mercredi 9 octobre 2019

Donne-moi des ailes le film de Nicolas Vanier

Le Rex de Chatenay-Malabry avait organisé une avant-première du film, Donne-moi des ailes, en partenariat avec le Lions Club, au profit de l'association "Agir pour la Lecture" le dimanche 29 septembre à 14h.

Christian, scientifique visionnaire du Muséum d'histoire naturelle, étudie une espèce d'oie en voie de disparition. Il prend un congé sans solde pour suivre l'éclosion d'une vingtaine d'oiseaux avec pour objectif, malgré la désapprobation de son supérieur hiérarchique, de leur montrer une voie migratoire qui éviterait les aéroports, les chasseurs, les zones de pollution lumineuse qui sont autant de dangers mortels pour ces oiseaux.
Pour son fils, adolescent obnubilé par les jeux vidéos, l’idée de passer des vacances avec son père en pleine nature est un cauchemar. Pourtant, père et fils vont se rapprocher autour de ce projet fou.

Le sujet traité par Nicolas Vanier n’est pas nouveau. Je me souviens de L'Envolée sauvage (Fly Away Home), un film américain réalisé par Carroll Ballard, sorti en 1996 dans lequel une petite fille guidait des oies derrière son ULM. Et bien sûr, plus près de nous Le Peuple migrateur de Jacques Perrin en 2001.

Le phénomène d'imprégnation des oiseaux (qui reconnaissent pour parent le premier animal ou être humain qu'ils voient au moment de l'éclosion) est connu. Il n'empêche que le film de Nicolas Vanier apporte une dimension supplémentaire.

C'est le récit d'un combat écologique inspiré d'une histoire vraie, celle de de Christian Moullec, pionnier du vol en ULM avec les oiseaux et actif défenseur d'un projet pour réintroduire l’oie naine dans la nature. Le réalisateur a malheureusement raison d'insister à la toute fin sur la disparition de 420 millions du ciel européen ces trente dernières années. Il précise  que les oies naines sont extrêmement menacées. On s’achemine vers des chiffres encore plus catastrophiques dans les années à venir. Les études actuelles montrent qu’entre le réchauffement climatique et l’effet des pesticides, près de deux tiers des oiseaux sont en danger et il n’est pas illusoire de penser à une éradication totale des espèces. Comment concevoir qu’un matin, plus aucun oiseau ne chante ? Va-t-on continuer à danser sur le bateau sans se soucier de la disparition de la faune et l’assèchement des ressources ? 

Il rappelle enfin ce proverbe indien que nous mettons insuffisamment en pratique : Et pourtant nous n'héritons pas de la terre de nos ancêtres. Nous l'empruntons à nos enfants.

Le scénario se double d'un autre message que celui de la sauvegarde d'une espèce animale, ce que le personnage ne prétend pas d'ailleurs avoir réussi car rien n'est jamais définitivement gagné. L'essentiel du film est contenu dans le titre, que l'on pourrait décliner avec d'autres formules : ne baisse jamais les bras, à deux on est plus fort, etc...

Le film raconte bien plus. Comment un ado, plutôt antipathique, égocentré sur des plaisirs immédiats, accro aux écrans, va se passionner pour une cause, s'ouvrir aux autres, mener un projet jusqu'au bout. Il interroge sur la naissance d'une motivation et surtout sur les ressorts de l'attachement, celui des animaux mais aussi celui des membres d'une cellule familiale, et même d'une communauté désireuse de préserver son environnement. C'est aussi un hommage à la solidarité entre les générations, les populations et différents milieux et l'histoire de la réconciliation d'une famille qui se reconstruit.

L'interprétation est excellente. Avec Jean-Pierre Rouve (Christian) qui s'est beaucoup impliqué et qu'on croirait avoir été ornithologue toute sa vie. Avec Mélanie Doutey (Paola) en mère inquiète mais complice de son fils Thomas (Louis Vazquez) l'ado éreintant qui révèle un fort potentiel en plus d'une bouille attachante. Et puis aussi Julien (Grégori Baquet) que l'on connait bien au théâtre, le nouvel ami de Paola, un compagnon impliqué (... ah la scène du chasseur...), un type très bien qui finira par s'en aller discrètement de lui-même (... ah son départ d'une rare élégance avec un mot signé Paul puisque Christian se trompe sans cesse en le désignant), et Lilou Fogli (Diane) la journaliste ultra connectée.

Nicolas Vanier aime filmer les grands espaces. Il l'avait notamment démontré en 2013 avec Belle et Sébastien. Cette fois il va plus loin, profitant des nouveaux moyens techniques comme les drones (mais il emploie aussi l'hélicoptère) pour offrir aux spectateurs de magnifiques images, extrêmement stables. Les propos du film sont d'autant plus vrais : On avance technologiquement mais écologiquement on recule drôlement.
On retient la leçon. Les routes migratoires empruntées depuis des millénaires par les oies naines ne sont plus viables désormais. Il y a sur leur route une quantité d’obstacles : le manque de nourriture sur leur parcours, la pollution lumineuse, les dangers des aéroports ou les zones de chasse non contrôlées. Et quand une espèce disparaît, c’est malheureusement irréversible. 

J'ai malgré tout deux reproches à faire à Nicolas Vanier. D'abord sur l'annonce qu'il place à un mauvais moment. Les paroles du père m'ont semblé inappropriées à faire à un enfant sur un lit d'hôpital. Ce n'était ni le moment ni le lieu. Il s'ensuit d'ailleurs une erreur dans la chronologie des opérations puisqu'il annonce une action (mais je ne vous dirait pas laquelle) qui finalement n'aura pas lieu.

Ensuite sur la présence d'une oie bernache dans le lot puisqu'il semblerait que ce soit un erreur lourde de conséquences que de mélanger les espèces. Bien entendu on pense à la figure du vilain petit canard) et on pardonne cette aberration écologique près. Il faut prendre le film pour ce qu'il est aussi, un conte.

Enfin on pourrait aussi estimer que l'ampleur du trajet n'est pas plausible. pas très réaliste. Repousser d'un cri un chat sauvage, survivre à un orage au-dessus de la mer du Nord, ne jamais se nourrir (même si un être humain peut résister trois semaines, sans doute pas en produisant de tels efforts), la question de l'absence d'argent pour régler le carburant car il est impossible de l'obtenir systématiquement gratuitement ou en le dérobant. Le scénario n'est pas totalement plausible et empêche une adhésion entière même si le môme tombera (aucun être humain ne résiste au-delà de trois jours sans boire). Au moins a-t-il évité le piège d'une arrivée en fanfare après avoir démontré que les oies avaient peur de l'être humain.

On prend aussi plaisir à reconnaitre un endroit où l'on est déjà allé, comme pour moi les falaises d'Etretat (inattendues puisqu'elles ne sont pas sur le trajet marqué en rouge et censé être le circuit d cela migration).

En tout cas ce sont de vrais oiseaux, éclos pour les besoins du tournage, que nous suivons et il faut louer le colossal travail de préparation. Nicolas Vanier a expliqué que l'équipe a vécu au rythme de leur vie, sans décider le moment de leur naissance, la première fois qu'elles ont volé, ni les autres moments où elles avaient envie de prendre de l'altitude. Ils ont dû être prêts pour elles, réalisant en quelque sorte un film en direct, une fiction qui, en même temps, est une réalité.

Il souligne aussi qu'il n'aurait pas pu faire ce film sans qu’il soit accompagné d’une opération menée avec Allain Bougrain-Dubourg, la Ligue pour la protection des Oiseaux, le Conservatoire national du Littoral, le Muséum d’Histoire Naturelle et le ministère de l’Éducation Nationale.

Ce film est à voir absolument. Il donne du punch et puisse-t-il réactiver les énergies écologiques. 

Donne-moi des ailes le film de Nicolas Vanier
Avec Jean-Paul Rouve, Frédéric Saurel, Lilou Fogli, Mélanie Doutey, Louis Vazquez ...
Bientôt au Rex de Chatenay-Malabry, au Sélect d'Antony et dans toutes les (bonnes) salles.
Photo Copyright SND

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