Le palais Galliera est plus que jamais
le Musée de la mode. Avec
Tisser, broder, sublimer, cette institution inaugure une série d’expositions consacrées aux savoir-faire avec l'objectif d'aborder les métiers et techniques de la mode sous différents angles, et de mettre en lumière la richesse des collections en proposant un nouveau regard sur l’histoire de la mode du XVIII° siècle à nos jours.
Pour le plus grand bonheur du public ces installations resteront une place un peu plus longtemps que les expositions temporaires. Vous disposerez de 10 mois pour visiter ce premier opus, mais ce n'est pas une raison pour ne pas vous hâter. Les oeuvres exposées sont de toute beauté et on apprend beaucoup de choses sur ce qui appartient tout de même à notre patrimoine national et mérite d'être protégé.
Après celle-ci consacrée à l'ornementation, suivront une deuxième où il sera question de coupe et de mise en volume, et enfin une troisième consacrée aux matières et que nous verrons en décembre 2027.
Le présent article est sans doute trop long car trop détaillé mais je l'ai conservé en l'état afin qu'il puisse servir de guide de visite. De plus Blogger permet, à condition de cliquer doucement sur la première photo, de faire défiler ensuite toutes les illustrations, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture.
Pour dévoiler les savoir-faire de la mode l’équipe a choisi comme affiche une création de Comme des Garçons, Prêt-à-porter, automne-hiver 2016. Elle marque aussi l’entrée de l’exposition comme si le visiteur était invité à regarder sous la robe … d’abord dans la Galerie des Techniques, ensuite dans la Galerie des Métiers.
Les savoir-faire en question sont des techniques regroupées dans ce qu'on appelle l’ornementation – tissage, impression, broderie, dentelle, fleurs artificielles – qui permettent d’ennoblir et de décorer vêtements et accessoires. Elles sont abordées à travers le thème de la fleur, motif incontournable dans l’art du textile et la mode depuis le XVIII° siècle.
Ses multiples déclinaisons permettent d’apprécier les jeux de matières, le traitement des couleurs, des volumes, ou le placement des motifs qu’il inspire au gré des saisons. Du textile broché d’un gilet du XVIII° siècle à l’impression au laser d’un ensemble Balenciaga, d’une dentelle de Chantilly au camélia de Gabrielle Chanel, la grande variété des techniques est mise en avant, tout en interrogeant leur symbolique et leurs usages.
Riche de plus de 350 œuvres (vêtements, accessoires, photographies, arts graphiques, échantillons, outils…), le parcours révèle à la fois des créations de maisons de haute couture et des pièces de jeunes créateurs, dont certaines ont été spécialement réalisées pour l’exposition. Des échantillons de textiles et des tables équipées de loupes invitent le public à observer, scruter et contempler les œuvres pour comprendre la complexité des gestes qui se cachent derrière chaque création – l’occasion unique de plonger au cœur des savoir-faire de la mode.
Le Palais Galliera met également à l’honneur les auteurs de ces savoir-faire souvent oubliés ou effacés derrière le nom prestigieux d’un couturier. Qu’il s’agisse de maisons historiques telles que Lesage ou Hurel, de nouvelles figures contemporaines comme Baqué Molinié ou Aurélia Leblanc, l’exposition revient sur les métiers souvent méconnus de la mode : créateur textile, brodeur, plumassier, parurier floral, qui ont fait de Paris, capitale cosmopolite, un territoire privilégié de ces savoir-faire d’exception, sans cesse renouvelés.
Même si je les mentionne au fil de cet article, Marie-Laure Gutton, responsable des collections accessoires et commissaire de l'exposition, a insisté sur la volonté de ne pas mettre en avant le nom des maisons de couture à la manière d'un étendard. Le choix des vêtements obéit davantage à une préoccupation didactique encourageant une large lecture de l'histoire de la mode, en particulier dans la première partie consacrée à chacune des cinq techniques.
La galerie des métiers, comme son nom l'indique, s'intéressera davantage aux personnes pour comprendre à travers elles la spécificité de leur métier :
- les créateurs textiles
- les plumassiers et les fleuristes
- les dentelliers
- les paruriers (boutons et bijoux)
- les brodeurs
Il va de soi que lorsqu'une pièce exceptionnelle est présentée dans la première section il est possible d'y faire une nouvelle fois référence au moment où l'on aborde un de ces métiers. Vous pourrez donc retrouver la même photo en plusieurs endroits car un vêtement est rarement ornementé par une seule technique. Il est fréquent de voir de magnifiques boutons et de la dentelle pour en citer qu'un exemple.
En premier lieu ou à la toute fin, petits et grands seront invités à dessiner leur collection et à créer leur fleur en origami dans un salon ouvert, fort accueillant (ci-dessus).

Commençons la découverte par les aspects techniques. C'est un immense bouquet de fleurs de
Baqué Molinié qui accueille le visiteur, se déployant dans un vase - 2024, composé d'une structure en métal soudé, broderie 3D de sequins, perles en verre, cristal et éléments en cuir moulé, peint et rebrodé. On retrouvera cette maison parmi les brodeurs.
On est immédiatement saisi par la beauté des vêtements, éblouissants malgré la relative pénombre (pour des raisons de conservation). Les pièces présentées dans cette première salle ont été choisies pour leurs motifs de fleurs, démontrant que les fleurs décorent les vêtements et les accessoires des hommes et des femmes depuis le XVIII° siècle.
Pour les dessiner, les artistes s'inspirent de la nature et des fleurs cultivées dans les jardins. Et alors que la culture des fleurs s'est diffusée à travers le monde, les techniques pour les représenter ont suivi un chemin comparable : venant d'Inde ou de Chine, elles sont arrivées en France et en Europe.
Cette robe du soir Haute couture, printemps-été 2019 de Chanel par Karl Lagerfeld, où le talent de l'Atelier Montex (broderie) et de Lemarié (plumasserie) est évident, donne le ton du niveau retenu.

Elle est en organza de soie, broderie au crochet de Lunéville de paillettes guillochées, broderie de pétales en plâtre céramique moulé est en mousse caoutchouc découpée, peints à la main, galon rembourré brodé de paillettes, cuvettes, perles et tubes au crochet de Lunéville, applications de plumes d'autruche.
Pour sa dernière collection haute couture avant sa disparition, Karl Lagerfeld s'est inspiré du XVIII° siècle. La couleur rose poudré rappelle le goût de l'époque, les plumes d'autruche évoquent les volumes des manches pagode et les paniers des robes à la française. Quant aux fleurs brodées, elles imitent la porcelaine de Vincennes et de Sèvres. Les broderies (1205 heures de travail) intègrent les technologies 3D et l'infographie pour sculpter des volumes en haut-relief.
De l'autre côté, les rehauts brodés sont l'œuvre de la maison Métral, spécialisée dans la broderie mécanique de haute qualité. Il embellissent cet ensemble robe et boléro du soir Haute couture, printemps-été 1947 de Cristobal Balenciaga en crêpe de soie imprimé au cadre 8 couleurs dont un coup de fond, broderie de paillettes en gélatine (?), taffetas de fibres artificielles, taffetas de soie, métal.
Cet ensemble est issu de la garde-robe de Daisy Fellowes, héritière de la fortune Singer et chroniqueuse pour le magazine Harper's Bazaar. Extravagante et mondaine, elle fascinait les plus grands photographes, à l'instar de Man Ray. Le choix de cette tenue témoigne du goût de sa propriétaire pour les couleurs vives et les motifs foisonnants. L'imprimé floral rappelle les dessins du soyeux lyonnais Ducharne.
Approchons de la grande vitrine. De gauche à droite, voici d'abord une Robe du soir en deux parties ayant appartenue à la comtesse Greffulhe, vers 1900, attribuée à A. Beauchez, qui l'a réalisée en velours de soie, tulle de soie, mousseline de soie, broderie de paillettes en métal doré, paillettes en gélatine et perles de verre, dentelle mécanique de fil de coton et de filés métalliques dorés, dentelle mécanique de soie type Chantilly.
A sa droite, une Robe de bal costumé 1937-1939 de Paul Poiret, en chintz (toile de coton imprimée et apprêtée) datant de la fin du XIX° siècle et velours de soie.