Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

vendredi 19 décembre 2025

Les Trophées de la 16e édition du FIPC Les Lentilles d'Or 2025

Les Trophées de la 16e édition du FIPC Les Lentilles d'Or 2025 ont été remis sous le haut patronage du ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire et avec le parrainage du ministère de la Culture le lundi 8 décembre dernier.

Unique au monde, ce festival photographique célèbre le regard qui est posé sur le monde culinaire, dans toutes ses dimensions : produits, artisans, chefs, ambiance de marché, art de la table et savoir-faire.

Chaque édition du Festival International de la Photographie Culinaire propose une thématique spécifique, qui inspire les artistes et invite à une relecture contemporaine de l’art culinaire en images. Le thème de cette édition "Jour de marché", célèbre l’univers foisonnant des marchés, des étals, des produits frais, des gestes quotidiens et des ambiances conviviales.

La cérémonie a eu lieu dans cette Salle Sully où je m'étais déjà trouvée pour la remise des Prix d'excellence du Concours général agricole. Elle a été pilotée avec un grand humour par Jean-Pierre PJ Stéphan, le Président fondateur du FIPC.
Claudia Albisser Hund était la photographe officielle du FIPC 2025. Elle avait composé une image illustrant le thème de l'année Jour de marché. Cette photo a été prise en novembre après avoir arpenté des marchés dans le Jura. Elle traduit une ambiance mélancolique annonçant l'approche de l'hiver.

Elle avait remporté en 2023 le Grand prix des Ambassadeurs du produit, avec 3 photos sur le thème du pain, un hommage à la baguette, emblème culinaire de la France. Elle a illustré plus de 100 livres avec ses photos, en particulier un livre sur les biscuits alsaciens de Noël qui a rencontré un gros succès. Elle est passionnée d’épices et d’herbes aromatiques qu'elle cultive dans son jardin. La photographe participe régulièrement à des concours internationaux de photographie culinaire. En 2005, elle avait été récompensée par un prix spécial au Carrousel du Louvre, à Paris, sur le thème "Nourrir le monde". Son travail a été notamment exposé à l’Exposition universelle de Milan en 2015.

Son prochain projet d’exposition s’intitulera "Au bord du chemin". Une proposition en train de mûrir qui mettra le Jura, sa région d'adoption, dans un écrin comme elle sait si bien le faire.

Chaque prix a son jury et porte un regard spécifique et chaque lauréat recevra un cadeau de Fuji et une oeuvre de Sabine Stenert (coordonnées en fin d'article) qui, depuis plus de vingt ans au Four à chaux, et dans un atelier aux dimensions grandioses, assistée de Daniel pour la cuisson de ses céramiques, donne naissance à des objets utilitaires d’une grande finesse dans une terre issue de la Drôme toute proche.

Elle y célèbre aussi la beauté de l'imperfection en donnant vie à des pièces uniques en grès basse température 100% culinaire, colorées de pigments et d’oxydes aux formes organiques, presque poétiques, allant de couleurs vives aux blancheurs si discrètes.

jeudi 18 décembre 2025

La Maison Heurgon fête 160 ans d'engagement en haute horlogerie et joaillerie

Le 20 novembre 2025, pour célébrer 160 ans d'engagement en haute horlogerie et joaillerie, Heurgon proposait un événement exclusif aux amateurs d’art et aux collectionneurs : une soirée unique en partenariat avec Opera Gallery, dans leur flagship du 58 rue du Faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris.

Dans le cadre de ce partenariat, une sélection exclusive d’œuvres iconiques de Niki de Saint Phalle, Manolo Valdès, Yves Klein, ainsi que des créations majeures d’artistes contemporains, ont été dévoilées.

Ce fut également une occasion rare d’admirer une exposition exceptionnelle de pièces de haute horlogerie et de joaillerie, présentées et signées par 24 partenaires d’exception, dans un environnement résolument exclusif.

Cette prestigieuse collaboration entre Heurgon et Opera Gallery a offert une expérience immersive, où l’art et le luxe se sont rencontrés, symbole de l’excellence et du raffinement qui a été accompagnée par un buffet festif.

Je rappellerai l’histoire du joaillier Heurgon, qui participe à la réputation internationale du quartier de la Madeleine et du Faubourg Saint-Honoré, avec d’autres maisons de qualité et d’élégance.

C’est en 1865, au cœur de Paris du Second Empire, que la Maison Heurgon ouvre ses portes au 15 rue Royale.

Très vite, l’adresse devient un lieu incontournable, témoin d’un art de vivre raffiné et d’un savoir-faire joaillier et horloger d’exception. Pendant plus d’un siècle et demi, la vitrine de la rue Royale rayonne, avant de céder en 2021 sa place à une nouvelle ère : l’ouverture du flagship Heurgon au 58 rue du Faubourg Saint-Honoré, au cœur du triangle d’or parisien.

Mais puisque la longévité n’a jamais eu valeur de certificat de légitimité, l’histoire d’Heurgon s’est construite sur les intuitions successives de ses propriétaires. En 1973, Michel et Jacques Cymerman lui ont donné une impulsion décisive en intégrant les plus grandes marques de la joaillerie française et de l’horlogerie suisse.

Ce sont désormais Arnaud et Benjamin Cymerman, soucieux de préserver le même esprit de famille, qui surprennent et satisfont leur clientèle en lançant de nouvelles de nouvelles tendances, collections et marques adaptées notamment au besoin des femmes et des hommes d’aujourd’hui.

Ils incarnent l’héritage d’une famille dédiée à la transmission d’un savoir-faire d’excellence, forte de plus de 160 ans d’histoire dans l’univers de la joaillerie et de l’horlogerie. Heurgon rassemble les signatures les plus convoitées en horlogerie. Commençons par Breguet avec La reine de Naples, puis la Tradition, et, présentées en double exemplaire la Type XX, Breguet Classique et Breguet Marine :

Parmi toutes les montres présentées les Bréguet occupent une place particulière. En effet, le fondateur de la marque est un horloger devenu légendaire, Abraham-Louis Breguet, pionnier de la mesure du temps de précision. Son invention, en 1795, du tourbillon, parfois appelé "cage rotative", est l'une des innovations les plus remarquables de l'histoire de l'horlogerie. Elle représentait alors une véritable révolution chronométrique.

Les montres n’étaient pas portées au poignet au XVIII° siècle. Elles étaient à l’époque glissées dans un gousset et du fait de la verticalité du cadran, subissaient les effets de la gravité sur le balancier et l’échappement. Le tourbillon a permis de compenser ce phénomène en offrant une précision nettement supérieure à celle des mouvements horlogers classiques.

mercredi 17 décembre 2025

L’Art vu par la BD à la Galerie de l’Académie des beaux-arts, Galerie Vivienne

Quelle exposition passionnante que L’Art vu par la BD qui commence à la Galerie de l’Académie des beaux-arts (Galerie Vivienne, 75002 Paris), nouvel espace d’exposition et de librairie de l’Académie, complémentaire du Pavillon de la Comtesse de Caen, et qui sera présenté jusqu'au 28 février 2026.

Il n'y a pas eu d'édition de catalogue (voilà pourquoi l'article est détaillé), mais c'est un joli cadeau qui est fait aux parisiens et qui plus est dans un endroit qui est en accès libre et gratuit.

Je signale que tous les albums disponibles sont en vente à la librairie.

C'est précis, didactique et susceptible d'intéresser autant les férus de bande dessinée que ceux qui n'y connaissent pas grand chose, … et qui seront convaincus ensuite que cet art est à leur portée.

Elle a été conçue par Thierry Groensteen, historien et théoricien de la bande dessinée, qui a été le premier directeur du musée de la bande dessinée d’Angoulême et qui est le correspondant de la section de gravure et dessin de l’Académie des beaux-arts depuis le 17 avril 2024. Autant dire qu'il connait le sujet. Visiter les lieux en sa compagnie était une chance exceptionnelle.

Représentée à l’Académie au sein de la section gravure et dessin, la bande dessinée a rompu l’isolement qui fut autrefois le sien depuis l'élection de Catherine Meurisse en janvier 2020. Elle-même au carrefour de la littérature et des arts visuels, elle n’a de cesse, aujourd’hui, de se mesurer aux autres formes d’expression, documentant le parcours des plus grands artistes et interrogeant le mystère de la création. Tantôt informé, sérieux, biographique, son propos peut aussi être décalé, satirique, burlesque ou verser dans l’onirisme.
Descendons dans le vaste et agréable sous-sol de la galerie. Sous le crayon des dessinateurs, les arts se réinventent et quelquefois se mélangent. Pour ne citer que deux exemples, peinture, cinéma et comédie musicale fusionnent dans Moderne Olympia de Catherine Meurisse, membre de l’Académie ; l’architecture de la capitale Brasilia est célébrée par le prisme d’un film chez Jochen Gerner.

L’exposition réunit des exemples du regard que le 9e Art porte sur les 9 disciplines représentées au sein de l’Académie (dans l'ordre de la progression dans l'exposition) : la photographie, la chorégraphie, la sculpture, la gravure et le dessin, la peinture, les créations cinématographiques et audiovisuelles, architecture et la composition musicale.

Quelques regards du 9ème Art sur la photographie :

Les travaux d'Eadweard Muybridge sur la chronophotographie, à l'instar d'Etienne Jules Marey dont les travaux sont actuellement exposés à l'Ecole de médecine, ont été d'une grande utilité pour les peintres et les dessinateurs, qui ont appris les lois du corps en mouvement dans ses livres The Human Figure in Motion et Animal Locomotion. Les créateurs de bande dessinée ont aussi été inspirés par l'effet de répétition visuelle qui se dégageait de ses planches, chaque pose étant légèrement différente de la précédente; ce jeu de la reprise et de la variation est devenu la matrice de nombreux gags visuels.
Il n'est donc pas surprenant que la BD, en la personne de Guy Delisle, né en 1966, ait rendu hommage à Muybridge avec l'album Pour une fraction de seconde (page 142,143,144 et 145, Editions Delcourt, "Shampooing", 2004), encre de Chine.

Il croque Muybridge proclamant vous avez devant vous l’homme qui a arrêté le temps et montre Messonnier corrigeant l'orientation des pattes des chevaux de ses toiles déjà achevées.

Son contemporain Oscar Forrest, le photographe qui, dans l'album de Peeters et Hui-Phang L'Odeur des garçons affamés, répertorie les paysages de l'Ouest américain et tire le portrait des Indiens, est, lui, un personnage fictif.
Frederik Peeters, artiste suisse, montre un personnage fictif qui photographie l’ouest américain voué à disparaître dans L'Odeur des garçons affamés, Scénario Loo Hui Phang (1974), dont voici les pages 40 et 41, Éditions Casterman, 2016, Encre de Chine.
Lui a ajouté un lavis et comme la planche que le commissaire avait choisi d’exposer n’était plus disponible c'est le livre ouvert qui est en vitrine.
Arthis Jolinon, le héros de Balade au bout du monde, et la Valentina de Crepax (qui exerce son talent dans la mode) sont des photographes plus modernes que sont
Laurent Vicomte (1956-2020) a connu un grand succès dans les années 80. On le reconnait dans cette planche 13 de Balade au bout du monde, tome 1 : La Prison, Scénario de Makyo, Éditions Glénat, 1982, Encre de Chine.

C'est lui Arthis et il se représente appareil photo à la main et sa compagne, qui est dans la dernière case, a vu quelque chose d'effrayant dans l’objectif et qui ne sera révélé que page suivante (non exposée bien évidemment).

Maitre de l'érotisme en bandes dessinées, le milanais Guido Crepax (1933-2003) n'a cessé, depuis 1865 et dans la saga de son héroïne Valentina (coiffée comme Louise Brooks à qui le bédéiste vouait un véritable culte, et avec qui d’ailleurs il a entretenu une correspondance), de se confronter avec la littérature, la musique, le cinéma, l'architecture, la peinture et le design. Valentina sera une des premières femmes présentes dans la BD, après Bécassine et Fifi Brindacier. Au gré des épisodes, il cite la scène de l'escalier d'Odessa dans Le Cuirassé Potemkine, le tableau de Goya représentant la fusillade du "Tres de Mayo", les toiles abstraites de Kandinsky ou les femmes dont Yves Klein enduisait le corps de peinture bleue pour les transformer en "pinceaux vivants".
Dans Valentina : Sindrome di Moore (Planches 1, 2 et 3, Paru dans Linus en 1990 Encre de Chine, Collection Archivio Crepax, Milan)une histoire très onirique, Valentina surprend au cours d'un shooting, d'étranges formes abstraites s'interposer dans son champ visuel entre ses modèles et l'objectif. Elles vont insensiblement grandir puis se transformer, comme on le verra plus loin dans la partie de l'exposition dédiée à la sculpture, en œuvres d'Henry Moore.

mardi 16 décembre 2025

Première exposition parisienne dédiée à Rick Owens, au Palais Galliera

J'ai profité de ma venue au Palais Galliera pour la présentation presse de Tisser, broder, sublimer, pour jeter un oeil à la première exposition à Paris dédiée à Rick Owens, qui propose une traversée de l'œuvre de ce créateur de mode avant-gardiste, de ses débuts à Los Angeles à ses collections les plus récentes.

Rick Owens dévoile les références multiples de ses créations, de Joris-Karl Huysmans à l’art moderne et contemporain, en passant par les grands films hollywoodiens du début du XX° siècle. Directeur artistique de l’exposition, il imagine avec le Palais Galliera un parcours qui s’étend à la façade et au jardin du musée.

On le dit fasciné par le sacré, ce qui se lit dans la disposition des mannequins qui évoque pour moi la Cène. Partout dans la première salle les silhouettes sont longilignes, comme suspendues. Beaucoup de robes sont prolongées de capuches. 

Le couturier, né en Californie en 1961, a débuté à Los Angeles comme patronnier avant de lancer sa propre griffe en 1992. Ses tenues, inspirées des cultures underground et du glamour de la mode des années 30, se démarquent par leurs structures sophistiquées. Ses ressources limitées le poussent à récupérer toutes sortes de matières premières : il détourne des jerseys de tee-shirt, des sacs militaires, des couvertures de l’armée et du cuir lavé qu’il recycle en robes ou en vestes, ce qui ne l’empêche pas de rechercher la beauté pure.

Parmi ses coloris de prédilection, le noir et les teintes sourdes dominent, principalement le marron et un gris spécial baptisé "dust", devenu l’une de ses signatures. Ce n’est qu’à la toute fin de l’exposition que la couleur vive surgit.

En 2003, Rick Owens quitte Los Angeles pour Paris. Indépendant et transgressif, ses défilés se teintent de réflexions politiques, dénonçant l’intolérance et le patriarcat : les mannequins sont remplacées par des performeuses de stepping, danse africaine-américaine où le corps devient percussion, le sexe de ses modèles masculins est exposé et la force des femmes est célébrée. Comme une réponse à un monde en crise, son engagement s’incarne notamment par des créations plus sculpturales et l’utilisation de couleurs vibrantes.

Riche de plus de 100 silhouettes, la rétrospective est complétée par des archives personnelles du créateur, des vidéos et des installations inédites. Des œuvres de Gustave Moreau, Joseph Beuys et Steven Parrino permettent de revenir sur les sources d'inspiration du designer et de montrer son travail sous un nouveau jour. Le parcours évoque également l’importance de son épouse Michèle Lamy, dont la présence se retrouve tout au long de l’exposition, jusque dans la reconstitution de leur chambre à coucher californienne avec sa télévision en noir et blanc, son canapé … Tout est encore quasiment en noir et blanc mais sa musique de prédilection est « classique » . Cette partie de l’installation surprend moins quand on sait que le créateur a instauré la sieste obligatoire.

Je n'ai pas eu l'opportunité de le voir parce que la nuit était tombée, mais l’œuvre de Rick Owens se déploie également à l’extérieur du musée, où il enveloppe les statues de la façade dans un tissu brodé de paillettes. Installées dans le jardin du Palais Galliera, trente sculptures de ciment aux formes brutalistes spécialement conçues pour l’occasion rappellent ses créations de mobilier. Le parterre floral a été repensé avec des variétés qu'il affectionnait à Los Angeles.

D’une ampleur et d’un format inédit, l’exposition Rick Owens, Temple of Love propose une réflexion sur l'amour, la beauté et la différence à travers une mise en scène monumentale. Les silhouettes, en majorité issues des archives de ce créateur incontournable de la scène contemporaine, transforment le musée en un temple dédié à la création.

C'est une exposition inédite par plusieurs aspects et qui, hélas, se termine bientôt. je ne peux que vous encourager à la découvrir sans attendre.

Rick Owens, Temple of Love 
Du 28 juin 2025 au 4 janvier 2026
Au Palais Galliera, musée de la Mode de Paris
10 avenue Pierre 1er de Serbie - 75116 Paris
Du Mardi au dimanche de 10h à 18h
Fermé les lundis
Nocturnes les vendredis jusqu’à 21h

lundi 15 décembre 2025

Les Prix COAL et COAL étudiant 2025 ont été décernés au Musée de la Chasse et de la Nature

Je ne connaissais pas COAL, Coalition pour l’art et le développement durable, qui est une organisation dédiée à mobiliser les artistes et les acteurs culturels sur les enjeux écologiques contemporains.

Depuis 2008, elle met en lumière et accompagne des démarches artistiques engagées, en créant des ponts entre création, recherche scientifique, transition écologique et territoires. À travers le Prix COAL, ses programmes curatoriaux, ses publications et ses actions de terrain, COAL œuvre à transformer notre rapport au vivant et à faire de l’art un levier puissant de prise de conscience, d’innovation et de transformation écologique.

Le Prix COAL 2025 a été remis aux lauréates (car il s’agissait uniquement de femmes) le 12 décembre dernier, à l’occasion de la troisième édition de SANS RÉSERVE, le rendez-vous incontournable de l’art et de l’écologie imaginé par COAL et qui se tient pour le moment toujours au Musée de la Chasse et de la Nature.

Cette troisième édition est dédiée à l’eau douce. Le sujet est crucial quand on sait qu’il n’y a plus, nulle part sur le globe, d’endroit où l’eau de pluie est potable … Il faut également intégrer le fait que l’eau n’est pas un objet. Elle ne peut que s’écouler en suivant des circulations visibles et invisibles, menacée par les pollutions et les déséquilibres mais encore riche de forces fertiles et mémorielles. Et surtout l’être vivant ne peut pas s’en passer.

Exposition, rencontres, performances et ateliers illustreront toutes ces caractéristiques et  les oeuvres des treize artistes nominés pour les Prix COAL et COAL étudiant 2025 investiront les salles du musée avec un parcours d’œuvres inédit en dialogue fort intelligemment construit avec les collections de l’institution, et même avec l’exposition temporaire du duo Florentine & Alexandre Lamarche-Ovize intitulée La licorne, l’étoile et la lune dont je parlerai dans un prochain article.

Elles resteront en place pendant un mois entier, ce qui est une nouvelle évolution. Plusieurs temps forts rythmeront les 12 et 13 décembre et je rendrai compte de quelques uns dans les lignes qui suivent. En effet, bien que conviée à 18 heures pour la remise des prix, j'ai eu la bonne idée de venir dès le matin et j'ai pu visiter l'ensemble du musée et participer à des performances.

L’annonce des noms n’a pas créé de surprise puisqu’ils avaient été donnés précédemment. 
Charlotte Gautier van Tour (première photo de ce billet) fut primée parmi 700 candidatures pour son projet Bloom, le sang des glaciers. Le prix spécial du jury a été attribué à Pauline Rip pour son projet Elficologie : la récolte de la rosée du matin. Pour la 3eme fois, deux mentions spéciales ont également été décernées : la mention Centre Wallonie-Bruxelles/Paris à Mirja Busch pour son projet Institute of Puddleology et la mention Ateliers Médicis à Férielle Doulain-Zouari pour son projet Ain el coton. Le Prix COAL étudiant 2025 a été décerné à Clara Niveau-Juteau, pour son projet Fresque du Vivant qui s’est distingué des 60 autres dossiers présentés par des étudiants.

Mais n'oublions pas les autres artistes nommés dont les oeuvres jalonnent elles aussi les salles du musée : Mohammad Rakibul Hasan, Julien Salaud, Marcela Santander Corvalán, Lara Tabet, Kay Zevallos Villegas, Khouloud Benzarti et Popline Fichot.

Je vous invite à me suivre dans un parcours géographiquement cohérent en commençant par la cour pavée de l’Hôtel Guéguenaud investie par Ain el coton de Férielle Doulain-Zouari, Lauréate de la mention Ateliers Médicis.

Autrefois, l’oued qui se trouve à quelques kilomètres du village du Mahassen, dans la région du Kef en Tunisie, se remplissait d’eau chaque hiver, mais il s’est asséché depuis une dizaine d’années, devenant infranchissable. Les bergers et les agriculteurs sont aujourd’hui contraints de le contourner. Après plusieurs années de recherches sur les formes, les matériaux, les problématiques et les modes de vie locaux, l'artiste a imaginé la création d’une installation in situ à usage collectif, avec la collaboration d’artisan·es et d’ouvrier·es du lieu : un passage fait d’argile et de verre. Fonctionnelle, l’œuvre (de briques d'argile cuites, émaillées, moulés à la main, poudre d'argile, sable, 2024) rend symboliquement visible par une strie de verre, la présence de l'eau dans l'argile, tout en célébrant l'expérience humaine collective qui a permis la réalisation de l'œuvre, dans un souci de sensibilisation et de réappropriation de la terre et de ses enjeux par ses habitant·es.
 
Férielle Doulain-Zouari, est une artiste franco-tunisienne, née à Paris en 1992, Elle vit et travaille à Tunis. Son travail se situe entre mémoire, territoire et récits locaux, elle compose des "archives sensibles" issues de collectes et d'observations de terrain, pour révéler les fragilités du vivant et réactiver notre sensibilité au réel en collaboration notamment avec des artisans ouvriers. Elle a exposé à La Boîte ou Jaou à Tunis, à la Biennale d’arts et d’architecture du Centre Val de Loire en France, au Louvre d’Abu Dhabi ou encore à la Biennale de Ouagadougou. En 2021, elle a reçu le deuxième prix de la Biennale de Dakar "Révélation". Elle est représentée par la Septième Gallery à Paris.
Montons l'escalier. Dans le corridor Kay Zevallos Villegas a laissé pendre son Ombre des Amazonies. Dans de nombreuses cosmovisions amazoniennes, dont l’artiste est originaire, l’eau est un corps vivant : elle respire, se souvient et guérit. Dans cette installation monumentale, les affluents de l’Amazone sont taillés dans des membranes en silicone et dérivé de caoutchouc, matière première et moteur de l’expropriation coloniale. Pigmentées en rose au rocou (achiote), ces formes évoquent la légende du Bufeo Colorado (dauphin rose), être qui, la nuit, se transforme en homme blanc pour violenter les jeunes femmes.

Ces "mues", que l’artiste porte comme une seconde peau dans ses performances, marquent un point de rencontre entre les mondes et ouvrent la possibilité d’une réécriture mythologique des mémoires orales détournées et dépouillées de leur dimension rituelle, utilisées pour masquer une violence faite aux femmes, encore persistante aujourd’hui et aux grossesses son désirées.

Kay Zevallos Villegas dite Kay, née à Lima au Pérou, est une performeuse, metteuse en scène, chorégraphe et plasticienne. Elle vit et travaille à Paris.

L'ours polaire monte la garde à l'entrée de la première salle. Cet animal est une icône parmi les espèces menacées. Le réchauffement climatique, qui entraîne une fonte de la banquise (et donc la destruction de l’habitat et des moyens de subsistance de l’espèce) est une menace majeure pour l’ours polaire. En 2006, la population globale a été estimée entre 20 000 et 25 000 individus et ne cesse depuis de décliner.

L’animal mesure plus de 3 mètres. Il a été acquis en 1970 grâce à Georges W. Larose, installé en Alaska qui a joué le rôle d’intermédiaire entre le guide et chasseur Don Johnson (Alaska), la maison de taxidermie Jonas Brothers (Seattle) et François Sommer, qui estimait qu'il était nécessaire pour garantir l'attractivité du musée. 
Nous voici dans le Salon aux oiseaux où trône La voiture aux oiseaux (2007) créée dans son atelier retiré dans la Creuse par Vincent Dubourg (né en 1978) où il recycle chaque matériau. La carcasse d’automobile de la marque Isetta, extraite d’un taillis, dénonce l’impact de l’homme sur le paysage forestier. Symbole de l’industrie et de la pollution, la voiture abandonnée est néanmoins envahie par la végétation. Des oiseaux y ont même installé leurs nids, signifiant que la nature reprendra ses droits. Cette confrontation entre le monde urbain et le monde sauvage est caractéristique du travail de Vincent Dubourg.

Je signale que nombre d’artistes contemporains fondent leurs oeuvres parmi les collections permanentes. Cette particularité muséographique incite à rester constamment aux aguets, dans la succession de salles et cabinets explorant les relations entre l’homme et la nature. Je ferai ainsi plusieurs digressions au fil de cet article s'agissant d'oeuvres dont je n'ai pas parlé dans les précédents articles relatant une exposition dans ce musée.

Pauline Ripp, lauréate du Prix COAL mention spéciale du jury 2025 pour son projet Elficologie : la récolte de la rosée du matin, a coiffé l'anatomiste Georges Cuvier, toujours présent dans la salle, et glissé son matériel dans la vitrine.
Son projet, inspiré de l’elficologie – définie par Pierre Dubois comme "l’écologie de l’âme" tisse des liens entre bureaucratie institutionnelle et folklore, alchimie, science et savoir-faire artisanaux. 

Aussi discrète qu'éphémère, la rosée est présente dans de nombreux champs, des plus scientifiques aux plus ésotériques. Faut-il néanmoins rappeler que le point de rosée désigne scientifiquement la température à laquelle l’humidité de l’air se condense ? Mais dans les récits elfiques, la rosée serait une importante ressource nourricière.

Mêlant design spéculatif, performance, artisanat et narration, Pauline Rip revisite une coutume: la récolte de la rosée, cette "eau céleste", réputée indispensable à la fabrication de la pierre philosophale pour les alchimistes.

Elle s'incarnait par exemple dans le rituel printanier purificateur oublié des Pays-Bas, le dauwtrappenqui consiste à marcher pieds nus à l’aube dans l’herbe couverte de rosée.

dimanche 14 décembre 2025

Un déjeuner chez les Tontons de Neuilly

Je suis allée déjeuner chez Les Tontons, et pas n'importe lesquels, Les Tontons de Neuilly, comme le rappellera chacune des assiettes qui seront posées sur les tables par un serveur attentionné.

Depuis cinq mois, Alexandre Baizet et Gérard Castellani ont ouvert une nouvelle adresse bistronomique à Neuilly-sur-Seine, Place Parmentier, à deux pas de l'établissement qui a fait leur réputation, le Pinzutu, spécialisé en cuisine corse.

Ici, ils ont voulu conjuguer un décor rétro-chic avec une cuisine bistronomique imaginée par le chef Rachid Djillali dont on a salué, dès l'ouverture, les Œufs "Maillot" à la truffe, ainsi nommés en raison de la proximité de la Tour Maillot, le Quasi de veau rôti avec écrasé de pommes de terre aux olives, un Lieu jaune juste nacré et son risotto au beurre d’algues, un Crémeux citron meringué et crumble noisette…

La carte a changé, s'adaptant à la saison. Ce sont donc un tartare de daurade, une tranche de terrine, des coquilles Saint-Jacques, une pièce de volaille, une crème brûlée et une pavlova que nous avons partagés, dans des accords réussis mets-vins, rouge ou blanc, Riesling, IGP Hérault ou Saint-Estèphe, servis au demi-verre et consommés comme il se doit avec modération, ainsi qu'une bouteille d'eau pétillante de la source des Abatilles.
La daurade a été coupée au couteau, très légèrement assaisonnée de jus de citron, mélangée avec de tout petits cubes de pomme. Elle est servie avec une quenelle de guacamole à peine relevé, quelques oeufs de poisson croquants, des rondelles de radis et de jolis pétales de fleur.
La terrine associe avec intelligence foies de volaille et cochon, préparés dans une marinade au Cognac. Sur l'assiette, deux morceaux de sucrine apporteront une amertume qui tranchera avec la douceur de la charcuterie et l'acidité d'un cornichon. Là encore rondelles de radis et pétales de fleurs décoreront joliment le tout.
Les noix de Saint-Jacques rôties au miso, cuites juste comme il convient, sont posées sur une généreuse fondue de poireaux assaisonnée d'un jus de barde, que des pétales de fleur jaune viennent ponctuer.

samedi 13 décembre 2025

Tisser, broder, sublimer. Les savoir-faire de la mode, au Palais Galliera

Le palais Galliera est plus que jamais le Musée de la mode. Avec Tisser, broder, sublimer, cette institution inaugure une série d’expositions consacrées aux savoir-faire avec l'objectif d'aborder les métiers et techniques de la mode sous différents angles, et de mettre en lumière la richesse des collections en proposant un nouveau regard sur l’histoire de la mode du XVIII° siècle à nos jours.

Pour le plus grand bonheur du public ces installations resteront une place un peu plus longtemps que les expositions temporaires. Vous disposerez de 10 mois pour visiter ce premier opus, mais ce n'est pas une raison pour ne pas vous hâter. Les oeuvres exposées sont de toute beauté et on apprend beaucoup de choses sur ce qui appartient tout de même à notre patrimoine national et mérite d'être protégé.

Après celle-ci consacrée à l'ornementation, suivront une deuxième où il sera question de coupe et de mise en volume, et enfin une troisième consacrée aux matières et que nous verrons en décembre 2027.

Le présent article est sans doute trop long car trop détaillé mais je l'ai conservé en l'état afin qu'il puisse servir de guide de visite. De plus Blogger permet, à condition de cliquer doucement sur la première photo, de faire défiler ensuite toutes les illustrations, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture.

Pour dévoiler les savoir-faire de la mode l’équipe a choisi comme affiche une création de Comme des GarçonsPrêt-à-porter, automne-hiver 2016. Elle marque aussi l’entrée de l’exposition comme si le visiteur était invité à regarder sous la robe … d’abord dans la Galerie des Techniques, ensuite dans la Galerie des Métiers.

Les savoir-faire en question sont des techniques regroupées dans ce qu'on appelle l’ornementation – tissage, impression, broderie, dentelle, fleurs artificielles – qui permettent d’ennoblir et de décorer vêtements et accessoires. Elles sont abordées à travers le thème de la fleur, motif incontournable dans l’art du textile et la mode depuis le XVIII° siècle.

Ses multiples déclinaisons permettent d’apprécier les jeux de matières, le traitement des couleurs, des volumes, ou le placement des motifs qu’il inspire au gré des saisons. Du textile broché d’un gilet du XVIII° siècle à l’impression au laser d’un ensemble Balenciaga, d’une dentelle de Chantilly au camélia de Gabrielle Chanel, la grande variété des techniques est mise en avant, tout en interrogeant leur symbolique et leurs usages.

Riche de plus de 350 œuvres (vêtements, accessoires, photographies, arts graphiques, échantillons, outils…), le parcours révèle à la fois des créations de maisons de haute couture et des pièces de jeunes créateurs, dont certaines ont été spécialement réalisées pour l’exposition. Des échantillons de textiles et des tables équipées de loupes invitent le public à observer, scruter et contempler les œuvres pour comprendre la complexité des gestes qui se cachent derrière chaque création – l’occasion unique de plonger au cœur des savoir-faire de la mode.

Le Palais Galliera met également à l’honneur les auteurs de ces savoir-faire souvent oubliés ou effacés derrière le nom prestigieux d’un couturier. Qu’il s’agisse de maisons historiques telles que Lesage ou Hurel, de nouvelles figures contemporaines comme Baqué Molinié ou Aurélia Leblanc, l’exposition revient sur les métiers souvent méconnus de la mode : créateur textile, brodeur, plumassier, parurier floral, qui ont fait de Paris, capitale cosmopolite, un territoire privilégié de ces savoir-faire d’exception, sans cesse renouvelés.

Même si je les mentionne au fil de cet article, Marie-Laure Gutton, responsable des collections accessoires et commissaire de l'exposition, a insisté sur la volonté de ne pas mettre en avant le nom des maisons de couture à la manière d'un étendard. Le choix des vêtements obéit davantage à une préoccupation didactique encourageant une large lecture de l'histoire de la mode, en particulier dans la première partie consacrée à chacune des cinq techniques.

La galerie des métiers, comme son nom l'indique, s'intéressera davantage aux personnes pour comprendre à travers elles la spécificité de leur métier :
  • les créateurs textiles
  • les plumassiers et les fleuristes
  • les dentelliers
  • les paruriers (boutons et bijoux)
  • les brodeurs
Il va de soi que lorsqu'une pièce exceptionnelle est présentée dans la première section il est possible d'y faire une nouvelle fois référence au moment où l'on aborde un de ces métiers. Vous pourrez donc retrouver la même photo en plusieurs endroits car un vêtement est rarement ornementé par une seule technique. Il est fréquent de voir de magnifiques boutons et de la dentelle pour en citer qu'un exemple.
En premier lieu ou à la toute fin, petits et grands seront invités à dessiner leur collection et à créer leur fleur en origami dans un salon ouvert, fort accueillant (ci-dessus).

Commençons la découverte par les aspects techniques. C'est un immense bouquet de fleurs de Baqué Molinié qui accueille le visiteur, se déployant dans un vase - 2024, composé d'une structure en métal soudé, broderie 3D de sequins, perles en verre, cristal et éléments en cuir moulé, peint et rebrodé. On retrouvera cette maison parmi les brodeurs.

On est immédiatement saisi par la beauté des vêtements, éblouissants malgré la relative pénombre (pour des raisons de conservation). Les pièces présentées dans cette première salle ont été choisies pour leurs motifs de fleurs, démontrant que les fleurs décorent les vêtements et les accessoires des hommes et des femmes depuis le XVIII° siècle.

Pour les dessiner, les artistes s'inspirent de la nature et des fleurs cultivées dans les jardins. Et alors que la culture des fleurs s'est diffusée à travers le monde, les techniques pour les représenter ont suivi un chemin comparable : venant d'Inde ou de Chine, elles sont arrivées en France et en Europe.
Cette robe du soir Haute couture, printemps-été 2019 de Chanel par Karl Lagerfeld, où le talent de l'Atelier Montex (broderie) et de Lemarié (plumasserie) est évident, donne le ton du niveau retenu.

Elle est en organza de soie, broderie au crochet de Lunéville de paillettes guillochées, broderie de pétales en plâtre céramique moulé est en mousse caoutchouc découpée, peints à la main, galon rembourré brodé de paillettes, cuvettes, perles et tubes au crochet de Lunéville, applications de plumes d'autruche.

Pour sa dernière collection haute couture avant sa disparition, Karl Lagerfeld s'est inspiré du XVIII° siècle. La couleur rose poudré rappelle le goût de l'époque, les plumes d'autruche évoquent les volumes des manches pagode et les paniers des robes à la française. Quant aux fleurs brodées, elles imitent la porcelaine de Vincennes et de Sèvres. Les broderies (1205 heures de travail) intègrent les technologies 3D et l'infographie pour sculpter des volumes en haut-relief.

De l'autre côté, les rehauts brodés sont l'œuvre de la maison Métral, spécialisée dans la broderie mécanique de haute qualité. Il embellissent cet ensemble robe et boléro du soir Haute couture, printemps-été 1947 de Cristobal Balenciaga en crêpe de soie imprimé au cadre 8 couleurs dont un coup de fond, broderie de paillettes en gélatine (?), taffetas de fibres artificielles, taffetas de soie, métal.
 
Cet ensemble est issu de la garde-robe de Daisy Fellowes, héritière de la fortune Singer et chroniqueuse pour le magazine Harper's Bazaar. Extravagante et mondaine, elle fascinait les plus grands photographes, à l'instar de Man Ray. Le choix de cette tenue témoigne du goût de sa propriétaire pour les couleurs vives et les motifs foisonnants. L'imprimé floral rappelle les dessins du soyeux lyonnais Ducharne.

Approchons de la grande vitrine. De gauche à droite, voici d'abord une Robe du soir en deux parties ayant appartenue à la comtesse Greffulhe, vers 1900, attribuée à A. Beauchez, qui l'a réalisée en velours de soie, tulle de soie, mousseline de soie, broderie de paillettes en métal doré, paillettes en gélatine et perles de verre, dentelle mécanique de fil de coton et de filés métalliques dorés, dentelle mécanique de soie type Chantilly.
A sa droite, une Robe de bal costumé 1937-1939 de Paul Poiret, en chintz (toile de coton imprimée et apprêtée) datant de la fin du XIX° siècle et velours de soie.

vendredi 12 décembre 2025

Œuvres Inédites de Manuel Álvarez Bravo à la Galerie Carole Lambert

Quand j'ai appris que la Galerie Carole Lambert présentait une exposition exceptionnelle consacrée au maître de la photographie moderne Manuel Álvarez Bravo (1902–2002),  je n'ai eu de cesse que de m'y rendre puisque je revenais d'un séjour au Mexique.

J'avais eu la chance de pouvoir déambuler dans sa maison, ses ateliers, son grand jardin et j'étais interrogative de découvrir des oeuvres inédites.

Effectivement, je n'avais vu aucun de ces tirages sur les murs de ce qui est aujourd'hui un musée-archives, dans le quartier de Coyoacan, et que je décris iciMême l'autoportrait qu'expose Carole Lambert n'y figurait pas et dieu sait que l'artiste en a faits très peu.
Il m'a semblé avoir été réalisé le même jour que le célèbre selfie qu'il a pris à travers les barreaux de la fenêtre du rez-de-chaussée de sa maison en 1980. En tout cas, ce cliché date manifestement de la fin de sa vie.
En réunissant une quarantaine de tirages vintage inédits, Johann Mergenthaler, qui est le commissaire de l'exposition, est parvenu près d’un quart de siècle après sa disparition, à démontrer l’actualité persistante de son regard et la puissance intacte d’une œuvre toujours capable de dialoguer avec notre présent.
La première photographie, Puesto de pepitorias y alegrías, 1980-90 est aussi intrigante que d'un modernisme qui inciterait à la date d'avant-hier. Un visiteur y a vu tout à l'heure des piles de journaux coincées entre des parpaings.

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