Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes.

samedi 20 juillet 2013

Histoire d'un merle blanc avec Stéphanie Tesson au Poche Montparnasse

Le Poche Montparnasse a connu un grand coup de frais un peu à l'instar de cette émission de déco où à la fin se superposent l'avant-l'après dans un fondu enchainé pailleté assez saisissant.

J'aimais beaucoup l'endroit et je suis sure que nombre de spectateurs avaient un attachement très fort à ce minuscule théâtre, inauguré en 1943 par Jean Vilar. Je l'ai connu beaucoup plus tard, sous la direction de Renée Delmas et de son mari Étienne Bierry. Ce comédien est la mémoire vivante du théâtre français et j'ai eu l'occasion de savourer les souvenirs qu'il a racontés au Théâtre de la Tempête, et de les partager sur le blog.

Le théâtre, qui est toujours au fond de l'impasse Robiquet, sur le boulevard Montparnasse, à une encablure de la rue de Rennes,   a été racheté en décembre 2011 par le journaliste Philippe Tesson. Il en a confié la direction à sa fille Stéphanie et à Charlotte Rondelez, toutes deux metteuses en scène.

Le Poche a rouvert en janvier 2013, après près d'un an de travaux de rénovation. On jurerait qu'on a poussé les murs. Les deux salles sont plus confortables et plus fonctionnelles pour accueillir tous les soirs quatre spectacles à elles deux, avec respectivement 124 et 90 places. L'administration s'est vue dotée de vrais bureaux. L'espace restauration est fort accueillant sous un éclairage naturel procuré par une verrière. 

Le parquet de bois blond évoque la Cerisaie de Tchékov. Les chaises rouges sang de boeuf, chinées aux Puces, apportent une touche de dynamisme et d'élégance. On a envie de s'attabler. 

Stéphanie doit s'y sentir à l'aise puisque à moins d'un quart d'heure de la représentation de l'Histoire d'un Merle blanc elle est encore en train d'y faire le service.

La couleur miel sied bien à l'endroit que la jeune femme rêve à l'instar d'une ruche qui attirerait tous les publics, à commencer par les plus jeunes.
C'est dans la superbe et très confortable salle du petit Poche, en arc de cercle du sous-sol, qu'elle interprète le rôle qui lui colle à la peau depuis plus d'une douzaine d'années.

Une plume blanche sur un tabouret ... perdue ou posée là comme indice ... Une seconde s'échappe de l'escalier et l'oiseau apparait.

Qu'il est glorieux, mais qu'il et pénible d'être en ce monde un merle exceptionnel !

Stéphanie sera ce merle tout autant que les autres volatiles que le héros rencontre sur le chemin de sa vie : des merles d'autres espèces, et puis aussi un pigeon voyageur, une pie russe, une tourterelle, un cacaotès, une grive, un étourneau, une colombe. Son interprétation est incroyablement juste. Elle module sa voix  et son corps de façon saisissante pour le plus grand plaisir d'un public littéralement conquis.

Après la représentation les mains se penchent pour saisir subrepticement un souvenir de la soirée. Comme si chacune des plumes qu'elle a perdu avait un pouvoir magique.

Le texte a été écrit en 1842, en pleine période romantique, par un Alfred de Musset qui ne se remettait pas de sa rupture avec George Sand. Le poète y exprime son mal de vivre et une perception mélancolique de ce qu'il pointe comme étant une forme de marginalité. 
 
La mise en scène est discrète, entièrement au service de la poésie et de l'imaginaire. Elle fonctionne dans cet espace clos mais on l'imagine très bien en plein air, sous les arbres de la maison de George Sand à Nohant. Je me souviens d'y avoir entendu le violon d'Ivry Gitlis. Les spectacles en extérieur ont toujours une tonalité romantique extrême et ce merle serait tout simplement merveilleux au lever du jour quand les frondaisons résonnent d'appels.

Stéphanie Tesson a l'habitude de jouer hors les murs et c'est une chance que les Berrichons devraient saisir.
La "grande salle" accueillera à partir du 10 septembre 2013 "Au bois lacté" de Dylan Thomas dans une mise en scène de Stéphan Meldegg. Puis, à partir du 17 septembre "Chez les Ufs, Grumberg en scènes" dans une mise en espace signée par Stéphanie Tesson.

La salle du Petit Poche sera investie par des textes de Marguerite Duras à partir du 13 septembre avant d'accueillir à la mi-janvier "la Nef des Fous", conçue et orchestrée par Stéphanie.

Histoire d'un Merle blanc d'Alfred de Musset, avec Stéphanie Tesson
Mise en scène Anne Bourgeois, Lumières Philippe Mathieu
Production Phénomène et cie
Du mardi au samedi, à 19 h 30 jusqu'au 26 juillet

Théâtre de Poche, 75 Boulevard du Montparnasse, 75006 Paris
01 45 44 50 21
www.theatredepoche-montparnasse.com

Le samedi 27 juillet le spectacle sera à l'affiche du Festival des Nuits de la Mayenne au Château de Sainte-Suzanne (02 43 53 63 90) et le vendredi 13 septembre au Château de Ferney-Voltaire, dans le cadre des Journées du Patrimoine (tel 02 31 28 52 56)

Autres billets concernant des spectacles mis en scène par Stéphanie Tesson sur A bride abattue :
Revue d'un monde en vrac, au Théâtre 13 en avril 2011
Au bal d'Obaldia, au Ranelagh, octobre 2011
Les fables de la Fontaine dans le Parc de Sceaux en mai 2013
Alice au Potager des Merveilles à Versailles en juin 2013

Aucun commentaire:

Articles les plus consultés (au cours des 7 derniers jours)