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jeudi 16 juillet 2020

Shifumi Plage au ParisOFFestival

Deux spectacles étaient programmés dans le cadre du ParisOFFestival à destination des enfants, Biftek (que je n'ai pas vu) et Shifumi Plage.

Pour ceux qui ne le sauraient pas la pièce porte le nom d'un jeu qui est d'abord apparu au Japon au cours du XVII° siècle avant d'arriver en Occident. Ce serait une déformation du japonais Hi-fu-mi signifiant 1-2-3, du fait que les japonais comptent jusqu'à trois avant de montrer leurs coups.

Connu également sous le nom de Pierre-feuille-ciseaux ou Roche-papier-ciseaux, Feuille-caillou-ciseaux, Marteau-ciseaux-papier ... il repose sur l'intuition de ce que l'adversaire va tenter. De façon générale, la pierre bat les ciseaux (en les émoussant), les ciseaux battent la feuille (en la coupant), la feuille bat la pierre (en l'enveloppant). Ainsi chaque coup bat un autre coup, fait match nul contre le deuxième (son homologue) et est battu par le troisième.

Ce jeu est très populaire puisqu'il ne nécessite aucun matériel. Il a inspiré un spectacle à Alexis Fichet et Bérengère Lebâcle qui l'interprètent (avec  Lucile Delzenne) le temps d'une récréation, au bord de la mer en remplaçant la pierre, la feuille et les ciseaux par leurs personnages préférés : par exemple Fumseck contre Flipper, ou bien Antoine Griezmann contre Le Petit Prince !

Ils interrogent le public sur l'existence possible d'un jeu sans gagnant. Les jeunes spectateurs (à partir de 7 ans) sont invités à voter et surtout à argumenter leur point de vue. Mais sans jamais rien concéder sur le jeu, cette fois théâtral, qui est la métaphore parfaite de ce que sont compréhension, dialogue, et partage de valeurs devenues communes.
Sur le plan de la forme, le trio combine très habilement l'interprétation sur le plateau, des pliages en papier, l'improvisation (avec le public) et des images projetées sur un écran pour représenter les personnages et stimuler le regard des spectateurs. Pour cela ils se sont rendus en Bretagne, sur la plage de Saint-Malo et expliquent volontiers le processus créatif après la représentation.

La compagnie Lumière d'août démontre avec Shifumi Plage qu'un jeu sans gagnant, ni donc perdant, ça existe vraiment. C'est l'occasion d'une réflexion sur le jeu ... théâtral aussi et de réussir la prouesse d'initier les enfants à la confrontation des idées et au vote !

J'ajouterai que le concept de jeu coopératif est né aux Etats-Unis dans la mouvance non-violente en réaction à la période de la guerre du Vietnam. Dédiés initialement aux enfants, selon l'alternative que tout le monde gagne ou perd, ils ont depuis quelques années envahit les gammes pour adultes et je vous invite à vous renseigner à leur sujet dans les ludothèques.

Ils sont idéaux pour développer chez les participants des facilités de communication, une aptitude à fraterniser, à faire confiance, à adopter des attitudes sociales positives en même temps qu'un sens de la critique constructive, une capacité d'empathie et bien évidemment un esprit de coopération.
Shifumi Plage, par la Compagnie Lumière d’août
Conception et écriture : Alexis Fichet et Bérengère Lebâcle
Avec Lucile Delzenne, Alexis Fichet et Bérengère Lebâcle
Au Théâtre 14 Mardi 14 juillet à 9h30 / Jeudi 16 à 9h30 / Samedi 18 à 9h30

Le ParisOFFestival :
Du 13 au 18 juillet 2020
Au Théâtre 14 - 20, avenue Marc Sangnier - 75014 Paris - Renseignements au 01 45 45 49 77
Au Gymnase Auguste Renoir - 1 square Auguste Renoir - 75014 Paris
Avec les aides et partenariats de la Ville de Paris et la Mairie du XIV°, Un été particulier, l'Adami, la SACD, l'ONDA, le CentQuatre, la MAC de Créteil et Le Monfort.

lundi 20 juillet 2020

Moi, Malvolio au ParisOFFestival

Voici venu le dernier spectacle que je chroniquerai dans le cadre du ParisOFFestival. Je regrette qu'il n'ait duré que 5 jours mais je suis très heureuse qu'il ait pû exister, et attirer avec environ 5000 entrées plus de spectateurs que deux Cours d'honneur, ce qui donne une idée de son importance.

Le succès était difficilement prévisible en cette période si particulière au plan sanitaire. Quel courage et quelle détermination il a fallu aux équipes !

Je souhaite bien entendu aux compagnies qui ont "joué le jeu" d'en tirer tous les bénéfices qu'elles méritent mais je ne peux m'empêcher d'espérer une pérennité de la formule. Comme cet Avignon hors la Cité des papes fut essentiel en ce début d'été parisien. Il me semble aussi qu'en terme d'accessibilité et donc de visibilité les artistes ont tout intérêt à se produire dans des structures qui offrent de réelles conditions d'accueil.

Enfin, et ce n'est pas un des moindres bénéfices, la manifestation a drainé au théâtre des publics locaux jusque là éloignés des représentations tant ils étaient persuadés que ce n'était pas leur place.

Pour terminer voici donc Moi, Malvolio dont je parle en dernier, non pas parce qu'il serait mineur mais parce qu'il évoque La Nuit des Rois, cette pièce de Shakespeare maintes fois présentée au festival d'Avignon, notamment dans la traduction et la mise en scène d'Ariane Mnouchkine, le 10 juillet 1982 dans la Cour d'honneur du Palais des papes avec John Arnold dans le rôle de Malvolio.

Malvolio est le majordome d’Olivia. Il est surtout ce qu'on appelle un personnage secondaire. Il avait prévenu l'assemblée à la fin du spectacle avant de disparaître à jamais : Je me vengerai de vous et de toute votre meute !

Tim Crouch a eu l'idée de le faire revenir pour nous donner sa version des faits, celle du harcelé, la vision du looser, un homme outragé, blessé, prônant le retour à un ordre moral. Ceux que Malvolio déteste, ce sont les fêtards de La Nuit des rois, mais c'est surtout nous, public de théâtre. Pour que le combat de Malvolio contre le théâtre soit équitable, nous lui offrons le meilleur adversaire qui soit : le jeu. Le jeu avec le public et avec les codes du théâtre, le jeu avec la langue de Shakespeare et la langue actuelle.

Et le voilà, grotesque, caricatural, narcissique, dans les costumes créés par Coline Galeazzi. Il apostrophe le public qui n'a pas fini de choisir sa place dans le gymnase, fait le coq ... pardon la pintade, se prétendant "aussi sain que quiconque" et affirmant sa volonté de "ramener un peu de libéralisme culturel ici". Je vous aurai prévenus : il fait (tout) ce qu'il dit, follement !

Ça marche formidablement, y compris auprès des jeunes du quartier qui oseront courir sur scène vérifier qu'il y est encore (ou qu'il a déjà disparu comme il nous en a prévenu).

La compagnie était triste de faire le deuil de 18 représentations au Théâtre du Train Bleu mais nous nous sommes réjouis de la leçon de morale (joyeuse et burlesque) que François Herpeux a réussi à nous adresser en remettant en cause notre position de spectateur à la fin d'un confinement où les distractions se bornaient à des apérozoom qu'il nous rappelle en se moquant de nos pauvres rituels.
Moi, Malvolio, par la Compagnie les 7 sœurs
Texte : Tim Crouch  / Traduction : Catherine Hargreaves et Adèle Gascuelet
Mise en scène : Catherine Hargreaves, Avec : François Herpeux
Au Gymnase Mardi 14 juillet à 11h / Jeudi 16 à 11h / Samedi 18 à 11h

Le ParisOFFestival :
Du 13 au 18 juillet 2020
Au Théâtre 14 - 20, avenue Marc Sangnier - 75014 Paris - Renseignements au 01 45 45 49 77
Au Gymnase Auguste Renoir - 1 square Auguste Renoir - 75014 Paris
Avec les aides et partenariats de la Ville de Paris et la Mairie du XIV°, Un été particulier, l'Adami, la SACD, l'ONDA, le CentQuatre, la MAC de Créteil et Le Monfort.

dimanche 4 septembre 2022

Le ParisOFFestival #3, épisode 2 avec Les fenêtres de Camille Trouvé et Brice Berthoud

Après Croûte, le deuxième spectacle auquel j’ai assisté au ParisOFFestival s’intitule fort à propos Les fenêtres. Il se déroule juste en face, toujours rue Paradol, et on le suivra la tête levée. Il est annoncé comme un Impromptus marionnettiques pour fenêtres et balcons qui fera s’ouvrir et claquer les carreaux. De tranches de vies, de ce qui se cache derrière nos vitres et nos murs, et qui aujourd’hui se dévoilent au grand jour. Une histoire (d’en)firmament.

La sagesse populaire le répète : il faut qu’une fenêtre soit ouverte ou fermée. Le violoncelle appellent les spectateurs à prendre place. La poésie s’annonce clairement au début : je préfère penser qu’une fenêtre fermée ne sert qu’à aider les amants à s’aimer mais très vite la mort s’invite dans les étages. Il est manifeste que la pandémie a marqué les esprits.

Monsieur Duchemin s’inquiète de ne rien capter. Une radio pirate promet de vraies infos sans émotion. Les personnages de la compagnie Les Anges au Plafond profitent du ParisOFFestival #3 pour régler leur compte à L’éducation nationale en raillant les nouveaux critères de recrutement. Il est vrai qu’il suffira de savoir placer Marseille sur une carte pour être légitime en tant que professeur des écoles dès la rentrée. Les comédiens enfoncent le clou : le ministre ne devait pas trouver nos enfants assez cons. Et en 2050 ils regretteront probablement d’être nés (ce qui provoque un frisson dans le jeune public de l’assistance). 

Avec un rythme de 40 clients par jour la parépatétitienne craint le burn-out. L’homme en surpoids se sait trop lourd pour que le monde puisse le porter. Et pourtant même s’il faisait le poids d’un avion il devrait pouvoir comme lui voler. Un voisin entend un appel à l’aide derrière sa plainte. Les animaux pointent la tête pour dire qu’ils ne sont pas d’accord avec leur sort. La mort invite Monsieur Duchemin qu’elle dit avoir cherché longtemps.

On pourrait croire ce spectacle pessimiste. Et pourtant, sans trahir la noirceur de l’actualité son message ultime appelle à la résistance : ne lâchez rien et n’oubliez pas d’ouvrir vos fenêtres.
Pour découvrir toutes les photos du spectacle suivre :
Les fenêtres de Camille Trouvé et Brice Berthoud | Manipulation Estelle Delville, Gabriel Allée et Antonin Dufeutrelle | Violoncelle Véronica Votti | Production CDN Normandie-Rouen – Les Anges au Plafond.
A partir de 8 ans. Durée 30 minutes 

Pour avoir une idée complète du festival à travers les 7 épisodes de la journée du 4 septembre, consultez les autres billets pour lire mes chroniques à propos de Croûte, Vent divin, Florence & Moustafa, L’infini moins un, le concert Les Hymnes en Jeux, des Lectures et Albert Camus - Extraits
Et rendez-vous le premier week-end de septembre 2023 pour le #4 !

mercredi 15 juillet 2020

Etienne A. au ParisOFFestival et bientôt à La Scala

Encore une belle découverte dans le cadre du ParisOFFestival avec Etienne A., une pièce écrite et mise en scène par Florian Pâque, et interprétée avec beaucoup de justesse par Nicolas Schmitt qui assume tous les rôles.

Même cette prouesse de jeu est à mettre au crédit de la dramaturgie puisque le spectacle raconte la nuit de réveillon d'un homme dont le nom se restreint à une initiale, et qui va se résoudre à prendre une décision radicale pour sortir du cauchemar "ordre-ordonner-ranger-dépoussiérer-rendre évident et être rigoureux".

Il est désigné par son prénom, Etienne, suivi d'un A ... comme Amazon peut-être, la multinationale pour laquelle il travaille de nuit comme "piqueur" à l’entrepôt de Saran (Loiret). On a de cette firme une vision très noire dans le dernier film de Ken Loach, Sorry we missed you qui m'avait considérablement choquée.

La vie des employés français est différente, en raison de lois protectrices qui empêchent pour le moment leur ubérisation. Ils ne sont pas contraints à s'endetter pour avoir le "droit" de travailler. Il n'empêche que ce boulot qui s'organise sous le faisceau rouge de l'horloge numérique n'est pas très joyeux, c'est le moins qu'on puisse dire, surtout pour ce trentenaire, encore jeune, qui rentre chez lui au petit matin dans sa Citroën ZX Tonic et, qui, lorsqu'il s’endort, rêve de cartons à expédier.

Dans sa vie ordinaire, dont les journées sont des nuits rythmées par les pulsations des caristes dont le public perçoit le bruit mat de leurs engins, l'extra-ordinaire serait d'arriver à parler avec sa collègue Sandrine et de parvenir à ébaucher une déclaration. Difficile quand on est relégué depuis 5 ans en zone C, parmi les objets retournés non distribués commandés sur Amazon où, c'est bien connu on achète tout et n'importe quoi, sans même parfois réfléchir. Le nom de l'entreprise a été choisi pour être prononçable dans de nombreuses langues et suggérer le "tout est possible ... de A à Z", souligné d'un trait qui a l'allure d'un sourire afin d'inspirer la confiance.

samedi 18 juillet 2020

Ultra-Girl contre Schopenhauer et Le cas Lucia J. au ParisOFFestival

(mise à jour 4 juin 2026)
C'est un décor de bonbonnière dans des tons de bleu et de rose, ponctué de touches de couleur orange,  extrêmement réussi de Caroline Oriot, dans lequel évoluent les personnages de Ultra-Girl contre Schopenhauer.

Cédric Rouillat, qui est un photographe lyonnais (s'affirmant comme autodidacte), et qui  se destinait auparavant à la bande dessinée, signe ici sa première mise en scène et je salue son talent. C'est lui qui a conçu et écrit la pièce, qui a été créée en février 2017 au théâtre de l'Elysée.

En s'affranchissant des habituels codes de sérieux, le résultat est vif, joyeux, osé, à la lisière d'une folie qui pourrait le faire basculer, mais ... non. Il reste toujours dans le cadre du théâtre auquel il serait difficile de rendre un plus bel hommage.

Quand on entend ces paroles on se dit que c'aurait été une erreur de ne pas programmer la pièce dans le ParisOFFestival (elle aurait dû être jouée cet été au 11 Gilgamesh d'Avignon) : Je voudrais savoir qui a décidé que le théâtre n'existait que dans quelques vieilles bâtisses dispersées dans des grandes villes (...) Ecoutez et apprenez ! Le théâtre c'est le dompteur de puces, le grand opéra et les rodéos, le carnaval, les ballets, les danses rituelles indiennes, les marionnettes, tout ça c'est encore le théâtre, partout où il y a la magie, où on fait semblant devant un public, c'est le théâtre.

Arthur Schopenhauer est un philosophe allemand (1788-1860) qui ne figure dans le titre que comme clin d'oeil en raison d'une citation de son nom dans une des chansons du spectacle. Le moins qu'on puisse dire c'est que cet homme n'était pas joyeux. Il pourrait représenter la conscience (ou les doutes) d'Edwige (Sahra Daugreilh, qui collabore régulièrement avec Cédric Roulliat), une jeune traductrice, rêvant aux destins extraordinaires des superhéroïnes de comics américains, travaillant dans les années 80 pour un éditeur de bandes dessinées, à l'adaptation en français des aventures de l’intrépide et sensuelle Ultra-Girl (Laure Giappiconi).

Cette figure super héroïque d'ultra-girl est, pour Edwige, un double idéalisé, sublimé, en même temps sa meilleure amie et en même temps toutes les héroïnes qu'elle a pu rencontrer dans les oeuvres de fiction, au cinéma, dans la littérature et le roman-photos comme dans les bandes dessinées. On remarque ainsi les évocations des héroïnes de bande dessinée et d'actrices comme Rita Hayworth ou Liz Hamilton. Le spectacle est si riche de références et d'hommages qu'on aimerait pouvoir mettre parfois sur pause et jouer le replay.
© photo : Julien Benhamou
Le personnage de fiction prend corps dans la réalité (et quel corps intrépide et sensuel en combinaison moulante cousue dans le drapeau américain et cuissardes rouges !) tandis que celui de la traductrice perd la notion du réel dans une sorte d'osmose interchangeable entre elles deux. Les mythes hollywoodiens surgissent dans des moments surréalistes de chants, danses, extraits de films qui sont interprétés en voix off par les comédiens qui, on ne pourrait faire mieux, incarnent leurs héros.

dimanche 4 septembre 2022

Le ParisOFFestival #3, épisode 3 avec Vent divin et David Jonquières

Et voici le troisième spectacle que j’ai vu au ParisOffEstival #3, Vent divin dont le titre est la traduction littérale de kamikaze.

C’est un spectacle que Mathieu Touzé nous annonce avoir découvert il y a plus de 20 ans. Mais il a gardé toute son originalité en raison du pari de nous raconter les faits historiques sans prononcer un seul mot … mais avec force onomatopées.

Décembre 1941, Pacifique sud. La guerre fait rage. Bruitage avec la bouche, effets spéciaux avec les bras et les jambes et décors dans ta tête… La compagnie a décidé d’apporter un éclairage nouveau sur cet épisode de la seconde guerre mondiale avec tous ses protagonistes : l’armée japonaise avec ses milliers de combattants, la flotte américaine qui débarque ses Marines d’îlots en îlots ainsi que les forces du 3ème Reich avec sa flottille de sous-marins.
 Les budgets de la culture étant ce qu’ils sont, cette fresque historique à grand spectacle est réalisée avec… un unique comédien 

David Jonquières avait tout petit deux passions, les films de guerre et les dessins animés de Tex Avery. En poussant les personnages à leur paroxysme, il pointe du doigt l’absurdité de la guerre, menaçant de rendre hommage, un par un, aux deux millions de mort de la guerre. Tous des héros, tous des nigauds, tous des hommes…

Certes la vérité historique est un peu secouée mais l’essentiel y est. Et je songe à tous ces gens qui accèdent à un vrai spectacle alors que beaucoup d’entre eux n’auraient pas osé pousser la porte d’un théâtre.

Vent divin
Avec David Jonquières | Mise en scène Cécile Bernot | Cie Ultrabutane 12.14
À partir de 10 ans | Durée 50 min 

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