jeudi 24 octobre 2019

En garde à vue

Le roman de John Wainwright "Brain Wash" avait inspiré le film de Claude Miller "Garde à vue" dont Francis Lombrail et Frédéric Bouchet ont conservé le titre.

Pour ma part je préfère le terme anglais qui, signifiant "lavage de cerveau" correspond mieux, de mon point de vue à ce que subit Monsieur  Bergerot (Thibault de Montalembert) de la part du commissaire Toulouse (Wladimir Yordanoff), bien secondé par l’inspecteur Berthil (Francis Lombrail) qui partage son point de vue. Sans compter sa  femme (Marianne Basler) qui n'hésitera pas à témoigner à charge  alors qu’il encourt la peine de mort, faisant dire au commissaire que comme Salomé elle veut sa tête sur un plateau.

Le contexte est différent aujourd'hui alors qu'en 1981, quand le film est sorti, on était au coeur du débat : pour ou contre la suppression de cette peine capitale.

L'intérêt du spectacle demeure dans la manière dont on peut amener quelqu'un à "avouer" ... même si ce n'est pas nécessairement l'aveu qu'on attend. Et cette problématique est intemporelle.

L'histoire se déroule au moment de l'année où tout le monde devrait pouvoir savourer une certaine paix et réveillonner en famille ou entre amis. Manque de chance pour les deux policiers, ils doivent entendre une personnalité locale, Monsieur  Bergerot, qui est maire de la ville, au sujet du viol suivi du meurtre de trois jeunes filles. L'affaire est très sérieuse et ne souffre pas d'attendre.

L'homme est convoqué comme témoin. Le spectateur comprend néanmoins vite qu'en l'absence de suspect il ferait le coupable idéal. A condition qu'il reconnaisse les faits. Et d'autant plus vite que bientôt le gouvernement socialiste abolira la peine de mort, ce que les policiers ont du mal à admettre.

Ce qui est très intéressant dans cette pièce c'est d'abord que rien n'est évident. Le commissaire n'est pas un modèle de vertu. Son alcoolisme est patent. Ensuite, d'une part l'alternance de tragique et de comique, par exemple avec la difficulté à faire fonctionner les guirlandes du sapin de Noël, ou encore le défaut de la machine à écrire qui ne tape pas toutes les lettres. Et d'autre part la finesse des dialogues. On sourit malgré nous quand le maire reconnait qu'il soupçonne d'être soupçonné.

La vérité n'est pas toujours l'opposé du mensonge ... car on peut bien essayer de mentir si c'est vraisemblable. Et le commissaire essaie de faire la lumière sur les faits, malgré son intime conviction car il sait que à trop vouloir un coupable on finit par le fabriquer.

Néanmoins l'enquête patine, les heures passent. De témoin l'homme est passé accusé puisqu'il se trouve en garde à vue. On ne perd pas un instant d'un suspens interprété avec subtilité par tous les acteurs. Mais l'affaire rebondit quand on la pense enfin dénouée.

J'ai trouvé que le décor, évoquant un igloo, était probablement difficile pour les comédiens. On a du mal à se sentir dans un commissariat mais le plan final est si magistral qu'il valide le parti pris.
On est dans la veine de 12 hommes en colère et il n'est pas surprenant que En garde à vue soit sélectionné pour l’Etoile de la meilleure pièce 2019.

En garde à vue, adapté par Francis Lombrail et Frédéric Bouchet
D’après le roman Brainwash (lavage de cerveau) de John Wainwright
Mise en scène Charles Tordjman
Avec Marianne Basler, Thibault de Montalembert, Francis Lombrail et Wladimir Yordanoff.
Décors Vincent Tordjman
Lumières Christian Pinaud
Costumes Cidalia Da Costa
Musiques Vicnet
Du mardi au samedi à 21h 00 et le dimanche à 15h 30
Depuis le 17 septembre 2019 et jusqu’au 5 janvier 2020
78 bis boulevard des Batignolles, Paris 17ème
01.43.87.23.23 www.theatrehebertot.com

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