques années sur l'origine des produits de la carbonade flamande qu'il apportait sur la table. En réalité le plat n'avait de flamand que le nom. Le boeuf avait grandi en Pologne, les épices avaient été récoltés en Allemagne, le lard était hongrois.

Cette prise de conscience l'a amené à redécouvrir son terroir, en l'occurrence les Flandres, et à devenir fidèle à une poignée de producteurs, dont il ne pale tout de même pas trop, pour éviter que leurs prix ne flambent.

Il en est résulté des plats qui provoquent une pure poésie et qui lui ont permis de "choper l'étoile".

Un hectare de prairie s'étend autour de l'Auberge pour nourrir les moutons et assurer la production de foin dont le cuisiner a besoin.

Première démonstration avec le Pigeonneau de Steenvoorde (bien élevé par mon cousin précise-t-il sur sa carte) fumé au foin nouveau de notre prairie. Ce pigeonneau a été abattu il y a trois semaines et demi, mâturé cinq jours entiers dans le foin. L'animal est ensuite bourré de foin, lequel a une action antiseptique naturelle avant d'être fumé, toujours au foin. Il est ensuite conservé en chambre froide deux semaines et demie.

Le pigeonneau est servi sans jus ni garniture. le serveur arrive en salle avec la poêle de cuisson, essuyée, et remplie d'un coussin de foin.

Et alors qu'il faut habituellement programmer deux cuissons différentes pour une cuisse et les filets, Florent démontre que le sien peut se satisfaire d'une seule.

Chez lui le partage est élevé au rang de vertu. Les plats sont déposés en centre de table. le pain arrive avec une incision pour donner envie au client d'intervenir en le rompant. Plus tard il arrachera un lambeau de viande sur le pigeonneau et bien entendu c'est avec les doigts qu'il se régalera de frites.
Passons au premier envoi avec huitres-endives-bière-boeuf. L'endive est un légume emblématique du Nord qui, ici, a été cultivé en biodynamie et cueilli en seconde pousse chez une productrice qui n'en fait que 2 tonnes et demi, pas davantage. Elles seront juste colorées pour les laisser gourmandes.

Le chef s'active aux fourneaux tout en discutant, tâche difficile parce qu'il n'a pas l'habitude de cuisiner sur des appareils aussi neufs et brillants. (On se demande ce dont il disposait pour Top chef).

L'huitre est une huitre plate, sauvage, qui vient du Nord de Londres, de ce même détroit où l'on puise le sel qui sera labellisé sel de Maldonne (et dont j'aurai l'occasion de vous reparler). Le crustacé est juste déposé dans l'assiette.

Le boeuf est "une race du coin quia failli disparaitre". Il est bien entendu maturé, séché, non fumé que Clément taille crue comme de bresaola.

Pour réaliser sa sauce, Florent traverse deux frontières afin d'aller chercher la bière qui lui convient dans une brasserie située à Kamperland dans le Sud-Ouest des Pays-Bas. L'Emelisse Crème Brûlée Stout a la saveur de ... crème brûlée surtout quand il la servira en mousse gélifiée, sans rien avoir besoin d'ajouter. Il donne sa recette : 350 grammes de bière, 7 feuilles de gélatine, et on monte au batteur. Ce sera très léger en bouche. Dans la salle le parfum chatouille nos papilles.

De plus en plus Florent Ladeyn propose à ses clients des associations mets-bières, faisant remarquer que pour 20 € on peut avoir une bouteille de 75 cl d'une bière exceptionnelle alors qu'à ce niveau de prix le vin n'est "que" très bon. Le monde de la bière est en train de vivre une révolution. Elle n'est plus cette boisson réservée aux alcooliques au coin du bar.

Il s'énerverait presque quand on évoque devant lui le souhait de "casser l'amertume". L'amer est  positivement tonique. Cette saveur caractérise la bière et il faut l'assumer. Pareillement pour l'endive.

Le plat est prêt à être immortalisé par une photo. D'autres chefs ajouteraient quelque chose de vert mais pour Florent Ladeyn, c'est tout juste impensable. On n'a pas d'herbe en ce moment donc il est logique de manquer de vert. On aura beau être pressés, il est normal d'attendre encore 2 semaines pour déguster les asperges blanches des dunes.
Second envoi autour de la combinaison anguille sauvage-gorge de porc-hélianthis-feuilles de chou. Sans être dans une logique absolue terre-mer Florent estime que l'association anguille fumée-gorge de porc fonctionne très bien.

Pendant longtemps la gorge de porc a été cantonnée aux terrines. Un jour, il a fait l'erreur de la cuire sous vide, s'est aperçu qu'elle était encore meilleure après caramélisation. L'erreur se transformait en succès. Cette gorge est donc cuite sous vide à 70° pendant 18 heures, puis coupée en gros lardons. C'est bon, forcément gras, mais si bon ... Ça grassouille bien juge Sébastien Demorand l'oeil au-dessus de la poêle.

L'hélianthis est un topinambour blanc qui sera braisé 3 heures à 120° avec sa peau, histoire de laisser du temps au temps ... Son goût est proche de ce qu'on connait du topinambour, mais en plus fin.

Il servira arrosé du jus de braisage en réduction, sorte de demi-glace et ajoutera des lamelles d'hélianthis cru.

Il ajoutera un crispy d'andouille, quelques feuilles de chou de Bruxelles. Coté dressage il ne cherche pas à faire "chichi pompon". Un clin d'oeil de satisfaction légitime à Clément et voilà Florent qui s'échappe déjà pour rejoindre Deborah sur l'espace livres de la Librairie Gourmande.

Festival Omnivore Paris
du 16 au 18 mars 2014 de 10 à 19 heures
à la Maison de la Mutualité
24 rue Saint-Victor 75005 Paris

samedi 15 mars 2014

FoResT de la Compagnie Jérôme Thomas à l'Espace Cirque d'Antony (92)


(mise à jour 28 mars 2014)

Très longue queue ce soir sur l'espace du Pôle national des arts du cirque d'Antony (92) qui accueille les premières représentations en Ile-de-France de FoResT, marquant le retour sous chapiteau de Jérôme Thomas.

S'il fallait caractériser son travail par quelques mots on pourrait associer jonglage, jazz et improvisation.

Le spectacle se déroule dans un calme impressionnant. Tout semble facile et fragile, faisant oublier la performance. Jean-François Baëz, partenaire de la Compagnie depuis plus de dix ans, accompagne les jongleurs à l'accordéon, composant avec eux un véritable trio.

En entrant le public découvre la piste, un disque recouvert de paillis qui évoque le sous-bois d’une forêt d’automne sous un ciel constellé d'étoiles. L'accordéoniste s'est installé sur une chaise bleue, la couleur est étonnante, invitant peut-être à penser à des éléments minéraux, de l'air ou de l'eau.

Quand nos yeux se sont habitués à l'obscurité on remarque deux silhouettes perchées, comme des rapaces nocturnes, qui, une fois au sol deviennent des échassiers sur le tapis craquant en se dirigeant vers l'accordéon dont la musique exerce un pouvoir hypnotique.

Les deux artistes sont comme des enfants qui jouent avec les objets enfouis parmi les écorces. Passé l'instant de surprise chacun met l'autre au défi de faire surgir une nouvelle image. La plume est un petit rongeur caracolant des épaules au bras de la danseuse. Une autre s'agite dans les cintres.
Le rapport à l'objet est empreint de poésie. La plume devient aigrette sur le front, chapeau de cérémonie, marionnette d'un théâtre d'objets ... harpe d'un orchestre imaginaire alors que les notes de musique s'étirent.

Après l'autruche et le paon, voici le pic-vert, cette fois entièrement métallique, qui descend en martelant le mât à moins que ce ne soit une masse pour assumer le public. Cet oiseau très malin ne cherche pas à percer des trous dans les troncs. Son ''tambourinage'' lui sert à faire connaitre sa position géographique aux femelles dans un rayon assez important.

Les artistes enchainent les cueillettes qui influenceront leur mode de jonglage. Jérôme Thomas déterre 2 balles blanches comme des oeufs. Il se déplace sur le sol comme s'il marchait sur un fil tendu au-dessus du vide.
Il entreprend avec un balai un ménage frénétique pour délimiter un cercle sur le disque qui tourne comme un manège. L'espace embaume le sous-bois, les champignons.
Aurélie Varrin découvre une canne et bientôt le couple se répond dans une chorégraphie qu'ils engagent allongés sur le sol. C'est cette pièce d'équilibre consistant à poser une canne en équilibre sur un pied qui a donné son nom au spectacle. L’air de rien, il s’agit d’une énorme performance qui exige une forte concentration.

Considéré comme l'un des artistes fondateurs du cirque contemporain, Jérôme Thomas est capable de jongler avec des objets qui ne sont pas destinés à tourner dans les airs comme la canne qui est davantage à sa place dans l'univers du cabaret, ou totalement inattendus, comme un sac de plastique vert qu'il extirpe de sa bouche à la manière d'un magicien.
Il danse avec l'objet, exécutant des vrilles de plus en plus rapides et provoquant les rires parmi les spectateurs, surtout les enfants.

Avec chacun, à la manière de Magritte, il nous dit "ceci n'est pas une canne ... , un sac ...".
La danseuse n'est pas en reste. La voilà qui découvre une paire de baguettes. Elle a l'usage de l'une d'elles pour retenir ses cheveux. L'autre deviendra "canne de jonglage" miniature.
Chacun son tour de défier l'autre, quand ce n'est pas soi-même que l'on met à l'épreuve. Ainsi Jérôme et ses balles ... assis, jambes écartées, sur un tabouret, à l'opposé de la posture traditionnelle du jongleur debout, lançant les objets vers le haut. L'artiste regarde ici vers le bas, impulsant à ses balles une énergie décuplée. Jongler assis en tambourinant le parquet a l'avantage qu'il peut simultanément faire quelque chose avec ses pieds (comme si c'était facile ...), battre la mesure, tourner sur lui-même pour ne jamais rompre le face-à-face circulaire avec  le public.

Il jongle les mains en dedans, les coudes en dehors, faisant danser littéralement 3 puis 5 puis 7 balles ... comme on s'y attendait, en jouant des claquettes avec une simplicité qui semble naturelle, ce qui est le signe d'une grande maîtrise.

Quand les artistes regagnent leur perchoir les spectateurs sont dans un état proche du rêve. La douceur et la sensibilité de la promenade dansée du couple, au coeur de l'intime, a généré un état de calme intérieur, assez inhabituel sous un chapiteau.
FoResT, jusqu'au 6 avril à l'Espace Cirque d'Antony, rue Georges Suant, 92160 Antony
Tel : 01 41 87 20 84
Renseignements et réservations sur www.theatrefirmingemier-lapiscine.fr


Le spectacle sera en tournée du 6 au 9 mai sur les Scènes du Jura à Champagnole
Les 18 et 19 mai au Centre Culturel Pablo Picasso d'Homécourt
Du 24 au 29 mai au Festival Théâtre en mai de Dijon
Du 11 au 13 juin au Festival Les Impromptus de St Denis
Du 5 au 8 août au Festival Fondus du Macadam de Thonon les bains
Entre le 15 et le 22 août au Festival la Route du cirque à Nexon.
La tournée se poursuivra sur la saison 2014/2015
Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Christophe Raynaud de Lage

vendredi 14 mars 2014

En direct des Globes de Cristal 2014 (seconde partie, les résultats)

Lundi dernier avait lieu la 9ème cérémonie des Globes de Cristal et j'ai publié alors mes premières impressions. Passons à la remise des trophées en gardant un regard de coulisses puisque j'ai eu la chance de m'y trouver.

Suivre une telle soirée sur son écran de télévision est sans rapport avec la situation dans laquelle je me trouvais. Vous avez, certes, bénéficié de plans rapprochés et sans doute de commentaires avisés alors que je n'avais pas ces éléments ... et ils sont précieux car beaucoup de personnalités ne ressemblent pas à l'image qu'on a d'elles. Ainsi la chorégraphe Mia Frye m'est apparue comme une mince adolescente de 16 ans et je n'ai pas pensé à immortaliser son arrivée.

Tout le monde n'a pas l'oeil d'un Rachid Bellak, mais vous me direz que c'est son métier. Le photographe des stars les connait toutes et il sera encore capable de faire un millier de photos au prochain festival de Cannes.
La fin du spectacle du Lido coïncidait, à quelques minutes près, avec le démarrage du direct, le temps de changer les lumières et de disposer quelques accessoires sur la scène. Les plateaux chargés de café circulent entre les tables. Les bras des caméras se déploient. Des lustres descendent des cintres. L'effervescence monte d'un cran sur le plateau. Nous serons bientôt fixé sur le palmarès. Pourtant un tiers des invités sont encore debout et certains fêtent la victoire par anticipation. Rachid se presse entre les uns et les autres à grandes enjambées saccadées. D'autres se prennent en photo tout seuls, en mode selfie.

Valérie Benaïm ouvre la cérémonie en faisant remarquer fièrement qu'elle aura descendu les marches du célèbre escalier. On la comprend parce qu'il doit être difficile à emprunter tant il est abrupt. Elle annonce que tout le monde a gagné, mais certains plus que d'autres en rappelant aux téléspectateurs que les Globes de Cristal représentent l'évènement le plus "classe" du moment.

Le président du jury est Guillaume Durand, avec lequel elle a fait ses premiers pas en matière de Prime Time à la télévision. Il ouvrit la soirée en la dédiant d'une certaine manière à Alain Resnais, dont l'ombre plane doublement : son dernier film est projeté dans la salle de cinéma adjacente et il habitait de l'autre coté de l'avenue des Champs-Elysées.

Une des particularités des Globes de Cristal est d'être des Prix décernés par les journalistes et ils furent 7500 à voter cette année. Leur nombre est en progression importante.

Le prix du meilleur Téléfilm ou série télévisée a été remis par Firmine Richard, un peu déçue de ne pas voir Famille d'accueil figurer au palmarès. Le trophée, nouveau, conçu par Natacha Mondon pour Daum fut remis à  Tunnel, saison 1, de Dominik Moll et Ben Richards (Canal +)

Challengers :

Fais pas ci, fais pas ça, saison 6, créée par Anne Giafferi et Thierry Bizot (France 2)
Falco, saison 1, créée par Clothilde Jamin (TF1)
Tout est bon dans le cochon, scénario et dialogues de Saida Jawad (France 3)
Un village français, saison 5, de Frédéric Krivine, Philippe Tribiot et Emmanuel Daucé (France 5)

La troupe Disco, d’Agnès Boury et Stéphane Laporte, mise en scène de Stéphane Jarny (Folies Bergères), offrira plus tard un intermède musical avec It's Raining Men des Weather Girls. Pour l'heure elle est récompensée en tant que Meilleure comédie musicale. La troupe généreuse et vocalement très douée poursuivra la tournée encore un an.
Challengers :
Airnadette mise en scène de Pierre-François Martin – Laval (L’Olympia)
La Belle et la Bête mise en scène de Glenn Casale (Théâtre Mogador)
My Fair Lady d’Alan Jay Lerner , mise en scène de Robert Carsen (Théâtre du Chatelet)
Spamalot adaptation et mise en scène d’Eric Idle (Bobino)

Ayo a ensuite été appelée pour interpréter Who (issue de son dernier album Ticket to The World chez Mercury). Elle sembla fragile dans sa robe longue robe blanche ornée de fleurs au crochet. Elle s'accompagna à la guitare et le public la soutint en chantant who who who avec elle.
Il se trouva que plusieurs minutes plus tard elle fut couronnée Meilleure interprète féminine
Challengers :
Carla Bruni Little French songs (Universal)
Hollysiz My name is (East West)
Vanessa Paradis Love songs (Universal)
Zaz Recto Verso (E.M.I)

Elle fut très touchante, courbée au-dessus du micro comme une fleur, révélant que c'était la première fois de sa vie qu'elle gagnait quelque chose pour sa musique. Ce prix est magnifique, a-t-elle déclaré, parce qu'il vient des journalistes que je remercie pour leurs interviews. Elle ajouta : je voudrais bien dire merci. Je suis pas française (elle est allemande d'origine nigériane) mais je me suis sentie adoptée. Paris est comme une maison.

Auparavant Gad Elmaleh, qui interprète Sans tambour au théâtre Marigny, fut sacré Meilleur one man show 
Challengers :
Alex Lutz, Bérengère Krief, Muriel Robin et Olivier de Benoist
Il souligna que c'était la seule cérémonie qui récompensait les comiques en France, railla le trophée dont il reconnut néanmoins qu'il symbolisait le don, l'amour et la vie. Il repartit en compagnie de la remettante, Fauve Hautot en le portant autour du cou.
Meilleur créateur de mode : Isabel Marant, brillante, charmante, exquise, spécialiste d'une mode tendance chic et décontractée, déjà récompensée en 2009, ici à coté de Valérie Toranian, directrice de la rédaction de ELLE
Challengers :
Alexandre Vauthier, Jean Charles de Castelbajac, Maxime Simoens et Stefanie Renoma
Guillaume Durand remis un Globe d'honneur à l'artiste portraitiste français d'origine chinoise, Yann-Pei Ming.

Meilleur interprète masculin : Stromae Racine Carrée (Universal) sans surprise, qui nous fit un petit salut par caméra interposée.
Challengers :
Bernard Lavilliers Baron Samedi (Barclay)
Julien Doré Love (Colombia)
Vincent Delerme Les amants parallèles (Tôt ou tard)
Yodelice Square Eyes (Mercury)

Meilleure actrice, elle aussi absente car déjà en tournage de son nouveau film, Adèle Exarchopoulos dans La Vie d’Adèle
Challengers :
Bernadette Lafont dans Paulette
Emmanuelle Devos
Emmanuelle Seigner dans La Vénus à la fourrure
Sandrine Kiberlain dans 9 mois ferme

Le collectif d'Unissons nos voix qui réunit plusieurs artistes féminines, sous l'égide de la ministre du droit des Femmes, monta sur scène pour chante contre la violence faite aux femmes.
C'est Muriel Mayette, l'administratrice de la Comédie Française qui annonça la Meilleure exposition :
Edward Hopper (Grand Palais) qui rassembla 860 000 visiteurs, témoignant qu'un choix intellectuel pointu peut fédérer un large public.
Challengers :
Frida Kahlo / Diego Rivera, l’art en fusion (Musée de l’Orangeraie)
Georges Braque (Grand Palais)
La Renaissance et le rêve (Palais du Luxembourg)
Roy Linchtenstein (Centre Pompidou)

Josiane Balasko, envieuse des boucles d'oreilles de Valérie Bénaïm parce qu'elles crachent sévères (forcément elles sont signées Edouard Nahum) monta sur scène pour donner le nom du Meilleur acteur : Guillaume Gallienne dans Les garçons et Guillaume, à table !

Décidément en pleine forme, l'actrice suggéra à Guillaume Gallienne (absent excusé) de faire une table basse avec un plateau de verre et ses 4 César en guise de pieds, et de mettre aux enchères le Globe de Cristal dans une vente de charité.
Challengers :
Albert Dupontel dans 9 mois ferme
Fabrice Luchini dans Alceste à bicyclette
Grégory Gadebois dans Mon âme par toi guérie
Niels Arestrup dans Quai d’Orsay
Nouvel intermède musical avec Corneille chantant le Récit, et toujours chapeauté.
Meilleure pièce de théâtre: Nos femmes d’Eric Assous, mise en scène de Richard Berry (Théâtre de Paris) avec Daniel Auteuil (venu avec sa femme Aude Ambroggi), les deux Rolls Royce du théâtre dira l'auteur.
Challengers :
La liste de mes envies de Grégoire Delacourt, mise en scène d’Anne Bouvier (Ciné 13 Théâtre)
La Locandiera de Carlo Goldoni, mise en scène de Marc Paquien (Théâtre de l’Atelier)
Nina d’André Roussin, mise en scène de Bernard Murat (Théâtre Edouard VII)
Une heure de tranquillité de Florian Zeller, mise en scène de Ladislas Chollat (Théâtre Antoine)

C'est Chantal Ladesou qui remis ce trophée sans se départir de sa bonne humeur, qualifiant Nos femmes de "meilleure pièce dans laquelle je n'ai pas encore joué".

Meilleur roman ou essai, La cuisinière d’Himmler de Franz-Olivier Giesbert (Gallimard) qui a du fêter son succès avec sa compagne Valérie Toranian et qui, en coulisses, plaisantait en faisant croire que cette récompense couronnait cinquante ans de lobbying.
Challengers :
Au revoir là-haut de Pierre Lemaître (Albin Michel)
L’invention de nos vies de Karine Tuil (Grasset)
Le cas Edouard Einstein de Laurent Seksik (Flammarion)
Sulak de Philippe Jaenada (Julliard)
Enfin, Meilleur film 9 mois ferme, l'excellent film d’Albert Dupontel remis par Gad Elmaleh à la productrice Catherine Bozorgan
Challengers :
Grand Central de Rebecca Zlotowski
La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche
Les garçons et Guillaume, à table ! de Guillaume Gallienne
Suzanne de Katell Quillévéré

Les projecteurs diminuent en intensité mais la soirée se poursuit back stage. Quelques célébrités font leur apparition dans le photo call avec grâce et bonne volonté.

Valérie Benaïm dresse un bilan en confiant qu'elle a vécu "des montagnes russes émotionnelles".  Elle avoue un coup de coeur pour Ayo et personne ne pourrait la contredire tant la jeune chanteuse est adorable. La présentatrice a manifestement apprécié l'humour de Gad Elmaleh comme celui de Josiane Balasko. Elle justifie son changement de coiffure, renonçant à son brushing habituel au profit d'un chignon sage, afin de mettre en valeur les boucles d'oreilles convoitées par Josiane.
Serge Benaïm, qui n'est ni son père ni son mari comme elle la précisé en début de soirée ... peut commencer à relâcher la pression. Le producteur a de quoi être fier de célébrer et de récompenser la vitalité et la diversité de la création artistique en France depuis déjà 9 ans. Le palmarès témoigne d'une mixité entre les grands noms et ceux de valeur montante.

J'ai remarqué aussi, à quelques jours de la Journée de la femme, une belle parité puisque j'ai compté 8 femmes parmi les 13 remettants et qu'elles furent 6 à obtenir un Globe. Une égalité parfaite si on excepte le globe d'honneur.

On sait déjà que l'an prochain verra le dixième anniversaire du Prix. Valérie promet de chanter mais on peut s'attendre à quelques idées plus étonnantes.

On se donne rendez-vous.

jeudi 13 mars 2014

En kit de Laure Naimski, chez Belfond

Le jour où j’écrirai un livre j’aimerais qu’il dégage cette même drôlerie acide un peu décalée, mi-figue mi raisin, que Laure Naimski a réussi à insuffler entre les pages de son premier roman.

Parviendrais-je aussi bien qu’elle à conjuguer la mélancolie avec l’ironie en respectant une certaine quotité de nostalgie ?

Je ne saurais dire si je me laisserais aller à priver mes lecteurs de la happy-end qu’ils sont en droit d’espérer ? Je préfère ne pas trop creuser.

La ruse consistant à travestir les noms de chaque personnage, sous prétexte de leur éviter d’éventuels ennuis avec la police, ou des représailles familiales et ne révéler que les identités de ceux qui sont morts, ne prend pas avec moi. Il est clair que la jeune femme a tendance (aussi) à la mythomanie. Ainsi on ne saura jamais quelle profession elle exerçait avant le naufrage d’un chalutier qui entraina le sien (p. 118). C’était couru d’avance qu’elle finirait par se prendre les abattis dans le filet et qu’en fait de pêche miraculeuse ce serait un lot de calamités qui lui dégoulinerait dessus, les pieds ancrés sur le parquet de son salon.

Les modèles positifs ne lui manquent pourtant pas, entre Elisabeth, sa conseillère Pôle Emploi, sa mère, dont la patience serait capable d’exaspérer le plus équilibré des lamas tibétains (p. 81) et même sa cousine Aldegonde, qui boit son thé à la paille pour que ses dents ne jaunissent pas et fume des cigarettes électroniques pour éviter d’attraper un cancer du poumon. Hélène Kerrenec a beau fanfaronner, je ne suis pas sûre qu’elle en prenne de la graine (p.132).

Habituellement prolixe en détails, elle n’explique pas la parabole du chausson aux pommes et du sablé au citron, (p. 120) préférant nous laisser sur notre faim, ce qui m’autorise à supputer que cette masochiste a jusque là sacrément bien masqué son jeu de sadique.

Retenez-vous de la plaindre dès la deuxième page. C’est une petite nature fragile comme un roseau qui, c’est bien connu, plie mais ne se brise pas. Elle ne manque pas de ressources quitte à piocher dans celles de sa voisine. Je ne suis pas aussi maligne qu’elle pour dérouter les pigeons des rebords de mes fenêtres. Merci du conseil : un pistolet à eau, c’est simple et écologique mais il fallait y penser.

Elle m’a surprise aussi par ses réflexions sociétales rudement pertinentes comme celle-ci, piochée au hasard : Au fond je me demande si chercher l’amour ce n’est pas comme chercher du boulot. Mieux vaut déjà en avoir un et vouloir simplement en changer. Ça vous rend plus crédible. (p. 137)

En matière d’amour elle analyse, non pas ce que cet état lui apporte, mais ce qu’il soustrait, en l’occurrence les tensions et les angoisses. En partant, le dénommé Samuel a laissé la porte ouverte à la peur et ce n’est pas en multipliant les TS qu’Hélène gagnera ad vitam aeternam la compassion des pompiers qui pourraient avoir des urgences plus pressantes, sauf si par malchance elle venait à louper sa nième tentative qui, du coup, risquerait de devenir un suicide réussi.

En fin de compte les victimes se multiplient plutôt dans son entourage immédiat, sans que j’aille jusqu’à affirmer qu’elle porte la poisse.

On peut légitimement se demander ce qu’il y a de commun entre l’auteur et cette Hélène, énergique et imaginative, vautrée dans l’indécision, établissant des liens de cause à effet, et souvent l’inverse, entre des faits qui n’ont rien à voir entre eux, même si elle sait pertinemment qu’on ne peut pas tout expliquer.

Le Salon du Livre de Paris ouvrira au public le vendredi 21 mars. J’ai la chance d’y être invitée jeudi, le soir de l’inauguration, et je compte bien éclaircir toute cette affaire en soumettant Laure Naimski à un interrogatoire en bonne et due forme. En espérant qu’elle ne se dérobe pas à ses obligations, parce que lorsqu’on signe un premier roman de cette carrure on se doit de faire face.

Tant qu’à faire j’aimerais lui dire en face à face combien ce livre m’a littéralement fait pleurer de rire et la rassurer sur le sérieux de ma lecture malgré des apparences trompeuses, j’en conviens et je lui en demande pardon. Rien que pour ses phrases assassines (et méritées) à l’encontre de la faculté de Tolbiac, véritable métaphore du blocage de l’ascenseur social.

En kit de Laure Naimski, chez Belfond, sorti en librairie le 13 février 2014

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Je dispose de quelques invitations pour ce Salon du Livre où j’imagine que vous seriez heureux de vous rendre puisque la lecture de cet article témoigne de votre intérêt pour les auteurs vivants.

Je choisirai 3 personnes parmi les commentaires qui seront déposés sous cette annonce et qui m'auront le plus touchée. Ecrivez moi ce qui vous plait dans les critiques que je fais et ce qui vous déplait, si mes avis vous influencent vraiment et comment. Vous avez entière liberté. Dites moi aussi ce que vous aimeriez trouver sur le blog dans le domaine des livres et qui vous manque. Soyez imaginatif.

Je choisirai 2 autres personnes parmi ceux qui m'ont envoyé ces derniers mois des messages directement sur abrideabattue@orange.fr

Ne laissez pas vos coordonnées personnelles. Par contre copiez votre commentaire et envoyez le à l'adresse abrideabattue@orange.fr avec vos nom, prénom et adresse pour que je puisse vous faire parvenir l'invitation si vous avez gagné.

Ne tardez pas : le Salon ouvre au public le 21 mars.

Une dernière chose : évidemment j'apprécierais que vous fassiez monter le nombre de mentions J'aime de la page Facebook de A bride abattue

mercredi 12 mars 2014

Banania s'expose au Musée Gourmand du chocolat

Traditionnellement le Nicaragua est un pays où on utilise le maïs, les bananes plantain et le cacao dans des boissons et bouillies en suivant un nombre phénoménal de recettes. On y prépare encore aujourd'hui une boisson à base de cacao, bananes vertes plantain, poudre de Jicaro (calebassier), sucre non raffiné et eau ... à l'instar du Banania qui est arrivé jusqu'à nous.

Eddy van Belle, collectionneur et fondateur du Musée Gourmand du Chocolat de Paris a voulu vérifier la légende de Banania en organisant une expédition sur les pas du journaliste Pierre Lardet qui, début 1900 constata lors d'un voyage au Nicaragua que la population locale se nourrissait d'une boisson préparée à base d'un mélange de bananes, de céréales et de cacao.

Il en a rapporté des objets qui sont exposés dans la première partie de la nouvelle exposition temporaire qui se tiendra au musée jusqu'en janvier 2015. En complément de photos et films réalisés durant l'expédition, on pourra découvrir la façon dont les indiens réalisaient la recette originelle.

mardi 11 mars 2014

Parler seul d' Andrès Neuman chez Buchet Chastel

Une fois n'est pas coutume, le titre français, Parler seul, est totalement fidèle à l'oeuvre originale d'Andrès Neuman.

L'auteur est considéré comme l'un des 22 meilleurs jeunes auteurs de langue espagnole. Il a remporté plusieurs prix littéraires et son blog, Microrréplicas, s'est distingué comme l'un des meilleurs blogs littéraires en espagnol.

Malheureusement, je ne maitrise absolument pas cette langue et je devrai me satisfaire de la traduction d'Alexandra Carrascos pour découvrir Parler seul.

Cette lecture m'a bouleversée. Parce que le sujet est traité avec beaucoup de finesse. Et surtout parce que le mode opératoire équivaut à nous offrir trois récits vraiment différents.

Andrés Neuman nous place alternativement dans le cerveau de  trois personnes. Mario, dont les jours sont définitivement comptés et qui s'efforce de vivre le moins mal possible l'espace temps qui le sépare de sa mort. Lito, son petit poulpe d'une dizaine d'années, qui ne se doute pas vraiment de ce qui se trame. Elena, l'épouse sentinelle qui prend sur elle pour assumer la réalité mais dont la recherche de réconfort fera feu de tout bois.
Parler seul nous plonge avec délicatesse dans la tête de ces personnages et nous dévoile trois intimités en proie à la perte, au désir, et à l’incroyable force de vie qui chacun nous anime.Trois voix, trois voyages : le premier de Lito, le dernier de son père. Et celui, intérieur, torturé et violemment érotique d’Elena. Alors que l’enfant pense, que la mère écrit et que le père dit, tous parlent seuls.
En interrogeant l'espace de la vérité et la place du mensonge, Andrés Neuman pèse le bien et le mal de multiples formes d'amour.

Il rend aussi hommage à la littérature et à l'aide que les livres peuvent apporter à leurs lecteurs. J'avais abordé cet aspect dans la chronique que j'avais faite de J'ai réussi à rester en vie de Joyce Carol Oates. Elena exprime parfaitement cela : la lecture me calme les nerfs. Faux. Elle ne me les calme pas. Elle les oriente différemment (p. 21). Les livres me parlent davantage qu'on ne se parle, lui et moi (p. 89). Quand un livre me dit ce que je voulais dire, je me sens le droit de m'approprier ses mots, comme si un jour ils m'avaient appartenu et que je venais de les récupérer (p.122).

Mario constate : On pensait qu'on avait largement le temps et brusquement (...) on n'en a plus, de temps. (p. 34) Mario analyse : Je ne sais pas pourquoi on apprend à nos enfants à faire comme nous alors qu'on sait qu'on n'est pas heureux, je te jure parfois, ça me.

Une des forces de l'écriture de l'auteur est d'avoir un style très écrit qui englobe une forme parlée de la pensée. Quand d'autres auraient ponctué le "ça me" d'un point d'exclamation ou de points de suspension il taille dans le vif en posant un point final.

Lorsqu'il nous livre les messages du jeune garçon il nous les restitue bruts de décoffrage, sans virgules, dans leur orthographe approximative.

Chacun a de bonnes raisons de parler seul. Quand on croit comme Lito qu'il suffit de penser très fort quelque chose pour l'obtenir, comme une montre Lewis Valentini, il n'est pas utile de formuler sa demande à voix haute. Quand on ne peut pas raconter ce qui se passe comme Mario, et qu'il est devenu urgent de fabriquer des (beaux) souvenirs à son enfant. Quand on a le sentiment que personne ne vous écoute comme Elena : la prudence des médecins m'exaspère. Parler avec eux c'est comme quand on téléphone avec un portable et que tout à coup il n'y a plus de réseau (p. 20).

Alors on pense seul, on parle seul, on écrit seule : Je file t'écrire. Tu n'auras pas à te plaindre. Même t'oublier me rappelle à toi (...) Je te pense en me parlant (p. 165).

Car une des forces du livre est de démontrer que si chacun ressent les choses à sa manière, sans échanger des paroles sonnantes et trébuchantes, il n'en est pas moins certain que les sentiments, eux, circulent et nourrissent les relations.

Il faudrait pouvoir entendre beaucoup de ces paroles. Comme celle, rapportée, du médecin Ezequiel qui a tout de même une manière très particulière de concevoir l'accompagnement de ses patients mais qui a une philosophie de vie très juste : si aujourd'hui vous n'êtes pas dans le présent, vous ne saurez pas être dans le futur demain (p. 88).

La venue d'Andrés Neuman est annoncée sur toute la durée du Salon du Livre de Paris du 20 au 22 mars 2014.

Parler seul d'Andrès Neuman chez Buchet Chastel, traduit de l'espagnol (argentin) par Alexandra Carrascos, sortie en librairie le 6 mars 2014

lundi 10 mars 2014

En direct des Globes de Cristal 2014 (première partie)

La chaine D17 retransmettait en très léger différé (et pour la première fois) la cérémonie de remise des Globes de Cristal dont la vocation est de célébrer et de récompenser la vitalité et la diversité de la création artistique en France, pas seulement celle du cinéma ou de la musique, mais aussi l'art contemporain, la littérature et la mode. Elle avait lieu ce soir dans la salle légendaire du Lido.

Alors que vous étiez (peut-être) devant vos postes de télévision à 22 h 30, nous étions déjà nombreux à être en place sur le tapis "rouge" que les invités fouleraient inévitablement.

En fait de rouge il est violet, et l'entrée du Lido est commune au cinéma UGC, ce qui, ce soir, était à la fois pratique et compliqué puisqu'on projetait l'avant-première du dernier film d'Alain Resnais, Aimer, Boire et Chanter qui est en quelque sorte l'abécédaire que le grand cinéaste laisse en héritage.

Les sifflets n'arrêtaient pas de résonner pour rythmer la circulation sur les Champs-Elysées. Beaucoup de personnalités ont du hésiter entre les deux soirées. Toujours est-il qu'on a pu voir la plupart des ministres, dont Aurélie Filipetti, ministre de la culture, emprunter le couloir de gauche pour rejoindre la salle de cinéma. Un hôte prestigieux créa l'attroupement, le président François Hollande, qui s'excusait en quelque sorte de n'avoir pu se rendre le matin même aux funérailles du cinéaste.
Serge Benaïm, producteur des Globes de Cristal échangea quelques mots avec le président. Le cordon bleu de séparation entre la gauche et la droite fut souvent franchi pour des saluts réciproques. Un rideau noir et blanc, évoquant XXL les bandes attribuées à Buren, sera tiré un peu plus tard pour assurer davantage d'intimité de part et d'autre.
Geneviève de Fontenay arriva parmi les premières, toujours très aimable et attentive aux questions d'un journaliste de Télé Loisirs. Elle attendait une miss, quoi de plus naturel. Je n'ai pas osé lui demander si elle avait choisi sa tenue en fonction du décor ...

L'effervescence grimpait de minute en minute. Certaines personnes ont cherché à s'infiltrer, d'un coté ou de l'autre mais sans carte de presse, pas d'entrée possible back stage, et la présentation du carton d'invitation était exigé pour accéder à la salle de spectacle.
En général chacun obtempérait, y compris des personnalités de toute évidence invitées comme Franz-Olivier Giesbert, avec un roman nominé. Que ne feraient pas certains pour un sourire d'une hôtesse !
Les femmes n'appréciaient pas toujours de voir un ruban, fut-il de satin, masquer un bracelet de marque. Certaines murmuraient qu'elles avaient été avisées d'arriver le poignet nu. Ils fallait voir les hommes tendre le bras avec gourmandise pour qu'une hôtesse y "mette la corde". Les fumeurs comprenaient l'intérêt du sésame leur permettant d'aller et venir avec tranquillité.

Corneille et son épouse Sofia de Medeiros s'y sont prêtés de bon coeur. Plus tard en soirée le chanteur interpréta un titre de son dernier album.

Massimo Gargia, très drôle, refusa d'un "non merci" péremptoire comme si on lui avait demandé l'aumône.

Norbert Tarayre, le très dynamique Top Chef,  déclara que la perspective de faire un bon dîner l'enchantait, et qu'il venait se mettre les pieds sous la table. Il évoqua malgré tout ses projets artistiques et culinaires. A suivre.

Le carton précisait "tenue de soirée". L'interprétation du terme était très diverse. Coté femmes j'ai vu très peu de robes longues, quelques jupettes ultra courtes, des shorts aussi.
Yamina Benguigui, ministre déléguée aux Français de l'étranger et à la francophonie, avait opté pour le jean. Arrivée avec Saïda Jawad, l'épouse de Gérard Jugnot, amie d'une ex Première Dame, on comprend que la ministre ait opté pour la soirée des Globes de Cristal d'autant qu'elle avait été récompensée en 2009 dans la catégorie Meilleur Documentaire pour "9/3 mémoire d’un territoire". Fidélité oblige !
Beaucoup de paillettes en tout cas. Le noir fut majoritaire quitte à opter pour le cuir comme Valérie Kaprisky éternellement charmante. Le bleu électrique était bien représenté aussi, et de manières diverses, parfois la robe, comme Célyne Durand, Sophie Tapie. Le bleu marine a été choisi par Valérie Toranian la directrice de la rédaction du magazine ELLE et Sophie Mounicot.
Chantal Ladesou se fit remarquer avec ses jambes bleu Klein. Questionnée sur ses pronostics elle promit de révéler les noms des gagnants ... après la cérémonie et en profita pour nommer les villes de sa tournée.  Elle sera très positive quant au nouveau trophée où elle voit deux oiseaux, deux personnes et qu'elle trouve très joli.
Cécile Cassel, connue désormais sous le nom d'artiste Hollysiz parce que le houx, c’est rouge et qui s’y frotte s’y pique, Siz pour le surnom que lui donnent ses amis, portait une tenue en harmonie. Nommée dans la catégorie Meilleure interprète féminine elle estima n'avoir aucune chance face à des artistes qui ont tout prouvé et souhaita que Yodelice, avec qui elle est partie en tournée, l'emporte coté masculin.
Muriel Mayette, administratrice générale de la Comédie française, assez surprenante avec une robe à très longue fermeture éclair dans le dos, arriva derrière son mari Gérard Holz, qui traçait au pas de course, suivie de près par Isabelle Morini-Bosc, encombrée d'une paire de béquilles qu'elle n'a pas utilisées.
L'équipe de la pièce La liste de mes envies (Salomé Lelouch, Anne Bouvier, Michaël Chirinian ...) était installée depuis longtemps à sa table. Le spectacle, que j'ai vu au Cine 13 et que j'ai chroniqué sur le blog est désormais à l'affiche du Théâtre des Béliers Parisiens.
Dans la salle du Lido le spectacle distrayait les invités. Il était temps de quitter le "violet carpet" et de profiter des derniers numéros.
Ne pouvant pas publier des articles trop longs je fais une pause. Vous connaissez les résultats mais dans une seconde partie je me propose de vous livrer les réactions "off" de certaines personnalités.

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