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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

lundi 16 septembre 2024

Les Gémeaux parisiens

J'ai découvert cet après-midi le Théâtre des Gémeaux Parisiens dans le cadre de son inauguration, après deux ans de travaux, et sa présentation de rentrée par ses directeurs : Serge Paumier et Nathalie Lucas.

Ça sent le frais, C’est clair et fonctionnel. La programmation est ambitieuse mais abordable. La salle sera ouverte 7 jours sur 7 et on peut espérer que le public viendra avec le même naturel qu’il s’installe à la brasserie du coin. La promesse sera tenue de laisser toujours la porte ouverte du 15 rue du Retrait, où l’on pourra choisir entre quatre spectacles le samedi et le dimanche.

Les deux directeurs assument d’ouvrir la scène de l’Est la plus à l’Ouest. Quand on aime le théâtre … tout est possible.
Si vous empruntez la rue dans le sens ouest-est vous constaterez la richesse des fresques murales qui font référence au passé du quartier sur lequel je reviendrai en fin d’article. L’endroit est riche d’histoire. Il fut autrefois le Théâtre de Ménilmontant où se produisirent des grands noms comme Mouloudji, Philippe Noiret, Laurent Terzierff Jean Teulé, Geneviève Casile, Claude Pieplu, Annie Girardot, Bernadette Lafont, Michael Lonsdale, Michel Galabru … mais aussi Daniel Mesguich qui aura grand plaisir à y revenir avec son fils.

C’est un enfant de Ménilmontant, Guy Rétoré, qui installera sa compagnie théâtrale amateure dans la salle de spectacles du patronage Saint-Pierre à laquelle il donnera le nom de Thâtre de Ménilmontant en 1958. Il y restera trois ans avant de déménager dans un vieux cinéma, comme nous le rappela Serge Paumier, à six minutes à pieds de là, pour y fonder le TEP, Théâtre de l’Est Parisien, qui sera reconstruit en 1983, à l’initiative de Jack Lang pour devenir le Théâtre de la Colline dirigé par Wajdi Mouawad depuis 2016 .
Les sourires illuminaient les visages de chacun, y compris celui d’Eric Pliez, maire du XX° arrondissement, ravi de couper le ruban rouge devant la porte de la salle, agrandie grâce aux travaux. Il sera possible d’accueillir des décors conséquents sur le plateau aux dimensions relativement impressionnantes (11 mètres sur 11) s’agissant d’une salle de 300 places. J’ai eu un petit doute la découvrant toute en longueur mais j’en ai testé l’acoustique en suivant le spectacle Belles de scène assise à l’avant-dernier rang et je peux affirmer qu’on entend parfaitement.

dimanche 15 septembre 2024

La lumière vacillante de Nino Haratischwili

Après La huitième vie, un roman fleuve (très fleuve) racontant déjà le parcours d’une famille s’inscrivant dans l’histoire universelle, Nino Haratischwili nous offre un quatrième roman, lui aussi fleuve (mais un peu moins) intitulé La lumière vacillante.
Elles sont quatre : il y a Nene la romantique, Ira la cérébrale, Dina l'idéaliste et Keto l'observatrice. Voisines depuis l'enfance, elles grandissent ensemble à Tbilissi, en Géorgie, au moment où l'Union soviétique s'effrondre et où se pose la question de l'avenir de leur pays. Chacune à leur manière, les quatre amies vont faire l'expérience de l'amour, de l'espoir, de la déception, de la trahison, et être confrontées aux conséquences, dans leur vie privée, de ces événements politiques et historiques qui feront bifurquer à jamais leurs existences.
L’auteure est une jeune femme, née en 1983 à Tbilissi (Géorgie). Venue en Allemagne en 2003 pour étudier la mise en scène et la dramaturgie, elle vit aujourd'hui à Hambourg et écrit en allemand. Elle s'est d'abord fait connaître comme auteure et metteuse en scène de théâtre (elle a écrit 13 pièces). En 2011, elle a reçu le Prix du premier roman du Buddenbrookhaus Lübeck pour son livre Juja (non publié en France). Mon doux jumeau – son premier livre traduit en français – a été récompensé la même année par le Prix des éditeurs indépendants.

Je n'aurais jamais imaginé la rencontrer. Je la découvre discrète, posée, ne refusant de répondre à aucune question. Comment une femme si simple a-t-elle pu écrire un roman aussi puissant, avec une dimension épique digne des grandes sagas du XIX° siècle ?

Le point de départ du livre est personnel avec pour toile de fond l’époque très sanglante de la post-pérestroïka qui a marqué son enfance. Les événements ont été très refoulés, si intensément que les faits étaient très éloignés de ce que lui racontèrent ensuite ses camarades allemands quand elle est arrivée dans ce pays. Elle donc a eu envie d’explorer la vérité. 

Si l’arrière-plan est bien réel ce roman n’est cependant pas davantage autobiographique que les précédents. Tout le monde s’accordera à raconter l’obscurité (il y avait peu d’électricité), le froid, le manque de nourriture et la violence de cette dizaine d’années. Peut-être moins à souligner le rôle joué dans la guerre par une drogue comme l'héroïne (p.416).

Et lorsqu'elle fait dire à Keto dans mon imagination enfantine, les bolcheviks étaient les puissances maléfiques, des ténèbres, (qui resteront plus de 70 ans en Géorgie) on devine que c'est aussi ce qu'elle a ressenti (p.60).

Nino a cherché à retrouver les bruits et les odeurs de cette époque. Elle raconte l’anecdote si caractéristique de l’échelle : Je faisais mes devoirs habillée d'une combinaison de ski avec une camarade en haut d’une échelle. Ce qui pouvait passer pour une fantaisie imaginée par la grand-mère était en fait une manifestation de sagesse puisque, en tant que scientifique elle savait que la chaleur monte, d’autant plus dans ces pièces très hautes de plafond. 

Nino voulait écrire sur l’amitié et tout ce qui touche au sexe féminin l'intéresse comme matière. Il faut rappeler que pendant cette période les femmes devaient organiser la vie, gérer la survie de la famille. Il leur a fallu trouver le moyen de s'adapter.

Elle a choisi d'écrire sur deux axes, le présent et le passé. Il a fallu trouver un motif plausible de retrouvailles des quatre amies. Quelque chose qui ne soit pas classique comme un mariage ou un enterrement. L’idée de l’exposition de photos de l’une d’elles, décédée entretemps, a permis d’instaurer de la fluidité dans le récit de la vie des quatre femmes, en les plaçant à égalité et en complémentarité. C'était aussi une situation idéale pour retourner dans le passé. 

La photographie est au coeur du récit. Les clichés sont si bien décrits qu’on jurerait qu’ils ont existé. On sait bien que ce n’est pas possible mais pourtant je n’aurais pas été surprise que le roman se termine avec le portfolio de l’exposition. A chaque nouvelle description je m’interrogeais de savoir si c’était celle de la couverture. Mais non. Jamais. Elle a été choisie par l’éditeur français, sans demander son avis à Nino qui juge d'ailleurs qu'elle représente très bien la situation. Elle convient qu’elle a tout inventé, en y prenant plaisir car elle s’intéresse beaucoup à l’art photographique. Certains clichés iconiques de l’époque l’ont inspirée et elle tenait au noir et blanc.

Cette photo suggère tout. Il n'aurait pas été sain d'utiliser un cliché montrant une femme ensanglantée, à genoux devant la mare de son vomi, avec un singe à l’arrière plan, alors que la description qui nous en est faite (p. 298) est un des moments les plus forts du roman, d'autant qu'il s'agit d'une scène décisive.

Ecrire en allemand a permis une certaine distance. Mais c’est une langue qu’elle maitrise parfaitement, à l’inverse d’un auteur comme Nabokov, pourtant parfaitement trilingue russe, anglais et français. Nous suivons la discussion à travers la traduction (c'est inouï comme la traductrice semble ne rien perdre des longues phrases de l'auteure).
Nino peut sembler être un prénom masculin et pourtant non. En Géorgie beaucoup de prénoms de femmes se terminent par la lettre O. C’est son vrai prénom et elle l’a conservé. C’est le nom d’une sainte byzantine du IV° siècle qui a apporté le christianisme dans le pays.

Nous lui demandons si les cicatrices sont toujours brûlantes. Elle estime que beaucoup de choses ont changé depuis l’indépendance et que les jeunes n’y pensent pas. Voilà pourquoi Anano, (la petite sœur de Dina) est la plus indemne (…) Elle a eu droit à une perspective, la normalité et la paix (p. 29). Mais pour la génération de l'auteure, et plus encore pour celle de ses parents, les traumatismes resurgissent. Les blessures sont cicatrisées mais elles pourraient se rouvrir.

Le parallèle est tentant de comparer le métier de Kéto, restauratrice, à celui de l'écrivain qui fait revivre le passé. Elle répond que Kéto est un personnage en retenue, observatrice, qui n’aura pas eu le courage de devenir peintre et qui préférera la voie de la réhabilitation. Quand on restaure les objets on ne peut pas leur rendre leur forme originelle car on ne la connait pas, comme le fait si justement remarquer la mère de Dina, sorte de mentor pour Keto qui, orpheline de mère dessine pour échapper à la réalité (p. 80). Elle décrit peu le métier vers lequel Keto s'est orientée mais suffisamment pour me faire penser à l'immense chantier de remise en état des tableaux de Notre-Dame.

Rester fidèle à soi-même, même si c’est violent, est un thème qui fascine Nino Haratischwili : En situation extrême on n’est jamais sûr de la façon dont on va réagir (guerre, violence, mais aussi entraide extrême qui est la seule façon de survivre). 

Nous ne pouvions pas occulter le cadre géographique et cette ville de Tbilissi. Elle y revient aussi souvent que possible pour ne pas perdre le lien. La ville chère à son coeur est restée très belle et animée d’un esprit particulier malgré la laideur extrême de nouvelles constructions. A cet égard l'éditeur a eu raison de ne pas choisir un cliché de couverture représentant les charmantes façades colorées caractéristiques des dépliants des agences de voyage.

Il m'a néanmoins manqué une carte de la Géorgie pour situer Tbilissi dont je me rends compte que cette ville est aussi loin de Moscou que de Milan ou du Caire. J'ai souvent consulté Internet pour repérer les trajets des protagonistes et me rendre compte des distances, de l'emplacement des portes du zoo qui joue un rôle déterminant dans l'histoire …

Je recommande évidemment la découverte de ce roman qui lève le voile sur une période que nous n'avons pas directement traversée et qui, alors que la guerre fait (encore) rage à l'Est, nous rappelle combien la cruauté de l'histoire frappe des populations entières d'innocents. Il est bon de s'indigner de la violence colossale qui peut survenir dans notre vie du jour au lendemain et dévaster tout ce que nous avons bâti pendant des années de travail laborieux (p. 67).

La lecture est fluide mais elle requiert malgré tout une certaine attention. La structure est construite comme un roman choral et bien qu'écrit par Kéto, nous place à tour de rôle dans le cerveau de chacune des quatre femmes. La narration glisse habilement du je au nous. Il n’est pas rare qu’une idée commence à être développée puis suspendue pour reprendre une vingtaine de pages plus loin. Ainsi le si beau poème Demain dès l’aube, démarre (p.516), s’arrête à la troisième strophe et resurgira ultérieurement, quand la mémoire sera revenue à la jeune femme qui, du même coup, réalisera la mort de sa grand-mère adorée (p. 536), décuplant ainsi l’émotion que provoquent les vers de Victor Hugo. 

Il ne faut pas reculer devant le nombre de pages. La quatrième partie parait étonnamment brève même si tant de choses ont déjà été dites … Le style est abordable sans difficulté. Certes nous sommes loin de ce mode de vie, ne vivant pas en symbiose intergénérationelle, ignorant certaines coutumes, n'ayant jamais goûté plusieurs plats, mais nous sommes très proches par les sentiments.

Comment ne pas éprouver de compassion à la lecture de ces mots : dans notre ville, on esquivait ses propres désir. On était obligé de renoncer à ses désirs pour que la vie ne reste pas abonnée au malheur (…). Dans notre ville, les jeunes filles étaient des anges sans ailes (p. 234).

"Dans notre ville" est répété, scandé plusieurs fois comme dans un poème en prose. On appréciera les multiples répétitions de groupes de mots qui résonnent comme une incantation, une sorte de chanson. Ainsi, par exemple nous découpons la journée en tranches revient six fois dans un seul paragraphe (p. 334). Et soudain une phrase sur laquelle nous ne nous serions peut-être pas attardés prend tout son sens : on n’a plus les moyens de se payer aucune morale, plus personne dans ce pays n’agit moralement (Dina reconnait alors ce qu’elle a fait pour que Rati sorte de prison, toujours p. 334).

L'auteure est également douée pour nous accrocher par ce qui pourrait être qu'un détail, comme la découverte d'un vieux pistolet dans une boite cachée sous un lit (p. 182) qui laisse immédiatement présager du malheur à venir.

Ou par des attitudes de sagesse. Ainsi l'oncle Guivi concèdera, à propos de son enseignement musical à Keto : on ne peut pas déclencher une passion en appuyant sur un bouton, et la musique est une passion, doit être une passion, sinon c’est une perte de temps qui ne serait pas digne d’elle. L'instant d'après il souligne son talent… pour les arts plastiques (p. 50). On se sent en telle proximité avec la jeune fille qu'on a envie de lui dire merci.

Nous respirons à chaque moment festif. Que ce soit dans les retour en arrière comme dans le présent, au cours de la déambulation dans l'exposition bruxelloise. Anano, qui gère depuis sa galerie l'héritage de sa soeur Dina les incite régulièrement à "faire abondamment la fête dans le jardin, comme Dina l’aurait apprécié" (p.120).

J'ai également apprécié l'habile fusion entre ce qui relève de l'involontaire (les faits politiques) et ce qui est imputable, plus ou moins directement au caractère de chacun et au chemin qu'il a choisi. Les habitants ne pouvaient pas faire grand chose le refus du président Géorgien (ainsi que les pays baltes) d’entrer dans la communauté des états indépendants nouvellement créée et régulée par la Russie, à part regretter que cet idiot, va sacrifier tout le pays à son ego (p. 285). Par contre Anano a sans doute raison à propos de l'impitoyable talent, dont était doté sa sœur, et qui allait en même temps, se révéler une malédiction (p.120).

Enfin, au-delà de l'horreur inacceptable des guerres, tout reste question de point de vue, d'acceptation ou de rébellion. La métaphore choisie par Nino Haratischwili pour le démontrer est parlante. Quand on désigne chez nous une plante par le nom de "monnaie du pape", on hésite en Géorgie entre larmes de Jésus ou médailles de Judas.
La lumière vacillante (traduction fidèle au titre original) est fragile mais elle restera allumée longtemps dans nos consciences et dans notre coeur. C'est une grande chance que d'avoir pu rencontrer une autrice aussi talentueuse.

Ses personnages féminins sont inoubliables. Je ne serais aucunement surprise de les voir bientôt sur grand écran.

La lumière vacillante, de Nino Haratischwil, traduit de l’allemand par Barbara Fontaine, Gallimard
En librairie depuis le 5 septembre 2024
Je remercie Babelio et les éditions Gallimard d'avoir permis cette rencontre

samedi 14 septembre 2024

Le palmarès du 22ème festival Paysages de cinéastes

Le Festival Paysages de Cinéastes de Châtenay-Malabry (92) s’est achevé hier soir au Cinéma Le Rex sur un consensus pour distinguer deux longs métrages, L’histoire de Souleymane et Norah dont j’avais précédemment fait l’éloge sur les réseaux sociaux. Côté court, c’est Qu’importe la distance de Léo Fontaine qui fut primé. 

La question de la place des femmes (et de ce qu’elles endurent), de celle des migrants, et les problèmes judiciaires auront largement marqué la programmation faite par Carline Diallo pour les films en compétition mais aussi les avant-premières et les films à l’affiche (parmi eux je recommande Le fil, chef-d’œuvre de Daniel Auteuil, déjà sorti en salles).

Je voudrais aussi mentionner l'importance d'un outil de communication qui n'était pas aussi présent dans nos vies il y a quelques années que maintenant. Il tient souvent un rôle déterminant dans les films que nous avons vus. Le scénario de 4 films sur 5 intègre le téléphone portable et son absence rendrait impossible le déroulement de l'histoire.
Après l'annonce des prix, que je récapitule ci après, la soirée de clôture s’est achevée avec l'avant-première de Quand vient l’automne de François Ozon. Josiane Balasko et Hélène Vincent sont exceptionnelles dans des rôles joués avec subtilité en accordant une belle place aux non-dits. Le choix d’un thriller policier et psychologique était tout à fait cohérent et nous a permis de retrouver Pierre Lottin qui interprétait le frère de Benjamin Lavernhe dans le film d’ouverture En fanfare il y a une semaine. On ne pouvait pas mieux boucler la boucle.

vendredi 13 septembre 2024

Quand vient l’automne, de François Ozon

C’est un des avantages du festival Paysages de cinéastes que de proposer des avant-premières

François Ozon n’a pas adapté un roman à succès. Il a lui-même co-écrit le scénario de Quand vient l’automne. En y appliquant sa définition du cinéma, que nous a donné Carline Diallo, la déléguée générale du festival, faire des films, c'est mettre en lumière les contradictions et les paradoxes du monde.

La surprise est donc totale même si nous voilà une fois de plus dans un parloir de prison (au moins pour la quatrième fois en une semaine) et devant résoudre une affaire de justice.
Michelle (Hélène Vincent) est une grand-mère parfaite qui vit dans un joli village. Elle aime papoter et cueillir des champignons avec sa meilleure amie Marie-Claude (Josiane Balasko). Quand sa fille Valérie (Ludivine Sagnier) vient déposer son fils pour les vacances, l'image parfaite se fissure et on sent monter le drame.
Ce bijou de sensibilité malicieuse nous a été offert en clôture du Festival. Rarement les images sont aussi naturelles au cinéma. La campagne est profonde. Les visages assument les années. L’amitié est indéfectible, ce qui n’empêche pas les non-dits et les sentiments contradictoires que le spectateur se débrouillera à démêler pour résoudre la question de savoir si on peut être coupable de vouloir vivre sa vie, y compris quand on approche de la fin.

François Ozon joue, ici, sur l'ambiguïté en plaçant le curseur du côté de l'instinct de vie plutôt que sur le poids éventuel de la culpabilité. Il situe l'action dans une région que j'affectionne, la Bourgogne, où je suis souvent allée aux champignons quand j'étais enfant, en vacances chez mes grands-parents. Par sécurité, nous ne ramassions que des girolles …

Hélène Vincent y joue peut-être son plus grand rôle (au cinéma car elle en a interprété d’immenses au théâtre).

Quand vient l’automne, un film de François Ozon
Avec Hélène Vincent, Josiane Balasko, Ludivine Sagnier, Pierre Lottin, Sophie Guillemin …
Sortie en salles le 2 octobre 2024

jeudi 12 septembre 2024

La Jurée de Claire Jéhanno

Il figurait depuis longtemps sur ma liste car, même si j’ai quitté les "68 premières fois" je continue à essayer de lire tous les premiers romans sélectionnés par le groupe. Je sais qu’il y aura plusieurs pépites. Bien sûr j’en lis avant de savoir qu’ils figureront dans la sélection annuelle. Mais au moins je rattrape ceux que le manque de temps m’a empêchée de lire à leur sortie en librairie. La jurée était de ceux là.

Hasard du calendrier, je l’ai ouvert juste après avoir vu au cinéma Le fil, le dernier film interprété et réalisé par Daniel Auteuil et que j’estime être un chef d’œuvre. Je dirai de même pour ce roman et je comprends que Claire Jehanno ait été finaliste du Prix de la Maison de la Presse en 2023.
Anna Zeller a été tirée au sort pour devenir jurée aux assises. Une expérience aussi vertigineuse qu’inédite. Appelée à juger un couple au casier vierge dans un procès pour empoisonnement et meurtre, la jeune femme va voir resurgir son passé. Un passé qui la transporte vingt ans plus tôt, sur une aire de jeux en Bretagne. Les jurés ont une semaine pour décider du destin des accusés et s’emparer de leur troublante histoire. C’est aussi le temps qu’il faudra pour que bascule la vie d’Anna.
Il y a de multiples points communs entre le film et le roman qui tous deux se déroulent essentiellement dans une salle de tribunal d’assises. Dans l’un comme dans l’autre on a le sentiment que les accusés ont renoncé à se défendre. Ils sont quasi mutiques. Les efforts d’éclaircissement sont entrepris par l’avocat ou par les jurés. Les deux histoires, bien que différentes, connaitront des renversements de situation auxquels on ne s’attend pas et dont on ne peut rien dire, faute de gâcher l’effet de surprise.

Je me bornerai à citer Claire Jéhanno. Les procès remuent chez les jurés des valeurs, des principes, d’autres histoires (p. 120).

Elle peint admirablement bien les sentiments qui traversent le personnage principal : du sommet de ma crête, entre les deux falaises, l’innocence ou la culpabilité, la chute me semblait trop violente (p. 121). Les regrets sont des impasses, même quand ils croisent des chemins de traverse (p. 134). La justice est rendue par des gens ordinaires entre les mains desquels on place un pouvoir incommensurable (p. 139).

Il est très intéressant que la situation qu’Anna est obligée de vivre (on ne peut pas refuser d’être juré) l’amène à effectuer un retour dans le passé alors que tout comme sa sœur elle était restée coincée dans le cadre imposée par leur mère : si c’est pour évoquer le passé il vaut mieux se taire (p. 73).

On se trompe tous tout le temps. On confond, on mélange, on pense que, mais non. Les évidences sont les miroirs les plus trompeurs. Elles nous conforte et dans ce que nous voulons voir (…). Le contraire de la vérité, ce n’est ni le doute ni l’erreur. C’est la bêtise (p. 338).

Claire Jéhanno est née en Bretagne en 1987. Elle vit à Paris où elle est autrice et productrice de podcasts. La Jurée est son premier roman et j’espère en avoir dit suffisamment pour vous décider à l’ouvrir sans pour autant en avoir révélé l’essentiel.

La Jurée de Claire Jéhanno, HarperCollins, en librairie depuis le 5 avril 2023.
Finaliste du Prix de la Maison de la Presse 2023

mercredi 11 septembre 2024

Le fil de, par et avec Daniel Auteuil

Si je n'ai pas été convaincue hier par La prisonnière de Bordeaux je suis d'une admiration sans bornes pour Le Fil, réalisé et interprété par Daniel Auteuil.

C'est sa fille Nelly, dont il s’agit d'une première comme productrice, qui est à l'origine du projet (avec Hugo Gélin). Elle a fait découvrir à son père le blog que tenait un avocat aujourd’hui disparu, Jean-Yves Moyart, sous le pseudo de Maître Mô.

Il a aussitôt été frappé par la puissance des histoires de vie et de justice qu’il y racontait, mais aussi par sa manière d’exprimer la solitude de l’avocat, et par la réflexion autour de la notion de vérité qui diffère selon les uns et les autres, n'étant souvent qu'une intime conviction impalpable. De toutes les histoires qui figuraient dans ce blog, celle de Nicolas Milik l’a sidéré.

Depuis qu’il a fait innocenter un meurtrier récidiviste, Maître Jean Monier (Daniel Auteuil) ne prend plus de dossiers criminels. La rencontre avec Nicolas Milik (Grégory Gadebois), père de famille accusé du meurtre de sa femme, le touche et fait vaciller ses certitudes. Convaincu de l’innocence de son client, il est prêt à tout pour lui faire gagner son procès aux assises, retrouvant ainsi le sens de sa vocation.

Le fil est un chef-d’œuvre. Pour la construction du scénario, le cadre (avec quelques gros plans et des jeux de surexposition vraiment intéressants), l’interprétation (même si Grégory Gadebois, Daniel Auteuil, Sidse Babett Knudsen et Alice Belaïdi nous ont déjà habitués à l’excellence). Gaëtan Roussel y a -je pense- son premier rôle au cinéma et on parie que ce ne sera pas le dernier tant il joue juste. 

Le fil est complexe à tirer et Maître Monier n’est pas au bout de ses surprises. Le spectateur non plus, montrant combien rendre justice n’est pas une mince affaire. L'histoire a pourtant tout du crime ordinaire, tel qu’il s’en produit malheureusement tous les jours. Le film raconte d'abord comment les éléments d’un procès sont au fond d’une extrême banalité expliquant que les jurés condamnent ou acquittent en s’appuyant souvent sur peu de réelles certitudes, puisque les témoins n’ont rien vu de précis, qu'il n’y pas de preuve flagrante, ni même de mobile.

L'histoire se passait dans le Nord mais, et c'est une excellente idée, Daniel Auteuil l'a transposée dans une région moins cataloguée pour avoir des difficultés sociales et que, de plus, il connait bien, la Camargue. Il la filme comme on la voit rarement, en dehors des clichés touristiques, faisant sentir combien nous sommes en province, loin des grandes affaires médiatisées et d’une cour parisienne où un grand avocat ferait des effets de manche.

Le tournage a eu lieu ⁦dans le village de ⁩⁦Mas⁩-⁦Thibert⁩⁦, situé entre le grand Rhône et le canal d'⁩⁦Arles. Le palais de justice de Draguignan, initialement conçu en 1980-83 comme une "cité judiciaire" a été investi par l'équipe, nous donnant l'occasion d'apercevoir fugitivement une des deux fresques peintes par Gérard Fromanger (1939-2021) commandées par son architecte Yves Lion, pour orner les salles d’audiences de la cour d’assises et du tribunal correctionnel. On ne le remarque pas à l'image mais l'une d'elles porte la mention manuscrite "Tout homme est présumé innocent", hautement symbolique.

De prime abord, Nicolas Milik est un père de famille gentil et dévoué, accusé brutalement du meurtre de sa femme. Il n'est "ni un coupable crédible, ni un innocent évident" et Grégory Gadebois excelle pour susciter l'empathie et néanmoins une certaine gêne par son côté grand enfant dans un corps de colosse.

Si Jean Monier s'acharne à vouloir le défendre c'est pour ne pas rester sur l'échec d'avoir fait acquitter un homme qui, dans la foulée, a récidivé. L'avocat s’est consacré depuis quinze ans à des affaires courantes, ordinaires, banales mais il en a gardé une fragilité, un traumatisme dont il a besoin de se débarrasser, sans pour autant chercher à prendre sa revanche. Au départ il ne rencontre le prévenu que pour rendre service à son ex-femme commise d'office (Sidse Babett Knudsen dont j'admire la capacité à suggérer énormément de choses en quelques secondes) et c’est la détresse de Milik qui sera sa principale motivation.

On peut dire que c’est par bonté d’âme qu’il décide d’assurer sa défense. Il utilisera toute son expérience pour démonter l’accusation qui ne tient pas à grand chose. Et pourtant une chose cloche : Milik ne semble rien comprendre à ce qui se passe mais ne se bat pas pour être innocenté. Il a un seul ami, un ancien militaire alcoolique devenu patron de bistrot, qui s’emmerde et veut l'aider son ami. Gaëtan Roussel, ami dans la vie de Grégory Gadebois, et qui a accompagné Daniel Auteuil dans ses récentes aventures de chanteur en lui avouant qu’il avait rêvé d’être acteur, incarne Roger, dont il a totalement le physique et le jeu. Il eut été dommage de ne pas lui confier ce rôle. A signaler aussi celle qui est sa femme, Florence Janas, si touchante.

La tension est palpable. Le spectateur se trouve en position de juré, amené à devoir lui aussi se prononcer. Je me suis prise au jeu et j’ai suivi la réquisition en craignant que la procureure (Alice Belaïdi, une actrice de haut potentiel qui, comme le réalisateur a débuté elle aussi au Théâtre du Chêne Noir et avec il avait tourné Le brio) n’ait gain de cause.

C'est que, nous aussi, à l'instar de son avocat qui l'a côtoyé pendant trois ans, nous nous sommes pris d'amitié ou de pitié pour cet homme, embarqué par les policiers en plein dîner avec ses cinq enfants sans même avoir eu le droit de leur dire au-revoir. Cette scène introductive dit bien toute la violence du système judiciaire, malgré ce qu'on appelle la présomption d'innocence.

Comment tout cela va-t-il se terminer ? De quel côté penchera la balance ? Rendre la justice est plus complexe que déclarer un type coupable ou innocent. Ne comptez pas sur moi pour casser le fil de l’histoire qui est captivante jusqu’au dernier plan.

La musique du violoncelliste Gaspar Claus (j'aurais cru qu'elle était de Gaëtan Roussel tant les accords y font penser) alterne avec des morceaux classiques comme le Prélude en do mineur de Bach ou la Pavane de Fauré.

Après ce film magistral on espère retrouver  bientôt Daniel Auteuil comme réalisateur et qu'il nous surprenne encore.

Le fil, réalisé par Daniel Auteuil
Avec Grégory Gadebois, Daniel Auteuil, Sidse Babett Knudsen, Alice Belaïdi, Gaëtan Roussel, Florence Janas …
En salles depuis le 11 septembre 2024

mardi 10 septembre 2024

La prisonnière de Bordeaux, film de Patricia Mazuy

Etant admirative aussi bien d'Isabelle Huppert que de Hafsia Herzi (dont j'avais tant apprécié le premier long métrage il y a cinq ans, Tu mérites un amour), je ne pouvais pas manquer La prisonnière de Bordeaux, un film de Patricia Mazuy.

Bien que l'interprétation soit sans faille je n'ai pas été complètement convaincue par le propos et je n'ai pas compris quel était le message de la réalisatrice, ou des scénaristes, au nombre de trois (dont François Bégaudeau).

Je ne peux me résoudre à ce qu'ils n'aient pas cherché à nous démontrer quelque chose sur la sororité ou la position de la femme "épouse de détenu" qui serait prise contre sa volonté dans une spirale infernale.

Il faut dire que, projeté concomitamment à la programmation du festival Paysages de cinéastes, la barre était placée très haut. Et que, hasard ou coïncidence, ce ne sont pas les images de parloir qui auront fait défaut au cours de la semaine de projections.
Alma (Isabelle Huppert), riche mais seule dans sa grande maison en ville, et Mina (Hafsia Herzi), jeune mère démunie mais courageuse dans une lointaine banlieue, ont organisé leur vie autour de l’absence de leurs deux maris détenus au même endroit… la prison de Mont-de-Marsan. Les deux femmes se rencontrent à l'occasion d'un parloir et s’engagent dans une amitié aussi improbable que tumultueuse… et et en dépit de la différence de classe.
La première scène m'a semblé étrange, tout simplement parce que ce que j'ai vu du décor de l'entrée de la maison n'était pas "raccord" avec ce que l'on découvre ensuite. Et pour cause, il s'agit de la scène finale … qu'on reverra à la toute fin du film et qui fera sens à ce moment là. Quoiqu'il en soit, a-t-elle été placée là pour servir d'avertissement ? Est-ce pour signifier la fragilité d'Alma que la boite de gâteau tombe sur l'envers (même si elle croque dans un chou qui est resté entier …) ? Est-il intentionnel de leur avoir donné deux prénoms phonétiquement proches ?

Si je ne devais retenir qu'une chose ce serait la bande-son. A commencer par le sifflement d'un homme nous faisant basculer dans l'univers du western. Nous ne sommes pas loin d'une atmosphère suggérant un film de Sergio Leone ou d'Ennio Morricone, pourquoi pas Une poignée de dollars car nous verrons combien l'argent est le nerf de l'histoire.

Un quatuor de saxophones renforcera cette sensation. La même chanson, "Je sens tu mens" ouvre et clôture le film (de la même façon que la scène du retour d'Alma chez elle). Avec, il me semble une légère évolution dans les paroles : Je pleure de te voir des larmes de joie sans remplir une rivière des larmes de joie va devenir Je pleure de te voir des larmes de joie sans l’amour t’es rien.

Elle est interprétée par Sarah McCoy dont le ton de voix plutôt groovy, proche de Barbara Carlotti, instille du blues dans les paroles écrites par la cinéaste, sur une musique composée par Amine Bouhafa qui parvient à insuffler une dose de romanesque dans une histoire qui ne l'est pas.

La prisonnière de Bordeaux, film de Patricia Mazuy
Avec Isabelle Huppert, Hafsia Herzi …
En salles depuis le 28 août 2024
Première mondiale à La Quinzaine des Cinéastes- Cannes 2024

lundi 9 septembre 2024

Incursion dans l'atelier de Rougemont, exposition de l’académie des Beaux-arts

Les Jeux Olympiques ont semble-t-il un peu détourné le public des musées proches des lieux où se déroulaient les compétitions. Pourtant, l'Incursion dans l'atelier de Rougemont (dont l'accès est libre et gratuit) méritait largement une visite.

Installée dans le Pavillon Comtesse de Caen de l’Académie des beaux-arts (27, quai de Conti, 75006 Paris), elle reste en place jusqu'au 29 septembre 2024.

Le Secrétaire perpétuel Laurent Petitgirard nous a accueillis en faisant le point sur plusieurs aspects qui concernent l’évolution possible (ou non) de l’académie des beaux arts et sur lesquels je reviendrai en fin d'article, préférant d'abord me concentrer sur Guy de Rougemont (1935-2021) dont une soixantaine d'oeuvres retracent l'univers créatif et intimiste du si regretté membre de la section de peinture de l'Académie des beaux-arts.

Cette exposition offre un riche panorama de la carrière artistique en évoquant la maison-atelier et le cabinet de curiosité de ce "géomètre ludique". La sélection de toiles, pastels et sculptures réalisées entre 1965 et les années 2000, prêtés par la famille de l’artiste et issus du fonds d’atelier de Guy de Rougemont met ainsi en lumière l'évolution créative de l'artiste, véritable explorateur des formes, lignes et couleurs.

Laurent Petitgirard s'est montré ému de se trouver au centre des œuvres de l'artiste dont il se souvient du tempérament riant, décalé, grand seigneur, d’une courtoisie absolue mais volontiers polémiste. Il voulait que l’art soit présent au quotidien dans la société. Voilà pourquoi il n’a pas hésité a embellir les bords de l’autoroute A4, sur le tronçon Châlons-en-Champagne/Sainte-Menehould, en y installant des figures géométriques colorées à l'été 1977, pour tromper l'ennui sur ce secteur monotone et accidentogène. Il a réalisé un environnement pour le hall Fiat en bas des Champs-Élysées (1967), la mosaïque de marbres colorés du parvis Bellechasse devant le musée d’Orsay (1986), à investir des hôpitaux.

Il est le soixante-huitard rapportant des Etats-unis un procédé de sérigraphie pour reproduire des affiches. Il est aussi celui qui a créé des œuvres pour des collectionneurs raffinés voulant par exemple leur propre table nuage.

La visite a été poursuivie avec Julie Goy, historienne de l'art et commissaire de l'exposition, qui bien que n'ayant jamais côtoyé l'artiste, vit dans son œuvre. 
Sans titre (cinq colonnes), PVC laqué sur socle, 2004, 
hauteurs : 200 cm, 250 cm, 280 cm, 300 cm, 240 cm
La première salle a été conçue en pensant aux personnes qui ne le connaîtraient pas. Les colonnes sont les premières qu’il a élaborées en volume. Ses grands cylindres, également surnommés "totems", "colonnes" ou encore "balises", prennent place dans l’espace urbain, comme sur la place Albert Thomas à Villeurbanne où une photo atteste que le totem y est encore aujourd’hui dressé. On trouve partout dans le monde entier ces "poteaux de couleurs" pour citer Rimbaud, et qui sont devenus la signature de l'artiste.

Sur la gauche, un tableau témoigne de l’influence du pop-art tout en respectant les codes de l’abstraction vers laquelle il s'oriente définitivement à son retour de New-York, après un séjour d’un an et demi au contact des minimalistes et du Pop Art. 
Marisol vinylique sur toile, 1967, 199 x260 cm
Le tableau s'intitule Marisol en hommage à la peintre avec qui il vécut en colocation Marisol Escobar (1930-2016) et qui le présenta à Andy Warhol. Dès les années 1965, il introduit l’ellipse, qu’il développe sur la surface de sa toile. Plus loin, un tableau des années 2000 en forme de serpentine est de forme plus douce.

Nature vivante, acrylique sur toile, 1993, 82 x171 cm
Dans la deuxième salle on pénètre dans un espace plus intime. Le peintre a beaucoup joué avec la lumière, comme on le constate sur le tableau situé en face de nous et composé en deux parties. Il appartient à la période dite "des dé-tramés" qui fut décisive dans la libération de la forme chez Rougemont. L'espace de la composition y est découpé en aplats de couleur, rectangles et autres formes géométriques simples sur lesquels il appose des formes organiques qui se rapprochent progressivement de la serpentine dont la forme originale est l'ellipse, dans un style qui rappelle les papiers découpés d'Henri Matisse.

Il faisait toujours, en parallèle de ses toiles, un travail sur papier souvent avec des pastels. Les titres prouvent combien la lumière était essentielle puisque, souvent, ce sont des horaires, parfois extrêmement précis comme 9 h 12. Parfois le mot lumière figure dans le titre, par exemple "Lumière de là-bas" ou encore "Lumière de Roussillon". Pour les besoins d’une toile qu'il voulait peindre sous une certaine lumière, il lui arrivait de refermer les volets. Lui dont le nom contenait la mention "rouge" et qui aimait tant les couleurs appréciait la demi-obscurité.
Au bout de la galerie on découvre une évocation de son atelier avec un des premiers mobiliers (un lampadaire posé au sol, sur l'extrême droite). On ne voit pas la lampe d'architecte rouge qui est nettement visible sur la photo prise chez l'artiste, publiée dans le catalogue. Cela me fait sourire de constater que nous avons lui et moi ce point en commun.

dimanche 8 septembre 2024

Niki, premier film de Céline Salette

Troisième avant-première au Cinéma le Rex de Châtenay-Malabry (92) dans le cadre du Festival Paysages de Cinéastes pour clôturer la deuxième journée de compétition (hier c’était l’excellent film de Julie Delpy, Les barbares) avec Niki, premier long métrage de Céline Sallette qui est venue le présenter avant sa sortie en salles prévue pour le 9 octobre.
Paris 1952, Niki s'est installée en France avec son mari et sa fille loin d'une Amérique et d'une famille étouffantes. Mais malgré la distance, Niki se voit régulièrement ébranlée par des réminiscences de son enfance qui envahissent ses pensées. Depuis l'enfer qu'elle va découvrir, Niki trouvera dans l'art une arme pour se libérer.
Ce biopic retrace une dizaine d’années de la vie de Niki Matthews (magnifiquement interprétée par Charlotte Le Bon) que nous connaissons sous son nom d’artiste Niki de Saint Phalle (1930-2002). Céline Salette a choisi la période 1952-1961 durant laquelle la jeune mère de famille recouvrera la mémoire de l’inceste qu’elle a subi, se relèvera, et se révèlera par l’Art. Elle va devenir une artiste en se libérant du terrible traumatisme qu’elle ne révéla que très tardivement avoir subi, dans un livre, Mon secret, qui a servi de source documentaire à la réalisatrice, ainsi que que son deuxième livre, Harry et moi.

L’art sauve Niki (nous sommes horrifiés d'apprendre que son frère et sa soeur sont morts) et une certaine forme d’humour évite au film l’écueil de la tragédie avec finesse. Il faut voir comment la jeune femme vide son sac sur le bureau du psychiatre ! On pourra trouver une ressemblance entre l’infirmière et Mildred Ratched qui était celle de Vol au-dessus d’un nid de coucou. Et on remarquera plusieurs scènes signifiantes avec un ou plusieurs oiseaux en cage.

samedi 7 septembre 2024

Les barbares, film de Julie Delpy

Pour clôturer la première journée de compétition, les festivaliers de Paysages de cinéastes ont pu se détendre en découvrant le dernier film de Julie Delpy en avant-première (il sortira le 18 septembre).

Les barbares est un petit bijou de comédie, dont la bande-annonce reflète insuffisamment toutes les qualités.

Cette comédie traite avec humour mais sérieux la place de l’autre, qu’il soit réfugié d’un lointain pays, ou qu’il soit son voisin un peu fantaisiste pour mieux tordre le cou à de nombreux clichés, plus ou moins criants. Le spectateur remarquera-t-il la majorité de blondinets à l’école et la couleur dominante des cheveux des femmes du village ? Notera-t-il la fréquence d’apparition de rayures sur les vêtements, comme si on pouvait oublier que nous sommes en Bretagne ?

La réalisatrice, qui a co-écrit le scénario, y interprète Joëlle, une institutrice au grand coeur un peu gaffeuse. Sandrine Kiberlain, sa meilleure amie, co-propriétaire de la supérette, a trouvé soutien dans l’alcool et devra faire face pour reprendre sa vie en mains. Laurent Laffite a accepté le "mauvais" rôle, celui d’un plombier réactionnaire et raciste d’origine alsacienne, devenu plus breton que les autochtones, qui a bien de la chance d’être supporté par une épouse fine et intelligente finement interprétée par India Hair (César du meilleur espoir féminin pour Camille redouble, et qui nous avait ravie en Adélaïde de Savoie dans Jeanne du Barry de Maïwenn).

On pense assister à un conte. Chaque personnage est un monde à lui seul, et le village de Paimpont en est un autre. Il semble fantaisiste (même le spectateur a des idées reçues) alors qu’il existe vraiment, au coeur de la forêt de Brocéliande. La rue principale (rebaptisée dans le film) s’appelle d’ailleurs rue du général de Gaulle en souvenir de la mère du général qui y trouva refuge pendant la seconde guerre mondiale.

Ce village "très français" fait acte de générosité en voulant recueillir une famille ukrainienne mais les réfugiés seront syriens (campés par de formidables acteurs). Moult péripéties s’enchaineront avant qu’ils ne soient acceptés (voire plus). Je ne spolie pas la fin. Vous aurez deviné qu’elle sera heureuse puisque Julie Delpy a choisi l’angle de la comédie pour nous faire réfléchir.

Les répliques fusent sans filtre. Le scénario se déroule comme un opéra en quelques actes. La musique accompagne le déroulement de ce qui aurait pu être tragique. La réalité est légèrement modifiée, qu’il s’agisse du Radeau de la méduse de Géricault pour annoncer chaque changement de « tableau » ou d’extraits qu’on croirait être des images d’archives. On commencera avec l’ouverture de Coriolan de Beethoven dont la puissance héroïque reste intacte. On finira avec la Fantaisie en D mineur de Mozart.

Julie Delpy n’a pas hésité à nous montrer aussi une très belle brume s’élevant au-dessus d'un plan d’eau mais cette fois on ne rit pas et on frissonne en songeant à ce qui pourrait arriver si ce n’était pas une comédie. On voudrait tant, comme son personnage, que le monde soit meilleur.

Qui seront les barbares en fin de compte ? Il y a beaucoup d’humour et de farce mais également de la tendresse et de beaux sentiments dans ce film qui est bien plus profond qu’il n’y parait.

Les barbares, film de Julie Delpy
Avec Julie Delpy, Sandrine Kiberlain, Laurent Lafitte, India Haïr, Ziad Bakri, Jean-Charles Clichet …
Sortie nationale le 18 septembre 2024

vendredi 6 septembre 2024

En fanfare, un film d’Emmanuel Courcol en ouverture de Paysages de cinéastes

Le 22ème festival Paysages de cinéastes est lancé. La soirée d’ouverture a pu avoir lieu en plein air (et on remercie entre autres la météo) comme le veut la tradition dans le Parc de la Maison de Chateaubriand, à Châtenay-Malabry (92).

L’affiche est sans doute la plus emblématique de l’histoire du festival.

Mais la grande nouveauté -et on espère qu’elle sera réitérée- est d’avoir remis le court-métrage à l’honneur. Cela peut sembler audacieux et pourtant ôn sait d’avance que nous allons nous régaler parce que outre une compétition spéciale courts, nous pourrons visionner avant chaque long-métrage en compétition, un court-métrage choisi spécialement pour s’accorder avec lui.

La déléguée générale du festival, Carline Diallo, nous promet d’avoir combiné l’intimité d’un court à la profondeur d’un long. Nous allons découvrir aussi combien le court est une école permanente des talents.
Chacun aura pu déambuler dans le parc superbement éclairé de multiples couleurs avant d’être entraîné vers les chaises-longues disposées en plein air par les musiciens de la fanfare Krazy Hot.

Le batteur du boléro, réalisé par Patrice Leconte (de 8 minutes, en 1992) nous a permis de revoir Jacques Villeret dans un rôle de musicien dans un orchestre philharmonique. Le comédien réussit à exprimer sur son visage quasiment autant d’émotions que les 5000 coups de tambour que comporte ce morceau. Ensuite, les festivaliers n’ont pas eu à attendre le 27 novembre pour découvrir En fanfare, le nouveau film d’Emmanuel Courcol.

L’histoire se déroule principalement dans le Nord de la France. On reconnaît les paysages urbains caractéristiques avec leurs maisons en brique et la présence des géants dans une scène de carnaval. Dans cette région, comme le précise le personnage de Jimmy, les jeunes n’ont qu’une alternative : Ici, c’est fanfare ou foot. A signaler la beauté des costumes de la fanfare.

Thibaut (Benjamin Lavernhe) interprète un chef d’orchestre de renommée internationale. Un problème de santé fera éclater un lourd secret familial et provoquer la découverte de l'existence d'un frère, Jimmy, (Pierre Lottin) employé de cantine scolaire, qui joue du trombone dans une fanfare du nord de la France. En apparence tout les sépare, sauf l'amour de la musique.

Le réalisateur, très apprécié pour son précédent film, Un triomphe, qui se passait dans une prison (avec déjà Pierre Lottin) poursuit dans la veine de la comédie sociale, un peu à l’instar de Ken Loach et démontre cette fois que les liens peuvent se construire à tout moment, instaurant en quelque sorte un débat sur l’aspect inné ou acquis en matière de fraternité. On remarquera des similitudes de tempérament entre les deux frères mais le déterminisme social jouera pleinement et la scène d’audition à l’aveugle sera d’une violence inouïe.

Jamais larmoyant bien qu’abordant des sujets graves, aussi bien sociaux qu’économiques, le film se termine dans un fracas, tout à fait cohérent avec celui sur lequel s’achève le Boléro de Ravel qui est un des morceaux les plus entendus dans le film qui, du coup, n’a pas de musique originale spécifique.

Ravel était originaire du Pays basque et connaissait donc cette danse espagnole à trois temps apparue au XVIIIe siècle. Il a composé le morceau -qu’il avait à l’origine appelé Fandango- en réponse à une commande de la danseuse Ida Rubenstein dont la troupe dansa la première représentation à l'Opéra de Paris en 1928. Le succès fut immédiat et jamais ralenti.

Une ritournelle de deux mesures à peine est répétée pas moins de 169 fois sans qu’on ressente malgré tout (sauf quand un réalisateur demande à Jacques Villeret de le jouer) une quelconque monotonie car les couleurs changent en permanence jusqu’à ce qui s’apparente à un écroulement final avec une force brutale presque sauvage qui dans le film correspond au démantèlement de l’usine qui emploie la majorité des musiciens amateurs.

Il est intéressant de savoir que Ravel (et l’anecdote est rapportée dans le film d’Emmanuel Courcol) reconnaissait qu’il devait à une usine de l’avoir conçu et qu’il aurait aimé avoir l’occasion de le donner avec un vaste ensemble industriel en arrière-plan. Ce morceau, qui est toujours un des plus interprétés au monde, a inspiré le mouvement de musique répétitive qui a suivi. Son influence dans le monde musical est capitale.


En fanfare, un film d’Emmanuel Courcol
Scénario de Emmanuel Courcol et Irène Muscari
Avec Benjamin Lavernhe, Pierre Lottin, Sarah Suco, Jacques Bonnaffé, …

Sélection officielle du 77e Festival de Cannes dans la catégorie Cannes Première 
Prix du public et Prix du jury du lycée Saint-Jean au Festival Les Vendanges de l’art

Film d'ouverture de la 25e édition du Arras Film Festival
Sortie nationale le 27 novembre 2024

jeudi 5 septembre 2024

RENTREE 42, Bienvenue les enfants

Toutes les rentrées ne sont pas équivalentes. Je me souviens de celle de Toussaint 2015 particulièrement tendue et angoissante après l’attentat du Bataclan et des journalistes de Charlie Hebdo à deux pas de la Comédie Bastille où a eu lieu ce soir la première parisienne de la dernière pièce de Pierre-Olivier Scotto (dont j'ai appris qu'il est fils d’instituteur) et Xavier Lemaire qui ont écrit ensemble pour la seconde fois.

Le spectacle RENTREE 42, Bienvenue les enfants est de saison mais on espère que les temps ont définitivement changé.

A cette époque les soit disants vacances s’achèvent fin septembre. Soit-disants car, pour beaucoup d’enfants, il fallait aider la famille à expédier les travaux agricoles et particulièrement les vendanges (qui avec le réchauffement climatique sont terminées aujourd’hui bien avant la fin septembre mais c’est une autre histoire). 

Ce ne sera qu’en 1959 que les grandes vacances seront déplacées dans leur ensemble de deux semaines : elles commenceront plus tôt (le 1er juillet) et finiront plus tôt (vers la mi-septembre). L’allongement du premier trimestre sera compensé par la libération de 4 jours à la Toussaint pour qu’il y ait une "petite coupure". Et maintenant que la rentrée s’effectue au 1er septembre, les vacances de Toussaint sont portées à deux semaines.

Revenons en 1942. La rentrée aura lieu le 2 octobre. C’est bien normal. Le 1er, les enseignantes se retrouvent et préparent leur classe. C’est toujours normal. Le décor est réaliste et nous sommes, spectateurs, placés en position d'élèves invisibles.

Monsieur Bastien (Dominique Thomas) chante Maurice Chevallier. La salle de classe va se réveiller de la trève estivale. Gisèle, la directrice (Anne Richard) efface "Au-revoir les enfants" du tableau noir et inscrit la date de demain, le 1er octobre 1942. Les vacances sont terminées et elle exprime sa nostalgie à propos de la maison et de son potager situés à Antony (92). On saura plus tard combien l’endroit compte pour elle.

Bien accueillir les élèves suppose de les connaître et de disposer de leurs noms, encore contrôlés aujourd’hui par les mairies pour ce qui est des écoles primaires. Et pourtant la directrice ne parvient pas à se faire remettre les listes. 

Il est prévu un peu plus de 120 filles (l’école ne sera mixte que dans les années 70) pour 4 maîtresses. Les classes seront chargées. Cela reste normal pour l’époque. Les enseignantes sont plus ou moins heureuses de se retrouver, masquant leurs émotions dues au contexte tragique général car la France reste en guerre. On est soulagé de savoir Pétain aux affaires car les combats ont cessé ou on est furieux de vivre dans un pays sous domination allemande. On s’accommode quand on a un père a la tête d’une chocolaterie. On se rebelle quand ses amis sont communistes. On s’affole quand on est fragile (incroyable Isabelle Andreani qui a inventé la gestuelle de Lucienne Tatillard). On essaie de maintenir l’ordre quand on est directrice d’école. On fait de son mieux pour aider quand on est le gardien de l’établissement mais on n’oublie pas la précédente … guerre où on a laissé un bras. 

Le premier acte installe l’ambiance, rappelle les privations dont on sent le poids et les petits bonheurs magiques comme la perspective de faire croire qu’on porte de vrais bas (avec couture apparente sur l’arrière de la jambe) ou le plaisir de savourer un vrai café qui déclenchera un soupir d'aise. On a appris à vivre rationné (savez-vous que faute de tissu on a créé la jupe crayon ?), y compris pour les fournitures scolaires, à l'exception de la craie. On enfile la blouse bleue réglementaire et rassemble le matériel parmi lequel figure le masque à gaz réglementaire. Radio Paris, peu informative, claironne que Cadum est le meilleur des savons. Tout se passe sous le portrait quasi lumineux du maréchal. On mesure la crainte oppressante de conséquences éventuelles si on n’appliquait pas fermement les principes de neutralité et de discrétion afférents à l’école publique. Lucienne joue la victimisation, se plaignant d’une poisse constante qui nous ferait croire qu'elle seule est frappée par le malheur, en l’occurrence le risque d’être mutée dans un bureau en cas de fermeture de classe pour manque d’effectifs. L'énergie qui se vit sur le plateau allège néanmoins l'atmosphère, surtout quand on ponctue ses plaintes d'adages qui font rire le public : Ne sois pas modeste, les autres le sont pour toi. Ou encore : Le silence est la seule chose en or que les femmes détestent.

La Marseillaise est interdite et la devise complète est devenue Travail-Famille-Patrie. Chacun exprime son aversion pour l’occupant, mais par petites touches, parfois comiques, quand les allemands sont comparés aux artichauts, un légume qui présente plus de déchet que de chair comestible. Au mur, les cartes reflètent la nouvelle géographie de la France coupée en deux par la ligne de démarcation entre le nord occupé et la France libre.

Ce qui ne sera pas normal ce sera la rareté des élèves qui vont se présenter le lendemain. Mais pourquoi ? Elles ne sont que 14 à se présenter au portail alors qu’elles sont 123 inscrites. Comment justifier 109 retardataires ? Le spectateur en apprend assez vite la raison mais je ne vais pas la dire ici. Je préciserai juste que le trouble grandit quand nous réalisons que nous sommes à quelques centaines de mètres du quartier où se trouvait l’école de cette histoire, l’école élémentaire des Hospitalières-Saint-Gervais au coeur du Marais.

Les programmes ont évolué. Les fondamentaux sont : moralisme, patriotisme et vie pratique. L’accent sera porté sur les travaux manuels à la demande du maréchal pour préparer les garçons à devenir artisans, les filles à être de bonnes maîtresses de maison. Le sport sera au centre des apprentissages. La venue du grand champion de tennis Jean Borotra est déjà annoncé. On cite Sarah Bernhardt comme exemple de volonté, élevée dans la misère et aujourd’hui artiste adulée dans le monde entier.

Les enseignantes ont du mal à se projeter. Le départ de leur collègue Rachel Meyer reste une douloureuse interrogation. On apprend que des écoles du IV°, du XI° et du XX° arrondissement seront fermées au retour des vacances de Noël. Et ce que je peux raconter c'est comment la directrice cherche une solution qui garantisse la survie de l’établissement. Par exemple en constituant une classe unique dans laquelle les institutrices se relayeront en appliquant la métaphore du lancer de ballon. Mais, comme le déplore Monique Ricou (Emilie Chevrillon) : Les gamines seraient-elles dans de très jolis camps de repos en Bavière ? Ça ne tourne pas rond dans l’carré d’l'hypothénuse. Il est temps de prendre des virages en ligne droite.

Ce qui est très réussi dans l’écriture c’est le tricotage entre la grande et la petite histoire. Il est savoureux de nous restituer l’épisode (hélas bien réel puisque 4115 élèves seront privés de rentrée scolaire en octobre 42) en le faisant vivre par le biais de femmes et d’hommes qui l’ont traversé. C’est l’occasion de secouer nos consciences. Rien n’est jamais acquis et l’horreur se répète au bout du monde, on le sait. 

Ce qui est très réussi c’est la distribution car les acteurs incarnent toutes les tendances de l’époque. Jusqu’au fonctionnaire d’état trop dévoué à sa hiérarchie, avec pour justification le fait que le ministère de l’Éducation nationale est occupé (du 25 février 1942 au 20 août 1944) par un fanatique de la collaboration, obsédé par l'ordre nazi, un certain Abel Bonnard, qui est une sorte d'anti Jules Ferry. Les comédiens se connaissent et sont amis dans la (vraie) vie. Leur cohésion de groupe s’en ressent.

Ce qui est très réussi et moins fréquent c’est d’avoir pensé à faire basculer la tragédie dans une sorte de comédie à l’italienne. Le perdant sera cet inspecteur de l’Education nationale (formidable Michel Laliberté dont le jeu évoquera souvent le comédien Michel Serrault) suite à quelques scènes fort jubilatoires. L’équipe fait acte de résistance et chacun s’y met, y compris la jeunette bourgeoise Fanny Lucet (Suzy Courcelle) qui semblait avoir des idées différentes au début de la pièce.

La fin ne console pas du drame mais elle ouvre sur l’espérance. On peut applaudir.
Ce spectacle qui passe du rire aux larmes en revenant sur le rire est utile et humaniste, surtout en temps de remise en cause de la démocratie. Parlons-en aux enfants et venons avec eux au théâtre !
RENTREE 42, Bienvenue les enfants de Pierre-Olivier Scotto et Xavier Lemaire
Mise en scène de Xavier Lemaire
Avec Anne Richard  (la directrice Gisèle Blanc), Isabelle Andréani  (Lucienne Tatillard), Emilie Chevrillon (Monique Ricou), Fanny Lucet  (Suzy Courcelle), Dominique Thomas (le gardien Adolphe Bastien) et Michel Laliberté (l'inspecteur Monsieur Person)
Décors : Caroline Mexme - Lumières : Didier Brun - Musique : Phlippe Bozo - Costumes : Christine Vilers 
Du dimanche 08 septembre au dimanche 05 janvier 2025
Au Théâtre Comédie Bastille
5 rue Nicolas Appert - 75011 Paris - 01 48 07 52 07
Le texte de la pièce a été publié chez l’Harmattan

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