Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

jeudi 8 février 2018

Des coeurs pour la Saint-Valentin

On se demande toujours quoi faire d'original pour le 14 février. Quand on sait que les prix des fleurs flambent (et ce ne sont pas les dernières chutes de neige qui auront arrangé les choses en bloquant les transports de marchandises) pourquoi pas offrir des gourmandises aux gens qu'on aime ?

Je n'écris pas le mot "amoureux" en m'inspirant de la coutume qui est appliquée au Mexique où la Saint-Valentin n'est pas "que" la fête de l'amour mais aussi de l'amitié.

J'ai préparé des coeurs. Qui se conservent très bien, donc que l'on peut faire cuire quelques jours avant le moment de les partager.

C'est une recette qui théoriquement permet de faire des biscuits proches des célèbres Petits-Beurre. Ici le secret c'est l'emporte-pièce que j'ai trouvé chez Mathon.

mercredi 7 février 2018

Ces mains sur mon corps de Régine Heindryckx

Régine Heindryckx a une très grande passion, ce sont les livres; A tel point qu'elle a fondé l'association "Lire c'est libre" en 2013 et qu'elle organise régulièrement des rencontres avec des  auteurs.

Une fois par an, depuis janvier 2015, elle réunit un aréopage très conséquent dans les salons de la mairie du 7ème arrondissement à Paris. C'est l'occasion de discuter, de faire dédicacer des romans, et d'assister à des conférences.

Régine lit énormément, chronique régulièrement, partage ses avis et sa passion. Elle a ce qu'on appelle un caractère bien trempé, mais toujours extrêmement respectueux et une sensibilité hors du commun.

Ajoutez à cela que l'érotisme est un autre de ses centres d'intérêt (mais elle en a énormément comme aussi la cuisine et le jardinage) et vous comprendrez que tout cela l'ait inspirée pour écrire.

Et comme on n'est jamais si bien servi que par soi-même elle a courageusement choisi l'auto-édition pour son premier roman, Ces mains sur mon corps.

Vous allez beaucoup aimer si vous avez apprécié 52 nuances de Grey  il y a cinq ans. On est à un niveau d'érotisme très comparable. L'histoire ne s'arrête pas à cela et on peut même dire que ce n'est que l'habillage d'une intrigue beaucoup plus puissante.

Le personnage de Margot (qui n'est pas Régine mais bien une femme de fiction) a vécu un moment particulier qui l'a traumatisée et que l'on découvre par petites touches au travers des hallucinations qui la saisissent régulièrement.

Cette mère de famille, bonne épouse en ce sens qu'elle n'a jamais songé à aller chercher ailleurs le plaisir que son mari ne lui donne pas, va soudainement être envoutée par Romain, à qui elle va proposer de devenir sa maitresse.

L'un comme l'autre ont leur part de secret que nous découvrirons au fil des pages. L'écriture est audacieuse. Régine n'a pas froid aux yeux. Sa Margot revient d'une guerre terrible et mérite tout le bonheur du monde.

Ce premier roman est réussi. J'espère que ses nombreux amis auteurs lui faciliteront le chemin vers un éditeur pour le second.

Ces mains sur mon corps de Régine Heindryckx, éditions Régine Papillon, disponible aussi en Disponible en e book depuis le 6 novembre 2017

mardi 6 février 2018

Connaissez-vous le mug infuseur Cilia ?

Je trouve qu'on est ridicule à s'enthousiasmer pour un "petit" article domestique et pourtant je m'y mets avec ce mug infuseur Cilia® que, vous allez le constater, j'utilise à toutes les sauces ...

Cilia est une marque de Melitta que vous connaissez dans l'univers du café. Elle existe depuis 1908, l'année ou Melitta Bentz inventa le premier filtre à café.

J'y reviendrai tout à l'heure. Il faudrait d'ailleurs célébrer davantage les trouvailles féminines dans l'univers de la cuisine, parce que leur esprit pratique fait des merveilles.

La photo est assez explicite pour mettre en valeur les qualités de l'objet. Sa transparence qui permet  de ne pas verser plus d'eau qu'il n'en faut. Et aussi de juger du degré d'infusion, même si on emploie un minuteur.

lundi 5 février 2018

Le cœur à l’aiguille de Claire Gondor

J'avais rencontré Claire Gondor au Livre de Paris et nous avions sympathisé. Elle m'avait parlé avec flamme de son livre. Je m'étais engagée à être attentive à la sortie. C'est fragile, un premier roman ... Que m'était-il arrivé ensuite ? Je n'ai pas eu le coeur à me lancer dans l'aventure.

J'ai revu Claire à une soirée organisée sous l'égide des 68 premières fois, toujours aussi souriante, et aussi passionnée à défendre son petit, mais sans chercher à imposer quoique ce soit.

J'ai été heureuse pour elle de constater combien Le coeur à l'aiguille avait été aimé et défendu. Evidemment je me suis remise en question. Je n'ai cette fois rien promis mais je l'ai lu et à mon tour j'ai envie de le soutenir.

L'action se déroule quelque part dans une anonyme banlieue parisienne, dans les années 2000. Soir après soir, Leïla  assemble une robe constituée des cinquante-six lettres que lui a adressées Dan, son promis parti au loin.

La trame de leur histoire commune se dessine lentement : leurs rencontres, leur complicité, leur quotidien, les petits riens qui donnent à tout cet amour son relief si particulier. Chaque missive fait ressurgir un souvenir, un paysage, une sensation, qui éclairent peu à peu la géographie de leur intimité passée.

C'est lui qui le lui avait demandé : prépare ta robe, j'ai ma permission (p. 93). J'hésite à vous dire  la tournure que ce projet, dont rien ne dit qu'il sera réussi, va très vite prendre. C'est un défi technique comme le sont les robes conçues en chocolat pour le Salon du même nom. C'est une forme de pèlerinage qui lui permet de revivre les moments passés avec son amoureux. C'est aussi un chef-d’œuvre digne d'une année de compagnonnage.

Cette magnifique déclaration d'amour à un absent est commencée l'été suivant le drame que le lecteur devine. La jeune femme a un rituel, lisant d'abord la lettre choisie, plusieurs fois, jusqu'à en vivre le rythme de ce qu'elle nomme le ballet des mots. Elle boit un thé noir très sucré, grignote des douceurs, et choisira ensuite un fil noir ou un fil blanc. Les phrases étaient vivantes, leurs bras devenaient lianes et s'emmêlaient, les virgules n'étaient que des oiseaux en goguette et les accents des feuilles mortes tordues par le vent (p. 20).

Composée de 56 carrés blancs d'une phrase ou deux, la robe de papier, brodée d’encre sera-t-elle portée un jour et pour quelle occasion ?

Parviendra-t-elle à panser la béance, tromper le désespoir, rassembler les morceaux de son existence en miettes (...) suturer la douleur pour la faire taire enfin ? (p. 43)

Les missives sont autant de pièces de puzzle qui sont assemblées dans un ordre qui n'a rien de chronologique. Chacune vient se placer à l'exact endroit où elle semblait destinée.

L'écriture de Claire Gondor est magnifique et suggestive et le roman est parfaitement construit. Leïla, petite fille, regardait sa mère repriser et coudre après le dîner (p. 12). La quiétude du temps suspendu a imprégné son enfance et c'est en toute logique qu'une fois adulte elle choisisse cette voie salvatrice pour éviter à ses pensées de s'éparpiller après le drame qu'elle a vécu.

Ma douce, je préfère ne pas te parler de ce qui se passe ici. Encore un mois. Un mois et je suis à toi. (p. 28)

Chaque lettre (celle-ci est la 29 ème) est brève. Dan n'est pas démonstratif mais ses phrases sont lourdes de sens et Leïla confie ses commentaires au lecteur. Celle-ci ressuscite des mots d'amour un peu sauvages : le bla-bla, les je t'aime et la guimauve (...) rien que de la parlotte (...) Moi je ne t'embobine pas, au lieu de dire sans faire, je fais sans dire (p. 29). Ces deux là sont fait pour s'accorder.

Chacun des motifs brodés sur le tissu était la réponse de Leïla aux images mentales suscitées par les missives de Dan. Chacun différent mais chacun lié au précédent par une continuité secrète, par le chemin invisible qui ne deviendrait apparent qu'à leurs retrouvailles. (...) A son retour. (...) Elle ne saurait jamais si elle avait réussi ... (p. 21).

Le Coeur à l’aiguille de Claire Gondor, en librairie depuis le 5 mai 2017

dimanche 4 février 2018

Des dents de loup ...

La recette vient de l'Est de la France, peut-être parce qu'il y avait des loups inquiétants dans ces contrées. J'avais envie de tenter ces gâteaux depuis longtemps pour leur forme particulière. Il me fallait un moule adéquat, que j'ai trouvé chez Mathon.

Classiquement les proportions sont de
350g de farine
3 œufs entiers
250g de sucre
250g de beurre

Mais j'ai adapté la recette avec :
165 g de beurre pommade
135 g de sucre en poudre
2 œufs entiers
235 g de farine

samedi 3 février 2018

Maria by Callas de Tom Volf

Après Barbara qui était déjà un film inclassable sur la vie d'une artiste voici Maria by Callas qui est un biopic sous la voie du documentaire. Le réalisateur n'a pas entrepris de casting pour interpréter Callas. il a demandé à Maria de le faire. Et c'est ultra réussi.

Le film commence par les images d’archives d'une interview noir et blanc dont plusieurs extraits seront diffusés régulièrement. Maria Callas y révèle des compétences hors normes de comédienne.

Son visage est très expressif et sa manière de parler exprime une palette d'émotions aussi large que lorsqu'elle chante. On comprend que Bernstein ait dit d'elle qu'elle était de la pure électricité.

vendredi 2 février 2018

Mémoire d'un tricheur

J’avais apprécié Olivier Lejeune, dans ce même théâtre Rive Gauche il y a deux ans, alors qu’il jouait dans Une folie, une pièce que j'avais beaucoup appréciée.

Sa carrière est prodigieusement remplie aussi bien au théâtre qu’au cinéma, et même à la télévision, en tant qu’auteur ou comédien. C’est un boulimique de travail, qui a collectionné les premiers prix.

J’ai eu la chance d’approcher cet acteur après le spectacle. Il revenait de Prague où il avait tourné une scène d'Edmond, film de Michalik dont la sortie est annoncée pour Novembre 2018.

La pression n’entame jamais sa bonne humeur. Cet homme peut tout faire sans tricher. Il est douée d'une mémoire exceptionnelle qui le dispense d'avoir besoin d'un prompteur. Il écrit des pièces de théâtre depuis l'âge de 6 ans …  et j’ai manqué de répartie. J’aurais dû lui demander à quand vos mémoires ?

jeudi 1 février 2018

Rencontre avec Philippe Delerm pour Et vous avez eu beau temps ?

La rencontre a eu lieu hier, à l'initiative de Babelio, dans le 11e arrondissement, non loin du domicile parisien d'un auteur que la langue française parlée quotidienne intéresse parce que c’est la vraie vie.

Et vous avez eu beau temps ? est la neuvième publication de Philippe Delerm de textes courts. L'expression est étrange mais l'auteur nous a expliqué qu'il n'y avait pas d'autres mots pour caractériser ce genre d'écrit qui se trouve être le type de littérature avec lequel il existe le plus.

Depuis que Rémi Bertrand lui a consacré un essai en 2005 (Philippe Delerm et le minimalisme positif aux Éditions du Rocher) son style est systématiquement qualifié de minimalisme positif, et il est assez d'accord avec cette analyse.

C'est cette spécialité qui lui a permis d'entrer en 1997 chez Gallimard, par une petite porte, celle de la collection Collection L'Arpenteur pour laquelle il réalisera la meilleure vente avec La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules.

Il n'a perçu aucun à-valoir (une avance sur les droits d'auteur à venir) et le premier tirage fut limité à 2000 exemplaires. Personne ne se doutait de l'immense succès que cet ouvrage allait être. Il n'avait jusque là publié que de la poésie, aux éditions du Rocher où son éditeur lui avait tout de même affirmé : on est sur que vous êtes un auteur. Un jour ça se saura.

mercredi 31 janvier 2018

French Kiss

French Kiss est un spectacle musical qui est programmé 4 fois seulement et la prochaine aura lieu le 14 février, ce qui sera l’occasion d’une belle soirée Saint Valentin.

Fleur Mino y chante les sopranos de Broadway. Charmantes et sensuelles, romantiques et drôles, un brin fêlées... passionnées et parfois fragiles, elles sont irrésistiblement féminines.

La jeune femme interprète chacune de ses héroïnes avec une élégante simplicité. Son récital est une ode à l’amour, au plaisir de donner, de se donner !

La soirée commence par un instrumental plutôt enlevé qui met en valeur la différence de rapport que le musicien entretient avec son instrument.  Kevin Amos est au piano et Jennifer Hardy au violoncelle. Ils enchainent avec un second, plus mélancolique, Memory (tiré de Cats – Lloyd Webber) qui est un des airs que je trouve les plus beaux.

lundi 29 janvier 2018

Sauveur & fils saison 4 et dernière

Le premier tome de Sauveur & Fils avait été couronné au Salon du Livre Jeunesse de Montreuil en recevant la Pépite 2016 France Télévisions catégorie "Grands". Le soir de la remise du Prix Marie-Aude Murail, très heureuse, avait annoncé qu'elle portait déjà dans son cœur le numéro 4. Elle avait réitéré sa promesse à la sortie du tome 3. Celui-ci arrive 10 mois seulement après la sortie du précédent, toujours à l'Ecole des loisirs. Mais que les aficionados se préparent, ce sera définitivement le dernier.

Nous sommes un peu tristes d'apprendre cette nouvelle. Mais soulagés de savoir qu’elle continuera de traiter des sujets de société qui nous tiennent à cœur comme les rapports hommes-femmes et l'éducation des garçons.

La série Sauveur aura en tout cas pointé, et particulièrement encore dans les premiers chapitres du 4, la progression du décrochage scolaire suite à un harcèlement ou en raison de l’addiction aux écrans. La manette de jeux figurant sur la couverture donne bien le ton. C’est sans surprise que le personnage de Louise (qui est un peu Marie-Aude) y peaufine un article sur le phénomène des hikikomoris (p. 43) qui commence à se faire remarquer en France.

Elle est très préoccupée par les dégâts que les réseaux sociaux peuvent faire sur les adolescents et par les cauchemars provoqués par les histoires de zombis (ce type de film est lui aussi en progression). Espérons que les parents (qui composent aussi largement son lectorat) finiront par entendre le message qui se multiplie … dans les médias. Ajouté à l‘abus de sucre et au manque de sommeil c’est effectivement toute une génération qui souffre. Je ne veux pas être trop négative mais si on ajoute la progression de l’alcoolisme il y a de quoi s’inquiéter franchement.

Les rechutes d’adolescents (une de ses jeunes patientes a recommencé à se scarifier) minent le moral de Sauveur mais son point de vue sur l’exercice de sa profession reste objectif, il n’est pas magicien (p. 263) comme il le disait déjà, avec d’autres mots, dans le premier tome : n'oublie pas même si tu es très malin que tu n'es pas tout-puissant (p. 115).

L’auteure rencontre un très large public scolaire, en France et parfois très loin. On apprend dans les remerciements qu’elle est allée l’an dernier jusqu’à Mexico. C’est ce qui lui permet d’être si proche de la pensée des jeunes. Bien sur ses enfants lui donnent aussi un éclairage, d’autant qu’ils sont trois, avec un fort écart d’âge, et donc de regard sur le monde. Sa dernière, Constance, est (c’est elle qui le dit) son éclaireuse en ce XXI° siècle, si fragile et si passionnant.

On sent l’écrivaine derrière plusieurs personnages. En particulier Ella, est une jeune fille harcelée par ses camarades de classe parce qu’elle avait une allure garçonne, et à qui elle fait gagner le concours Je bouquine … comme elle au début de sa carrière.

Elle avait été bien inspirée de faire figurer le mot "fils" dans le titre parce que cette saga est transgénérationnelle. Le terme s’écrivant à l’identique au singulier comme au pluriel, on comprend qu’il puisse s’étendre à tous les garçons que le psychologue soutient au-delà de la famille qu’il recompose.

Peut-être que ce qui est différent dans ce dernier tomme c’est la volonté de l’auteure de faire passer un message vraiment positif à travers un personnage jusque-là en demi-teinte, l’enseignante Mme Dumayet qui va initier ses à la philosophie. A propos du bonheur j’ai retenu la sagesse de Noam : le bonheur, c’est de faire des erreurs et de réussir après, là où on a fait des erreurs (p. 158) et la formule de Lazare, digne fils de Sauveur, le bonheur, c’est de donner un sens à sa vie. Le psychologue a une formule un peu différente : c’est savoir quoi faire de son malheur.

Ella déclame un texte qui parle lui aussi de cet état : Et pourtant je vous dis que le bonheur existe/ ailleurs que dans le rêve ailleurs que dans les nues / terre terre voici ses rades inconnues. (p. 232)

A peine ai-je lu les premiers mots que j’entends la voix chaude de Jean Ferrat chantant Louis Aragon. La référence au Roman inachevé aurait mérité une note de bas de page pour ceux qui voudrait en savoir plus sur ce si beau texte. La mention en remerciements est peu explicite.

C’est sur cette quête que Marie-Aude Murail achève la série. La famille est en bonne voie, … malgré les complications à venir, les larmes et les soucis qui ne manqueront sans doute pas d’advenir.

Je recommande particulièrement la lecture de la saga en famille, et tout autant d’en discuter ensuite. Espérons que les enfants-lecteurs s’en porteront le mieux possible.
 
Sauveur & Fils de Marie-Aude Murail à l'Ecole des loisirs, à partir de 12 ans
Saison 1 parue en avril 2016
Saison 2 parue en novembre 2016
Saison 3 parue en mars 2017
Saison 4, en librairie depuis le 17 janvier 2018

dimanche 28 janvier 2018

Barbara, de Mathieu Amalric avec Jeanne Balibar

Le film de Mathieu Amalric a été présenté en ouverture d'Un certain regard au Festival de Cannes 2017. Il arrive maintenant sur nos grands écrans.

Brigitte (Jeanne Balibar), est une comédienne se préparant à entrer dans la peau de Barbara sous le regard du réalisateur Yves Zand. Elle travaille d'arrache-pied pour être prête pour le tournage de ce biopic consacré à la célèbre interprète de "L'Aigle noir".

Elle s’imprègne des images de son modèle, s’approprie ses gestes, pousse la chansonnette, tandis que le cinéaste continue de nourrir son scénario en poursuivant son enquête, en dénichant de nouvelles archives...

Ce qui est très réussi c'est l'imbrication entre le film et le film dans le film. A tel point qu'on finit par nous y perdre, ne distinguant plus la "vraie" Barbara de son interprète. On a compris que c'est volontaire et c'est parfait ainsi.

Parce que cette méthode permet d'être au plus près de l'intimité de la chanteuse. Et cela dès le générique au cours duquel on assiste à la naissance d'une chanson comme le faisait la longue dame brune en laissant des mots en suspends : la voix, ... tu vois .... (quelques notes sont jouées au piano) et on entend de nouveau la voix, ... tu vois ...., à trois reprises sans qu'on ait eu l'impression de redites.

Le processus créatif est au coeur du film. Quel que soit le domaine, chanson ou cinéma.

On surprend l'actrice jouer du piano dans une gare, comme on peut le faire aujourd'hui partout. Ses vêtements sont fantasques. Elle fait arrêter la voiture pour marcher sur le pont de Sully. Mathieu Amalric collectionne les post it sur un mur d'images. La voix de gorge de Balibar prononce la phrase devenue mythique : Je n’ose pas, je n’ose pas ... mais quand j’ose, j’ose.

Les images d'archives sont mixées avec des scènes tournées aujourd'hui. On ne cherche plus le vrai du reconstitué. On veut bien croire que ça s’est passé comme ça. Quelques moments surprennent (elle vouvoie sa mère), preuve qu'on ne savait pas tout de la vie de l'artiste. Jeanne fredonne des chansons qu'on a peu entendu dans les récitals. Comme La petite fille et le père Noël de Brassens. Il faut dire que ses reprises de Brassens sont vraiment anciennes (1960). C'était son second album.

On entendra avec autant de plaisir Du bout des lèvres et Chapeau bas.

Mathieu Amalric ne nous donne pas un biopic à voir, pas davantage qu'un documentaire, c'est étonnant, et somme toute radicalement différent de tous les spectacles d'hommage qui ont été récemment à l'affiche. Je pense notamment au très réussi Homme en habit rouge conçu par son ex compagnon Roland Romanelli (que je trouve trop "discret" dans le film, ce sera mon unique bémol). Sa Barbara est une évocation de l'essentiel, ses coups de colère, sa passion maniaque pour les courses et sa manière personnelle d'offrir des cadeaux à tout le monde.

On la voit prendre possession du plateau qui était, comme elle le disait, son navire. On l'apprécie modeste aussi : De l’Écluse au Châtelet je n’ai fait que traverser la Seine.

Le film s'arrête juste avant le concert de Pantin. Barbara est restée pleinement vivante. L'illusion est troublante et c'est magnifique.

samedi 27 janvier 2018

Et soudain la liberté de Caroline Laurent et Evelyne Pisier

Et soudain la liberté retrace l’histoire d’Evelyne Pisier et de sa mère, deux femmes puissantes en quête de liberté. Une histoire romancée comme l'avait initialement voulu Evelyne et comme a dû le faire Caroline Laurent en raison du décès prématuré d'Evelyne.

Les premières pages sont très émouvantes, relatant la première rencontre entre elles, en quelque sorte l’accouchement du projet du livre dont Caroline Laurent a rendu compte de la genèse il y a quelques jours à Antony (92), auprès des lecteurs de la médiathèque. Je vous invite à lire le billet consacré à ce moment et qui éclaire le roman.

Caroline Laurent est née en 1988. Agrégée de lettres modernes, elle est directrice littéraire aux Escales. Sa rencontre avec Evelyne a signé une amitié. Elle co-signe ici son premier roman.

vendredi 26 janvier 2018

Ruy Blas de Victor Hugo mis en scène par Vincent Caire

Ruy Blas est un drame romantique qui nous est annoncé comme étant d'une modernité absolue. En tout cas il continue de résonner parce que les questions de vengeance, de classes et d'égalité homme-femme sont d'une actualité constante.

L'action se déroule dans l'Espagne de la fin du XVIII°siècle où on peut voir que le harcèlement sexuel était déjà une faute condamnable, ... par Victor Hugo puisque c'est lui qui a imaginé l'intrigue.

On y suit les péripéties haletantes d’un héros romantique et révolté, d’un seigneur cynique et machiavélique, d’un aventurier épicurien, d’une reine prisonnière d’un amour impossible et de ministres corrompus qui pillent le pays pour assouvir leurs ambitions personnelles.

jeudi 25 janvier 2018

Une adoration de Nancy Huston adapté et mis en scène par Laurent Hatat

Je n'avais pas lu le roman écrit en 2003 par Nancy Huston. Le travail (remarquable) de Laurent Hatat m'a donné envie de me plonger dedans, et même de le lire d'une main, avec dans l'autre, le scénario écrit par le dramaturge.

Une adoration est un roman singulier qui semble avoir été conçu pour devenir une pièce de théâtre. Il s’ouvre sur une tribune où chaque personnage s’adresse à un juge silencieux (le public). Les trois membres d’une famille, Fiona la fille (Jeanne Lazar), Franck le fils (Yann Lesvenan) et Elke la mère (Océane Mozas), expriment les premiers des propos tout en contradiction et en opposition autour d’un mystère : la mort de Cosmo, l’amant de la mère.

Un amoncellement de chaises sur un banc évoquent un troquet des années 50 laissé à l’abandon, probablement le bar où Elke a travaillé. Des images en noir et blanc grésillent dans un vieux poste de télévision sur lequel la mère est assise, impassible. Deux allées jonchées de feuilles mortes se perdent au lointain. Une verrière embuée s'animera tout à l'heure des très belles images de Nicolas Tourte.

mercredi 24 janvier 2018

Le défilé de la Collection Printemps-Eté 2018 de Ziad Nakad

Pour sa collection Printemps Eté 2018, Ziad Nakad a décidé de célébrer Démeter, la puissance la plus utile pour les dieux et pour les hommes.

C'est la Mère de la Terre ou encore la Déesse du blé. Son culte est particulièrement actif dans les contrées où cette céréale se trouve en abondance, en Sicile, dans la région d'Éleusis, en Crète, en Thrace et dans le Péloponnèse.
Le fond de scène était un visuel proche de la photo que j'ai faite dans un champ en automne et l'effet est très bucolique.

A l'instar de ce que j'ai écrit à propos du défilé de Rani Zahkem je préfère publier un texte personnel accompagné par quelques-unes de mes photos même si j'ajoute des clichés officiels communiqués par Ziad Nakad pour voir les mêmes modèles sous un autre angle.

Demeter a inspiré au couturier l'emploi de teintes douces, souvent pastel comme le rose des terminaisons des grandes herbes, le vert tendre des feuilles, le turquoise d'un lagon, le bleu pâle du firmament, le jaune et l'or du blé, qu'il a associées au bronze des arbres au soleil couchant.

Pas une robe qui ne soit brodée, très somptueusement, de motifs floraux et d'épis, en hommage à la représentation la plus iconique de la déesse Déméter.
C'est magnifique, évidemment. Chaque modèle est éblouissant. La collection est toute entière composée de modèles longs. Toutes les tailles sont marquées, parfois soulignés d'une ceinture.

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