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lundi 9 mars 2020

Mon Isménie de Labiche, mise en scène de Daniel Mesguich

(mise à jour 29 avril 2020)

Mon Isménie n'est pas une maladie mais le prénom d'une jeune fille. La comédie d’Eugène Labiche revient à l’affiche du Poche avec un nouveau "prétendu" destiné à la jeune fille que son père refuse de marier. Le comédien Guano, titulaire du rôle de Dardenboeuf, s’étant cassé le nez, c’est William Mesguich qui reprend le flambeau en attendant le retour à la scène du promis !

Le même William Mesguich continue à interpréter le rôle de l’écrivain Sylvain Tesson dans l’adaptation qu’il a tiré du livre de ce dernier Dans les forêts de Sibérie que j'avais vu en décembre à la Huchette et qui poursuit sa route désormais au Poche Montparnasse.

Tous les interprètes sont justes et fort drôles mais si j'insiste sur William c'est parce qu'il est de mon point de vue insuffisamment distribué dans le registre de la comédie.

Je l'avais découvert capable de faire rire et de surprendre plusieurs fois le spectateur au cours d'une même représentation dans Chagrin pour soi où il avait (déjà) Sophie Forte comme partenaire et dans lequel il avait repris, là encore, un rôle au débotté.

Mais pourquoi donc fait-on appel à lui uniquement en catastrophe ? S'il a suffisamment de talent pour jouer en pompier comme il en aurait en première intention ! Si j'étais auteur de théâtre j'écrirais pour lui.

Ce que je dis de William est vrai aussi pour Daniel Mesguich car ce metteur en scène a surtout la réputation d'exceller dans le drame. Comme il a eu raison de s'intéresser au théâtre d'Eugène Labiche, dont il monte une pièce pour la première fois.

Si l'auteur est né et a longtemps vécu en région parisienne il s'apprête à acheter une très grande propriété à Souvigny-en-Sologne alors que Mon Isménie est représentée pour la première fois à Paris sur le Théâtre du Palais-Royal le 17 décembre 1852. Rien d'étonnant donc à ce que l'action se passe en province, en l'occurence Chateauroux. L'atmosphère y est plus codifiée que dans la capitale et la bourgeoisie y est plus soucieuse des conventions.

Quand la pièce commence un prétendu nommé Dardenboeuf se présente chez la famille Vancouver pour tenter d'épouser la jeune Isménie, fille d'un père très possessif. C'est la huitième fois que l'histoire se répète depuis le début de l'année. Le cher papa semble à bout d'arguments pour refuser de lui donner la main de son "héliotrope"... mais il croit malgré tout pouvoir encore maitriser la situation. Le jeune homme a l’appui de Galathée, la sœur de Vancouver, une vieille fille très fortunée qui veut le bien de sa nièce. Cela suffira-t-il à faire pencher la balance en sa faveur ?

Daniel Mesguich a beaucoup modelé le texte, le ponctuant de nombreuses allusions. Par exemple quand un personnage exige parle plus bas, un autre murmure car on pourrait bien nous entendre. Le public pense à Dalida, et à l'amour fou qu'elle chantait si langoureusement.

Un peu plus tard on pense inévitablement au regretté Marcel Philippot, l'égérie d'une campagne publicitaire pour une compagnie d'assurances, dont nous attendions à chaque nouvel épisode, la réplique devenue culte : "Je l’aurai un jour, je l’aurai."

Il n'est point nécessaire de connaitre la version originale de Labiche pour s'apercevoir de la modification. " Il est malin, mais je le repincerai !" est devenu "Il est très fort, mais je l'aurai". Les puristes et les fans trouveront le texte du spectacle transformé par Daniel Mesguich, ainsi que le texte original de Mon Isménie au bar du théâtre (Avant-Scène Théâtre / Editions des Quatre- Vents).

A la fin de la pièce j'étais partagée entre l'envie d'applaudir et celle de m'offusquer. J'ai pensé au Bourgeois gentilhomme, revisité en 1981 par Jérôme Savary, avec le Grand Magic Circus, et ... j'approuve totalement l'audace de Daniel Mesguich.

Quand on sait que cette comédie-vaudeville fait partie de la nombreuse liste des œuvres que Labiche a écrites à quatre mains, en collaboration avec Marc-Michel on peut penser qu'il apprécierait qu'elle continue d'évoluer.

On pourrait croire que le metteur en scène ait donné à chacun de ses comédiens une carte blanche avec l'injonction d'oser.  Le spectacle s'appuie sur plusieurs registres comiques incluant les dialogues, le jeu, les bruitages, les effets, la répétition ... Tout est prétexte à nous surprendre et nous faire rire.  Tout cela sans l'ombre d'un décor mais avec quelques accessoires, des masques essentiels à la dramaturgie, et surtout des costumes époustouflants (créés par la très inspirée Corinne Rossi). Bravo !
Mon Isménie d'Eugène Labiche
Mise en scène de Daniel Mesguich
Airs et illustration sonore, Hervé Devolder
Costumes, Corinne Rossi
Scénographie, Stéphanie Vareillaud
Avec Frédéric Cuif, (Chiquette), Alice Eulry d'Arceaux (Isménie), Sophie Forte (Galathée), Guano ou William Mesguich (Dardenboeuf) et Frédéric Souterelle (Vancouver)
A partir du 14 janvier 2020
Représentations du mardi au samedi 21h, dimanche à 17h30
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Je l'ignorais le jour de ma venue, mais ce sera le dernier spectacle auquel j'assisterai avant que l'épidémie de coronavirus ne mette la France à l'arrêt. Et quel bonheur de garder du théâtre de radieuses images de comédie.

Et si vous voulez en apprendre davantage sur William Mesguich et sur la manière dont il traverse le confinement je vous invite à écouter l'interview qu'il m'a accordée pour Needradio, programmée à l'antenne le lundi 27 avril, et qui est accessible en podcast ici. Le son n'est pas très bon car nous avons "bricolé" avec nos téléphones, mais ses paroles et sa réflexion sur le monde méritent de faire un effort.

mercredi 3 juin 2026

Etre ou ne pas être de et mis en scène par William Mesguich et Rebecca Stella

Il me semble que William Mesguich m'avait confié il y a trois ou quatre ans son intention d'écrire un spectacle sur son enfance, son lien avec le théâtre et ses relations avec son (célèbre) père. Je savais aussi qu'il voulait absolument que ce soit l'occasion de montrer son potentiel humoristique.

Je ne suis donc pas surprise par le contenu de Etre ou ne pas être que j'ai beaucoup aimé, tout en étant persuadée qu'il n'est pas nécessaire de connaitre la famille Mesguich pour l'apprécier.

On pourrait dire que c'est  l’histoire d’un petit garçon qui rêvait de devenir footballeur professionnel alors que son père ambitionnait de faire de lui un comédien.

L'enfant est soutenu par sa mère au-delà de ce qu'on peut imaginer. Son père, et c'est remarquable, ne cherche pas à le dissuader et à lui mettre des bâtons dans les roues de son rêve. Celui-ci se brise sans aucune intervention familiale. Un accident terrible ruine l'avenir sportif de l'adolescent. Son destin prend alors  "naturellement" un autre tournant. 

William a tout petit fait l'expérience du théâtre. La scène est un "terrain de jeu" qui lui est familier. Il a un atout formidable, une mémoire exceptionnelle qui lui facilite l'assimilation des textes. La personnalité des metteurs en scène pour qui tout le monde éprouve un immense respect ne l'effraie pas. Il les connait depuis sa plus tendre enfance, ce qui ne signifie d'ailleurs pas qu'il n'éprouve pas de respect.

Chez les Mesguich, le père joue au théâtre, le fils joue au football. On peut dire que dans les deux cas c’est une affaire de troupe et d’exhibition devant un public. Daniel, le père, a une définition très ironique du sport  … que je partage volontiers parce que je n’ai jamais compris ce qui motivait à courir à perdre haleine d’un côté et de l’autre d’un terrain en essayant de chiper un ballon à ceux qui cavalent dans l’autre sens. Mais, tout comme lui, je respecte les gens que ça réjouit.

Il a sans doute appelé son fils (unique) William en référence au grand auteur anglais et en rêvant qu’il serait, comme lui, un artiste accompli. Il le pousse sur les planches dès son plus jeune âge. Mais l’enfant a d’autres rêves et ce qui est formidable c’est que la famille respecte sa volonté. On supporte que le long couloir de l’appartement de la rue de Flandres devienne un terrain d’entraînement tout comme on endure que le salon soit un espace de répétitions enfumé.

La prestation de William est jouissive pour qui connait la famille. On retrouve les traits de caractère que l’on a remarqués chez sa mère, qui ne passe pas inaperçue, elle non plus, et qui reste sa première supporter. On se représente tout à fait son père, qui le soutient sans faille alors que manifestement il n’a aucun goût pour l’exercice sportif, encore que marcher avec des santiags en soit un.

La surprise vient de l’humour qui nappe l’ensemble de ce seul-en-scène où William joue tous les rôles et joue (aussi) au football, nous prouvant par là qu’il aurait pu se placer dans la lignée de Platini si ce terrible accident ne l’avait pas amené à effectuer un revirement radical.

Je ne sais pas si le théâtre peut se révéler aussi dangereux qu’un stade mais ce qui est certain c’est qu’on peut avoir de multiples dons, plusieurs vocations et qu’aucune n’est "meilleure" que l’autre. Le destin a voulu que William devienne acteur. Il est certain que je ne l’aurais sans doute pas applaudi au Parc des Princes mais par contre quel bonheur de le voir sur toutes les scènes où il se produit, seul, avec son père (ils ont composé de merveilleux duos) ou avec d’autres comédiens. Quel plaisir aussi de suivre ses mises en scène, toujours éclairées avec un savant savoir-faire.

On connait tous la question, Etre ou ne pas être, et je comprends qu’il ait choisi la plus belle tirade pour titiller le public (et fort habilement illustrée sur l’affiche de Sarah Barzyk) mais William n’a pas de dilemme à résoudre. Il affronte la situation et renverse la tragédie en nous offrant une comédie (on rit beaucoup au cours de la soirée et je recommande la scène désopilante de la voiture) avec tout le sérieux qu’il met à ce qu’il entreprend.

William Mesguich est la démonstration évidente que nous sommes de l'étoffe dont sont faits les rêves, et notre petite vie est entourée de sommeil, comme l’écrivait Shakespeare dans La tempête.

Fichtre ! J’espère que le spectacle sera repris à la rentrée sur une scène parisienne parce que c’est une très belle leçon de vie, d’espoir, tout autant qu’une magnifique déclaration d’amour, de celle que tout parent, père comme mère, rêve de recevoir. D'ici là il sera joué au festival d'Avignon.

La mise en scène est co-assurée par une de ses soeurs, associée aussi à l'écriture, ultime preuve que chez les Mesguich le théâtre est une vraie histoire de famille.
Etre ou ne pas être
De et mis en scène par William Mesguich et Rebecca Stella
Vu au Théâtre des Gémeaux parisiens
A 13h25 au Théâtre des Corps Saints, du 4 au 25 juillet 2026, relâche les 9, 16, 23 juillet

samedi 6 janvier 2018

Le souper de Jean-Claude Brisville mis en scène par Daniel et William Mesguich

En ce début 2018 Philippe Tesson prend la parole pour souhaiter la bonne année au public. Il annonce avec l'humour qui le caractérise le retour des Mesguich sur la scène du Poche à l’instar des hirondelles qui reviennent au village après avoir survolé des contrées étrangères.

Mais à l’inverse du soldat, ce n’est pas un rêve, et Philippe nous promet qu’on n’en aura jamais assez de souper des Mesguich.

Daniel Mesguich l’avait caché à tout le monde. Seul William savait qu'il était quasiment aphone avant d’entrer en scène. Le spectacle a démarré un peu en retard, mais ça ne suffisait pas pour qu’un miracle se produise d’un claquement de doigt. Philippe Tesson ne le savait pas alors qu’il annonçait joyeusement le retour des enfants prodigues. Et tant mieux parce qu'il aurait imposé le recours à une sonorisation qui aurait gâché la soirée.

Trop de comédiens ont recours à cette béquille qui altère les inflexions de la voix et qui dispense les spectateurs de tendre l'oreille. Quand l'acoustique est bonne (c'est souvent le cas) et qu'on ne fait pas jouer de dos ou derrière une paroi de verre le micro est une hérésie. Et pourquoi pas (sauf contexte exceptionnelle) banaliser le prompteur ou l'oreillette ?

Le plateau est dans le noir, la salle est encore éclairée, les bougies ont du mal à prendre le relai. Un orage claque. Des bourrasques font craindre une tempête. C’est de saison. Daniel, alias Talleyrand, peine un peu à allumer les bougies, en tout logique puisqu’il y a grand vent.

Nous sommes le 6 juillet 1815 au soir. Après la défaite de Waterloo et l’exil de Napoléon, Wellington et les troupes coalisées sont dans Paris et la révolte gronde. Le peuple est en ébullition. On entendra dehors danser tout à l'heure la carmagnole. Qui va gouverner le pays ?  Fouché et Talleyrand vont décider du régime à donner à la France. La table est dressée chez le premier pour accueillir le second (William Mesguich) car c'est souvent en partageant un repas qu'on finit par partager ... des idées communes.

mardi 29 octobre 2024

Pascal et Descartes

L’entretien de M. Descartes avec M. Pascal le jeune est devenu plus simplement Pascal et Descartes.

L’équipe du théâtre des Gémeaux parisiens a eu la bonne idée de reprendre le spectacle créé en octobre 1985 au Théâtre de l'Europe dans une mise en scène de Jean-Pierre Miquel, avec Henri Virlogeux (René Descartes) et Daniel Mesguich (Blaise Pascal). La pièce a été reprise en 2007 au Théâtre de l'Œuvre dans une mise en scène de Daniel Mesguich, avec Daniel Mesguich qui, ayant pris quelques années, interprétait alors Descartes alors que son fils William devenait Pascal.

Il me semble que si celui-ci avait déjà joué sous la direction de son père (et au moins dans trois spectacles avec sa sœur Sarah, Des saisons enfer, La seconde surprise de l’amour, Antoine et Cléopâtre, c’était la première fois que père et fils se trouvaient sur la même scène, et qui plus est seuls, en face à face.

Ce fut un succès, à tel point qu’ils eurent envie de récidiver avec un second texte de Jean-Claude Brisville, Le Souper, qui fut créé en 2019. Depuis, l’un et l’autre de ces deux spectacles est régulièrement à l’affiche mais ce sera la première fois qu’une salle les proposera en même temps. Pascal et Descartes depuis le 24 Septembre et le Souper à partir du 30 Septembre. Et tous deux sont désormais annoncés avec conjointement Daniel et William Mesguich pour l'adaptation, la mise en scène et l'interprétation.

Qui l’aura remarqué ? Le 24 septembre est une date très symbolique puisque c’est le 24 septembre 1647 que les deux philosophes les plus célèbres de leur temps se sont rencontrés à huis clos durant plusieurs heures, au couvent des Minimes à Paris. Blaise Pascal, déjà très malade, n’avait alors que 24 ans, René Descartes, 51. De cet entretien historique, rien n’a filtré, sinon une ou deux courtes notes jetées sur le papier par l’un et l’autre.

Descartes fait les cent pas alors que résonne un tonnerre fracassant. Pascal arrive, un peu pompeux chez un hôte un peu mielleux : Je crois que nous avons des choses à nous dire, fait-il mine d’être aimable. Mais quelles sont ces choses ? 

La conversation qu’ont pu avoir ces deux hommes est imaginaire. Ils se découvrent progressivement, s'estiment mais qui sont tant à l’opposé l’un de l’autre que le conflit est constamment sous-jacent : Descartes est rationaliste, réaliste, pragmatique, grand voyageur (il se plait à Amsterdam), bon vivant (il fera habilement l’apologie du loisir) ; Pascal, mystique ardent, intransigeant, malade, tourmenté, exaltant la souffrance et la mort.

Il est évidemment question de ”raison”, à propos de laquelle Descartes estime que sa raison aujourd’hui le tient quitte d’avoir raison. Mais on le voit discuter pied à pied pour faire basculer la conversation à son avantage et chacun argumente pour tenter de convaincre l’autre. La grande question serait de parvenir à penser en toute liberté, notamment quand on sollicite votre appui en faveur d’un innocent, ou de quelqu’un qu’on dit comme tel. Pascal le voudrait mais on essaie de comprendre et puis on arrive au mystère et on renonce.  Descartes restera intransigeant : Je n’ai jamais fait l’aumône de mon nom. 

Le combat entre le coeur et la raison sera inégal. Bien que ces paroles soient lointaines, elles résonnent aujourd'hui, en raison d'une adaptation fidèle mais audacieuse, et d'une interprétation hors pair, offrant  sans doute des surprises à chaque représentation, parce que c'est Daniel, parce que c'est William … Il faut bien quelque piment pour maintenir le désir de jouer ces rôles après plus de 450 représentations. Comme par exemple la présence (saugrenue et anachronique d’un poste de radio, même très ancien … mais il en faudrait bien davantage pour désarçonner un Mesguich …
Quant au Souper, créé en 2019, c'est un autre bijou qui démontre une nouvelle fois l'excellence de l'auteur à imaginer des duo qui tournent au duel. C'est aussi l'occasion pour nous de voir une autre fois sur scène deux comédiens qui adorent se donner la réplique, et qui n'hésitent pas très longtemps à se surprendre encore, et nous avec.

Pour s’y retrouver dans les dates sachez que la semaine commence le lundi avec le Souper et se poursuit le mardi avec Pascal et Descartes.

L’entretien de M. Descartes avec M. Pascal le jeune de Jean-Claude Brisville
Adaptation, mise en scène et interprétation Daniel Mesguich et William Mesguich
Texte édité chez Actes Sud-Papiers 
Au Théâtre des Gémeaux Parisiens - 15 rue du Retrait - 75020 Paris
Accueil/Billetterie : 01 87 446 111

jeudi 29 mai 2025

Le festival S en S, 1er festival parisien du Seul.e en Scène recommencera l’année prochaine

On commence à avoir pris l’habitude d’aller au Théâtre des Gémeaux Parisiens que, forts de leur expérience avignonnaise, Nathalie Lucas et Serge Paumier ont ouvert dans l’Est parisien, au 15 rue du Retrait. C’était en septembre 2024 et la programmation avait d’emblée séduit les premiers spectateurs.

On avait bien compris, le jour de l’inauguration, que le duo était déterminé. Pour preuve, les réjouissances s’étaient déroulées sur deux journées.

Et comme ce sont des directeurs aussi audacieux que courageux ils se sont lancés dans un autre défi, celui de faire aimer les Seul. e en Scène en leur dédiant le premier festival du genre en profitant d'un mois de mai calme en terme de nombre de représentations. Ainsi donc, pendant toute cette période, ils ont affiché 12 spectacles dont certains avaient déjà fait leurs preuves, mais aussi des créations, qui sont en quelque sorte des avant-premières du Festival Off d'Avignon.

Par ordre chronologique de programmation : Dans les forêts de SibérieRossignol à la langue pourrie - Les frottements du coeur - L'Arlésienne - Le livre oublié - La Fleur au fusil - Un coeur simple - Madame Marguerite - La promesse de l'AubeZoom -Madeleine Béjart, une femme libre  - Cache Cache 

J’en avais déjà applaudi 6. Je n’ai eu la disponibilité de n’en voir que 2 supplémentaires, auxquels je tenais particulièrement d’ailleurs et (comme je le supposais) j’ai été conquise et je n’ai hélas pas trouvé la disponibilité pour assister à une représentation de 4 autres. 

Mais avant de poursuivre, mettons nous d’accord sur ce terme de seul en scèneSuffit-il d'interpréter un monologue ou d’être seul sur un plateau pour qu’on puisse qualifier le travail par cette appellation ? Le terme désigne pour beaucoup un one-man-show (ou one-woman-show), qui sont plutôt du domaine de la variété, de l’humour ou du conte.

Quand on se penche sur la programmation de cette première édition on remarque qu’elle recouvre néanmoins une large palette de styles. Mais ce sont toujours des spectacles très aboutis, avec une véritable mise en scène, un décor, des costumes, et … derrière le texte un propos fort, lequel a parfois été écrit par un écrivain célèbre, ou un auteur de théâtre reconnu. Ce sont des moments de théâtre complet qui se trouvent interprétés … par un(e) comédien(e) confirmé(e).
Ce festival correspond à un vrai besoin puisque Serge Paumier m’a confié qu’il recevait une centaine de dossiers chaque semaine. Il a été très bien accueilli coté spectateurs et a attiré un public conséquent. A tel point que Nathalie Dumas et Serge Paumier ont déjà décidé de réitérer en préparant une seconde édition de ce festival qui est destiné à se pérenniser, et même à se développer.

Alors que William Mesguich fut le parrain cette année, ce sera Delphine Depardieu pour la suivante. 

La programmation est bien avancée et sera définitivement bouclée en novembre de manière à pouvoir la formaliser dans une brochure qui sera disponible en décembre. Elle devrait comporter 80 levers de rideau sur tout le mois de mai (soit quasiment le double de la première édition), qui ne seront pas limités aux week-ends, en jouant tous les jours.

Le festival s’étoffera autour d’une vingtaine de propositions artistiques. Il pourrait y avoir un spectacle alliant théâtre et danse avec un grand nom de la danse qui vient de quitter l'Opéra (Mathieu Ganio ?).

La fille de Florence Arthaud ayant accordé les droits du livre de sa mère "Cette nuit la mer est noire" écrit en collaboration avec Jean-Pierre Bachelet aux Edition Arthaud, Nathalie Lucas pourra présenter Une femme à la mer, dans l'adaptation de Jean-Benoît Patricot et la mise en scène de Stéphane Cottin.

On devrait pouvoir assister à un spectacle autobiographique écrit par William Mesguich sur son histoire familiale et son parcours de comédien.

Il se pourrait malgré tout qu'un spectacle "hors festival" soit présent sur le créneau de 19 heures. Il est en effet question que la famille Demasure, de Joseph Gallet, Elodie Wallace (Ma famille en or) y emménage pour un moment.

Si vous avez comme moi loupé Les frottements du coeur sachez que Katia Ghanty reviendra la saison prochaine aux Gémeaux Parisiens de septembre à mars, deux fois par semaine. Ce sera l'unique exception : les autres seuls en scène seront présentés en mai. On pourra aussi applaudir William Mesguich et son Richard III, et chaque lundi de septembre à février Anne Coutureau avec Andromaque qui fut un grand succès l'année dernière au théâtre de l'Epée de bois. Il y aura bien d'autres choses encore !

Le duo a cependant entretemps une autre épreuve, celle du festival d'Avignon, avec une programmation qu'ils qualifient de "emballante", avec des spectacles mis en scène par des artistes auxquels le public est fidèle : Jean-Philippe Daguerre, Chritophe Lidon (avec Le roi se meurt de Eugène Ionesco dans lequel joue Nathalie Lucas), Bouvron, Virginie Lemoine, Christophe Malavoy, Anne Bouvier, William Mesguich …

S en S, 1er festival parisien du Seul.e en Scène du 1er au 31 mai 2025
Théâtre des Gémeaux Parisiens - 15 rue du Retrait - 75020 Paris

Du 05 au 26 juillet 2025 (festival d'Avignon)
Théâtre des Gémeaux Avignon - 10 rue du Vieux Sextier - 84000 Avignon

jeudi 14 novembre 2019

Dans les forêts de Sibérie

Cela fait un mois que Dans les forêts de Sibérie est à l'affiche au Théâtre de la Huchette et qui d'autre que William Mesguich aurait pu s'emparer de cette expérience exceptionnelle pour la faire revivre sur la scène ?

Je ne me risquerai pas à dire lequel des deux est le plus habité par ses passions.

Sylvain Tesson (Prix Renaudot 2019 pour La Panthère des neiges) avait fait le choix de s’isoler au milieu de la forêt sibérienne, en bordure du lac Baïkal, pour y réapprendre le bonheur de la lecture et goûter pleinement le plaisir de la réflexion solitaire.

Il s'était promis de faire cette retraite avant ses quarante ans. Il lui fallut sept ans pour monter le projet qui fut tout sauf un coup de tête.

Et si la liberté consistait à posséder le temps ? Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d'espace et de silence - toutes choses dont manqueront les générations futures ? Tant qu'il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu.

Son livre éponyme a été publié en 2012 chez Gallimard. Il a été récompensé du Prix Médicis essai et il a convaincu beaucoup de lecteurs que la métamorphose était possible par l'immobilité davantage que par le voyage. Ce livre a changé ma vie m'a dit une amie.

William Mesguich incarne cet homme qui est encore pour partie resté dans la cabane. Ce n'était pas facile parce qu'on pouvait penser ce roman inadaptable au théâtre. Comment rendre compte de la solitude, de la température extrême, de l'immensité de la nature et aussi de la détresse de considérer les conséquences de son choix de vie par un message sur le téléphone satellitaire ? William le fait avec le talent qu'on lui connait.
Quand le spectacle commence on porte le regard coté jardin sur la cabane miniature qui semble être un refuge pour oiseau. Le comédien est assis sur les marches, à cour, et nous explique qu'il avait trop de lecture en retard et une lassitude extrême à faire les courses, ce qui l'avait motivé à faire retraite dans la clairière des Cèdres du Nord, dont le nom évoque précisément une résidence pour personnes âgées. J'ai noté cette "introduction", rigoureusement exacte au demeurant, parce que j'habite ... une certaine ... allée du Cèdre.

L'humour reviendra avec l'énumération de la liste du matériel, et plus tard avec une blague russe. Ce registre n'est pas très habituel dans le jeu de William (même s'il est capable d'excellence en comédie et je pense en particulier à Chagrin pour soi où je l'avais trouvé prodigieux). Il apporte une respiration à un texte qui pourrait être lourd à soutenir, en particulier quand il adopte une position christique.

L'adaptation de Charlotte Escamez a probablement imposé d'accepter des coupures car le texte aurait été trop long pour être donné dans sa totalité. Il était essentiel, et c'est réussi, de placer quelques respirations et d'instiller un certain suspens quant à ce qui peut se passer, aussi bien en terme de bonnes que de mauvaises surprises : il y a morsure plus douloureuse que la solitude.

Le propos écologique est lui aussi fidèlement rendu. La poésie s'invite sous la forme d'une mésange. La cheminée de la maquette de l’isba fume. On y est et on s'allège nous aussi du barnum de la vie parisienne !
Le décor évoque la forêt dont on veut bien croire qu'elle peut devenir une nef de silence. Il est intéressant de souligner la portée philosophique de la réflexion que l'isolement amena Sylvain Tesson à formuler. Il n'est pas certain qu'il soit parvenu à se donner par la suite la possibilité du bonheur minimum, mais son exemple doit nous servir de leçon.

Le spectacle m'a donné envie d'ouvrir le livre pour en savourer la substantifique sève à mon rythme. J'ai alors remarqué qu'il en diffère vraiment. William termine en disant : Je repars en sachant que je reviendrai. Sylvain (dont le prénom semble aujourd'hui prédestiné puisqu'il signifie étymologiquement "forêt") l'achève par ces mots : point final.
Dans les forêts de Sibérie
D’après le livre de Sylvain Tesson
Avec William Mesguich
Au Théâtre de la Huchette
23 Rue de la Huchette - 75005 Paris
Du mardi au vendredi à 21h, le samedi à 16h jusqu’au 30 novembre
Et le samedi à 16h et 21h à partir du 7 décembre.
Relâches les 19 et 21 novembre, 24 décembre 2019 et 1er janvier 2020
Reprise au Poche Montparnasse à partir du 4 février 2020 du mardi au vendredi à 19 heures et au moins jusqu'au 8 avril

jeudi 30 mai 2019

Opérapiécé de Aurore Bouston et Marion Lépine

Opérapiécé s'annonce comme un spectacle d’humour musical.

C'est assez juste mais c'est bien plus que cela parce que les voix d'Aurore Bouston et de Marion Lépine sont stupéfiantes, que la mise en scène de William Mesguich est juste (on ne la remarque pas et pourtant elle est là, ce qui signifie qu'il n'y a pas d'effet superflu), que les costumes de Marie-Caroline Béhue ajoutent une dimension baroque tout à fait appropriée, et que bien entendu l'accordéon est totalement maitrisé par Marion Buisset, à tel point qu'il devient un instrument "moderne".

Je n'aurais pas misé sur ce titre d'Opérapiécé qui m'évoque le bricolage, ni sur l'affiche (même si son auteur a signé celle de la pièce à succès, Edmond). Ces réserves n'ont aucune incidence sur la qualité du spectacle que je recommande aux mélomanes parce qu'ils seront aux anges et jubileront de reconnaitre chacun des 78 compositeurs ayant participé à la bande originale.

Je le conseille tout autant à ceux qui ont peu de connaissance musicales, tant en classique que dans les variétés. Les airs chantés dans Opérapiécé sont écrits sur les thèmes très connus de la musique classique instrumentale : Vivaldi, Grieg, Strauss, Tchaïkovski, Mendelssohn, Debussy, Ravel, Fauré, Albinoni, Schubert, Brahms, Beethoven, Verdi... mais il n'est pas utile d'être féru dans le domaine pour apprécier la soirée. Les interprètes ont le sens de la scène et les compétences pour toucher tous les publics, y compris les enfants. De plus elles vous distribueront la liste des références des musiques et chansons à la fin et vous pourrez tout à loisir les ré-écouter de retour chez vous.

Vous sortirez de cette magnifique salle voutée de l'Essaïon avec la sensation d'avoir respiré de l'oxygène à haute dose, avec l'envie de chanter et de danser ... même si la pluie se met soudain à tomber.

Ce qui est juste c'est que le concert est un bouquet de paroles et de musiques. Chaque tableau est annoncé par un mot composé de lettres, façon Scrabble, sur une cimaise fixée sur la pierre : Opérassedic, Opéramage, Opérappelletoi, Opéramitié, Opéramour ...

L'équipe artistique ne prétend pas donner de leçon. Tout n'est que plaisir et le scénario est simplement un prétexte à construire un exercice de style. La prochaine cérémonie des Molières y gagnerait beaucoup à solliciter ce trio pour égayer intelligemment la soirée. Au moins les organisateurs maitriseraient le discours sur l'intermittence sans que les gilets jaunes aient besoin de complicité pour s'infiltrer sur la scène. Ce serait tellement plus drôle !


Le point de départ du spectacle est la répétition d'une oeuvre que des artistes travaillant sous le régime de l'intermittence (et courant donc le cachet) espèrent voir programmer. Le livret met en scène la rencontre d’une jeune femme conquérante avec un personnage plus mystérieux, animé par des sentiments ambivalents... L'orchestre est réduit à une seule musicienne, ... accordéoniste, qui saura passer d'un registre à un autre avec naturel.

Les grands tubes classiques s'enchainent avec bonheur au registre plus inattendu du répertoire de la variété française. Les paroles sont parfois détournées tout en demeurant à propos, ou en prenant carrément le contrepied. Une mélodie de Françoise Hardy succède à un thème de Ravel. Un air signé William Scheller s’enchaîne au Guillaume Tell de Rossini. Un refrain de Brigitte Fontaine s'accorde avec la 40ème Symphonie de Mozart. Le spectateur va de surprise en surprise. Les airs sont parfois légèrement arrangés, mais une oreille aguerri se réjouira de les reconnaitre, surtout quand ils interfèrent comme un extrait de la comédie musicale Notre Dame de Paris.
Les chanteuses sont très expressives, et quel plaisir de les entendre sans que leurs voix soient amplifiées (ou déformées) par une sonorisation. La direction musicale de Louis Dunoyer (à gauche, à coté de William Mesguich) est à saluer également.

Quand la rigueur musicale s'accorde à ce point avec la créativité et la vitalité on ne peut que souhaiter longue vie à cet opéra d'un genre nouveau. C'est 1 h 15 de bonheur ... bien plus que les 2 minutes 35 promises par Sylvie Vartan en duo avec Carlos.

Opérapiécé de Aurore Bouston et Marion Lépine
Mise en scène : William Mesguich
Direction musicale : Louis Dunoyer
Avec Aurore Bouston et Marion Lépine
Marion Buisset à l’accordéon
Chorégraphies Barbara Silvestre
Costumes Black Baroque by Marie-Caroline Béhue
Théâtre Essaïon
Du 23 Mai au 26 Juillet
6, rue Pierre au Lard - 75004 Paris
Les jeudi et vendredi à 19h30

mardi 19 octobre 2021

Soie de Alessandro Baricco, mise en scène William Mesguich

J'avais beaucoup apprécié Novecento d'Alessandro Baricco. Je n'allais pas manquer Soie, surtout mis en scène par William Mesguich.

De fait, il a très bien dirigé Sylvie Dorliat qui endosse la fonction de conteuse pour nous faire ressentir les sentiments qui ont traversé Herve Joncour (et son épouse) au cours et à la suite de ses voyages qu'elle nous invite à suivre en ponctuant les escales du doigt sur une mappemonde ancienne qui est en suspension au-dessus de la scène comme le serait le pendule du destin. 
Vers 1860, Hervé Joncour entreprend quatre voyages au Japon, pour acheter des œufs de vers à soie. Dans ce pays dangereux et lointain, il va tomber follement amoureux d’une belle inconnue et cette rencontre va bouleverser sa vie. Désir, passion, velours d’une voix, sacralisation d’un tissu magnifique sont autant de fils impalpables qui tissent cette histoire dans laquelle s’entrelacent trois beaux portraits de femme : l’inconnue fantasmée à l’autre bout du monde, l’épouse aimante et fidèle et une tenancière de bordel.
C'est la comédienne qui a proposé le texte au metteur en scène qui s'en est emparé avec la volonté d'en respecter le mystère. Et jusqu'au bout on s'interrogera sur ce qui sépare fantasme et réalité. La révélation finale du spectacle léger et inexplicable qu'avait été sa vie n'en est que plus bouleversante tout en conservant sa part de mystère comme l'a voulu le metteur en scène.

Le texte est écrit avec une précision onirique qui revient en boucle à intervalles réguliers pour mieux nous faire tourner la tête. Le décor, bien que sobre, nous transporte dans un ailleurs qui sollicite tous nos sens. Les éclairages sont d'une précision sans faille. Quelques notes de piano colorent l'atmosphère.

C'est à la fois sensuel et doux, envoûtant et subtil, sérieux et humoristique, exotique et terrien, luxueux et dépouillé, noir et coloré. Tous les ingrédients magiques sont présents pour que le spectateur vive, par la voix chaude et modulée de Sylvie Dorliat l'expérience hors du commun de cet homme qui aura contemplé son destin comme d'autres un jour de pluie.

Plusieurs passions s'entrecroisent dans cette pièce qui nous apprend beaucoup sur l'âme humaine et sur un commerce qui fut aussi dangereux que fructueux, celui des vers à soie, qui fit quelques fortunes dans la région du Vivarais au XIX° siècle. On est surpris d'apprendre qu'il a été écrit en 1996. 

Soie, inspiré du roman de Alessandro Baricco, texte français de Françoise Brun (publié chez Folio)
Mise en scène et lumières de William Mesguich, avec Sylvie Dorliat.
Du 13 octobre au 28 novembre 2021, du mardi au samedi à 19 h.
Au Lucernaire - 53 rue Notre-Dame-des-Champs - 75006 Paris
Tous les vendredis soir, le public a rendez-vous pour prolonger son expérience de spectateur autour d’un verre.

mardi 3 octobre 2017

Le dernier jour d'un condamné

William Mesguich s'est emparé de l'adaptation que David Lesné a faite du Dernier jour d’un condamné de Victor Hugo pour en jouer tous les registres dans un décor qui parvient, grâce à de puissants jeux de lumières, à suggérer aussi bien l'enfermement que l'appel de la liberté.

L'espace scénique représente symboliquement un cube blanc, d'une extrême simplicité, avec juste un tabouret et une fenêtre à barreaux pour signifier la prison, tandis que l'absence de murs de coté laisse à l'imagination le pouvoir de s'évader.

Tout est blanc, comme un écran sur lequel on pourra projeter des images, des visions ... alors que l'avenir est sombre. L'étroitesse de l'espace de jeu est adéquat pour renforcer l’oppression de l’enfermement. Le comédien tourne en rond, répétant en boucle l'annonce de sa condamnation à mort, jusqu'à l’obsession, en toute logique, car il y a de quoi devenir fou.

C'est à bon escient que le spectacle s'achève avec la voix de Robert Badinter dont un des premiers textes législatifs en tant que Garde des sceaux fut de demander, le 17 septembre 1981, l’abolition de la peine de mort. C'est un texte essentiel à réentendre. Les jeunes générations peuvent avoir oublier que de telles condamnations ont perduré au XX°siècle et que des innocents ont pu perdre la vie.

Le propos de Victor Hugo n'est pas de savoir si la peine est juste ou non. On ne saura du condamné ni son nom, ni le forfait qu'on lui reproche, ni la date des faits, encore moins s'il est injustement déclaré coupable. Le propos du poète est d'interroger ses concitoyens sur la violence de la peine.

L'homme condamné est anonyme, mais il révèle une humanité intense, en particulier lorsque ses pensées se tournent vers sa petite fille, ou lorsque apparait une photo de famille et qu'elle le conforte dans son état, qui ne peut pas être celui d'un monstre. 

Une bande-son bien réfléchie enchaine des bruits de pas, de lourdes clés dans des serrures, de fond de canon et d'orage alors qu'on devine le son que la lame fera en sectionnant bientôt les vertèbres, évoquant la guillotine qui était utilisée depuis 1792, soit 37 ans avant la date de publication du texte (1829).

Le docteur Guillotin (d'où son nom) imposa le principe d'une machine à décapiter pour se substituer aux tortures qui étaient jusque là perpétrées, ce qui représentait une forme de progrès. La section de la moelle épinière entraîne une perte de connaissance instantanée, parait-il sans souffrance.

Evidemment Victor Hugo remet en cause cette affirmation à propos de la suppression de la douleur physique (de la mort) même s'il fait dire au condamné : la mort de cette façon est simplifiée. Ils disent qu’on ne souffre pas. Mais il insiste surtout sur la douleur psychique que le comédien rend visible.

Le rôle est complexe à interpréter. William Mesguich est bouleversant. Il incarne un niveau de souffrance d'une intensité hors normes. La mise en scène aurait pu, de mon point de vue, gagner en puissance sans qu'il soit nécessaire que le comédien se laisse choir aussi souvent sur le parquet.

Je ne suis pas certaine non plus que Vivaldi et Erik Satie, tant utilisés au cinéma comme au théâtre, soient les meilleurs choix musicaux. Pas davantage que les vers du célèbre poème de Victor Hugo demain dès l'aube ... Tout cela apitoie et conforte la démonstration qui devient implacable, ne laissant aucune place au doute alors que Victor Hugo n'avait pas dévoilé ses intentions lors de la première édition.

La peine de mort a été abolie. Elle est cependant parfois remise en cause. En ce sens Le dernier jour d’un condamné demeure un plaidoyer fondamental. Encore faudrait-il que le spectacle fasse percevoir que la loi de 1981 pourrait être menacée.

Le dernier jour d'un condamné d'après Victor Hugo
Adaptation de David Lesné
Avec William Mesguich
Mise en scène de François Bourcier
Du 29 août au 3 novembre 2017
Du mardi au samedi à 19 heures
Le dimanche à 17 heures
Au Studio Hébertot
78 bis boulevard des Batignolles
75017 Paris

samedi 12 février 2022

Misérables d'après Victor Hugo, mise en scène de William Mesguich

Je suis allée voir Misérables d'après Victor Hugo, mis en scène de William Mesguich, dans une représentation où il y avait une forte assemblée d'enfants (assez jeunes) qui furent captivés et attentifs.

C'est encore un spectacle que je n'avais pas vu en Avignon, en 2019 mais qui continue son chemin depuis sa création en novembre 2017, d’ailleurs à l’espace Paris-Plaine qui est un théâtre parisien situé 13 rue du Général-Guillaumat dans un ensemble culturel et sportif entre la Porte Brancion et la Porte de la Plaine au bord du périphérique dans le 15ᵉ arrondissement de Paris.

Pour le moment, et pendant les vacances scolaires, il y est de nouveau programmé en après-midi à 15 heures.

Heureusement qu'il existe des metteurs en scène amoureux des classiques et qui ont la compétence pour les rendre accessibles au jeune public, sans éloigner pour autant les adultes. Voilà un spectacle qui se déploie idéalement sur la largeur du plateau mais que je verrais tout autant dans un lieu encore plus grand.

Cette version est une très belle histoire qui fait alerter textes et chansons, chantées bien entendu en direct sur une musique qui est jouée par les comédiens. On se trouve donc à mi-chemin entre théâtre et comédie musicale, mais cela reste une tragédie bien entendu. 

D'ailleurs le premier éclairage donne le "la", traçant une croix sur le sol pour symboliser une tombe et installer le suspense.

Cosette peut commencer à raconter son parcours : J’ai traversé beaucoup d’épreuves. Mon père s’appelait Jean Valjean. Il fut envoyé en prison pour avoir volé un pain. Aujourd’hui on le respecte mais il a été victime de détention arbitraire.

Ceux qui connaissent l'oeuvre originale retrouveront l'essentiel. La compréhension des autres (et des jeunes enfants) sera facilitée par des dialogues simplifiés (mais jamais simplistes) parfois parlés mais surtout chantés, et une construction didactique sans nuire à la poésie et presque au fantastique. On doit donc féliciter Charlotte Escamez pour son adaptation.

De superbes projections en noir et blanc facilitent l'imagination du spectateur en respectant l'esprit des multiples lieux où se déroule l'histoire. Les différents personnages sont interprétés par les comédiens qui se partagent les rôles et qui le font avec suffisamment de finesse pour qu'on ne les identifient pas sous leurs costumes. C'est parfait.

Les émotions sont variées. Et même si cela se finit plutôt bien (c'est de notoriété publique, je ne spolie rien du tout) il est important de réfléchir aux intentions de Victor Hugo d'attirer le regard sur la précarité et ses conséquences. Le contexte de misère extrême qui sévissait à cette époque, poussant une mère à aller jusqu'à vendre ses dents pour nourrir son enfant, n'est peut-être plus le nôtre mais la grande pauvreté est loin d'être éradiquée.

Le texte nous invite aussi à réfléchir sur la notion de famille, celle qu’on a et celle qu’on choisit de fonder, avec ses propres enfants ou d’autres. Là encore le sujet reste d'actualité et mériterait une discussion de bord de scène après la représentation. Car le XIX° siècle parle t’il encore à une jeunesse gavée de fiction ?Chacun de nous a-t-il la capacité de repérer la part de vrai qui se niche dans cette histoire, et quelle marge d’invention l'auteur s'est accordé.

Ainsi Gavroche est un personnage que Victor Hugo a inventé en s'inspirant de l'enfant figurant sur le tableau La Liberté guidant le peuple d'Eugène Delacroix. Le petit garçon à droite de la femme qui porte le drapeau français semble avoir son âge, et il brandit deux pistolets, sur une barricade. Sa mort est un des passages les plus célèbres du livre. Il s'expose aux balles de l'ennemi en franchissant une barricade pour ramener des munitions aux soldats de son camp. Son courage, car il ne cessera de chanter et de railler les adversaires, comme s'il ne s'agissait que d'un jeu, fera de lui le symbole de la lutte pour la liberté.

L'auteur a romancé avec force puisque ses parents sont ces mêmes Thenardier qui martyrisent Cosette, à tel point que ce patronyme est devenu synonyme de bourreau d'enfants. Mais des mômes comme lui et Cosette ont bel et bien existé.

La troupe du Théâtre de l’Etreinte (quel joli nom) mérite tous nos compliments qui sont, je leur emprunte la formule, comme des baisers à travers un voile. Également à Coïncidences vocales, la compagnie de Magali Paliès qui produit le spectacle.
Misérables d’après Les Misérables de Victor Hugo
Un spectacle théâtral et musical à partir de 6 ans
Mise en scène de William Mesguich
Adaptation théâtrale de Charlotte Escamez,
Avec la troupe du Théâtre de l’Etreinte : Estelle Andrea, Oscar Clark, Julien Clément (en alternance avec Arnaud Masclet), Magali Paliès (en alternance avec Blandine Iordan).
Composition musicale de Oscar Clark
Illustratrice : Sényphine
A l'Espace Paris Plaine - 13 Rue du Général Guillaumat, 75015 Paris - 01 40 43 01 82  
Jusqu’au 26 février les mercredis, samedis et dimanches à 15h.
Première semaine de vacances, du mardi au vendredi à 15h. 
A Mulhouse le mardi 1er mars
A Propriano le jeudi 10 mars
Au théâtre du Balcon, en avignon le dimanche 3 avril à 16 h
A Montval-sur-Loire les vendredi 13 mai et samedi 14 mai

lundi 27 avril 2020

Entre Voix Confiné avec William Mesguisch

William Mesguich a inauguré aujourd'hui une déclinaison de l'émission Entre Voix que je produisais et animais sur Needradio et qui était programmée chaque jeudi soir de 20 à 21 heures.

J'emploie le passé parce que l'épidémie de Covid a rendu les studios inaccessibles.

Cependant nous avons décidé, pendant les jours restant du confinement, de réaliser des interviews plus courtes (une demi-heure), enregistrées elles aussi dans les conditions du direct (sans aucun montage) en utilisant les moyens à notre disposition, Skype, Zoom et téléphone.

La qualité sonore n'est pas toujours optimale, surtout pour les premières, mais la sincérité et l'authenticité des propos compensent largement les inconvénients techniques.

A l'inverse de ce qui se passe en studio, on ne ponctue pas l'entretien par quatre morceaux musicaux. un seul a été diffusé à la fin, choisi toujours par l'invité. Ce morceau n'a pas été inclus dans le podcast pour une raison que j'ignore mais je vous l'indiquera à chaque fois pour que vous puissiez l'écouter. Il est toujours représentatif des goûts de la personne interviewée.

A circonstance exceptionnelle, discussion exceptionnelle. le tutoiement s'est imposé puisque je connaissais chaque personne, et cela a sans doute contribué à instaurer une certaine intimité, tout en maintenant une pudeur essentielle.

Autre changement de taille : l'émission devient quotidienne, chaque jour de la semaine et sera diffusée de 18 h 30 à 19 h.

William Mesguich fut donc le premier. Sans être donneur de leçon, ce formidable comédien, capable de nous émouvoir dans un rôle tragique comme de nous faire rire dans un registre comique, nous confirme la nécessité de bienveillance et de tendresse. "Il faut être terre d’accueil mais il va falloir aussi apprendre à renoncer" dit-il.

Il s'exprime sur sa boulimie de théâtre et sur l'annulation du festival d'Avignon. A l'inverse il se confie aussi sur une qualité de vie familiale retrouvée.

Le dernier spectacle qu’il a mis en scène proposait aux enfants dès 6 ans de découvrir l’univers de Léonard de Vinci à l’Espace Paris Plaine. Il a été interrompu brutalement par l’épidémie de Covid. Mais il est temps d’entendre le désir du grand homme d’inventer une humanité différente. Voilà pourquoi nous avions choisi de terminer cette interview avec L’homme vole au-dessus du monde, une chanson écrite et composée par Estelle Andrea pour ce spectacle.

Pour écouter le podcast, suivre ce lien

Photo prise dans le hall du Théâtre de Poche-Montparnasse avec les autre comédiens de Mon Isménie : Sophie Forte, Frédéric Cuif, Alice Eulry (mise en scène de Daniel Mesguich). C'est le dernier spectacle que j'ai vu au théâtre avant le confinement.

vendredi 31 mai 2024

Du domaine des murmures, adaptation et jeu de Jessica Astier

Impossible de tout dire dans un titre, et je regrette de ne pas y avoir mentionné les noms de Carole Martinez, qui est l'auteure de ce roman dont la lecture m'avait bouleversée il y a plus de dix ans, et celui de William Mesguich car il est non seulement à l'origine de ce projet théâtral mais aussi le metteur en scène (signant également les lumières, comme à son habitude).

J'ai choisi de mettre en avant Jessica Astier parce que son adaptation est rigoureuse et belle et que son interprétation est exactement celle que j'aurais imaginée si j'étais comédienne, et si j'avais son talent.

Je vois beaucoup d'excellents spectacles mais peu qui laissent une trace indélébile comme le fera Du domaine des murmures. L'enjeu était de taille et le travail, d'adaptation, comme de scénographie et de mise en scène aboutissent à un moment de grâce.

Le décor, qu'on doit à la jeune femme (qui a aussi conçu l'affiche, et qui est allée jusqu'à suggérer des costumes à Alice Touvet) installe le spectateur devant un retable alors qu'une voix off s’élève sur un brouhaha de murmures étouffés. Nous serons tantôt en intérieur, tantôt dans la campagne.
Tous les personnages sont là. Esclarmonde bien évidemmentl, Lothaire le jeune époux éconduit dont William fait la voix), le père d'Esclarmonde et seigneur du domaine des murmures (c'est Daniel Mesguish qui parle en son nom), Douce, sa seconde épouse, belle-mère de la jeune fille, Bérengère, sa servante (ce sera une soeur de William), et puis Jehanne, Ivette, un bébé, et même la foule … si bien qu'on oublie qu'il s'agit d'un "seule en scène". Par le biais de la magie de la vidéo, Mehdi Izza a brillamment réussi à créer les atmosphères des scènes principales du roman, même si j'ai été aidée par ma connaissance de la région où se déroule l'intrigue dans la tour seigneuriale qui déploie ses ailes dépareillées au sommet d'une falaise abrupte au pied de laquelle coule la Loue, (…) depuis la source bleue, qui coule près du champ de la fée verte à Malbuisson, tranquille rivière qui lèche l'escarpement rocheux, s'appliquant à dessiner depuis toujours les mêmes boucles vertes sur la terre.
On ne voit que le résultat, sans réaliser la prouesse technique que représente un spectacle qui comporte 120 tops techniques, mais il est utile de le souligner.

Cette proposition est loin de la version (que je ne juge en aucune façon) présentée pendant le festival d’Avignon au Théâtre des Halles en 2015 dans l’adaptation, la scénographie et la mise en scène de José Pliya
, où son actrice, Leopoldine Hummel, était tout à fait enfermée.
Ici la closure est suggérée et prend davantage de force. Car la comédienne est si sensuelle que l’idée de la savoir contrainte est une offense. Esclarmonde est toutes les femmes qui de Marie-Madeleine à Jeanne d’Arc en passant par Olympe de Gouges et Louise Michel auront cheminé sur la ligne étroite de la résistance poétique en refusant le diktat des hommes.

Esclarmonde l'exprime avec sensibilité : J’aurais tant aimé ne pas déplaire à mon père. Son refus n'est pas un caprice mais la revendication de décider d'elle-même. C'est ce qui est beau et qui demeure universel même si son histoire nous est rapportée depuis le XII° siècle sous forme d'un conte. Et si le roman est au passé, le théâtre se déroule dans une forme de présent. Enfin il faut souligner que les personnages masculins évoluent positivement au cours du récit, bien que la fin soit extrêmement tragique.
La vie des recluses est peu connue. Et pourtant elles furent des milliers à choisir de vivre emmurées pour prier Dieu jusqu’à la fin de leurs jours. C’est en 1187, le jour de son mariage, devant la noce scandalisée, que la jeune Esclarmonde refuse de dire "oui". Elle veut faire respecter son vœu de s'offrir à Dieu, et se fait emmurée dans une cellule attenante à la chapelle du château, avec pour seule ouverture sur le monde une fenestrelle pourvue de barreaux. Mais elle ne se doute pas de ce qui est entré avec elle dans sa tombe … ni du voyage que sera sa réclusion.
Loin de gagner la solitude à laquelle elle aspirait, Esclarmonde sera témoin et actrice de son siècle, et soufflera depuis son réduit sa volonté sur le fief de son père, inspirant pèlerins et croisés sur leurs chemins.
Se cloîtrer ne signifie pas se taire. Esclarmonde est emmurée mais pas muette. Cette affirmation sera réitérée avec différents mots avant qu'à la fin elle redevienne stèle pour l’éternité, Victime de ceux qui craignent davantage les sorcières que ceux qui les brûlent.

William Mesguich est souvent sur scène en tant que comédien (il sera encore au Mois Molière à Versailles les 3 et 4 juin prochains pour interpréter Le souper avec Daniel Mesguich). Il est autant à l'aise dans le registre tragique (Dans les forêts de Sibérie, ou Le dernier jour d'un condamné) que dans la comédie (Mon Isménie). Il a déjà mis en scène de nombreux spectacles comme Opérapiécé, Lettre d’une inconnue, Soie, Liberté ! (avec un point d’exclamation), Les Hauts de Hurlevent, Fluides, Les misérables. Plusieurs seront joués cet été pendant le festival d'Avignon.

Jessica Astier alterne comme comédienne au théâtre, à la télévision, la publicité et comme voix off. Elle est aussi artiste peintre, graphiste et actrice.

Bercée par les récits de sa grand-mère, une pied-noir d’origine espagnole qui exerce la fonction de concierge, la jeune Carole Martinez a écrit ses premiers poèmes à 12 ans. Après s’être d’abord illustrée sur les planches de théâtre en qualité de comédienne, elle est devenue professeure de français. Elle a déjà publié, toujours chez Gallimard,  Le Coeur cousu (plusieurs fois primé, notamment du  Prix Renaudot des lycéens 2007), Du domaine des murmures (Prix Goncourt des lycéens 2011, Prix Marcel-Aymé 2012), La terre qui penche, et Les Roses fauves. Elle sortira le 20 août prochain un nouveau roman.
Du domaine des murmures, adaptation et jeu de Jessica Astier
D’après du roman de Carole Martinez Du Domaine Des Murmures, publié chez Gallimard en 2011 (Prix Goncourt des Lycéens 2011)
Mise en scène et lumières William Mesguich
Création musicale et sonore Tim Vine et Création vidéo Mehdi Izza
Costume Alice Touvet
Scénographie et affiche Jessica Astier 
Spectacle tout public à partir de 14 ans. 
Au Lucernaire 53 rue Notre-Dame-des-Champs - 75006 Paris
Du 29 mai 27 juin 2024 du Mercredi au Samedi à 19h et Dimanche à 16h
Au Théâtre du Roi René à 10 h pendant le festival d'Avignon 2024

dimanche 10 juillet 2022

La vie matérielle de Marguerite Duras au Petit Louvre (Avignon 2022)

Plusieurs Marguerite Duras sont programmés au Petit Louvre où William Mesguich a mis en scène La vie matérielle, spectacle soutenu à juste titre par l’Adami.

Sous-titré "Marguerite Duras parle à Jérôme Beaujour", La Vie matérielle est un recueil de textes publié en 1987. Cette confession d'un auteur majeur à l'apogée de son oeuvre nous offre le privilège d'accompagner l'écrivaine dans les coulisses de son oeuvre et de sa vie quotidienne.

Alors âgée de soixante-dix ans, elle passe en revue son enfance en Indochine jusqu'à la consécration de L'Amant, et la rencontre déterminante avec Yann Andréa et avec quelques personnalités marquantes.

Accordés au journaliste et retravaillés par la suite, ils nous font voyager entre l'Indochine, son appartement de la rue Saint-Benoit à Paris, Neauphle-le-Château, l'hôtel des Roches noires de Trouville… Ces entretiens sont l'occasion pour l'écrivaine d'aborder sans tabou tous ses sujets de prédilection, sa vie amoureuse et sexuelle, l'ivresse alcoolique … Et si on l'a voit boire dans le spectacle, ce n'est pas dans l'excès. Elle qui nous confie : On ne peut pas boire sans penser qu'on se tue.
Elle donne, à travers cette cinquantaine de textes qui mêlent autobiographie, confidences et conceptions littéraires, sa conception des rôles de la femme (la mère, l'amante, la femme au foyer), et bien sûr aborde ses films, son rapport à l'injustice, à la célébrité...

Comme le titre le sous-entend, nous sommes surtout immergés dans le quotidien de celle qui fut une star en son temps, en plus d’être une immense auteure. On découvre que la propreté représentait pour elle une sorte de superstition. Elle se confie sur l’arithmétique pessimiste régissant la gestion d’une maison pour y survivre. Elle dit précisément "pour y durer", s’est-elle rendu compte de la proximité avec son nom ?
Ma vie est un film doublé mal monté. Nombre de confidences sont intimes et courageuses. Certaines sont amusantes : Les hommes aiment les femmes qui écrivent. La comédienne en fait quelques autres en se glissant un instant parmi les spectateurs. 

Ne la copiez pas quand elle avoue n’être jamais à l’heure pour les repas, le cinéma et surtout le théâtre ! Les musiques arrivent à point nommé pour évoquer India Song ou le magnifique souvenir de Barbara à travers Sa plus belle histoire d'amour.
Marguerite pouvait être philosophe et s’exprimer avec une sincérité touchante à propos de tout. J'écris sur les autres pour écrire sur moi-même. Ecrire c’est le contraire de raconter des histoires. On comprend à travers son humour pétillant si bien rendu par Catherine Artigala combien c’est un engagement pour elle … mais aussi pour nous qui l’entendons, et qui la (re)lirons.
La vie matérielle de Marguerite Duras
Adaptation de Michel Monnereau
Mise en scène et lumières de William Mesguich
Avec Catherine Artigala
Costume de Sonia Bosc
Création sonore de Matthieu Rolin
Reprise parisienne à la Manufacture des Abbesses, Paris 75018
Du 12 octobre au 3 décembre 2022
Du mercredi au samedi à 19h
Spectacle vu le Dimanche 10 juillet 2022 au Petit Louvre. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après dans la matinée.

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