lundi 13 décembre 2010

Le Bob théâtre voyage avec Princesse K

Il était une fois, dans un joli château, une famille bien sous tous rapports ... sauf que si je vous dis que l'histoire est mise en scène par le Bob théâtre vous vous douterez qu'il va y avoir un traître aucunement sympa et des dérapages de l'intrigue toujours contrôlés …

C'est pour cela qu'on aime cette "petite" structure qui travaille à taille humaine, avec un décor qui tient en peu de place, des moyens techniques autonomes et un dispositif scénique qui autorise de jouer partout, en décentralisation, dans la plus «simple» salle des fêtes parce que, nous disent-ils, quand on n'est que dans des grosses structures, des vrais théâtres, on n’est plus dans la vraie vie ... On les adore aussi pour leur humour volontairement décalé, noir brillant, accessible même à des enfants qui ont l'oreille aiguisée (à partir de 7 ans).

On les attend au tournant de chaque nouvelle création en se demandant ce qu'ils vont nous servir comme références. Cette fois ce sont Dragon ball, Freddy Krueger, Kill bill, Star wars, le Kung Fu, les mangas, Blanche-neige ... et les Gendarmes à st Trop.

Je parle, je parle au lieu de vous proposer d'en goûter un petit morceau :

Princesse K - Bob Théâtre - Momix 2010
envoyé par stefburglin. - Futurs lauréats du Sundance.

Princesse K a été remarqué au Momix. Ce Festival, organisé par le Créa de Kingersheim, est l’un des 7 plus importants festivals jeune public en Europe. Il a aussi été applaudi au Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes de Charleville-Mézières, qui ne cesse de prendre de l’ampleur au fil de ses éditions. Les pays agglo saxons sont tombés sous le charme caustique du Bob qui dégage un je ne sais quoi de Stanley Kubrick (encore un Monsieur K) … Denis Athimon n'était pas pressé de traduire la pièce, impossible à surtitrer pour des enfants. Mais la pression est si forte qu'il va s’y mettre.

On pourrait se demander pourquoi K et pas Princesse X ... sauf qu'avec les Bob on n'est pas sorti du château si on cherche à tout interpréter. J'ai quand même exploré la symbolique du K qui, ressemble d'ailleurs graphiquement au X. C'est une lettre puissante qui représente l'action. Elle provient du phénicien kaf (kaph) qui signifiait « paume de la main » ce qui nous ramène à Freddy Krueger, même si j'ai plutôt pensé au film de Tim Burton, Edward aux mains d'argent (quand bien même l'acteur n'agite qu'une seul main mécanique).

Lettre peu usitée dans la langue française, on la rencontre surtout sur les marchés quand on affiche les prix au kilo, et dans le spectacle où on bute sur une kyrielle de personnages dont les prénoms commencent tous par un K : Kevin, Kurt, Karl.

C'est Erwan K … qui nous accueille sous la lumière blafarde d'un lampadaire démesuré. Majordome de père en fils, il justifie la transmission de l'histoire par son départ en retraite (le mot déclenche l'hilarité des enfants). Il nous l'annonce en levant le pied et, marquant un temps assez long, appuie sur l'interrupteur en ne cachant pas la frayeur qu'il va nous transmettre.

Chaque détail compte. Tant visuellement que sur le plan sonore. Une incantation adressée au ciel : c’est pour toi murmure-t-il. Le ton avec lequel il fait référence à Notre mariage est le pluriel de majesté du domestique.

Denis Athimon joue évidemment tous les personnages en modulant sa voix. Il se transfigure sur il était une fois qui installe le registre du conte. Il les fait surgir en s'emparant d'un minuscule accessoire comme le font les conteurs. Mais il fait plus, car il est aussi celui qui interprète celui qui raconte, sans quitter sa chaise.

Je ne pense pas avoir vu quelqu'un d'autre capable comme lui de courir assis, de livrer des batailles et de mener des combats fratricides ... tout en me faisant croire qu'il n'y est pour rien et que tout peut déraper d'un instant à l'autre. l'acteur est un obsessionnel, prêt à bouger d’un millimètre le bazar hétéroclite qui tient lieu d'accessoires. Un décor modeste qui n'est pas revenu indemne des turbulences qui a secoué l'avion au retour de la Réunion et du Canada. Il a fallu appliquer des bandes de scotch en guise de pansement.

Tout tient surtout à un fil, celui de l'histoire, épopée fantastique où l'esquive se fait artistique. Les jeux de mots sont visuels. Les Bob jonglent avec des sentiments pas toujours avouables comme la vengeance, la traîtrise, la cruauté, le vice, l’appât du pouvoir, bref que des jolies choses qu’ils aiment bien. Et la fin n'est pas celle que les enfants s'attendraient à entendre. Le maitre Koala meurt. Parce que c’est dans l’ordre des choses et que dans le zen on ne transmet qu'à une personne. Ce maitre est la figure archétypale du référent. Pour les uns ce sera un bon pédagogue. Pour d'autres les parents.

Les enfants n'auront même pas eu le temps de crier, le noir étant trop bref. Ils ne se sont peut-être pas senti la possibilité de le faire.

Denis est drôle jusqu’aux saluts. Et même au-delà. Il s'attarde le temps qu'il faut pour répondre aux questions du public. Également pour calmer l'impatience des programmateurs venus découvrir la pièce dans l'espoir de l'accueillir la saison prochaine.

Le hic c’est de convenir d’une date. Deux ou trois ans en moyenne ... tant le Bob est réclamé par monts et par vaux. Alors que ce soit pour Hansel et Greutel, Princesse K ou le prochain (Peau d'arbre) ne remettez pas votre déplacement. Et voilà la page de leur site pour accéder directement à la cartographie des tournées.

Personnellement je n'ai pas hésité longtemps à affronter une volumineuse tempête de neige qui, ma foi, cadrait assez bien avec l'univers du Bob. J'avais encore en mémoire celle qu'il avait fait surgir dans Démiurges, le seul spectacle qu'ils ne peuvent présenter que dans les grands espaces.

Princesse K, théâtre d’objets
Bob Théâtre, Durée : 50 min, pas avant 7 ans

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