jeudi 19 avril 2018

Patrick et ses fantômes au Casino de Paris

Patrick Poivre d’Arvor n'aime pas que la littérature. Il est aussi féru de musique et invite le public à partager ses airs préférés, le temps d'une soirée dans le salon d'une suite d'un grand hôtel canadien

La musique aurait un tel pouvoir que les notes seraient capables de ressusciter un moment leur créateur. C'est le point de départ du scénario imaginé par Jean-Claude Dumesnil, écrit par Normand Chaurette (dont j'avais beaucoup apprécié Les Reines).

Je n'aime pas beaucoup ce terme de fantômes parce qu'il n'a pas une connotation très positive. Il me semble que le terme d'invité ou d'ami auraient mieux convenu. Quoiqu'il en soit le résultat est sympathique et pédagogique.

L'orchestre de 24 musiciens est excellent, ce qui n'est pas la moindre des qualités du spectacle. C'est même essentiel. Et les cinq comédiens, Patrick inclus, sont dans le ton qui convient même s'il est tout à fait regrettable qu'on ait sonorisé leur voix, nuisant au naturel qui aurait prévalu dans l'intimité d'un salon. Le réglage des micros est une opération délicate et trop souvent la conversation semblait sortir d'un tunnel. Par contre la musique a été admirablement jouée toute la soirée.
Le spectateur remarque sans surprise plusieurs piles de livres sur la scène et en découvre davantage une fois le rideau rouge levé. Patrick Poivre d’Arvor est installé dans un fauteuil, écoutant de la musique quand un oiseau géant lui apparait brusquement.

Il s'agit de Papageno l'oiseleur de "La flûte enchantée" de Mozart qui, ... le scénario est cousu de fil blanc, offrira une flute à l'écrivain qui saura par magie l'employer pour faire revenir du passé ses compositeurs préférés en jouant les premières notes de la "Symphonie Pastorale" de Beethoven.

Le premier sera Bach, surpris d'être d'être encore tant connu et apprécié si longtemps après sa mort. La musique de cet homme au nom prédestiné (signifiant petit ruisseau) coule comme une source intarissable, jaillissant impétueusement sur la roche.

Mozart ne tardera pas à le rejoindre et, ce qui est bien conçu dans cette approche, c'est la manière dont les dialogues se nouent entre tous les protagonistes. Nous aurions pu les voir surgir successivement et indépendamment. L'auteur a choisi de les faire dialoguer, qui plus est avec humour.

Dans la seconde partie ce seront majoritairement Beethoven puis Satie qui seront à l'honneur. Normand Chaurette reprend des anecdotes connues comme celle de l'araignée qui aurait été la meilleure amie du compositeur allemand. Il fait allusion à la jalousie qui l'opposait à Rossini (qui cependant est absent physiquement de la soirée).

Les échanges sont brefs mais précis, pédagogiques sans être donneurs de leçon. Quelques rares morceaux sont resitués dans leur contexte, comme la "Symphonie héroïque" inspirée de la vie de Bonaparte (avant qu'il ne devienne le tyran que l'on connait) et composée à la demande de Bernadote.

Le public apprécie en toute logique et chante de bon coeur la la la à la demande de Patrick.

On peut néanmoins regretter que la musique du XX° siècle ait si peu été représentée ce soir. Nous avons à peine entendu Bartok, Boulez ou Messian, préférant sans doute un choix plus consensuel avec Satie qui préconisait d'entendre la musique avec son coeur. Il est néanmoins juste de nous rappeler que la misère lui inspira une "Messe des pauvres".

Au cours de la soirée nos oreilles auront été enchantées par des airs plutôt connus, si bien que les titres des morceaux n'étaient pas systématiquement annoncés (et leur liste ne figure malheureusement pas dans le programme). Outre ceux précédemment évoqués il y eut des morceaux plus ou moins célèbres : Jésus que ma joie demeure, l'air de la reine de la Nuit, Don Giovanni, la Traviata de Verdi, une valse extraite de La Chauve Souris de Johann Strauss, une sonate pour piano de Beethoven, quelques mesures de l'inévitable 5ème Symphonie, une Gymnopédie, La Sonatine bureaucratique pour piano d'Erik Satie, qui parodie la Sonatine op. 36 n° 1 de Muzio Clementi, et bien d'autres encore ...

Il ne fait pas de doute que les musiciens sont éternels. Et qu'un tel spectacle peut se partager en famille tant il est accessible à tous les âges. On se surprend même en partant à rêver à une suite ...
Patrick et ses fantômes
Spectacle écrit par Normand Chaurette
Sur une idée originale de Jean-Claude Dumesnil
Mis en scène par Normand Chouinard
Direction musicale de Jean-Pascal Hamelin
Avec Patrick Poivre d’Arvor, Vincent Bilodeau (Bach), André Robitaille (Mozart / Papageno), Sylvain Massé (Beethoven), Gilbert Lachance (Erik Satie)
Du 17 avril au 13 mai 2018
Du mercredi au samedi à 20 h 30, le dimanche à 15 heures
Au Casino de Paris
16, rue de Clichy
75009 Paris
Tel : 08 92 69 89 26

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