jeudi 14 février 2019

Fabre : Le fleuron de l'appellation Côtes de Provence

La meilleure façon de découvrir le vin ... ce n'est pas dans un caveau, même si c'est fort sympathique. Il m'apparait que la table est l'endroit le plus adéquat. Parce que, vous en conviendrez, cette boisson n'est pas destinée à être dégustée seule mais à s'accorder avec des plats.

Et quand l'adresse est bonne, l'alliance peut se révéler sublime. C'est dans un tel contexte que j'ai fait connaissance avec les vins de Provence élevés par la famille Fabre, dans le restaurant Substance, une très belle adresse plutôt récente, dont je parie qu'on va entendre parler. Les photos en sont la promesse.

Le nom de Fabre est bien connu en Provence. Il résonne depuis 1920 autour de Charlotte et Henri Fabre qui commercialisaient alors, en plus des vins de Provence, de grands vins de France.

Assez vite, après l’acquisition du Château de la Clapière en 1928, puis du Château de L’Aumérade en 1932, Henri Fabre se consacra exclusivement à ses Châteaux. Il fut l’un des premiers à avoir sa propre ligne d’embouteillage et œuvra pour la renommée des Côtes de Provence. Son fils Louis Fabre le rejoint dans les années 50 pour moderniser les méthodes de vinification et de culture et développer la notoriété des vins à l’export.

Six générations plus tard, ses petits-enfants, Henri Fabre Junior, Marie-Christine et son mari Vincent Grimaldi perpétuèrent la tradition en faisant prospérer les domaines. Aujourd’hui, ses arrières petits-enfants, Caroline, Clément et Delphine assurent la production et la commercialisation des vins de la famille. Car Fabre reste une famille et ses vins sont aujourd’hui vendus aux quatre coins du monde où ils ont fortement contribué à la notoriété du vin rosé dans le monde.
C'est avec le Cru classé de Côtes de Provence Château de l'Aumérade, cuvée Marie-Christine rosé, 2018 que le déjeuner commença sur un Carpaccio de Saint-Jacques, vinaigrette au foin, oignon, cerfeuil et ail.

Le hasard du plan de table a voulu que je sois assise à côté de cette Marie-Christine qui existe en chair et en os et qui raconte avec beaucoup de sentiments l'histoire de chaque bouteille. Cette cuvée emblématique de la maison est embouteillée dans un flacon dessiné par sa grand-mère Charlotte dans les années 50, laquelle voulait une bouteille lui ressemblant, et qui aurait le potentiel de devenir l'icône de la propriété. Son trait de crayon fut inspiré par le génie d'Emile Gallé dont elle possédait un vase.

En sa qualité d'ainée de la famille, Marie-Christine Grimaldi a hérité de l'hommage d'être la marraine du flacon. Elle en a modernisé l'allure en faisant figurer une sérigraphie très actuelle, fraiche, moderne qui s'accorde avec ce rosé très fin, élégant, d'une robe rose poudré extrêmement attractive, représentatif de la fraicheur qui le caractérise avec ses saveurs fruits de pomelo qui s'expriment en douceur en harmonie entre les trois cépages traditionnels de la maison qui le composent : Cinsault, Grenache et Syrah. Il est parfaitement équilibré et très aromatique.

La cuvée Marie-Christine se décline en rosé, blanc et rouge. Elle devient collector à partir de cette année, puisque chaque édition sera revisitée pendant 3 ans grâce à une nouvelle illustration pour évoquer sans doute des moments de consommation différents.

Si l'accord avec le carpaccio de fruit de mer était excellent la dégustation laisse penser aussi que ce vin serait idéal pour accompagner une cuisine asiatique.
Nous avons poursuivi avec un autre cru classé de Côtes de Provence, Le Château de la Clapière, Violette rouge 2014, servi sur une Canette rôtie, condiment moutarde et olive de Kalamata.

On reste sur le terroir argile-calcaire à tendance bord de mer, en contrefort du massif schisteux des Maures. Des notes de cerise et de cassis explosent après une attaque franche mais ce vin témoigne d'une belle rondeur. L'accord avec le plat semble parfait par la présence de saveurs épicées.

Chaque vin a son histoire. Le Château de la Clapière est une grande bastide d’inspiration florentine entourée de dépendances autrefois consacrées aux activités agricoles. En 1892, le domaine reçu la visite de la Reine Victoria d’Angleterre, attirée par la beauté des lieux, les senteurs du parc et notamment la violette, sa fleur préférée dont un bouquet lui avait été offert par une jeune demoiselle qui portait son prénom, "Victoria". Cette rencontre fut le début d'une grande histoire d'amour qui scella à tout jamais le destin de la jeune Victoria Constant puisque sa fille, Charlotte, se maria avec Henri Fabre, fondateur de la Maison Fabre et également propriétaire du Château.
Si vous avez envie d'un vin plus puissant vous opterez pour un autre rouge en cru classé, le Château de l'Aumérade, cuvée Dame de Piegros 2013. La robe passe du grenat à cette fois un rouge profond. Le nez révèle des fruits plus noirs, accompagnés de notes boisées quoique discrètes. Les arômes sont plus complexes et le vin plus corsé mais les tanins restent très soyeux.
La dame fut au XVII° siècle un personnage influent des monde du vin. Son souhait que le domaine soit toujours géré dans la tradition provençale a été respecté et les parcelles sont vendangées à la main. L'étiquette a été réalisée à partir de l'effigie d'une pièce romaine trouvée dans la propriété.
Pour terminer, retour au rosé, aux reflets irisés avec le Chateau de la Clapière, Cru classé de Côtes de Provence Violette rosé 2018 qui accompagne un Crémeux bergamote, meringue poivre son et sorbet oseille.

La puissance du nez, dominé par des arômes de griotte mûre surprend par rapport à une robe étonnamment pâle. Des notes de cassis frais se développent en bouche et persistent. La surprise est à la mesure du repas.

La famille Fabre-Grimaldi produit 90% de rosé, mais elle a de beaux terroirs aussi en rouge. Ses 7% de rouge ne sont pas anecdotiques (pas moins que les 3% de blanc, dont le Sully blanc de blancs est remarquable sur un fromage de chèvre). Cette cuvée porte le nom du Duc de Sully, Premier ministre d'Henri IV, qui planta au château de l'Aumérade le premier mûrier de France en 1594, lançant ainsi l'élevage du ver à soie dans le sud de la France. Il planta aussi de magnifiques platanes qui ornent encore aujourd'hui les jardins. Il fut le premier ambassadeur des crus de Provence à la Cour de France.

Les Domaines Fabre comptent 6 domaines et Châteaux sur  550 ha de vigne, dont 112 en "Cru Classé" qui leur permettent de s'affirmer comme le premier producteur mondial de rosé "Cru Classé" au monde. On sent bien que le débat pourrait être lancé entre cru et marque ... en terme de communication pour inspirer le consommateur dans ses choix. Apprendre que cette "maison" ne pratique aucun négoce est un autre point important.

Fabre a raison d'affirmer son identité provençale, en bordure de celle des lavandes, qui se trouve un peu plus haut, éloignée de celle du bord de mer, trop touristique, mais une Provence marquée par l'authenticité de l'intérieur, célébrée par Alphonse Daudet et Marcel Pagnol, un terroir de tradition et de charme qui a du chic. C'est la Provence des choses simples, des beaux soirs d'été, sur une terrasse, à l'ombre des arbres, quand l'atmosphère sature du concert des cigales et des crapauds.
Ce bonheur élégant, la maison Fabre le partage, avec ses vins, mais aussi à travers des actions d'oenotourisme. Il faut biffer dans son agenda le dernier samedi de novembre, quand elle fête le nouveau millésime au cours d'un grand repas vigneron avec une dégustation commenté des nouveaux rosés et blancs.

Enfin il importe de savoir que la famille offre l'accès libre à son Musée du santon, constitué autour d'une collection unique de 2000 pièces du XVIII° siècle. Photo ci-dessus : de gauche à droite Marie-Christine, Vincent et leur fille Caroline.

Fabre - Château de l'Aumérade - 83390 Pierrefeu-du-Var - 04 94 13 80 78
Substance - 18 Rue de Chaillot, 75116 Paris - 01 47 20 08 90

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