Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

lundi 19 février 2024

Thalasso à Saint-Trojan-les-Bains

Si vous êtes adeptes de thalasso vous trouverez tous les soins qui vous feront envie dans l'établissement Novotel de Saint-Trojan-les-Bains (17), situé à la pointe de l'île, mais vite accessible depuis le pont (dépourvu de péage) qui relie l'île au continent.

Si vous n'avez pas l'habitude des vertus marines, l'équipe saura vous mettre en confiance pour que vous passiez d'excellents moments. 

La qualité d'une chaine se mesure à la résistance du maillon le plus faible. Ici tout est également parfait. Je  ne cherchais pas la fausse note et je n'en ai remarqué aucune.

L'accueil est sympathique. On sent immédiatement que tout sera entrepris pour qu'on soit à l'aise, sans en faire trop non plus.

On vous remettra un sac avec un peignoir épais (qui n'est pas blanc, mais d'une jolie couleur taupe, et j'avoue que j'aime beaucoup ne pas ressembler à une curiste, donc ça me va très bien), des claquettes en jonc, ce qui, là encore est plus élégant que les mules en éponge imprimées au nom de l'hôtel, et un gobelet (qui n'est pas en carton) pour vous inciter à boire régulièrement une infusion à l'arôme naturel de pamplemousse, en accès libre, dans le couloir des soins. Il est recommandé de la boire trois fois par jour pour faciliter la digestion, grâce aux vertus du romarin, de la verveine, des graines de fenouil.
Comme il est agréable que tout l'espace bénéficie de la lumière naturelle ! J'adore les fauteuils de plexiglass vintage qui égaient le hall. C'est un plaisir d'y attendre d'être appelée pour un premier soin. Mais je comprendrais que vous préfériez vous allonger et lire un chapitre de votre livre en cours. C'est tout à fait envisageable dans les demi-sofas de cuir blanc, avec les jambes en position surélevée.
Quoique vous ayez retenu, je parie que vous suivrez le conseil de démarrer avec un gommage dont vous aurez choisi le parfum parmi plusieurs propositions à base de cristaux, soit de sucre, soit de sels, qui sont les deux procédés qui permettent d'exfolier les cellules mortes.
Votre peau sera ainsi préparée à recevoir les bienfaits de l'eau de mer. D'une façon générale, la thalassothérapie a trois effets positifs :
- la pénétration des sels minéraux et d'oligo-éléments dans l'organisme,
- une fonction de drainage lymphatique puisque les massages se feront systématiquement des pieds vers le coeur,
- une diminution de l'effort physique en raison de l'effet de portance de l'eau qui fait qu'on ne pèse que 10% de son poids. On en devine tout l'intérêt dans les exercices de rééducation entrepris pour soulager les articulations en cas de surcharge pondérale. Faire de l'aquabike a un effet très positif sur les genoux en milieu aquatique,
- une fonction anti-stress facilitant le lâcher-prise.

dimanche 18 février 2024

La fête du mimosa de Saint-Trojan-les-Bains (17)

C'est la première année que je peux suivre le défilé de la Fête du Mimosa de Saint-Trojan-les-Bains (17) sur l'île d'Oléron. Elle a eu lieu ce dimanche 18 février 2024 au terme de deux jours de festivité qui ont attiré les habitants et les touristes en grand nombre.

Il y a eu l’avant-veille un concert gratuit de la Philharmonique Oléronaise en l’église de Saint-Trojan-les-Bains et d’une brocante  / vide-grenier dans les rues du village.

Les animations ont commencé en fin de matinée dans les rues du centre-ville mais le point d’orgue était le Grand Corso Fleuri composé d’une vingtaine de tracteurs  et de chars décorés par du mimosa en fleurs, de bandas et de troupes costumées;

Le cortège s’est ébranlé à 14 h boulevard Pierre Wiehn en direction de la rue de la République, a poursuivi rue du Port et s’est engagé boulevard de la Plage jusqu’à la salle des fêtes où des musiques et des danses folkloriques ont clôturé l’après-midi tandis qu’une fête foraine se déroulait tout le week-end place du Maréchal Leclerc.
La longueur du parcours se justifie par l’attente de 20 000 à 40 000 personnes, malgré une météo capricieuse. Je n’ai supporté que le vent et un petit crachin mais ceux qui sont arrivés tardivement ont carrément dû sortir le parapluie. J’admire la persévérance des milliers de personnes qui se groupaient en bordure de route et des participants qui ont tant travaillé à préparer leurs chars et qui marchaient en costume fragile ou pire, les bras et jambes nus.

On vient de loin, de toute de toute la Charente-Maritime, la Vienne, les Deux-Sèvres, ou de Charente, et il faut s’organiser pour stationner loin de la zone de défilé, car la route principale est fermée à la circulation par sécurité plusieurs heures avant le début de la manifestation. Il n’est pas commode d’accéder, même à bicyclette. Il faut dire que la Cavalcade du Mimosa est une institution très populaire qui, théoriquement marque la fin de l’hiver depuis … sa création en 1959.

Quand j’en parle autour de moi, loin d’Oléron, la surprise est systématique. Les gens pensent que le mimosa ne pousse que sur la côte méditerranéenne. Certes, cet arbre n’a pas toujours existé sur l’île mais il y fleurit et embaume la région depuis plus de 150 ans et il en est devenu un des symboles forts.

Le mimosa appartient au genre des Acacias qui comprend environ 1200 espèces d'arbres ou d'arbustes. La plupart des variétés de mimosas que nous cultivons en Europe ont été importées dans les années 1820 du sud de l'Australie par des botanistes anglais. Il n'est arrivé sur le littoral méditerranéen qu'en 1864 d'où il fut expédié dans toutes les grandes villes de France et d'Europe.

C'est ainsi qu'il arriva à peine plus de trente ans plus tard sur Oléron. C'est à Nicolas Martin (1840-1922), savoyard de naissance, et sa femme Gertrude née Testard (Saint-Trojanaise de souche), que l'on doit l'introduction des premiers plants de mimosa à Saint-Trojan, en automne 1892.

Le couple arrivait de Cannes où il avait fait carrière dans le même établissement hôtelier : lui en tant que cocher, elle comme femme de chambre. Ils ramenèrent des plants pour embellir la villa L'Hermitage, qu'ils venaient d'acquérir. Ils se développèrent vite grâce au microclimat de Saint-Trojan les Bains, avec au moins 3 heures quotidiennes de soleil et des sols assez pauvre et surtout bien drainés voire secs.

Fort de cette réussite, Nicolas Martin implanta d'autres pieds au centre du village et orna sa seconde maison, rue Omer Charlet, qu'il appela "Les mimosas". La commune lui rendit hommage en 1952 en baptisant de son nom une rue située quartier des Gaules, où avait été créé (dans les années 1931-1932), la plus grande mimoseraie de Saint-Trojan-les-bains, sur les terrains de la Société Immobilière de la Pointe de Manson dont Jules Vinsous, architecte, était directeur. Depuis cette zone a été urbanisée.

La création d'une nouvelle mimoseraie fut décidée, sur un terrain communal situé dans le quartier des Bris, à la suite du gel qui sévit sur 3 années consécutives (1985 à 1987) afin de redonner au mimosa la place qu'il occupait dans la cité et pour disposer des fleurs nécessaires à l'organisation de la Fête du Mimosa.

80 pieds furent plantés en mars 1990, afin d'obtenir une floraison échelonnée du 15 Janvier au 15 Mars. De nouveaux plants furent rajoutés en 1995, portant à 110 le nombre de pieds de mimosas. Des plantations diverses : saules, peupliers, érables, vergnes prunus y ont été adjointes pour la protection des mimosas contre les vents du nord et d'est, mais aussi pour éviter que le terrain reste nu en cas de grand gel, en attendant la repousse. Les arbres sont surveillés en raison de leur sensibilité à la cochenille australienne (Icerya Purchasi) et de son prédateur, la coccinelle (Novius cardinalis), australienne elle aussi.

Il existe plusieurs variétés intéressantes comme Le Gaulois, Le Mirandole, ou encore Rêve d'or, enfin le Mimosa des quatre saisons (Acacia retinodes), qui fleurit deux fois par an, une fois en hiver et une fois en automne. Mais c'est surtout la variété mimosa d'hiver (Acacia dealbata), qui est un hybride, que l'on trouve sur Oléron.

Cette Mimosacée est vivace, fleurit de Décembre à Mars et peut monter jusqu'à 10 mètres de haut (30m dans sa contrée d'origine en Australie). Il se plante et se rempote au printemps et automne. Ses fleurs sont jaunes, parfumées (utilisées pour les parfums). Son feuillage est persistant du vert au bleu, ce qui est un atout supplémentaire. Il est rustique mais supporte mal des températures en dessous de 10°C. Sa croissance est rapide, de 30 à 60 cm par an et il est conseillé de le tailler après floraison en ne coupant que les rameaux ayant fleuri. Symbole fort de la culture Saint-Trojanaise, la fleur de mimosa représente la magnificence, l'élégance, la simplicité, la tendresse et l'amitié. Elle évoque la lumière et l'espoir, même dans les moments les plus sombres de l'histoire. C'est pour cette raison que, depuis 1946, et malgré une apparente fragilité, le mimosa est l'emblème de la journée de la femme.

Pour sa 65ᵉ édition, la fête a repris un format classique, après deux ans sans festivités à cause de la crise sanitaire et une version allégée l'an passé. La participation active des diverses associations locales a joué, comme par le passé, un rôle moteur dans la réussite de la fête. Certaines conçoivent des chars, décorent les chars loués, réalisent des déguisements et le jour J, tous les bénévoles animent avec bonne humeur le corso fleuri. Ce fut l'occasion de mettre en valeur le patrimoine local, notamment gastronomique, comme l'oignon Saint-Turjan dont j'ai déjà parlé dans cet article.
Les peluches étaient bien présentes pour réjouir les enfants ainsi que les clowns.

samedi 17 février 2024

Anna adopte un chat d’Evelyne Dress

Je sais combien Evelyne Dress est une amie des chats. Elle leur a consacré un livre entier, il y a deux ans, sobrement intitulé Mes chats. En revanche, j’ignorais qu’elle avait le projet d’écrire pour les enfants sur ce même thème.

Le titre, "Anna adopte un chat", révèle quasiment l’issue de l’histoire. Il est probable que les attentes diffèrent en littérature générale et en littérature jeunesse.

Toujours est-il que j’ai d’abord estimé que la maman d’Anna était bien inconséquente en proposant à sa fille de garder un chat pour rendre service alors que la fois précédente ça s’était mal terminée. Une telle maladresse m’étonnait de la part d’Evelyne dont je connais la délicatesse et dont la silhouette, croquée par Maurice Antunes, rappelait la sienne dans le rôle de la maman d’Anna.

J’ai vite deviné pourquoi la maman d'Anna avait pareillement agi et j’ai beaucoup apprécié. L’espiègle gamine a quelque chose de Fifi Brindacier, en plus touchant, et on aimerait nous aussi être adoptés au sein de cette famille aimante, par des parents fort sympathiques.

J’espère que ce pas de côté dans l’univers de la littérature jeunesse est le premier d’une série. J’ai envie de connaître la suite de l’aventure, puisque j’ai cru comprendre que le chat avait des progrès à faire, notamment en calcul.

Le lecteur pourrait aussi souhaiter connaître les professions du père et de la mère. Comment Anna réagirait-elle à l’annonce d’un déménagement, de l’arrivée d’un frère, de l’accident d’un proche … Il y a tant de thèmes à investiguer …

Annoncé pour la tranche d’âge 3-8 ans cet album a de quoi inspirer une conduite empathique à bien des parents.Il m’a permis de découvrir Grrr. Art Editions qui est une maison que je ne connaissais pas malgré un quart de siècle d’existence et un catalogue riche de 250 titres dont le credo est de parler autant à la tête qu’au coeur en ne s’interdisant pas de jouer avec les mots.

Anna adopte un chat d’Evelyne Dress, illustré par Maurice Antunes, chez Grrr…art Editions, en librairie le 25 février 2024

vendredi 16 février 2024

Le douzième "Fauteuil d’artiste" de la Scala par Bertrand Lavier

Après celui de Prune Noury, place à un nouveau "Fauteuil d’artiste" dans le hall de la Scala - Paris.

C'est un artiste français plutôt clivant qui a été choisi pour réaliser ce douzième élément, avec, on l'imagine, pour seule contrainte de respecter la couleur bleue qui domine dans cette salle de spectacle.

Bertrand Lavier est resté dans l'insolence en détournant une assise grand siècle pour servir de support à un des sièges sur lesquels on peut s'asseoir dans la grande salle.

Par ce geste il est fidèle à ce qu'on a déjà vu de lui : un réfrigérateur posé sur un coffre-fort, un piano repeint, une Alfa Romeo écrasée, une montgolfière, un pylône électrique tronqué, un nounours sur un socle…

Cet artiste interroge toujours l'art avec humour pour nous amener à réfléchir à ce que c'est qu’une sculpture, une peinture, un objet d’art,et plus globalement sur notre civilisation post-industrielle où la production en série, y compris des objets de valeur, est devenue une banalité, laissant peu de place à la nouveauté.

Né en 1949 en Bourgogne, celui qui se destinait au métier d’horticulteur a construit, depuis un demi-siècle, une œuvre dont les ressorts poétiques sont la greffe, l’hybridation. Il n'a de cesse de remettre en cause les bases du modernisme en proposant, avec un grand sens de l’esthétique, de réagencer l’existant.

jeudi 15 février 2024

Mille Hivers de Renaud de Chamaray

J'ai entendu beaucoup de bien à propos de Mille Hivers de Renaud de Chamaray. Ce premier roman a été distingué par plusieurs récompenses mais, par honnêteté, je dirai que je n'ai pas réussi à entrer dans cette histoire.

Je suis même allée jusqu'à lire le dernier chapitre en me disant que, peut-être, il m'encourageait à reprendre au début. Mais non.
Sur une île privée, dans le golfe de Gascogne, Dorothée et Tortu assistent à un étrange spectacle : au lendemain d’une tempête qui les a coupés du reste du monde, un iceberg s’est échoué sur le rivage. Elle, fille unique du propriétaire, venue au chevet de son père mourant, veut se faire l’écho de ce phénomène hors norme ; lui, colosse fragile et gardien solitaire de l’île, s’inquiète de pouvoir préserver la quiétude de cette terre devenue sanctuaire. Mais c’est ailleurs que se déroulera la trame d’une histoire dont ils ne perçoivent alors que les contours. Suivront trois jours suspendus où chacun d’eux verra ses certitudes être ébranlées et son passé refaire surface. Roman de la recherche intime, Mille Hivers est une fable contemporaine qui questionne nos choix et la place que nous tentons d’occuper dans le monde.
Il y a peut-être une offre trop conséquente de romans traitant des préoccupations écologiques. On finit par se lasser même si on reste conscient de la gravité du problème. A vous de vous faire votre propre opinion.

Mille Hivers de Renaud de Chamaray, édité par Le mot et le reste, en librairie depuis le 28 août 2023

Liste des livres sélectionnés pour le Prix des Lecteurs d'Antony :

mercredi 14 février 2024

Le blog a 16 ans révolus

J’aime beaucoup le rez-de-chaussée du musée Carnavalet dont les enseignes anciennes nous rappellent combien elles étaient utiles pour orienter la clientèle, surtout en l’absence de numérotation des immeubles. Les analphabètes n’avaient nul besoin de demander leur chemin. 

Les temps ont bien changé, quoique si je me lance sur le sujet je dirais que l’attribution de noms aux rues et places n’étant pas toujours assorti de la pose de plaques au bon endroit ( comme c’est agaçant !!!!) nous avons la chance que des applications nous guident à partir de nos smartphones.

Quant à la lecture, il semblerait que globalement nous n’aurions pas fait de progrès. Je devrais sans doute écrire plus court mais autant j’adore cette contrainte quand je publie sur les réseaux sociaux autant j’apprécie de pouvoir dire "tout" ce que j'ai à dire quand je m’exprime ici. Je tiens à ce que vous -lecteurs- soyez parfaitement au fait de ce que vous trouverez dans votre assiette avant de pousser la porte du restaurant que je recommande. Que vous sachiez si a priori vous serez attiré par tel livre, film ou pièce de théâtre. Et que vous n’ayez pas de mauvaise surprise en vous lançant dans la réalisation d’une de mes recettes. Je soigne ma renommée.
Chaque 13 février est prétexte à un bilan que j’essaie de formuler chaque année avec une approche différente. Cette fois j’insisterai sur quelques chiffres :
  • Plus de 4400 chroniques publiées
  • Quelque 400 encore à l’état de brouillon, dont certains ne seront jamais publiés (notamment les livres qui me sont tombés des mains et les spectacles décevants dont il est inutile que je dise du mal). Et puis je ne publie pas toutes mes pensées. Je renonce souvent à traiter les sujets polémiques après avoir malgré tout passé du temps à les analyser.
  • Avec plus d’un millier de critiques de spectacles et autant consacrées à des livres on peut considérer que chacun de ces domaines occupe un quart de l’espace.
  • Il y a grosso modo 2 articles sur 3 qui concernent un thème culturel et 1 sur 5 un sujet culinaire. 
Un espace reste disponible pour aborder des sujets moins convenus comme je l’ai fait sur la Crète ou le département de la Mayenne l’été dernier. J’aime avoir l’opportunité de parler d’une région en abordant plusieurs thèmes.

L’écoresponsabilité me tient à cœur et j’aimerais faire vivre une rubrique régulière donnant des trucs et astuces en matière de "cuisine de la récup". Ce n’est encore que peau de chagrin car cela exige une grande mobilisation et une forte organisation mais le projet est en work in progress selon l’expression consacrée.

Je remarque qu’avec seulement 16 coups de cœur en douze mois on ne peut pas me reprocher d’abuser du label. Je reste prompte à l’enthousiasme et au partage, un peu moins malgré tout, parce que l’ambiance devient de plus en plus morose, même si je ne suis pas blasée.

On me demande souvent des statistiques. Alors en voici. Je constate que je vais voir une centaine de spectacles par an, et que je lis autant de livres dont un tiers de premiers romans. Que je vois en moyenne une exposition par mois, et deux films dans une salle de cinéma. Mais, comme toujours, ce ne sont que des chiffres qui traduisent maladroitement la réalité puisque, en période de festival, je peux voir trois ou quatre films au cours d’une même journée.

Malgré l’immensité du travail, car je le fais comme une professionnelle ( à l’instar d’un sportif qui ne fait pas de différence entre les types de compétition) j’ai toujours beaucoup de satisfactions, d'échanges positifs, instructifs, enrichissants (si je puis dire car je me méfie de ce mot puisque je ne gagne pas un centime).

Pourtant les modes de communication ont changé depuis la pandémie. Les budgets se sont resserrés. Les lancements de produits et de marques ne s’accompagnent plus de fêtes grandioses, ce qui a pour avantage d’avoir évincé les pique-assiettes. La dérive est que certaines agences privilégient tant le distanciel qu’à les entendre on serait bienvenus de reprendre mot pour mot leurs communiqués de presse et leurs photos officielles. Je ne tomberai jamais dans ce travers et tiendrai le cap : ne parler que de ce que j’ai vu, lu, entendu et testé personnellement.

Un bilan ne serait pas sincère s’il n’abordait que du positif. Il fallait bien que ça arrive un jour, un couac de force intergalactique me fâcha avec une marque dont j'avais jusque là une excellente image. Suite à un échange téléphonique, j'avais envoyé un mail donnant des liens vers des articles pour prouver combien je m'intéressais à leurs produits. On m'a répondu avec mépris, dans une formulation insultante, comme si j'avais fait une prospection commerciale et que je vendais des prestations. Me voilà vaccinée de vouloir rendre service à une entreprise (française, ancienne, et dont je ne dirai jamais un mot).

Ces douze derniers mois ont été marqués par plusieurs moments formidables, et d'autres s'annoncent déjà pour les semaines à venir.
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Article illustré par deux photos prises au musée Carnavalet. La première est une plaque de libraire en métal peint de la fin du XIX° sur laquelle on lit À l’enseigne du livre rouge et de la plume blanche. La seconde est une enseigne en tôle de fer peinte d’un commerce non identifié (entre 1800 et 1804), marqué de l’inscription À la bonne renommée.

mardi 13 février 2024

Wine Paris & Vinexpo Paris février 2024

(mise à jour mars 2024)
Cette nouvelle édition affirme Winexpo comme le premier grand rendez-vous de l’année, avec 36 334 visiteurs venus de 42 pays différents en 2023. Ils seront 41 250 visiteurs (dont 35% d’internationaux hors France) venus de 50 pays cette année. Côté exposants, leur nombre passe de 3300 à 4000. Il y aura même eu un off avec 200 établissements offrant expériences singulières et soirées spéciales. 

Certes, le monde du vin et des spiritueux doit affronter moults soucis à commencer par le dérèglement climatique. Les vagues de chaleur peuvent entraîner une maturation précoce des raisins causant une teneur en sucre trop élevée et une acidité insuffisante. L’excès de pluie provoquera des maladies fongiques et à l’inverse le manque de précipitations impliquera un stress hydrique affectant la quantité récoltée. D’autres aléas sont à craindre. Les viticulteurs élaborent donc des modifications dans leurs pratiques, un autre choix de cépages et le recours à des technologies de gestion des risques. 

Sur le plan géopolitique, ce sont le Brexit, les droits de douane punitifs, diverses contraintes économiques et des changements de législation (par exemple seuls les producteurs russes auront le droit au mot champagne pour désigner un vin à bulles).

Ajoutons les contraintes de durabilité, de réduction de l’empreinte carbone, les exigences de RSE (un exemple appliqué au salon avec la récupération de 5000 litres de liquides des crachoirs et des bouteilles entamées pour être distillés et rentrer dans la composition de biocarburant).

Enfin les nouvelles attentes des consommateurs sont parfois diamétralement opposées. On observe  une tendance hédoniste de super premium (je l'ai constatée avec les whiskys)et un souhait de No/Low (certes pas par tous) signifiant abstinence et/ou modération dont 44% des personnes se déclarant auraient entre 18 et 25 ans. Partout dans le monde on demande des vins moins alcoolisés et on remarque le développement de nouveaux concepts de bars sans alcool.

On m’en a proposé plusieurs ces derniers temps (comme Savage qui s'apprête à lancer trois saveurs différentes, destinées à l'heure de l'apéritif et des tapas) mais je n’y avais pas encore perçu un vrai mouvement. Citons en France Le Petit Béret et French Bloom que j'ai découvert au moment des fêtes de Noël dans un grand magasin et qui m'a étonnée par la finesse de ses bulles.

Le métier de sobrelier équivalent du sommelier mais dans le monde du sans alcool est en plein essor. Je dois prochainement en rencontrer un qui s'est spécialisé dans la création de cocktails inspirés par de célèbres compositions.
L’Italie le plus vieux pays producteur de vins au monde et compte 400 cépages autorisés en appellation. Quoiqu’ayant perdu sa place de premier producteur de vin il était invité d'honneur. Les vins du nouveau monde progressent, notamment ceux de Nouvelle-Zélande, d’Australie … et de l’Etat de Virginie dont c’est la première participation.

Le marché des spiritueux explose, ce qui profite notamment au mezcal, à la tequila et au saké. Je n’ai pas testé, faute de temps (et aussi par raison) l’infinité Bar qui tout le long de ses 40 mètres accueille 20 bars à cocktails de renom avec l’ambition de proposer 60 créations de haute volée.

Le présent article fera le point sur les stands que j'ai visités en spiritueux, en vins, puis de quelques producteurs internationaux, américains et mexicains. Evidemment ce n'est qu'une infime partie du salon et chaque dégustation eut lieu en toute modération. Une journée à Vinexpo ne permet déjà pas de voir tous les exposants que j'avais prévu de visiter. Mais j'ai fait de nouvelles découvertes et c'est l'essentiel dans une manifestation comme celle-là. Voici donc ce que j'ai retenu de cette édition de février 2024.
Commençons par les Hauts-de-France chez T.O.S. Distillerie dont l'héritage du savoir-faire des brasseurs a conduit l'équipe a concevoir des spiritueux en s'engageant dans la vie de leur région dont ils privilégient les approvisionnements locaux pour confectionner leurs produits.

Ils ont distillé leur premier whisky en novembre 2017 sous le nom d'Artesia, un orge pur malt élevé majoritairement en barriques de bourbon de première utilisation qui lui confèrent des arômes de vanille et de pain toasté.

Quatre autres composent aujourd'hui la gamme, 100% orge, orge maltée ou seigle, veillis en barrique de bourbon, de porto ou même de sherry.
 
C'est le Whisky Artesia, Fût Noir Char #3, qui a ma préférence. Après un vieillissement initial en fûts de bourbon, il subit une seconde maturation en fûts de chêne américain. Ces fûts sont soumis à un brûlage intense, atteignant un niveau d'intensité 3, conférant au whisky une finale intense de vanille caramélisée.

lundi 12 février 2024

La Virginie va compter dans l’univers du vin

Les vins de Virginie ne sont pas encore distribués en France. Ils se situent, d’après les œnologues, à mi-chemin entre l'Europe et la Californie parce qu’ils sont puissants et structurés, aromatiques, expressifs et magnifiquement équilibrés, alliant la subtilité de l'ancien monde à l'audace du nouveau.

Ce n’est pas une parole rapportée que je vous confie mais le résultat d’une dégustation magnifiquement organisée ce soir à l’ambassade des États-Unis par Madame l’ambassadrice Denise Campbell Bauer en compagnie de plusieurs viticulteurs qui participaient pour la première fois à Vinexpo Wine Paris dont je vous parlerai demain en partageant les découvertes que j’y ai faites.

Avant de vous raconter quels furent les accords mets-vins de ce dîner donné en l'honneur de l'héritage vinicole de la Virginie, je voudrais rappeler que l'établissement est installé dans l'hôtel de Pontalba au 41, rue du Faubourg-Saint-Honoré dans le 8e arrondissement de Paris.

Il fut construit entre 1842 et 1855 par les architectes français Louis Visconti et Antoine Vivenel sur commande de la baronne de la Nouvelle-Orléans, et femme d'affaires américaine d’origine espagnole, Michaela Almonester de Pontalba, dont l’immense portrait orne le salon éponyme.

Cet hôtel particulier se présente comme un mélange des styles Louis XIV et Louis XVI. Elevé de trois étages sur le jardin, il se compose d’un élégant corps de logis classique encadré d’ailes très saillantes. Les fenêtres sont en plein cintre au rez-de-chaussée et rectangulaires à l’étage.

Des pilastres encadrent chaque fenêtre. A l’intérieur, le baron de Rothschild, célèbre amateur d'art et mécène, qui l'occupa après la baronne de Pontalba fit aménager un escalier majestueux, un salon octogonal et une salle de bal couverte de boiseries sculptées de scènes de La Fontaine qui par la suite ont été léguées au musée d’Israël à Jérusalem. Les boiseries actuelles sont donc des copies.

Pendant la Seconde guerre mondiale, l’hôtel de Pontalba devint le quartier général de la Luftwaffe et d’Hermann Göring. En 1948, la demeure est rachetée par les Etats-Unis. Depuis 1972, elle sert de résidence à l’ambassadeur des Etats-Unis et le président des Etats-Unis y a sa propre chambre.

Nous étions une soixantaine d’invités à cette soirée à laquelle nous avons d'abord été conviés dans la Salle de signatures aux boiseries en plâtre provenant de l’hôtel Biron à déguster un verre de bulles virginiennes Brut Vintage 2016 de King Family Vineyards pour laisser le temps à tous d’arriver et faire connaissance.

Ce vin pétillant 100% Chardonnay était fort bien choisi pour lancer la soirée avec élégance. Les bulles sont très fines comme on les apprécie en France et le nez évoque le litchi. On pourrait croire qu'il s'agit d'un champagne. Aucun doute que ce domaine sait travailler, pour preuve la qualité de leur Sauvignon blanc que j'apprécierai plus tard. 

Pour le moment l'occasion nous est donnée d’admirer la vue sur la Tour Eiffel depuis le grand Salon Samuel Bernard, très bien éclairé par un lustre de cristal et de découvrir les toiles qui ornent les murs d’un salon attenant.
Huile sur toile sans titre de 2020 de Claude Lawrence (né en 1944)
Longtemps la réputation d'excellence de ce lieu a tenu au talent culinaire du chef Philippe Excoffier, qui a officié dans les cuisines de l'ambassade pendant une douzaine d'années. Il a ouvert son restaurant dont j'ai dit tout le bien que je pense il y a quelques mois.

Le chef français Yves Roquel, de la résidence de l'ambassadeur, et le chef américain Tim Moore, de Early Mountain Vineyards en Virginie, se sont associés pour imaginer des harmonies qui s’accordent avec les vins de chacun des 7 domaines présents à Vinexpo : Early Mountain Vineyards, King Family Vineyards, Michael Shaps Wineworks, Paradise Springs Winery, Rosemont Vineyards, Veritas Vineyard and Winery et Williamsburg Winery.
Comme toujours à l'ambassade (et sans doute pour éviter qu'une main malencontreuse ne perturbe la répartition prévue par le protocole, les tables ne sont identifiées que par une lettre, et les cartons marque-place ont été auparavant glissés dans une petite enveloppe qui est posée, en respectant l'ordre alphabétique, sur une table dans le grand salon). Je découvre que je serai à la table E et y pose le carton à mon nom. Les viticulteurs présents étaient répartis entre les tables. J'aurai la chance de pouvoir m'entretenir avec Matthieu Finot (de King Family Vineyards) et avec sa femme Erin.

Il est né à Crozes Hermitage dans une famille de viticulteurs et d'amateurs de vin, et était prédisposé à poursuivre dans ce secteur. Il étudia d'abord la viticulture et l'œnologie à Beaune. Diplômé en 1995, il a travaillé dans la Vallée du Rhône, Bordeaux, la Bourgogne, la Provence et le Jura. Puis en Italie et en Afrique du Sud avant de s'installer en Virginie en 2003 et a rejoint l'équipe de King Family Vineyards en 2007. Il a fondé le Winemakers' Research Exchange et il est membre du conseil d'administration de Monticello Wine Trail. Chez King Family, il travaille avec différents terroirs à Turk Mountain Vineyards, qu'il gère actuellement, et il est associé avec son frère pour établir et développer le Domaine Finot dans deux régions de France.
Le dîner a commencé avec une assiette composée -de gauche à droite- d'une Gaufre de patate douce de Caroline du Nord et pickles de légumes aux grains de caviar, d'un Tartare de boeuf au caviar ociètre royal, crème de Koji, seigle au levain, ail aux deux façons, et d'une Pancake de maïs, gelée de pomelos de Floride, homard du Maine.

C'est le Petit Manseng 2021 de Michael Shaps qui a été choisi pour les accompagner. Ce vin composé de 95% Petit Manseng, 5% Roussanne se révèle presque sucré, franchement étonnant, évoquant un Savagnin si on tient absolument à établir une comparaison. Il apporte de la vivacité à chacune des trois bouchées. 

Michael Shaps est un nom à retenir. Cet œnologue américain maitrise parfaitement l'élaboration de ses vins. Il nous surprendra encore en fin de repas.

Il s’est installée en France 1990 et inscrit au Lycée Viticole de Beaune pour faire un BTS en viticulture. Il aura eu le privilège d’élaborer deux millésimes avec la très réputée Maison Chartron & Trebuchet à Puligny Montrachet. 

En 1995 Michael est parti en Virginie pour devenir chef de cave et responsable de Jefferson Vineyards, situé à Charlottesville. Six ans plus tard et fort de nombreuses récompenses il créa son propre vin sous l’étiquette Michael Shaps. De plus il a eu l’opportunité de s’implanter en 2004 en Bourgogne, où il créa un négoce à Meursault. Depuis 2017 il s'est étendu en Côte de Beaune avec presque quatre hectares de vignes au sein des appellations Pommard, Volnay, Maison Dieu, et Bourgogne Côte d’or. Le domaine y est géré par sa fille, Hanna (que je rencontrerai demain).
Suivi un superbe Carpaccio de Saint-Jacques (fraichement récoltées sur la côte Est des Etats-unis par Wanchese Fish Company), huitre perlée, tuile aux épices cajun.

Le Sauvignon Blanc de King Family Wineyard accompagna merveilleusement cette recette par la richesse de sa texture. Il présente une complexité nuancée, une acidité vive et des caractéristiques d'agrumes prononcées. Il ne fait aucun doute que le vigneron a été inspiré par les vins blancs de la vallée de la Loire. C'est un vin polyvalent qui s'accordera avec différents mets et qui continuera à bien vieillir en bouteille pendant plusieurs années. J'avoue qu'il fut ma préférence parmi les blancs goûtés ce soir.

Matthieu Finot m'a raconté l'histoire de la vigne en Virginie dans ses grandes lignes. Ses étés chauds et humides peuvent représenter un défi pour la viticulture, et ce n’est que depuis vingt ans que l’industrie a développé son statut de nouveauté. Mais son histoire viticole remonte à l'ère coloniale quand l'Acte 12 obligeait les colons de Virginie à planter des vignes. Thomas Jefferson, un des premiers présidents américains, fit beaucoup à l’époque pour développer la culture. Il ne connut malheureusement pas beaucoup de succès, car la plupart des vignes plantées furent touchées par les maladies, mais les bases de la viticulture en Virginie étaient établies. Mon souvenir de la visite de sa maison à Monticello, demeure inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO est malheureusement trop ancien mais il est probable que j'y ai vu des traces de son intérêt pour la vigne.

dimanche 11 février 2024

Passeport d’Alexis Michalik

(article mis à jour le 3 avril 2024)  
Je n’allais pas manquer Passeport, la nouvelle création d’Alexis Michalik et j’y suis allée sans rien avoir lu de la pièce, sachant d’avance que, quel que puisse être mon avis, ce serait un succès comme tout ce qu’entreprend cet artiste qui maitrise les clés en terme d’écriture comme de mise en scène et de choix de ses comédiens.

Son secret réside peut-être dans sa manière de travailler en équipe. Toujours est-il qu’il existe un phénomène Michalik, et qu’on ne peut plus prétendre découvrir chez lui un talent qui est de notoriété publique. Et pourtant si. J’ai été surprise par le côté thriller de Passeport.

Je ne savais rien à son propos, si ce n’est que le titre et l’affiche me donnaient un indice évident : il allait être question de migration. Je ne m’attendais pas à vivre la soirée dans le suspense et cela m’a grandement plu. Je vous laisserai faire votre propre expérience et ne vous en dirai pas trop.

Issa, jeune Érythréen est laissé pour mort dans la « jungle » de Calais. Il est sauvé par la médecine mais il a perdu la mémoire. Le seul élément tangible de son passé est son passeport. Le seul point positif de son présent est la compagnie et l’entraide d’autres migrants qui vont l’encourager à tenter d’obtenir un titre de séjour. Nous allons assister à ce parcours en suivant les différentes voies qu’il va suivre au cours d’un temps assez long.

La présentation des protagonistes alignés sur le bord de scène me donne l'impression d’être déjà rendue aux saluts. Nous avons Michel, français né à Calais, Lucas français né à Mayotte, un département de 300 000 habitants mais trois fois plus petit que la Corse, Jeanne de parents maliens, Arun d’Inde, Ali de Syrie, Yasmine de père algérien et mère marocaine, et puis Issa qui ne peut dire que son prénom.

Michel devient le récitant pour décrire la jungle de Calais alors que le public vit l’accident d’Issa comme un flash-back et que s'effectue une prise en charge médicale en alternant français et mauvais anglais. Il dit les a priori, les nationalités : vous vous retrouvez seul, sans moyens, dans une zone inhospitalière, dans un pays inconnu dont vous ignorez la langue et qui ne veut pas de vous.

79 scènes courtes vont s'enchainer à un rythme soutenu, avec des changements de décor à vue (comme le fait toujours Alexis Michalik au théâtre) avec des personnages qui sont au final très nombreux (je crois en avoir compté 35). Seul Jean-Louis Garçon n'interprète qu'un seul rôle, celui d'Issa. Certains comédiens en endossent 5 ou 6. La langue se compose de dialogues qui se répondent en phrases courtes, concernant plusieurs époques, entre lesquelles plusieurs personnages effectuent des aller retour temporels.

Notre attention est donc constamment sollicitée, comme dans la meilleure série télévisée, par des rebondissements et des changements de perspective tandis qu'on suit deux-trois histoires parallèles à la quête d'identité d'Issa qui se déroule en écho de celle de Lucas qui veut retrouver sa mère biologique. Le déjeuner chez ses parents, Michel et Christine, est un peu houleux même si beaucoup de sentiments traversent les dialogues, y compris l'amour filial, avec plus tard ce conseil à méditer : Ne soyez pas trop durs avec vos enfants.

Les conditions de vie des migrants sont abordées mais ce n'est pas le coeur de l'intrigue. On apprend  malgré tout l'origine de ce nom de jungle pour le camp de Calais, consécutivement au démantèlement de celui de Sangatte en 2002. Les migrants, surtout des Afghans, se sont retrouvés dans la forêt avec leurs tentes. Forêt se disant "jengal" l'endroit s'est appelé jungle.

Il y a plusieurs touches d'humour. Comme le rappel à l'occupation de Calais par les Anglais pendant plus de deux siècles, avant être reprise, en 1558 par le duc de Guise avec 30 000 hommes qui ont bataillé une semaine. Il est amusant de remarquer qu'aujourd'hui tous ceux qui veulent aller en Angleterre se retrouvent à Calais alors qu'on a oublié de les prévenir du changement de propriétaire.

On ne nous épargne pas - c'est logique- les arcanes administratives, les sigles (c'est instructif) les entretiens avec l'OFFPRA pour aller devoir aller à Poitiers, la ville où en 732 Charles Martel a repoussé … on ne dira pas qui, pour éviter la gaffe, mais on sait bien que ce sont les Arabes. Le fonctionnaire se rattrapera en disant que c'est une ville chargée d'histoire.

On n'est pas à un paradoxe près. La journaliste nous apprend que le prix du passeur se situe entre 3 000 et 15 000 euros pour essayer de sortir alors que le gendarme perçoit un salaire mensuel de 1200 pour les en empêcher

Et Jeanne (Manda Tourésoulignera que le gros des avantages sociaux concerne les retraités et les étudiants qui touchent les APL alors que les migrants cotisent plus qu’ils ne reçoivent et participent activement au financement des retraites. Egalement que les étrangers ne représentent en France que 10% de la population contre 13 aux États-Unis et 20 au Canada. 

Par contre, on frémit de savoir que des hommes se brûlent les doigts tous les mois à l’acide ou au feu pour effacer leurs empreintes digitales parce que si on les donne pour postuler à l'immigration dans un pays d’Europe on ne peut pas demander l’asile dans un autre. Il y a même un néologisme pour désigner ceux qui se font coincer : on dit "se faire dubliner" (en référence aux accords de Dublin).

Il y a pas mal d'embrouilles dans la jungle et tout y est business. Mais nos héros se débrouillent plutôt bien et Arun (Kevin Razy) a raison d'être systématiquement optimiste, partant du principe shakespearien que The miserable have no other medecine but only hope, autrement dit Les pauvres n’ont que l’espoir. Il a l’idée de faire du good business en ouvrant un restaurant. On y servira par exemple le fameux poulet DG, suivant une recette typiquement camerounaise désignant le poulet Directeur Général, composé de poulet frit avec du piment et du gingembre, qui était réservé autrefois à l’élite du pays.

Alexis Michalik s'est largement documenté. Néanmoins il se défend d'avoir écrit une pièce militante ou documentaire, mais plutôt une histoire humaine, et c'est tout à fait ce à quoi on assiste pendant tous les moments qui interrogent sur l'identité, d'où le titre du spectacle, Passeport, et nous verrons si ce document suffit à la fonder. Ce document donne la permission de voyager mais sans en offrir la capacité pour les ressortissants de certains pays.

Le metteur en scène ne porte pas la différence sur son visage mais plusieurs origines sommeillent en lui. Il est dommage qu’il doive se justifier -en interview- d’avoir grandi dans un quartier populaire et d’avoir côtoyé des origines diverses pour qu’on le trouve légitime à traiter de la migration, sujet éminemment sensible alors que personne n’aurait osé lui demander s’il avait été en prison lorsque’ il a écrit Intra muros. 

La mise en scène est relativement sobre, avec quand même une très belle image de bateau débordant de réfugiés sur la mer, avec la voix d’Issa qui s’amplifie en écho. C'est sans doute son plus long temps de parole et il retentit comme un gospel slamé.

Je ne veux pas en raconter trop mais je dirai malgré tout que la fin est bouleversante avec une morale qui est frappée au coin du bon sens : Rien n’est bon ou mauvais. Tout dépend du point de vue
Passeport de et mis en scène par Alexis Michalik
Avec Christopher Bayemi, Patrick Blandin, Jean-Louis Garçon, Kevin Razy, Fayçal Safi, Manda Touré et
Ysmahane Yaqini
Décor : Juliette Azzopardi assistée de Arnaud de Segonzac
Costumes : Marion Rebmann assistée de Violaine de Maupeou
Vidéo : Nathalie Cabrol
Lumières : François Leneveu
Musiques : Sly Johnson
Sons : Julius Tessarech
Au Théâtre de la Renaissance - 20 Bd Saint-Martin - 75010 Paris jusqu'au 30 juin 2024
Du Mardi au samedi à 21h, le Samedi à 16h30, le Dimanche à 17h
Le livre de la pièce, dépourvu de didascalies et d’indication de mise en scène, a été publié chez Albin Michel.

Les nominations pour les Molières 2024 ont été annoncées ce mercredi 3 avril.
Kevin Razy est nominé dans la catégorie Molière du Comédien dans un second rôle
La 35ème cérémonie présentée par Caroline Vigneaux aura lieu au théâtre des Folies Bergères le 6 mai 2024, et sera retransmise sur France 2. 

samedi 10 février 2024

C’est bientôt fini de Gabriel Donzelli

(Mise à jour 10 mars 2024)

Voilà ce que je publiais sur Facebook le lendemain de ma venue au spectacle :

Bravo est un trop petit mot pour un si grand talent. La salle de la Piccola Scala n’a jamais résonné aussi fort qu’hier soir, pour saluer le spectacle de Gabriel Donzelli. Ce garçon diffuse une énergie atomique. Son humour est explosif. Son œil scrute chaque spectateur qu’il est susceptible de solliciter sans jamais perdre le fil de son histoire. C’est un prodige. Un modèle unique dont ses parents peuvent être fiers !!!!! On m’a soufflé dans l’oreille que sa mère, Valérie, n’a pas assisté à la totalité du spectacle. Comme j’aurais aimé l’abreuver de compliments, au risque de la soûler. Je suis fan de son travail cinématographique depuis le choc que m’avait provoqué La guerre est déclarée en 2011. Et j’ai adoré bien évidemment L’amour, les forêts il y a quelques mois. Me voilà maintenant soutien inconditionnel de son fils. Il aurait pu nous tirer les larmes. Mais non, il nous a offert une série d’éclats de rire. Ce zébulon est un génie. 
Chronique plus complète à venir sur le site À bride abattue

Je connais Gabriel depuis très longtemps. J’ai fait sa connaissance à travers le regard de sa mère, Valérie Donzelli dont je me souviens de presque chaque scène de La guerre est déclarée. Difficile d’être plus enthousiaste que je en l’ai été, et pourtant le sujet est grave. Je saluais sa capacité à faire d’un drame un évènement porteur de vitalité. J’avais inventé un néologisme pour qualifier la fin de son film que je voyais comme une hoppy end.

Le fils a hérité cette compétence. Son seul-en-scène nous donne la pêche. Certains humoristes nous font rire en racontant leurs malheurs mais on se culpabilise de s’en amuser et on les voit comme des clowns tristes. Gabriel a le génie de nous faire rire en partageant le plaisir qu’il a de vivre, et tant pis s’il a fallu traverser des orages.

C’est bientôt fini est un titre trompeur, comme l’est cette pseudo promesse des adultes envers les enfants quand ils disent que ça ne fera pas mal. Rien n’est jamais fini.

Gabriel déboule en trombe sur la petite scène intime de la Piccola Scala près avoir dévalé l'escalier. Essoufflé, il nous prévient : Bonjour, j’m’appelle Gabriel, j’vais vous raconter ma vie, y’a eu des hauts et des bas mais ne vous inquiétez pas, c’est bientôt fini.

Les hauts, je ne les connais pas. Je sais juste que ses parents ont déclaré une guerre il y a plus de vingt ans.

Enola Gay enflamme le public. Gabriel danse comme un fou. On a tous cette musique dans la tête. L'enthousiasme des spectateurs retombe en apprenant que c'est le morceau que ses parents avaient pris l'habitude d'écouter pour se donner du courage quand ils allaient à l'hôpital.

Nous allons sans cesse passer d'un extrême à un autre, à l'instar de ce qu'il a vécu. Nous sommes tous beaux à la naissance. Gabriel avait une gueule d'ange. Son cancer en guise de cadeau de premier anniversaire a plombé l'ambiance familiale. S'il est "guéri" il a des handicaps invisibles (qu'il nous détaille et qui, effectivement, ne nous avaient pas sauté aux yeux) et on comprend qu'il est légitime à ressentir le symptôme de l'imposteur.

La pétanque de la bite, le strabisme des couilles, il est manifeste que les scénaristes de sa vie n'y sont pas allé de main morte avec leurs claviers quand ils ont imaginé les épisodes de son enfance, et ils n'ont pas fait mieux pendant l'adolescence. Les traitements ont avancé sa puberté à l'page de huit ans. Ce n'est pas banal et on comprend que ce soit terrifiant.

Gabriel a une manière très particulière de s'exprimer, sans filtre. On lit en lui comme dans un livre ouvert, ou plutôt comme dans un album car tout a l'air d'être une BD et il est l'incarnation d'un personnage de BD, vous savez, quand les traits se déforment et qu elle personnage a des super pouvoirs.

Il compare sta première fois tout seul à la découverte du feu par l'homme des cavernes. A douze ans il a la charge mentale d'une mère de famille.

Il raconte les colères de son père, le collège (la vie en moins bien), imagine les séances da mère chez son psy, la maladresse verbale de son père ("On" l'aura ce Bac, qui me fait honte car moi aussi je disais à ma fille "on" les aura les félicitations, après avoir passé plusieurs nuits de suite à relire sa thèse).

On réalise qu'il aura été grand trop tôt et petit trop longtemps. Il découvre la fête des samedis soirs bien après ses potes, s'appropriant la musique d'Enola Gay à sa façon, tout en nous faisant remarquer que c'est tout de même le nom de la bombe qui a été larguée sur Hiroshima.

Ses phrases font mouche, même lorsqu'elles relèvent de la pure invention comme celle-ci : Dans la forêt le grand singe se balance toujours à l'arbre le plus proche.

Il a peur d'être un monstre, ressent les angoisses 2.0, craint d'avoir un cerveau qui tournerait à l'eau de Javel (il fonctionne juste à mille à l’heure). Et surtout, il ne se débarrasse pas de la peur d'avoir fait du mal en ayant souffert, une culpabilité originale que tout proche de personne malade devrait prendre en considération. Quant à son concept de l'anniversaire centré sur soi je vous le laisse découvrir …

Il sait que ce ne sera jamais fini. Qu'il a des choses à dire à sa mère, à son père, à sa soeur, ne serait-ce que pour rassurer celle-ci sur la question de la taille de la place. Mais une chose est sûre, il sait qui il est, et nous de mêmes.
C’est bientôt fini
De Gabriel Donzelli et Timothé Fiorini
Mise en scène Valentine Catzéflis
Avec Gabriel Donzelli
Du 8 février au 15 juin 2024, maintenant le jeudi à 19 h 30
La Scala -13 boulevard de Strasbourg - 75010 Paris 

vendredi 9 février 2024

Les souliers rouges de Marc Lavoine et Fabrice Albouker

Qui ne connait pas Les souliers rouges ? Ce fut d’abord, en 2016, l’immense succès d’un album enregistré en studio, sacré disque d’or, interprété par Marc Lavoine, Cœur de pirate et Arthur H, produit par Marc Lavoine qui a associé au travail d'écriture son compositeur attitré Fabrice Aboulker d'après le conte écrit en 1845 par Hans Christian Andersen après que Jean-Paul Goude le lui fit découvrir et que Victor Bosch lui proposa d'écrire l'adaptation.

Ce fut aussi un spectacle musical qui a été présenté aux Folies Bergère le 31 janvier 2020 jusqu’à ce que la pandémie ne porte un coup de frein brutal au spectacle, un mois plus tard, ruinant en quelque sorte dix ans de travail.

La renaissance arrive cette année avec la reprise qui part en tournée à la rencontre du public et qui est jouée trois soirées à Pleyel.

C’est un avantage que les chansons soient connues. Elles feront office de dialogues. Les spectateurs se sentent dans un univers presque familier. Cependant la mise en scène (Jérémie Lippmann) est inventive. L’interprétation est sans reproche. Les costumes (de Jean-Daniel Vuillermoz) sont magnifiques. Les lumières sont formidablement bien pensées et le mapping est d’une efficacité sans faille. La chorégraphie est celle qu’il fallait (Marie-Agnès Gillot et Tamara Fernando) avec l’intégration fort réussie de morceaux de krump. Il fallait de l’audace pour les placer avec des moments purement "classique" et c’est très réussi. L’histoire devient profondément humaine. Elle gagne en contemporéanité et s’enrichit d’une touche de surréalisme. C’est parfait.
Isabelle monte à Paris pour réaliser son rêve de devenir danseuse à l'Opéra. Victor, le chorégraphe de l'Opéra rêve de renouer avec le succès. Une nuit, il pactise avec le diable. Celui-ci lui offre une paire de souliers rouges magiques. La danseuse qui les portera ne devra pas tomber amoureuse sous peine de périr. Victor engage Isabelle qui tombe amoureuse d'un jeune journaliste, Ben.
Les souliers rouges raconte l’histoire d’un sacrifice dont une femme (c’est toujours la femme qui meurt dans les opéras et c’est pourquoi je ne suis pas une fervente admiratrice de ce genre musical) sera la victime. Il n’y a pas de mystère, pas de véritable manipulation. L’opéra est maudit et la malédiction est d’emblée annoncée sous une averse de lumière rouge, couleur de l’amour, de l’érotisme, de l’interdît et de l’enfer mais qui sait qu’au XIX° c’était aussi la couleur de la robe de mariage ? Il est probable qu’Andersen maîtrisait tout cela. J’ai appris toutes ces références dans une très intéressante exposition du Musée des arts décoratifs, Aussi rouge que possible.

Après l’avertissement annoncé dans la première chanson, l’atmosphère se fait plus romantique dans des tonalités roses et bleues. Ensuite ce seront les orangés avec l’évocation de Cendrillon puis le noir et blanc pour traiter cette dualité : vivre ou ne pas vivre.

La chorégraphie est soignée. Les acrobaties exécutées au sol sont impressionnantes et plus tard le chœur suggérera un bataillon de sorcières.

Les chaussons seront lacés aux pieds de la jeune fille comme si elle n’était que la figurine d’une boite à musique. Et quand la ballerine effectuera des pointes, des sauts et des portés audacieux nous deviendrons les spectateurs de ce ballet maudit qui, pour le moment nous ravit.

Après l’entracte, elle revient portant un blouson sur le dos, signe de soumission ou d’émancipation ? Elle énonce d’une très jolie voix la liste des personnages célèbres auxquels le couple pourrait se comparer : Pénélope et Ulysse, Béatrice et Dante, Eurydice et Orphée, que des couples dont l’histoire a mal tourné et à propos desquels Marc Lavoine a écrit une nouvelle chanson, intitulée Pygmalion.

C’est un des points forts du spectacle que de ne pas avoir cherché à "imiter" l’album. Pour commencer l'affiche est très différente, suggérant la main d'un diable manipulant une marionnette.

Les trois interprètes principaux ne sont pas comparables au trio d’origine, dans lequel Marc était l’auteur, Coeur de Pirate la danseuse et Arthur H le chorégraphe. Leurs voix, comme leurs personnalités sont disons spéciales. Même si on connait Guilhem Valayé (Victor, le chorégraphe), révélé par The Voice et bien sûr Benjamin Siksou (Ben, le journaliste) on découvre Céleste Hauser (Isabelle, la ballerine) qui n’était pas dans la première distribution et qui est sublime. Je signale aussi qu’il y a de nouveaux danseurs et qu’il a fallu tout recadrer.

Elle sait que c’est perdu d’avance. Les personnages ont été mis en garde dès le début mais n’ont pas tenté de changer leur destin. C’est une histoire d’acceptation. Et d’interrogation sur ce qu’est l’amour : aimer pour soi, pour deux ou pour l’autre tandis que les larmes coulent sur le visage projeté sur le rideau. Chacun réfléchira à sa définition du verbe aimer qui, pour moi, est de connaître les fragilités de l’autre sans les utiliser contre lui, ce qui est tout l’inverse de la démonstration qui nous est donnée ce soir, avec pour conséquence une fin tragique.

Les cloches sonnent gravement, presque comme un glas lorsque notre héroïne se demande quel est le prix pour réussir sa vie ? Un titre s’intitule précisément Requiem.

Le public applaudit fréquemment, manifestement enthousiaste, et ému. Vivre ou ne pas vivre ? Le dilemme est maintenant tragiquement résolu. On assiste à l’issue fatale tandis que l’incendie lèche les rideaux et que la musique évoque l’éternel succès de Ravel, ce Boléro qui est le morceau le plus joué au monde.

En conclusion je salue cette nouvelle version (mais je ne peux pas comparer à la première qui m‘avait échappé). L’absence d’orchestre symphonique ne m’a pas dérangé. Les orchestrations sont sensibles et évocatrices et nous emmènent au plus près des émotions des personnages qui, chacun a son propre thème. La création musicale épurée s'appuie sur des pianos et guitares, des cordes, Parfois des bois et des cuivres et des choeurs classiques. Egalement quelques sons digitaux qui donnent une profondeur tout à fait particulière. 

L’action est au coeur du spectacle et c’est très bien ainsi. Mon seul bémol est la proximité des timbres des deux chanteurs, quoique Guilhem soit baryton et Benjamin ténor. On peut les confondre sur les chansons qu’ils interprètent ensemble, ce qui malgré tout n’est pas très dérangeant car l’un comme l’autre sont impuissants à maintenir Isabelle en vie.

Le combat entre l’argent, la vie, la gloire (que l’on peut considérer comme le désir de réalisation de soi), l’amour est universel. Le livret ajoute une dimension supplémentaire, soulignant que l’on n’obtient rien sans souffrances physiques préalables, et on sait combien la danse est un art exigeant. Nous sommes dans un conte mais le succès ne tombe pas du ciel.

Marc Lavoine peut monter sur scène avec Fabrice Albouker pour féliciter le travail de toute l’équipe. Longue vie aux Souliers rouges !
Les souliers rouges de Marc Lavoine et Fabrice Albouker 
Musique : Fabrice Aboulker
Paroles : Marc Lavoine
Mise en scène : Jérémie Lippmann
Chorégraphes : Marie-Agnès Gillot et Tamara Fernando
Costumes : Jean-Daniel Vuillermoz
Scénographe : Emmanuelle Favre
Avec Céleste Hauster : Isabelle, Guilhem Valayé : Victor, le chorégraphe et Benjamin Siksou : Ben, le journaliste
Reprise du 15 janvier 2023 au 21 avril 2024 en tournée
Du  9 février 2024 au 11 janvier 2024 à la Salle Pleyel 252 Rue du Faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris

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