mercredi 20 février 2019

Géométries Sud du Mexique à la Terre de Feu à la Fondation Cartier

Mon avion avait atterri il y a quelques jours et l'affiche de cette exposition de la Fondation Cartier m'a sauté aux yeux. Géométries Sud du Mexique à la Terre de Feu, voilà un intitulé qui ne pouvait que m'attirer.

Il s'agit essentiellement d'architecture, en toute logique dans ce bâtiment conçu par Jean Nouvel et qui est un défi esthétique.

L'objectif est de célébrer la richesse et la variété des motifs, couleurs et figures dans l'art latino-américain. De l'art populaire à l'art abstrait, de la céramique à la peinture corporelle en passant par la sculpture, l'architecture ou la vannerie, autour de 250 oeuvres de plus de 70 artistes, de la période précolombienne jusqu'aux productions les plus contemporaines.

Je dois avouer que mon attention était focalisée sur les artistes mexicains, comme on peut facilement le deviner, mais je ne me suis pas limitée à leurs seules oeuvres.

Je suis néanmoins descendue en premier lieu à l'étage inférieur où je savais que je trouverais des pièces réalisées dans ce pays.

Les céramiques de Gustavo Pérez m'ont éblouie. Son travail du grès est remarquable de précision et de finesse. Cet artiste né en 1950 au Mexique vit à La Pitaya. Il était ingénieur, prêt à s'orienter vers les mathématiques quand il découvrit les possibilités offertes par l'argile. Sa pratique du dessin modifie son approche de la matière. A l'aide de lame métalliques et d'outils de sa conception, il trace des lignes parallèles et obtient des motifs géométriques qui quadrillent ses oeuvres au millimètre près. Il aime aussi les formes sinueuses qui vallonnent harmonieusement un vase.
La salle est plongée dans une pénombre qui rend les photos très difficiles à faire et qui sont loin de mettre en valeur la précision qui surprend le visiteur.
Après des études d'histoire de l'art, de philosophie et d'arts appliqués à Berlin, Mathias Goeritz (né en 1915 en Pologne, décédé en 1990 au Mexique) a obtenu en 1949 une chaire d'histoire de l'art au Mexique où lest enthousiasmé par le caractère majestueux du site précolombien de Teotihuacãn. 


Cette pyramide fait partie d'un ensemble d'oeuvre triangulaires de petit format préfigurant l'édification  de la Pirãmide de Mixcoac, sculpture urbaine trônant au centre d'un ensemble de tours d'habitation datant de 1969 à Mexico.
Armando Salas Portugal (1916-1995) est devenu le photographe attitré de l'architecte mexicain Luis Barragãn. Torres de Satélite est une sculpture publique située au nord-ouest de Mexico, qui est un repère que tout le monde connait bien et que je croise à chaque fois que je me rends à Querétaro depuis la capitale. ces cinq colonnes triangulaires haute de 30 à 52 mètres sont colossales et provoque une forte émotion, selon le voeu de leur créateur.
Après une enfance passée en Suisse, Gunther Gerzso rentre en 1931 au Mexique (où il est né en 1915). Il y étudie le théâtre avant d'obtenir un poste de décorateur au sein de la compagnie Cleveland Play House aux USA. Ses oeuvres picturales témoignent de son intérêt pour les mouvements d'avant-garde européens. L'observation des paysages mexicains et l'exploration de ses racines sud-américaines lui fournissent le sujet de ses tableaux. il emprunte ainsi de nombreuses formes, notamment le carré et le rectangle à la culture précolombienne.
Pablo Lopez Luz est né au Mexique en 1979. Il vit à Mexico. Il est connu pour ses images aériennes de la capitale. Influencé par les paysages abstraits et géométriques de peintre Gunther Gerzso (ci-dessus) dont il connait l'oeuvre depuis l'enfance, il s'intéresse aux façades d'immeubles et d maisons dont les décors reprennent des motifs précolombiens.
Pyramides inversées, rectangles concentriques, carrés et lignes droites constituent son répertoire de formes.
Olga de Amaral (colombienne née en 1932) s'initie au textile aux Etats-Unis puis associe cette formation aux principes du Bauhaus à l'héritage de son pays natal. D'abord en deux dimensions, ses oeuvres s'affranchissent progressivement de la surface plane des cimaises pour former des sculptures abstraites et colorées. Suspendue avec théâtralité, l'imposante installation Brumas dégage, malgré sa taille, une impression d'intimité. les tissages aériens légèrement mouvants laissent apparaitre des motifs géométriques simples, éléments d'un langage universel et intemporel.
León Ferrari (1920-2013) est un artiste conceptuel argentin qui a fui la dictature de son pays pour se réfugier au Brésil. C'est à partir de 1960 qu'il réalise des sculptures en acier semi-abstraites, constituées de tiges de fer entrelacées formant des silhouettes, évoquant tout autant des galaxies, des prototypes que des édifices imaginaires.
Sérgio Sister est un artiste né au Brésil en 1948. Il débute la série des Caixas en 2009 mais c'est neuf ans plus tôt qu'il avait peint la première canette de fruits dont la tridimensionnalité de l'objet lui est alors révélée. les combinaisons permises par ce super sont multiples : les couleurs apposées par d'amples coups de brosse sur des lattes de largeur variable se côtoient tout en gardant leur autonomie. Ces peintures-sculptures faites d'une alternance de vides et de pleins sont ainsi éclairées par un jeu d'ombres et de lumières.
Beatriz Milhazes est une artiste brésilienne (née en 1960). Cette peinture acrylique explose de couleurs, à l'instar d'un de ces carnavals que la peintre affectionne. Elle développe depuis 1989 sa propre technique de peinture, dessinant et peignant à l'acrylique un motif de chaque coté d'une feuille de plastique avant de la coller sur sa toile. Une fois la peinture sèche, la feuille est retirée, laissant l'image imprégnée sur l'oeuvre. Dans São Cosme e Damião, elle juxtapose des segments verticaux semblables à une jungle impénétrable, des motifs floraux et des arabesques inspirées des peintures corporelles indigènes du sud du Brésil.
Au rez-de-chaussée, le visiteur est saisi par la transposition de l'iconographie géométrique et colorée de la culture Tiwanaku et l'esprit des fêtes populaires andines avec cette salle de bal réalisée par l'architecte bolivien Freddy Mamani.
Dans la grande salle, ce sont les architectes paraguayens Solano Benitez et Gloria Cabral qui ont conçu une oeuvre monumentale reposant sur le principe de la répétition, assemblée à la façon d'un château de cartes le long de la façade de verre du bâtiment.
En regard de ce tour de force architectural, on remarquera le délicat maillage d'un ensemble de 22 sculptures délicates et aériennes de l'artiste vénézuélienne Gego, réunies pour la première fois à Paris.
Géométries Sud du Mexique à la Terre de Feu
Jusqu'au 24 février 2019
Tous les jours de 11 à 20 heures, sauf lundi
Nocturne mardi jusque 22 heures
261 boulevard Raspail - 75014 Paris
A signaler, à l'étage inférieur, de très pratiques casiers transparents faisant office de consigne

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