Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

vendredi 10 mai 2024

La Collection, Rendez-vous avec le sport à la Fondation Vuitton

Parallèlement à l’exposition-événement L’Atelier rouge d’Henri Matisse et à la Rétrospective de l’oeuvre d’Ellsworth Kelly, la Fondation Vuitton présente du 4 mai au 9 septembre 2024 une sélection d’oeuvres de sa Collection autour du sport en résonance avec le passage de la flamme olympique dans le bâtiment tout en  proposant une vision décalée et poétique de ce rendez-vous international.

Ce choix d’oeuvres de la Collection est exposé au deuxième niveau du bâtiment et le moins qu'on puisse dire est que la vision qui nous est proposée est décalée et poétique, assez polyphonique autour de la thématique du sport.

Sont ainsi réunis, de la galerie 9 à la galerie 11, les travaux de cinq artistes français et internationaux : Abraham Poincheval (1972, France), Andreas Gursky (1955, Allemagne), Roman Signer (1938, Suisse), Omar Victor Diop (1980, Sénégal), Jean-Michel Basquiat (1960-1988, USA) et Andy Warhol (1928-1987, USA).

Le parcours commence par Abraham Poincheval avec Marche sur les nuages (2019) dont l'ampleur est littéralement saisissante.  C'est une performance artistique, également sportive car, comme tout ce qu'il fait, il s'est confronté à des conditions de survie très singulières qui ont pu, par le passé consister à demeurer une semaine enfermé dans un rocher de 12 tonnes. Ou rester pour une même durée au sommet d'un poteau d'une hauteur de 20 mètres à l'extérieur d'une gare parisienne.
Dans ce film, l'artiste arpente la canopée des nuages en étant suspendu dans le vide, depuis une montgolfière (que nous ne verrons pas). Sa marche est capturée par des drones et le montage final prend une forme hypnotique.
On devine l'harmonica avant qu'un plan serré nous confirme notre intuition et il est assez fou de le surprendre jouer de cet instrument à plusieurs dizaines de mètres d'altitude.
Sa marche se déploie dans un territoire dépourvu de frontières, composé essentiellement d'air et d'eau à l'heure où ces éléments prennent une valeur extrême en raison des changements climatiques. Aucun élément ne nous permet de savoir où l'expérience s'est déroulée mais je sais qu'il s'agit du Gabon. 
Abraham Poincheval est né en 1972 à Alençon, il vit et travaille à Marseille. Il démontre que l'art est l'endroit de tous les possibles.
Omar Victor Diop s'inscrit dans l'héritage de la photographie de studio africaine. il présente une série d'autoportraits, intitulée Diaspora (2014-2015),où il se met en scène dans des costumes empruntés aux siècles passés, du XVI° au XIX°.
L'originalité, et le rapport avec le sport, est qu'il utilise un accessoire clairement symbolique du milieu sportif : un ballon, un carton rouge, des gants de goal, un sifflet … détournant ainsi l'apparence codifiée des personnages.
On retrouve sans surprise les Olympic Rings (1985) de  Jean-Michel Basquiat  et Andy Warhol qui avaient été présentés il y a un an. Le visage noir ajouté par Basquiat a une force évidente quand on se souvient que les Jeux furent une occasion importante de visibilité pour la communauté afro-américaine.

J'ai été saisie par l'installation avec kayaks (2003) de Roman Signer, un artiste suisse qui s'approprie les objets du quotidien pour les mettre en scène dans ses installations. Les kayaks pendent, en arrêt sur image, comme des saumons en attente de fumaison, soudain immobiles, perdant leur caractéristique première de vitesse. J'ai choisi cette photo pour illustrer l'article en raison de sa force, son humour, et son sens de l'absurde.
La Collection, Rendez-vous avec le sport 
8, avenue du Mahatma Gandhi, Bois de Boulogne, 75116 Paris
Du 4 mai au 9 septembre 2024 (fermé le mardi) les lundi, mercredi et jeudi de 11 à 20 heures
Vendredis de 11 à 21 h (nocturne le premier vendredi du mois jusque 23 h)
Samedi et dimanche de 10 à 20 h
Sont présentées simultanément L’exposition événement L’Atelier rouge d’Henri Matisse
Consulter le site pour connaître les visites et activités jeune public.

jeudi 9 mai 2024

La couleur dans les mains de Nora Hamdi

Après le théâtre en début de semaine avec la Cérémonie des Molières, place au cinéma avec deux films sur le thème des beaux-arts, Le tableau volé de Pascal Bonitzer, et La couleur dans les mains de Nora Hamdi que j'ai vu en avant-première au cinéma Le Rex de Châtenay-Malabry.

Tous les deux sont construits sur des faits réels qui sont liés à des secrets. Dans chacun il sera plus ou moins question d'Egon Schiele.

Pour son troisième long métrage, elle a choisi d'adapter elle-même le roman éponyme qu'elle a publié en janvier 2011 aux éditions Léo Scheer et qui s'inspire très largement de sa propre histoire.
A vingt ans, Yasmine cherche à quitter sa cité pour devenir peintre. Elle trouve un studio à Paris à la condition apparemment anodine de changer Yasmine Belhifa en Janine Beli.
Changer de nom va vite lui rappeller un passé trouble. En 1990, alors qu'elle n'avait que six mois, ses parents mouraient dans la vague d'attentats qui a secoué l'Algérie. L'oncle qui l'a élevée n'a jamais réussi à lui parler du drame et sa tante se l'interdit par respect pour son mari.
Après quelques expositions collectives, on lui propose sa première exposition personnelle. Son oncle, invité au vernissage, finira par lui révèler le secret de ses parents et leurs combats. Il lui rappelle la richesse de son héritage culturel et démontre que les Arabes ne sont pas tous des terroristes.
Née à Argenteuil, Nora Hamdi a écrit son premier roman, Des poupées et des anges (2004), qu'elle adapte en 2008 au cinéma après huit années consacrées à la peinture. Elle a également écrit Plaqué or (2005) et Les Enlacés (2010), puis La maquisarde (2014 chez Grasset) dont elle fait un film en 2019. La couleur dans les mains était son cinquième roman. C'est son troisième long métrage.

Il lui a fallu une énergie considérable pour aller jusqu'au bout du parcours conduisant à la sortie d'un film. C'est Nora qui le distribue elle-même avec un courage comparable à celui de son héroïne, et pour cause.

Comme les précédents, la réalisatrice creuse de nouveau le sillon de la construction d'une jeune fille, avec cette fois le prisme de la peinture. Le scénario, adapté par elle-même de son livre, aborde plusieurs thèmes dans lesquels la jeunesse actuelle pourra se reconnaitre. Comment devenir soi-même quand on est enfermé dans des clichés qui ne nous correspondent pas ? La place qu'on prend est-elle celle qu'on mérite ou se réduit-elle à celle à laquelle on nous restreint ?

C'est un sujet universel, admirablement traité par Annie Ernaux sous l'angle des origines sociales. Ici l'héritage est celui des a priori supposant que tous les algériens seraient des terroristes en puissance dont il faut se protéger et prédisposant, sans du tout la justifier, une discrimination dans l’accès au logement et au travail. Les jeunes des cités vivent de tels défis quotidiennement et douloureusement.

Comment se construire s'il faut doit renoncer à son nom de famille ? C'est un dilemme d'ailleurs fréquent chez les artistes dont les coachs recommandent un changement pour mieux répondre aux attentes de la cible potentielle. Ici le motif est qu'il est d’origine algérienne et qu'il évoque des actions terroristes dont, comble de malchance, la jeune femme a été victime puisque ses parents en ont perdu la vie.

Remplacer son nom de famille par un nom qui sonne français n'est pas "juste un détail". Il sera lourd de conséquence. Yasmine se coupe du même coup de son histoire, alors qu'elle pressent que la disparition de ses parents dans un soit-disant accident de voiture est le résultat d'une tragédie dont on lui cache le vrai motif. Combien de familles réagissent en cachant la vérité "pour le bien" des enfants ! Il s'ensuit des problèmes de santé qui vont l'isoler.

Nora Hamdi filme la capitale sous des angles qui ne nous sont pas habituels. Elle saisit le processus créatif comme le ferait une documentaliste. Ce sont d'ailleurs ses propres toiles, lui restant de séries cassées, qu'elle a employées et c'est très émouvant de le découvrir. Sa comédienne, Kenza Moumou, est une interprète très fine dont il faudra suivre le parcours. Enfin elle insère à bon escient des images d'archives qui ne lâchent pas l'esprit de Yasmine. La musique de la compositrice d'origine polonaise Anna Anka Korbinska qui a rappelé le texte est exactement ce qui convenait.

Ce très beau film illustre la pensée de la philosophe Simone Weil : On ne choisit pas d'où on vient mais on choisit ce qu'on devient.

Il se termine sur une révélation que je ne spolierai pas mais je peux en donner l'essence : la vérité libère, le secret enferme.
La couleur dans les mains de Nora Hamdi
Scénario et réalisation Nora Hamdi à partir de l'oeuvre originale parue aux Editions Leo Scheer le 29 janvier 2011
Avec Kenza Moumou, Marin Fabre, Mohamed Benazza
En salles depuis le 8 mai 2024

mercredi 8 mai 2024

Naïs de Marcel Pagnol, adapté par Arthur Cachia

J’ai découvert Naïs, une pièce de Marcel Pagnol dans laquelle Arthur Cachia a insufflé un peu du caractère qu’Emile Zola avait donné au personnage du père, plus tendre dans la version de Pagnol. Il a fait en sorte d'enrober la puissance et la cruauté d’Emile Zola, dans la vitalité et la poésie spécifiques à Marcel Pagnol.

Il en résulte une adaptation très sensible, équilibrant comédie et tragédie en un thriller psychologique dans lequel chaque comédien a une vraie partition à interpréter. 

Ils sont dirigés avec précision par Thierry Harcourt qui démontre qu’il est autant efficace sur un grand plateau que sur une scène plus modeste (en terme de superficie). Sur le plan théâtral, c’est du vrai travail de troupe.
Toine est bossu et souffre de son handicap bien qu’il semble l’assumer, depuis qu’il sait que le Duc de Lauzun était affligé du même maux, ce qui ne l'empêcha pas d'épouser la Grande Mademoiselle, soeur du roi et de compter plus de 500 maitresses. Toine est amoureux de Naïs, fille d’un paysan violent. La jeune fille l'aime amitié et il devra s'en contenter. C'est de Frédéric, un jeune homme issu d’une famille bourgeoise, qu'elle est tombée en amour.
L’été arrive et les jeunes amoureux se laissent aller à des plaisirs que leur condition sociale ne leur permet sans doute pas…
On voit la mer, la montagne, on entend les cigales, on sent le parfum des fleurs, on se promène sous les étoiles, … on est bercé par l’accent du sud. Toute la Provence est sous nos yeux sans le moindre décor.

C'est une très bonne idée d'installer les personnages en les présentant sans qu'aucun ne croise le regard d'un autre. Et tout autant d'avoir prévu de jolis moments chorégraphiés. Très régulièrement les dialogues se font sans que les yeux ne se rencontrent, ce qui a pour effet de renforcer les paroles. C'est assez symptomatique de Pagnol de parler par allusion.

Nous traversons des moments de tendresse : les petits bossus sont de petits anges qui cachent leurs ailes sous leur pardessus. La pièce est un drame et pourtant nous rions.

Alors on applaudit longuement Marie Wauquier (Naïs amoureuse déterminée mais soucieuse de tous), Lydie Tison (Madame Rostaing, sévère bourgeoise qui saura évoluer), Choch Kevin Coquard (Frédéric Rostaing, jeune premier dont on s’interroge à propos de ses sentiments), Patrick Zard, (Micoulin, le père de Naïs, un rôle tout en nuances admirablement endossé en quelques répétitions) et Clément Pellerin (qui saute d’un costume à un autre avec agilité) et bien entendu Arthur Cachia dans la peau si complexe d’un bossu qui pourrait être le cousin de Cyrano. sans oublier Tazio Caputo qui signe la musique.

Si je dis que j'ai découvert aujourd'hui le spectacle c'est parce que je ne suis pas allée en juillet 2023 au festival d'Avignon, sinon, pour sûr que je les aurais tous applaudi. Ils y retourneront bientôt, toujours à la Condition des soies, du 2 au 21 juillet 2024 à 13h40, où il est évident pour moi que ce sera un succès, comme ce le fut les deux dernières années. Et c'est une belle façon de célébrer le cinquantenaire de la disparition de Marcel Pagnol.

Pour le moment et jusqu'au 30 juin ils sont installés au Lucernaire - 53 rue Notre Dame des Champs 75006 Paris, 'du mercredi au samedi à 18 h 30, dimanche à 15 h, jusqu’au 30 juin.
Naïs de Marcel Pagnol
Mise en scène Thierry Harcourt
Avec Arthur Cachia, Kevin Coquard, Clément Pellerin ou Simon Gabillet, Lydie Tison, Marie Wauquier et Patrick Zard'
Musique Tazio Caputo
Lumières Thierry Harcourt
Costumes Françoise Berger et Yamna Tison
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Je recommande à cet égard de lire la nouvelle d'Emile Zola, disponible dans un petit recueil paru en Livre de Poche, en compagnie de trois autres, de Flaubert, Maupassant et Balzac. Naïs est la première (j’avais envie de voir quel chemin Arthur Cachia avait effectué pour donner à Toine l’ampleur qu’il prend dans la pièce où il l’incarne au Lucernaire). Le style de Zola est purement magnifique. Jugez plutôt sur cette phrase décrivant l'état d'esprit de la jeune femme : une rancune sombre la tenait muette à rouler des vengeances (p. 20).

La seconde est tout autant intéressantes puisque c'est Un coeur simple de Gustave Flaubert, agréable à relire en pensant cette fois à  Isabelle Andreani qui en a fait une brillante adaptation et qui l'interprète au Théâtre du Poche Montparnasse depuis plusieurs années, et qui reprendra sans doute bientôt ce rôle.

La troisième, Le papa de Simon, très courte, ne pourrait plus être écrite de la sorte aujourd’hui. Toutes quatre dépeignent la famille au XIX°. Ça me change des premiers romans du XXI° dans lesquels les préoccupations sont tellement différentes. 

mardi 7 mai 2024

Le Tableau volé de Pascal Bonitzer

C’est bien plus que l’histoire d’un Tableau volé que nous raconte Pascal Bonitzer. Il est parti de faits réels, la découverte fortuite en 2005 dans un appartement acheté en viager à Mulhouse, de l'oeuvre du peintre autrichien Egon Schiele (1890–1918) "Soleil d’automne", connu aussi sous le titre des tournesols, dérobée (comme tant d’autres) par les nazis pendant la Seconde guerre mondiale, semblant perdu, et acquis pour un montant exorbitant lors d’une vente aux enchères record à Londres.

Reproduit à l’identique dans le film, le tableau avait été spolié au collectionneur juif viennois Karl Grünwald (1899–1964), qui a réussi à fuir hors d’Europe tandis que son épouse, sa fille et toute sa famille ont été assassinées à Auschwitz.

Ce tableau peint en 1914, en écho à ceux de Van Gogh, représente des tournesols morts et rabougris sur un fond argenté. On les perçoit malades, voire vénéneux, et leur silhouette fait penser aux corps déformés attribués au peintre autrichien.

Sans la publication de la photo de cette oeuvre en couverture d’un magazine consacré au peintre, ce tableau serait resté accroché dans l’atmosphère enfumé du poêle à bois qui chauffait la chambre d’un jeune homme, à côté de la cible d'un jeu de fléchettes.

Etant relativement peu connu, le spectateur hésite à croire ce qu’il voit et pense d’abord à une totale fiction. Il avait pourtant été exposé d'octobre 2018 à janvier 2019 à la Fondation Vuitton dans le cadre d’une exposition associant Egon Schiele et Jean-Michel Basquiat, comme plus tard cet organisme le fit avec Andy Warhol.

Le réalisateur a conservé l’essentiel de la trame historique et a conçu à partir de là une oeuvre qui autopsie le monde du commerce de l’art, donnant lieu à une fresque sans concession de pratiques douteuses, de compétitions fratricides, de jeux de pouvoir et surtout d’un univers où l’argent est plus important que l’art.

Il brosse aussi le portrait de collectionneurs plus ou moins intègres et pour le moins caractériels. La première scène dans laquelle Marisa Borini interprète une femme riche et non voyante accordant une confiance aveugle donne tout à fait le ton. Des personnages aux ordres gravitent autour, richement rémunérés et qui ne trouvent pas nécessairement le bonheur. Il les oppose à des gens simples qui ne veulent surtout pas "avoir de sang sur les mains", entendons par là pour qui l’argent doit être gagné à la sueur de leur front, et ne pas tomber du ciel, surtout s’il y a eu de la malhonnêteté.
Pascal Bonitzer a construit son scénario à partir d’entretiens menés par Iliana Lolic auprès de galeristes, commissaires-priseurs, collectionneurs, antiquaires qui l’ont inspiré pour imaginer les rôles qu’il a confié notamment en contre-emploi à deux humoristes, Alex Lutz et Nora Hamzawi qui sont de formidables acteurs et qui sont totalement différents lorsqu'ils se produisent dans leurs spectacles sur une scène de théâtre ou de stand-up.

Le premier est le commissaire-priseur André Masson (qui, derrière son apparente simplicité évoque le peintre né en 1896, décédé en 1987, surtout connu pour ses dessins automatiques et ses tableaux de sable) travaillant pour le compte de Scottie’s (qui fait autant penser à Sotheby’s, la plus ancienne société de vente aux enchères d'objets d'art au monde, a été créée à Londres en 1744 qu’à Christie’s, sa concurrente créée elle aussi à Londres en 1766). La seconde interprète Maître Egerman, une avocate travaillant en province, amie de son ex-femme, Bertina, très fantasque mais interprétée tout en nuances par Léa Drucker.

Le réalisateur instille de l’humour que l’on appréciera au second degré, que ce soit l’explosion de rire nerveux du couple découvrant le chef-d’œuvre, leurs échanges encore imprégnés de tendresse, les regards ambigus entre le patron et Aurore (au prénom prémonitoire) stagiaire a priori mythomane (Louise Chevillotte), le décalage entre le monde de l’argent et des artifices et la vraie vie quotidienne des gens qu’on dit simples (mais qui ont une réelle profondeur d’âme), les retournements de situation …

Tout est savamment dosé et on savoure chaque image et chaque réplique. Le commissaire-priseur peut bien sembler artificiel avec sa belle voiture et sa collection de montres de luxe, il devient touchant quand il fait référence à sa naissance à Xonrupt-Longemer, petite ville plantée loin de tout au bord d’un lac lorrain. On le surprend aussi s’émerveiller à la visite du certes exceptionnel Musée National de l'Automobile situé à Mulhouse et qui détient la plus importante collection automobile du monde réunissant plus de 450 voitures d'exception.

Cette alchimie entre vraies inégalités sociales et faux-semblants, dans laquelle il est question d'estime et d'estimation, fonctionne jusqu’au rebondissement final qui rend toute l’histoire crédible en démontrant une fois de plus que les origines resteront toujours trompeuses et qu'il n'est jamais trop tard pour rien co. Et puis c'est l'occasion de nous immerger dans le monde des enchères dont nous découvrons les codes et les usages.

C’est enfin  l’occasion de découvrir Arcadi Radeff  qui se glisse si bien dans la peau de Martin Keller, le jeune ouvrier découvreur du tableau, qu’il avec une justesse émouvante.

Le Tableau volé de Pascal Bonitzer
Avec Alex Lutz, Léa Drucker, Nora Hamzawi, Louise Chevillotte, Arcadi Radeff…
En salles depuis le 1er mai 2024

lundi 6 mai 2024

35 ème cérémonie des Molières

(Mise à jour 23 mai 2024)
C'est toujours une émotion particulière de revenir en salle presse aux Folies Bergère pour suivre la cérémonie des Molières. Je préfère largement me trouver là que coincée dans la salle tout en sachant que le spectacle n'y a pas la même saveur.

J'apprécie trop la liberté de mouvement me permettant de descendre dans le photo-call pour féliciter les artistes que je connais et que je me réjouis de voir récompensés. Et puis, pouvoir écrire à chaud mes impressions est tout autant appréciable.

L'agitation commence dès 18 heures avec les premières arrivées. C'est le bon moment pour commencer à poser en équipe devant les photographes. Tous les espoirs sont encore permis. Tout à l'heure seuls les possesseurs de statuette monteront sur le podium décoré de costumes créés par la si merveilleuse Pascale Bordet, hélas disparue cette année et qui méritait cet hommage. J’y reviendrait au moment où la soirée consacre quelques minutes aux artistes qui nous ont quitté en 2023.
D'ailleurs voici les comédiens de Spamalot, d'Eric Idle, mis en scène par Pierre-François Martin-Laval, avec une seule nomination, celle du Molière du Spectacle musical (et qui l’obtiendra).
Et puis ceux de Un tramway nommé désir, parmi lesquels on reconnait Lionel Abelanski et Alisson Paradis (en ensemble violet), tous deux nominés (mais c’est Cristiana Réali, absente, qui sera honorée.
C’est le tour de l’équipe de C'est pas facile d'être heureux quand on va mal, avec Zoe Bruneau (robe métallisée manches courtes)  qui joue en alternance avec Ariane Boumendil, au côté de Rudy Milstein, Nicolas Lumbreras, Erwan Téréné et Baya Rehaz -elle-même en alternance avec Constance Carrelet- accompagné de Salomé Lelouch (pantalon noir, haut blanc). Le spectacle est nominé pour le Molière de la Comédie et celui de l’auteur. Il remportera les deux statuettes.
L'équipe de Denali se rassemble autour de Nicolas Le Bricquir qui, malgré trois nominations, repartira bredouille. Il faut dire que lorsque les nominations ont été annoncées Denali n’était plus à l’affiche et il s’y probable que beaucoup de votants n’ont pas pu voir le spectacle.
Et celle du Repas des Fauves, nommé une fois cette année alors que Julien Sibre avait déjà reçu trois Molières en 2011 pour ce même spectacle, celui du metteur en scène, celui de l’adaptateur et celui (très convoité) du Théâtre privé face à des concurrents très méritants cette année-là. Il est probable qu’il repartira cette nuit forcément très déçus, mais on pourrait penser que c’était une erreur d’avoir validé la nomination en 2024 même si la pièce satisfaisait tous les critères d’exigence.

Un peu comme Mamma Mia, précédemment nominée en 2014.
 
Voici encore Franck Desmedt, plutôt décontracté malgré la pression de sa nomination au Molière du Seul en scène. Il faut dire qu’il a déjà reçu la statuette pour son rôle dans Adieu monsieur Haffmann en 2018. Mais il était reparti les mains vides en 2022 pour son précédent seul en scène. On a du mal à imaginer le niveau émotionnel des artistes qui sont régulièrement nominés et pas nécessairement récompensés, même si la nomination est déjà en soi très positive. Il n’y a aucune règle puisque Cristiana Reali, nommée sept fois sans succès va enfin gagner le graal.
Puis Mélanie Page, qui est nommée pour son rôle dans Une journée particulière, accompagnée de son mari, NaguiEn cette soirée du 6 mai, choisie de manière à ce que le palmarès puisse profiter aux gagnants avant la fin du printemps, le brouhaha est intense dans le hall des Folies Bergère qui résonne des clameurs des photographes, pressés de saisir les équipes des nominés. Malgré deux sonneries et une annonce au micro, le parterre de la salle, sur lequel j’ai une vue directe, par écran interposé, reste encore très clairsemé.
Mais arrivent Rachida Dati, ministre de la Culture, Delphine Ernotte,  présidente de France Télévisons et Jean-Marc Dumontet, Président des Molières. La 35ème cérémonie peut commencer, dédiée à la mémoire de Bernard Pivot, décédé aujourd'hui, présentée par Caroline Vigneaux au théâtre des Folies Bergères, et retransmise sur France 2 en léger différé le soir-même.

Je vais "raconter" la soirée en me permettant quelques commentaires intégrés par la suite. Il me semble intéressant de formuler l’hypothèse que les votants ont accordé plus d’attention à ceux qui n’ont jamais reçu de Molières et que les voix ont été, davantage que les années précédentes, réparties plus largement.

Il y avait 85 nominations pour 19 statuettes (sachant que la 20 ème serait un Molière d’honneur). Mais, alors qu’on aurait pu espérer logiquement que 85 spectacles soient distingués, ils n’étaient que 26 à figurer une seule fois sur les listes qui avaient été annoncées le 3 avril dernier, réjouissant les uns, décevant les autres car de nombreux spectacles remarqués au cours de la saison n’avaient pas franchi ce premier barrage.

En fait, si on se concentre sur le théâtre (en excluant donc le spectacle musical, l'humour, et même les seul en scène car ils ne peuvent pas prétendre à figurer dans plusieurs catégories) on ne compte que 36 spectacles remarqués. Parmi eux 17, soit la moitié ne sont nominés qu'une fois, les autres pour plusieurs (ce qui les plaçait en meilleure posture) 10 le sont pour 2 Molières, 1 seul pour 7.

Si on observe dès maintenant les résultats, seuls 14 spectacles seront lauréats dont 5 recevront deux Molières, ce qui est loin malgré tout des années où un ou deux trustaient la majorité des récompenses. Le résultat est donc plus équilibré et on peut se réjouir de ce qui n’est peut-être qu’un hasard. Remarquons toutefois une logique contre laquelle il faudrait agir. C’est le même spectacle qui remporte le Molière du Théâtre Public et celui de la mise en scène dans un théâtre public. C’est aussi le même qui reçoit le Molière de la Comédie et celui de l’auteur. J’entends par "logique" le fait que lorsqu’on atteint l’excellente c’est rarement dans une seule catégorie.

Néanmoins le nombre de nominations n’est pas un gage de succès. Courgette, favori dans 7 catégories, ne remportera qu’un Molière. Et beaucoup, nominés deux fois, n’en recevront aucun. Mais revenons à la soirée :

Le public installé dans la salle a sans nul doute ressenti quelques frissons avec la mise en place de l’orchestre des Sapeurs Pompiers de Paris, magnifiquement chorégraphiée, interprétant un medley où l’on reconnaît l’indicatif de la célèbre émission Champs-Elysées sur laquelle Caroline Vigneaux fait une entrée plutôt tonitruante qui dénote avec le flegme que l’on reconnaissait à Michel Drucker, mais le ton est donné : Ce soir c'est à mon rythme que la soirée se déroulera.

dimanche 5 mai 2024

La rétrospective de l’oeuvre d’Ellsworth Kelly à la Fondation Vuitton

Après avoir parcouru l'Atelier rouge, je vous conseille de poursuivre avec Ellsworth Kelly. Formes et Couleurs, 1949-2015 qui est à l'affiche dans le cadre de "Ellsworth Kelly at 100", célébrant le centenaire de la naissance de l’artiste à travers une exposition itinérante organisée par le Glenstone Museum (Potomac, Maryland) où elle se tient jusqu’au 17 mars 2024.

L'artiste a développé à Paris certaines de ses idées les plus radicales en tant que jeune artiste. L’étape française a donc été adaptée au regard de l’intervention d’Ellsworth Kelly pour l’Auditorium de la Fondation Louis Vuitton. 

C'est la première exposition en France à aborder de manière aussi large l’oeuvre de ce créateur essentiel de la seconde moitié du XX° siècle, tant par sa chronologie que par les techniques qu’elle réunit. Elle regroupe plus d’une centaine de pièces, peintures, sculptures mais aussi dessins, photographies et collages et bénéficie de prêts d’institutions internationales et de collections privées.

Ce n'est pas ce qui apparait sur l'immense cliché en noir et blanc (intitulé Kelly avec Yellow with red triangle -1973- et Blue with Black Triangle - 1973- dans son atelier de Cady's Hall à New-York en 73) qui prépare le visiteur à découvrir l'oeuvre de l'artiste américain. En effet, si la photo avait été en couleurs, on remarquerait, de gauche à droite, le jaune, le rouge et le bleu. Mais dès qu'on a franchi l'entrée de la galerie, les couleurs -saturées- vont éclater, et vous remarquerez qu'elles se reflètent dans le sol et sur les murs.
Le parcours commence et se clôt avec un Spectrum (ci-dessus, composé de 12 panneaux joints peint à l'acrylique sur toile, et qui ne sont pas dans l'ordre de l'arc-en-ciel) qui est sans doute une des oeuvres de sa série la plus connue, commencée en 1953. Ellsworth Kelly est considéré comme l’un des plus importants peintres et sculpteurs abstraits américains. S’étendant sur sept décennies, sa carrière est marquée par l’indépendance de son art par rapport à toute école ou mouvement artistique et par sa contribution novatrice à la peinture et à la sculpture du XX° siècle. Il s’est inspiré de la nature et du monde qui l’entourait pour créer son style singulier qui a renouvelé l’abstraction aux XX° et XXI° siècles.

samedi 4 mai 2024

Le marché des Avelines de Saint-Cloud (92)

(mis à jour le 22 mai 2024)
Je suis sans doute très franco-française en affirmant mon attachement aux marchés mais j'adore leur atmosphère et y dénicher des produits frais de qualité.

A un peu plus d'un mois de la fête des marchés (prévue le 10 juin) j'ai été invitée à découvrir un nouveau lieu et je dois reconnaitre que la surprise fut au rendez-vous. Le marché des Avelines de Saint-Cloud a fait peau neuve après 4 années de travaux et c'est une transformation très originale car elle s'articule autour d'un changement radical de comportement avec un Food Court à l'instar de ceux qui se sont développés chez nos voisins américains (qui peuvent avoir de bonnes idées).

On pourra y déguster de la cuisine coréenne, thailandaise, espagnole, américaine, marocaine, arménienne et bien entendu française, le midi du mardi au samedi et le vendredi soir. On y est comme dans une maison de famille. Les instagrammeurs y choperont des idées de déco.

Evidemment le marché des Avelines répond aussi à l'attente primordiale de pouvoir y faire ses courses, et cela les mercredi /samedi matins, vendredi après-midi et soir sous la halle et sur le parvis.

Il y a aussi le restaurant bistronomique Sienne de Baptiste Renouais, la "cafet" de Maurice Popelier de l'entrée, et bientôt s'installera une boulangerie-pâtisserie qu'on annonce comme exceptionnelle (attendons juillet pour le vérifier). Sans oublier le musée des Avelines, tout proche qui présente l'histoire de la ville et qui, jusqu'en septembre, célèbre la pratique sportive à travers l'exposition "Saint-Cloud, le sport à la Une (1880-1950)".

La décoration du Food Court
C'est l'aspect le plus original que cet espace qu'on appelle Les balançoires. Le concept est de créer un lieu convivial où les usagers se sentiraient aussi bien que dans la maison de leur grand-mère. La décoratrice Amélie Alias a été encouragée à chiner et à récupérer des meubles de style bohème ou vintage par Françoise Askinazi, adjointe au maire déléguée au développement économique au commerce et à l'artisanat qui a eut l'idée d'un tel endroit.
Les assiettes ont au premier plan, parfois désuètes, parfois d'un classique évoquant les grands noms de la faïencerie. De grandes tables de bois fonctionneront comme les Stammtisch des Winstub alsaciennes, favorisant les conversations entre inconnus. Elles seront rassemblables si nécessaires.
D'adorables tables de bistrot attendent qu'on pose la sienne sur leur plateau de verre. Quelle originalité de les avoir transformées en vitrines ! Et elles sont carrément idéales pour déjeuner en duo.
Comme dans une vraie maison, on trouvera un espace salle de bains. La pièce maitresse est ce meuble de toilette ayant appartenu à Lino Ventura et transmis à la ville de Saint-Cloud par Jean Dujardin qui en a acquis la maison.
Et que dire de la transformation de ces baignoires en sofa ? Ils sont trsè tentants avec leurs coussins en forme de fleur ou de coquillage.
Des palettes , récupérées évidemment du marché, sont provisoirement posées dans l'espace terrasse d'intérieur entre des chaise-longues célébrant l'art de vivre
Des balançoires sont accrochées à un arbre, plus drôles mais moins confortables que les fauteuils crapauds. Un coin chambre et son panneau "Mur mure" attend vos post-it avec vos petites pensées de quelques mots.
Poser son assiette sur une des tables d'hôtes d'un Food Court comme le font les américains 

L'offre de restauration
Elle fonctionnera avec et indépendamment du marché proprement dit, pour les Clodoaldiens et les Clodoaldiennes mais aussi les quelque 11 000 personnes qui viennent chaque jour travailler dans cette ville et qui n'ont pas tous un restaurant d'entreprise à leur disposition.
La gestion du marché est un challenge qui a été relevé par la Semaco, qui en a reçu délégation de service public. Cette décision s'appuie sur les compétences de l'entreprise, tenue par la famille Bensidoun depuis plus de 60 ans, soit quatre générations, présente aujourd'hui dans plus de 30 communes franciliennes ou arrondissements parisiens. Quand on pense marché on a en tête des halles comme celle de Daumesnil, mais il y a beaucoup de formules à ciel ouvert comme les Puces de Vanves ou de Montreuil. Et aucun endroit ne ressemble à un autre. Savez-vous, par exemple que le marché de Bastille pratique le dimanche une Moisson solidaire ? Les denrées alimentaires invendues sont récupérées auprès des commerçants, triées et redistribuées gratuitement en fin de marché  à partir de 14h30 à tous, sans conditions de ressources ni de revenus par une équipe de bénévoles.

Sébastien Bensidoun (à droite sur la photo, à côté de son frère Pascal) a relevé le défi de faire venir de nouveaux commerçants. Mais aussi celui de garantir que les anciens qui restaient seraient présents sur les trois jours. On n'imagine pas les négociations imposées derrière la mise en place d'un marché : emplacement, concurrence, surface, présentation, comptoir, gestion des déchets, finitions,  … le diable se cachait dans le moindre détail comme me l'a fait remarquer l'oeil averti de Sébastien.

Il vient d'être noté expert des food-hall et marchés en France et aux Etats-Unis par l'Union Mondiale des Marchés. A juste titre quand on sait que c'est la Semaco qui a exporté le savoir-faire français en créant les premiers marchés dit French Markets à Chicago (en 2009) et à New-York. Il était logique qu'en retour elle fasse bénéficier Saint-Cloud de son expérience pour ce qui concerne l'aspect restauration sur place.

vendredi 3 mai 2024

L’exposition événement L’Atelier rouge d’Henri Matisse à la Fondation Vuitton

Du 4 mai au 9 septembre 2024, sont présentées simultanément une exposition événement consacrée à L’Atelier rouge (1911) d’Henri Matisse (1869-1954), une rétrospective inédite de l’oeuvre d’Ellsworth Kelly (1923-2015) réunissant peintures, sculptures, photographies et dessins et, dans le contexte des Jeux Olympiques à Paris, une sélection d’oeuvres de sa Collection autour du sport, proposant une vision décalée et poétique de ce rendez-vous international.

Le présent article est consacré à Matisse, L’Atelier rouge, que je recommande de visiter en premier parce qu'elle affute notre regard. On enchainera ensuite avec l'exposition d'oeuvres de la collection puis par celle qui est dédiée à Ellsworth Kelly qui, chacune, font l'objet d'un article dédié.

L’exposition a été conçue par deux conservatrices du MoMA (Museum of Modern Art) et du SMK (Statens Museum for Kunst), avec le concours des Archives Henri Matisse. Elle a été présentée en 2022 à New York puis d'octobre 2022 à février 2023 au Musée national d’art du Danemark à Copenhague, avant d'être proposée au français à la Fondation Louis Vuitton.

Elle est consacrée à la genèse et à l’histoire du chef-d’oeuvre de 1911, l’une des oeuvres emblématiques du MoMA depuis son acquisition en 1949. L’artiste y représente son atelier et les peintures, sculptures et objets décoratifs qu’il contenait à ce moment-là.
Le coeur de l’exposition est constitué de L’Atelier rouge et de six peintures, trois sculptures et une céramique reproduites dans le tableau, réalisées entre 1898 et 1911. Ce qui est original c'est de réunir, et c'est une première, les onze oeuvres présentes sur le tableau depuis qu’elles ont quitté l’atelier de Matisse d'Issy-les-Moulineaux. Elle s’enrichit de documents d’archive inédits et d’oeuvres éclairant le contexte de création et l’aventure de cette peinture.

"L’Atelier rouge, qui a maintenant plus de cent dix ans, est à la fois un point de repère dans la tradition séculaire des peintures d’atelier et une oeuvre fondamentale de l’art moderne", déclare Ann Temkin, conservatrice en chef au MoMA. "Ce tableau demeure une pierre de touche pour tout artiste s’aventurant à représenter son atelier. La décision radicale de Matisse de saturer la surface de l’oeuvre d’une couche de rouge (alors qu'on aurait pu le croire terminé) a fasciné des générations d’artistes, parmi lesquels Mark Rothko et Ellsworth Kelly. Cependant, il reste encore beaucoup à explorer pour ce qui concerne l’origine et l’histoire du tableau".

jeudi 2 mai 2024

Les Jeux Poétiques se dérouleront de mai à septembre 2024 sous la direction du PUC et du Théâtre de la Ville.

Les Jeux Poétiques de Paris seront un des grands marqueurs de L’Olympiade culturelle parisienne. Ce projet généreux et porté par la Ville de Paris se déroulera de mai à septembre 2024 sous la direction du Paris Université Club (PUC) et du Théâtre de la Ville selon un programme conçu par Emmanuel Demarcy-Mota, directeur du théâtre et Bernard Comment, président du PUC, tous deux directeurs artistiques du projet.

Ce sont Carine Rolland, adjointe à la Maire de Paris en charge de la culture et de la ville du quart d’heure et Pierre Rabadan, adjoint à la Maire de Paris en charge du sport, des Jeux olympiques et paralympiques et de la Seine qui ont introduit la manifestation mardi 30 avril 2024 lors d’une conférence de presse, qui aura été ponctuée d’animations sportives et artistiques.

La première nous a donné la définition de l'audace vue par Sainte-Beuve : Il osa trop mais l'audace était belle. Elle a voulu insister sur la notion de démocratie culturelleLe second nous a rappelé que la poésie était une discipline olympique dans les Jeux antiques.

Ce sont des épéistes que nous entendîmes les premiers, depuis le balcon, faisant crisser leurs fleurets et couiner leurs chaussures alors qu'Alexandre Choiselat enveloppait musicalement leur prestation avec sa guitare électrique.
Depuis sa réouverture, le Théâtre de la Ville, n'a de cesse de se rendre disponible à de nouveaux publics, en devenant un lieu de partage de pratiques différentes, y compris amateur. Il a pour objectif d'être un pont entre des disciplines enfermées jusque là dans des sanctuaires dédiés. Voilà pourquoi son directeur n'a pas craint par exemple d'ouvrir dimanche dernier les portes de verre du grand hall à vocation d'agora à des pongistes.

Lui-même, en tant qu'ancien tennisman, ne dresse pas de barrière entre sport et culture. Il est vrai que les JO ont stimulé la créativité des artistes. Ils ont ainsi réveillé -et ce n’est qu’un exemple- notre intérêt pour le patrimoine pictural témoignant de la montée en puissance des pratiques sportives par le biais de l'exposition que le musée Marmottan-Monet présente sur Les artistes et le sport (1870-1930).

L’aventure des jeux Poétiques a commencé en septembre 2023 avec un concours de slogans dont les 34 gagnants feront l'objet d'un travail graphique et d'un affichage qui fera surgir la poésie dans les rues de la ville, sur les bus et dans le métro. La diffusion de capsules sonores est prévue dans des musées, au Palais Galilée et même dans les Catacombes.

Il y aura aussi des spectacles Formes 75, dont le nom se réfère au numéro minéralogique de Paris et qui dureront 75 minutes sur des terrasses, dans des jardins et des centres sportifs, également sur la place du Châtelet. L’une d’elles, intitulée, Rio della negra sera un hommage à l’un des membres du groupe Manouchian.

mercredi 1 mai 2024

Clara lit Proust de Stéphane Carlier

J'ai lu Clara lit Proust avec avidité. Je ne voulais pas passer à côté d'un roman qui semblait, à en croire les commentaires sur mon fil, être un petit bijou.
Clara est coiffeuse dans une petite ville de Saône-et-Loire chez Cindy Coiffure. Son quotidien, c’est une patronne mélancolique, fan de Jacques Chirac, un petit-ami beau comme un prince de Disney qui n'existe qu'à travers ses initiales, JB, un chat qui ne se laisse pas caresser. 
Le temps passe au rythme des histoires du salon et des tubes diffusés par Nostalgie, jusqu’au jour où Clara rencontre l’homme qui va changer sa vie : Marcel Proust. 
Tendre, ironique et attachant, ce récit d’une émancipation est annoncé comme un formidable hommage au pouvoir des livres.
Autant Proust s’étend sur des pages et des pages, à tel point que beaucoup de "bons" lecteurs n'ont pas réussi à terminer A la recherche du temps perdu, autant Stéphane Carlier a choisi le parti pris de la brièveté. Nombre de ses chapitres ne débordent pas sur une double page. Plusieurs ne dépassent pas les trois lignes (par exemple p. 110). Au moins ça insuffle de l’énergie et son roman se lit très très vite. Mais le contrepied est étonnant.

Tout comme l'histoire dans l'histoire qui intervient avec un changement inopiné de typographie (p. 36 et 92) à moins que quelque chose ne m'ait échappé.

Une chose est certaine, l'auteur aime Proust autant que Céline qu'il s'arrange pour qualifier d'auteurs majeurs en faisant parler un libraire. Il rend un hommage général à la littérature tout en se moquant de ceux qui lisent. Ainsi il fait dire à Mme Habib, la patronne de Clara, N’importe quel clampin dans le métro a un bouquin dans les mains (p. 21).

Il expédie la difficulté à lire le grand Marcel : Proust ce n’est pas difficile, c’est différent (p. 94). Mais il nous expliquera qu'il ne faut pas hésiter, comme son héroïne, à sauter parfois jusqu’à cinq pages qu’elle survole avant de poser les yeux plus loin. Evidemment, vu comme ça …

On ne pourra pas imaginer que son métier de coiffeuse est un pur hasard quand plus loin il sera question d'un certain Fabrice Luchini dont tout le monde sait qu'il fut coiffeur et qu'il est un immense lecteur.

Stéphane Carlier décrit merveilleusement les sensations en peu de mots, et c'est une qualité. Ainsi, les désillusions de Clara à l'égard de de JB forment un petit nuage bien en place dans le ciel de sa vie (p. 31). Il a le sens de la formule en nous disant que pour la jeune femme Proust, c’est son yoga (p. 84). Dans l'oeuvre de grand écrivain les mots sont des fourmis alignées (p. 65) et leur lecture lui donne un sentiment de triomphe (p. 69).
Le thème de l'abandon de livres n'est pas nouveau. J'en ai même trouvé au cimetière Montparnasse sur la surprenante tombe du géographe Antoine Haumont (1935-2016), surmontée d'une sculpture de l'artiste Étienne Pirot, dit Etienne. Il y a un nom pour qualifier la pratique de les laisser sur les bancs publics. C'est le "bookcrossing". Dans le roman c'est un client qui  abandonne le sien sur la tablette de la coiffeuse (p. 56). On ne nous donne pas le titre mais on le devine même si on ne l’a pas lu. Inutile de nous aiguiller en nous disant qu'il commence par longtemps je me suis couché de bonne heure

Il y a très peu de dialogues mais l'ensemble ressemble à du théâtre. L'idée de faire de la lecture à haute voix, soufflée par le personnage hors normes de Claudie (p. 137) n'est pas nouvelle non plus. Peut-être l'auteur aura-il réussi à susciter des vocations … En tout cas il fait joliment envie d'oser ouvrir un des énormes recueils de Proust pour, nous aussi, ressentir une immense compassion parce qu’il lui semble savoir qu’ils (tous ces contemporains de Proust, ces anonymes de 1900-1910) ne savent pas encore que rien ne dure, que toute vie s’oublie et son souvenir d’efface aussi facilement qu’un dessin sur une vitre embuée (p. 138).

Clara lit Proust est le huitième roman de Stéphane Carlier. Il a déjà reçu plusieurs récompenses, parmi lesquelles le prix Albert Bichot 2022, "Livres en Vignes", le prix du Cercle Littéraire Proustien 2022, festival littéraire de Cabourg et le prix @ttitude 2022, décerné par les librairies Attitude.

Clara lit Proust de Stéphane Carlier, Gallimard, en librairie depuis le 1er septembre 2022

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