jeudi 21 février 2019

Le Club, restaurant des bateaux-mouches

Ce fut longtemps un club privé, et donc peu accessible. Il a gardé son nom mais s’ouvre maintenant à tout le monde. C’est un cadre exceptionnel, offrant un panorama sensationnel sur la Tour Eiffel et le bord de Seine qui s’étend du pont de l’Alma au pont Alexandre III. Très bien exposées, la terrasse comme la salle, bénéficient d’un ensoleillement réjouissant. Je vous conseille d’ailleurs de glisser vos lunettes de soleil dans votre sac.

Le Club appartient à la société des bateaux mouches (qui doivent leur nom à leur construction sur le chantier lyonnais de La Mouche). Quinze bateaux sillonnent la Seine 365 jours par an, pour le plaisir de 2,5 à 3 millions de visiteurs qui y font 1 heure 15 de promenade ou qui y déjeunent en 2 heure de temps.

On pourrait donc prendre le repas en faisant une balade sur un de ces bateaux mais le Club présente de multiples avantages. Il ne vogue pas, ce qui le rend très accessible. Aucune crainte de subir le mal de mer, la salle ne tangue pas, les fauteuils ont la patine du temps, le silence est appréciable. La vue est à couper le souffle et la carte est très appétissante.
C’est Christian Etchebest qui a élaboré les assiettes, en étroite collaboration avec un jeune béarnais de 26 ans, Romain Casas, qui est le chef aux commandes et qui a vraiment orienté les choix. Par exemple avec un caneton mi-sauvage de chez Pierre Duplantier, en deux façons, cuit sur le coffre, servi avec des carottes de couleur.
Pas facile de trouver au coeur de Paris un repas aussi soigné à un prix aussi abordable, dans un environnement aussi prestigieux, avec une formule plat du jour-verré de vin-café à 24 euros le midi, du mardi au vendredi.

J'avoue ... j'ai été tentée par davantage. C'est que la cuisine de Romain est exactement ce que l'on souhaite, ancrée dans un savoir-faire infaillible, qui garantit des cuissons exactes, des assaisonnements mesurés, des associations de goût réussies et un dressage élégant.
J'ai été séduite par le Carpaccio cru et cuit de Saint Jacques/avocat/betterave/chou-fleur, merveilleux avec un verre de Jurançon sec. Les assiettes de mes voisins de table ne déméritaient pas, ni en couleur, ni en saveurs.

Le Velouté de châtaignes/poires/foie gras (qui existe en version végétarienne) a été servi avec le cérémonial qui convient. Et il n'y avait aucun reproche à faire à l'Oeuf parfait plancha plancha/bouillon et fricassée de champignons.
Ni au Foie gras grillé en terrine/gruée de cacao/chutney de saison. Le repas démarrait très fort avec ce choix d'entrées.
Le chef, préoccupé des attentes de la clientèle, sait s'adapter aux besoins des végétariens et leur propose un Ragoût de haricots barbais/légumes de saison/châtaignes qui est loin d'être une punition, bien au contraire.
Parmi ses classiques figure la Poularde de chez Pierre Duplantier/sauce poulette/carotte/riz venere. Qui est servi, comme toutes les viandes, avec le couteau créé spécialement par Christian Etchebest pour Jean Dubost.
Il proposait aussi une pêche du jour et des Saint Jacques cuisinées avec des agrumes et du potiron. Ce qui fait plaisir c'est l'emploi des légumes de saison (carotte, potiron, châtaignes) et sa réactivité. Il a pu faire aussi (à condition de commander pour deux personnes) une recette qu'il avait créée pour la Saint-Valentin : un Caneton mi-sauvage de chez Pierre Duplantier en deux façons : coffre laqué / cuisse confite et croustillante / déclinaison de carottes de couleur, en accord avec un verre de Cote de Bordeaux.
Il est fameux (visuellement et gustativement). Comme le chef a raison de fair confiance à son ami de longue date, Pierre Duplantier, éleveur dans le Béarn, dans un village proche de celui d'où il est lui-même originaire, à Meracq, à une vingtaine de kilomètres au nord de Pau. Il s'est spécialisé dans la volaille et vend sa production en circuit court à la restauration de luxe.
Un souvenir gustatif qui restera longtemps.
Un dessert peut-être ... même si ce n'est que pêché de gourmandise comme ce Pastis perdu / Mandarine / glace yaourt ...
... ou cette Mousse tiède de chocolat/piment d'Espelette/potiron, qui ne figurera pas sur la prochaine carte, saison oblige. Elle sera remplacée par une crème brulée/sucre muscovado/crème whisky. Et les acteurs de chocolat ne seront pas pénalisés car le chef réfléchit à une déclinaison autour de ce produit.
On pouvait hésiter aujourd'hui avec l'Ananas rôti au gingembre/caramel de lait ou une Stracciatela/poire/Streussel. Bientôt ce sera une Panacota au buron/Fraises confites/basilic qui  pourra clôturer le repas.
On a envie de s'attarder dans cet espace dessiné par Charlotte Bruel, la Présidente de la Compagnie des Bateaux-Mouches. Et de revenir un soir pour apprécier une ambiance sans nul doute très différente (attention il est prudent de réserver).

Bien qu'il soit encore jeune Romain Casas a une solide expérience, avec une formation au Carré des Feuillants, puis Chez Château à Esquiule, avant de gérer les ouvertures des Contrebandiers, de La Maison des Lacs et du Sporting d’Este. Il a aussi fait un passage à l'étranger, au Club Gascon de Londres, et au restaurant Tate Modern. Souhaitons qu'il ait trouvé au Club son port d'attache.
Le Club
Port de la Conférence (75008)
Etage de l’embarcadère de la Compagnie des Bateaux-Mouches
Métro : Pont de l'Alma (et Parking gratuit)
De 11h - 23h - Fermé dimanche et lundi - Réservation: 01 42 25 82 51

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