J'ai découvert cet après-midi le Théâtre des Gémeaux Parisiens dans le cadre de son inauguration, après deux ans de travaux, et sa présentation de rentrée par ses directeurs : Serge Paumier et Nathalie Lucas.Publications prochaines :
lundi 16 septembre 2024
Les Gémeaux parisiens
J'ai découvert cet après-midi le Théâtre des Gémeaux Parisiens dans le cadre de son inauguration, après deux ans de travaux, et sa présentation de rentrée par ses directeurs : Serge Paumier et Nathalie Lucas.dimanche 15 septembre 2024
La lumière vacillante de Nino Haratischwili
Après La huitième vie, un roman fleuve (très fleuve) racontant déjà le parcours d’une famille s’inscrivant dans l’histoire universelle, Nino Haratischwili nous offre un quatrième roman, lui aussi fleuve (mais un peu moins) intitulé La lumière vacillante.Elles sont quatre : il y a Nene la romantique, Ira la cérébrale, Dina l'idéaliste et Keto l'observatrice. Voisines depuis l'enfance, elles grandissent ensemble à Tbilissi, en Géorgie, au moment où l'Union soviétique s'effrondre et où se pose la question de l'avenir de leur pays. Chacune à leur manière, les quatre amies vont faire l'expérience de l'amour, de l'espoir, de la déception, de la trahison, et être confrontées aux conséquences, dans leur vie privée, de ces événements politiques et historiques qui feront bifurquer à jamais leurs existences.
Si l’arrière-plan est bien réel ce roman n’est cependant pas davantage autobiographique que les précédents. Tout le monde s’accordera à raconter l’obscurité (il y avait peu d’électricité), le froid, le manque de nourriture et la violence de cette dizaine d’années. Peut-être moins à souligner le rôle joué dans la guerre par une drogue comme l'héroïne (p.416).Nino peut sembler être un prénom masculin et pourtant non. En Géorgie beaucoup de prénoms de femmes se terminent par la lettre O. C’est son vrai prénom et elle l’a conservé. C’est le nom d’une sainte byzantine du IV° siècle qui a apporté le christianisme dans le pays.
Nous lui demandons si les cicatrices sont toujours brûlantes. Elle estime que beaucoup de choses ont changé depuis l’indépendance et que les jeunes n’y pensent pas. Voilà pourquoi Anano, (la petite sœur de Dina) est la plus indemne (…) Elle a eu droit à une perspective, la normalité et la paix (p. 29). Mais pour la génération de l'auteure, et plus encore pour celle de ses parents, les traumatismes resurgissent. Les blessures sont cicatrisées mais elles pourraient se rouvrir.
Le parallèle est tentant de comparer le métier de Kéto, restauratrice, à celui de l'écrivain qui fait revivre le passé. Elle répond que Kéto est un personnage en retenue, observatrice, qui n’aura pas eu le courage de devenir peintre et qui préférera la voie de la réhabilitation. Quand on restaure les objets on ne peut pas leur rendre leur forme originelle car on ne la connait pas, comme le fait si justement remarquer la mère de Dina, sorte de mentor pour Keto qui, orpheline de mère dessine pour échapper à la réalité (p. 80). Elle décrit peu le métier vers lequel Keto s'est orientée mais suffisamment pour me faire penser à l'immense chantier de remise en état des tableaux de Notre-Dame.
Rester fidèle à soi-même, même si c’est violent, est un thème qui fascine Nino Haratischwili : En situation extrême on n’est jamais sûr de la façon dont on va réagir (guerre, violence, mais aussi entraide extrême qui est la seule façon de survivre).
samedi 14 septembre 2024
Le palmarès du 22ème festival Paysages de cinéastes
Le Festival Paysages de Cinéastes de Châtenay-Malabry (92) s’est achevé hier soir au Cinéma Le Rex sur un consensus pour distinguer deux longs métrages, L’histoire de Souleymane et Norah dont j’avais précédemment fait l’éloge sur les réseaux sociaux. Côté court, c’est Qu’importe la distance de Léo Fontaine qui fut primé. vendredi 13 septembre 2024
Quand vient l’automne, de François Ozon
Michelle (Hélène Vincent) est une grand-mère parfaite qui vit dans un joli village. Elle aime papoter et cueillir des champignons avec sa meilleure amie Marie-Claude (Josiane Balasko). Quand sa fille Valérie (Ludivine Sagnier) vient déposer son fils pour les vacances, l'image parfaite se fissure et on sent monter le drame.
jeudi 12 septembre 2024
La Jurée de Claire Jéhanno
Il figurait depuis longtemps sur ma liste car, même si j’ai quitté les "68 premières fois" je continue à essayer de lire tous les premiers romans sélectionnés par le groupe. Je sais qu’il y aura plusieurs pépites. Bien sûr j’en lis avant de savoir qu’ils figureront dans la sélection annuelle. Mais au moins je rattrape ceux que le manque de temps m’a empêchée de lire à leur sortie en librairie. La jurée était de ceux là.Anna Zeller a été tirée au sort pour devenir jurée aux assises. Une expérience aussi vertigineuse qu’inédite. Appelée à juger un couple au casier vierge dans un procès pour empoisonnement et meurtre, la jeune femme va voir resurgir son passé. Un passé qui la transporte vingt ans plus tôt, sur une aire de jeux en Bretagne. Les jurés ont une semaine pour décider du destin des accusés et s’emparer de leur troublante histoire. C’est aussi le temps qu’il faudra pour que bascule la vie d’Anna.
mercredi 11 septembre 2024
Le fil de, par et avec Daniel Auteuil
Si je n'ai pas été convaincue hier par La prisonnière de Bordeaux je suis d'une admiration sans bornes pour Le Fil, réalisé et interprété par Daniel Auteuil.
C'est sa fille Nelly, dont il s’agit d'une première comme productrice, qui est à l'origine du projet (avec Hugo Gélin). Elle a fait découvrir à son père le blog que tenait un avocat aujourd’hui disparu, Jean-Yves Moyart, sous le pseudo de Maître Mô.
Il a aussitôt été frappé par la puissance des histoires de vie et de justice qu’il y racontait, mais aussi par sa manière d’exprimer la solitude de l’avocat, et par la réflexion autour de la notion de vérité qui diffère selon les uns et les autres, n'étant souvent qu'une intime conviction impalpable. De toutes les histoires qui figuraient dans ce blog, celle de Nicolas Milik l’a sidéré.
Depuis qu’il a fait innocenter un meurtrier récidiviste, Maître Jean Monier (Daniel Auteuil) ne prend plus de dossiers criminels. La rencontre avec Nicolas Milik (Grégory Gadebois), père de famille accusé du meurtre de sa femme, le touche et fait vaciller ses certitudes. Convaincu de l’innocence de son client, il est prêt à tout pour lui faire gagner son procès aux assises, retrouvant ainsi le sens de sa vocation.
Le fil est un chef-d’œuvre. Pour la construction du scénario, le cadre (avec quelques gros plans et des jeux de surexposition vraiment intéressants), l’interprétation (même si Grégory Gadebois, Daniel Auteuil, Sidse Babett Knudsen et Alice Belaïdi nous ont déjà habitués à l’excellence). Gaëtan Roussel y a -je pense- son premier rôle au cinéma et on parie que ce ne sera pas le dernier tant il joue juste.
Le fil est complexe à tirer et Maître Monier n’est pas au bout de ses surprises. Le spectateur non plus, montrant combien rendre justice n’est pas une mince affaire. L'histoire a pourtant tout du crime ordinaire, tel qu’il s’en produit malheureusement tous les jours. Le film raconte d'abord comment les éléments d’un procès sont au fond d’une extrême banalité expliquant que les jurés condamnent ou acquittent en s’appuyant souvent sur peu de réelles certitudes, puisque les témoins n’ont rien vu de précis, qu'il n’y pas de preuve flagrante, ni même de mobile.
L'histoire se passait dans le Nord mais, et c'est une excellente idée, Daniel Auteuil l'a transposée dans une région moins cataloguée pour avoir des difficultés sociales et que, de plus, il connait bien, la Camargue. Il la filme comme on la voit rarement, en dehors des clichés touristiques, faisant sentir combien nous sommes en province, loin des grandes affaires médiatisées et d’une cour parisienne où un grand avocat ferait des effets de manche.
Le tournage a eu lieu dans le village de Mas-Thibert, situé entre le grand Rhône et le canal d'Arles. Le palais de justice de Draguignan, initialement conçu en 1980-83 comme une "cité judiciaire" a été investi par l'équipe, nous donnant l'occasion d'apercevoir fugitivement une des deux fresques peintes par Gérard Fromanger (1939-2021) commandées par son architecte Yves Lion, pour orner les salles d’audiences de la cour d’assises et du tribunal correctionnel. On ne le remarque pas à l'image mais l'une d'elles porte la mention manuscrite "Tout homme est présumé innocent", hautement symbolique.
De prime abord, Nicolas Milik est un père de famille gentil et dévoué, accusé brutalement du meurtre de sa femme. Il n'est "ni un coupable crédible, ni un innocent évident" et Grégory Gadebois excelle pour susciter l'empathie et néanmoins une certaine gêne par son côté grand enfant dans un corps de colosse.
Si Jean Monier s'acharne à vouloir le défendre c'est pour ne pas rester sur l'échec d'avoir fait acquitter un homme qui, dans la foulée, a récidivé. L'avocat s’est consacré depuis quinze ans à des affaires courantes, ordinaires, banales mais il en a gardé une fragilité, un traumatisme dont il a besoin de se débarrasser, sans pour autant chercher à prendre sa revanche. Au départ il ne rencontre le prévenu que pour rendre service à son ex-femme commise d'office (Sidse Babett Knudsen dont j'admire la capacité à suggérer énormément de choses en quelques secondes) et c’est la détresse de Milik qui sera sa principale motivation.
On peut dire que c’est par bonté d’âme qu’il décide d’assurer sa défense. Il utilisera toute son expérience pour démonter l’accusation qui ne tient pas à grand chose. Et pourtant une chose cloche : Milik ne semble rien comprendre à ce qui se passe mais ne se bat pas pour être innocenté. Il a un seul ami, un ancien militaire alcoolique devenu patron de bistrot, qui s’emmerde et veut l'aider son ami. Gaëtan Roussel, ami dans la vie de Grégory Gadebois, et qui a accompagné Daniel Auteuil dans ses récentes aventures de chanteur en lui avouant qu’il avait rêvé d’être acteur, incarne Roger, dont il a totalement le physique et le jeu. Il eut été dommage de ne pas lui confier ce rôle. A signaler aussi celle qui est sa femme, Florence Janas, si touchante.
La tension est palpable. Le spectateur se trouve en position de juré, amené à devoir lui aussi se prononcer. Je me suis prise au jeu et j’ai suivi la réquisition en craignant que la procureure (Alice Belaïdi, une actrice de haut potentiel qui, comme le réalisateur a débuté elle aussi au Théâtre du Chêne Noir et avec il avait tourné Le brio) n’ait gain de cause.
C'est que, nous aussi, à l'instar de son avocat qui l'a côtoyé pendant trois ans, nous nous sommes pris d'amitié ou de pitié pour cet homme, embarqué par les policiers en plein dîner avec ses cinq enfants sans même avoir eu le droit de leur dire au-revoir. Cette scène introductive dit bien toute la violence du système judiciaire, malgré ce qu'on appelle la présomption d'innocence.
Comment tout cela va-t-il se terminer ? De quel côté penchera la balance ? Rendre la justice est plus complexe que déclarer un type coupable ou innocent. Ne comptez pas sur moi pour casser le fil de l’histoire qui est captivante jusqu’au dernier plan.
La musique du violoncelliste Gaspar Claus (j'aurais cru qu'elle était de Gaëtan Roussel tant les accords y font penser) alterne avec des morceaux classiques comme le Prélude en do mineur de Bach ou la Pavane de Fauré.
Après ce film magistral on espère retrouver bientôt Daniel Auteuil comme réalisateur et qu'il nous surprenne encore.
Le fil, réalisé par Daniel AuteuilAvec Grégory Gadebois, Daniel Auteuil, Sidse Babett Knudsen, Alice Belaïdi, Gaëtan Roussel, Florence Janas …
mardi 10 septembre 2024
La prisonnière de Bordeaux, film de Patricia Mazuy
Etant admirative aussi bien d'Isabelle Huppert que de Hafsia Herzi (dont j'avais tant apprécié le premier long métrage il y a cinq ans, Tu mérites un amour), je ne pouvais pas manquer La prisonnière de Bordeaux, un film de Patricia Mazuy.Alma (Isabelle Huppert), riche mais seule dans sa grande maison en ville, et Mina (Hafsia Herzi), jeune mère démunie mais courageuse dans une lointaine banlieue, ont organisé leur vie autour de l’absence de leurs deux maris détenus au même endroit… la prison de Mont-de-Marsan. Les deux femmes se rencontrent à l'occasion d'un parloir et s’engagent dans une amitié aussi improbable que tumultueuse… et et en dépit de la différence de classe.
lundi 9 septembre 2024
Incursion dans l'atelier de Rougemont, exposition de l’académie des Beaux-arts
Les Jeux Olympiques ont semble-t-il un peu détourné le public des musées proches des lieux où se déroulaient les compétitions. Pourtant, l'Incursion dans l'atelier de Rougemont (dont l'accès est libre et gratuit) méritait largement une visite.dimanche 8 septembre 2024
Niki, premier film de Céline Salette
Troisième avant-première au Cinéma le Rex de Châtenay-Malabry (92) dans le cadre du Festival Paysages de Cinéastes pour clôturer la deuxième journée de compétition (hier c’était l’excellent film de Julie Delpy, Les barbares) avec Niki, premier long métrage de Céline Sallette qui est venue le présenter avant sa sortie en salles prévue pour le 9 octobre.Paris 1952, Niki s'est installée en France avec son mari et sa fille loin d'une Amérique et d'une famille étouffantes. Mais malgré la distance, Niki se voit régulièrement ébranlée par des réminiscences de son enfance qui envahissent ses pensées. Depuis l'enfer qu'elle va découvrir, Niki trouvera dans l'art une arme pour se libérer.
L’art sauve Niki (nous sommes horrifiés d'apprendre que son frère et sa soeur sont morts) et une certaine forme d’humour évite au film l’écueil de la tragédie avec finesse. Il faut voir comment la jeune femme vide son sac sur le bureau du psychiatre ! On pourra trouver une ressemblance entre l’infirmière et Mildred Ratched qui était celle de Vol au-dessus d’un nid de coucou. Et on remarquera plusieurs scènes signifiantes avec un ou plusieurs oiseaux en cage.
samedi 7 septembre 2024
Les barbares, film de Julie Delpy
Pour clôturer la première journée de compétition, les festivaliers de Paysages de cinéastes ont pu se détendre en découvrant le dernier film de Julie Delpy en avant-première (il sortira le 18 septembre).Les barbares, film de Julie Delpy
Avec Julie Delpy, Sandrine Kiberlain, Laurent Lafitte, India Haïr, Ziad Bakri, Jean-Charles Clichet …
vendredi 6 septembre 2024
En fanfare, un film d’Emmanuel Courcol en ouverture de Paysages de cinéastes
Le 22ème festival Paysages de cinéastes est lancé. La soirée d’ouverture a pu avoir lieu en plein air (et on remercie entre autres la météo) comme le veut la tradition dans le Parc de la Maison de Chateaubriand, à Châtenay-Malabry (92).
La déléguée générale du festival, Carline Diallo, nous promet d’avoir combiné l’intimité d’un court à la profondeur d’un long. Nous allons découvrir aussi combien le court est une école permanente des talents.
Le batteur du boléro, réalisé par Patrice Leconte (de 8 minutes, en 1992) nous a permis de revoir Jacques Villeret dans un rôle de musicien dans un orchestre philharmonique. Le comédien réussit à exprimer sur son visage quasiment autant d’émotions que les 5000 coups de tambour que comporte ce morceau. Ensuite, les festivaliers n’ont pas eu à attendre le 27 novembre pour découvrir En fanfare, le nouveau film d’Emmanuel Courcol.Avec Benjamin Lavernhe, Pierre Lottin, Sarah Suco, Jacques Bonnaffé, …
jeudi 5 septembre 2024
RENTREE 42, Bienvenue les enfants
Toutes les rentrées ne sont pas équivalentes. Je me souviens de celle de Toussaint 2015 particulièrement tendue et angoissante après l’attentat du Bataclan et des journalistes de Charlie Hebdo à deux pas de la Comédie Bastille où a eu lieu ce soir la première parisienne de la dernière pièce de Pierre-Olivier Scotto (dont j'ai appris qu'il est fils d’instituteur) et Xavier Lemaire qui ont écrit ensemble pour la seconde fois.
Il est prévu un peu plus de 120 filles (l’école ne sera mixte que dans les années 70) pour 4 maîtresses. Les classes seront chargées. Cela reste normal pour l’époque. Les enseignantes sont plus ou moins heureuses de se retrouver, masquant leurs émotions dues au contexte tragique général car la France reste en guerre. On est soulagé de savoir Pétain aux affaires car les combats ont cessé ou on est furieux de vivre dans un pays sous domination allemande. On s’accommode quand on a un père a la tête d’une chocolaterie. On se rebelle quand ses amis sont communistes. On s’affole quand on est fragile (incroyable Isabelle Andreani qui a inventé la gestuelle de Lucienne Tatillard). On essaie de maintenir l’ordre quand on est directrice d’école. On fait de son mieux pour aider quand on est le gardien de l’établissement mais on n’oublie pas la précédente … guerre où on a laissé un bras. Mise en scène de Xavier Lemaire
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