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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

samedi 16 mars 2019

L'américaine de Catherine Bardon


J'avais lu très (trop) vite Les déracinés et j'étais restée sur un regret, me promettant de reprendre le livre à la première occasion.  Cela étant je viens de relire, la tête froide, ce que j'écrivais à propos de ce roman et je ne renie pas mes mots, qui, au final ne sont pas si sévères que je le craignais.

Il faut dire que j'ai rencontré Catherine Bardon quelques jours après avoir posté ce premier billet et que j'aurais voulu être beaucoup plus positive tant sa personnalité et son engagement littéraire m'avaient enthousiasmée.

J'ai trouvé mieux que relire son roman (même si je le ferai, je me le promets encore) : j'ai plongé dans le second opus de cette saga familiale que cette fois j'ai savouré comme il convenait.

D'abord parce que, à l'instar du premier, L'Américaine est bien écrit, extrêmement documenté et néanmoins facile à lire, et à suivre. Catherine Bardon séquence le roman en courts chapitres qui permettent au lecteur de faire une pause tout en ayant une très forte envie d'y revenir.

Connaissant déjà les personnages principaux j'ai d'autant plus apprécié de les retrouver et, je me répète mais c'est important, de prendre mon temps pour rester en leur compagnie, excepté Wilhelm (mais n'ayant pas accroché avec lui dans le premier tome son absence ne me pèse pas).

L'Américaine poursuit sur la lancée du précédent. Ce tome II (et on peut penser qu'il y aura un III) est de la même veine : c'est lui aussi un roman d'apprentissage, certes plus focalisée sur Ruth, la fille du couple mais à vrai dire chaque personnage poursuit son évolution et ses interrogations sur le sens à donner à leur vie, prouvant qu'on n'a jamais fini de grandir.

C'est un roman d'initiation qui est aussi un roman historique. Catherine Bardon connait bien la République Dominicaine, où elle a vécu et où elle a rencontré plusieurs personnes qui appartiennent à cette seconde génération de pionniers sur une ile qu'on pense paradisiaque et qui ne se résume pas aux plages et aux installations touristiques "all inclusive".

Ruth a vécu une enfance heureuse mais elle va devoir couper le cordon, s'affirmer en tant qu'individu et surtout faire des choix alors que tant de voies s'ouvrent à elle. Le plus important sera de déterminer si elle deviendra citoyenne américaine. Il lui faudra pour cela surmonter les blessures qui lui viennent en héritage de ses parents.

J'ai apprécié encore la juste observation de l'âme juive, aussi fine (et instructive) que dans le premier livre. L'auteure, qui n'est pas de cette confession, dit avoir été beaucoup aidée par un rabin pour s'approprier les codes. C'est sans doute pour cela qu'elle est si claire, ne parlant jamais en ellipse. L'exercice de la documentation lui est naturel, acquis lorsqu'elle écrivait (pendant ses vacances) des guides touristiques où la moindre inexactitude lui aurait été reprochée.

Outre l'histoire de la république Dominicaine on suit l'évolution de la société américaine (que l'on connait sans doute mieux mais cela ne gâche rien au récit). Il aurait été impensable de ne pas re-situer l'engagement de Martin Luther King (et je ne peux m'empêcher de faire un parallèle avec Ma Chérie de Laurence Peyrin dont le roman se situe à la même époque), et des faits majeurs comme l’assassinat du Président Kennedy, mais aussi d'autres événements qui ont marqué la société américaine jusqu'en 1967 alors que Ruth estime venu le moment de faire le choix de rester aux états-Unis comme beaucoup d'autres émigrés l'ont fait, ou rentrer pour retrouver ses racines, à moins qu'une autre possibilité se présente ...

Nous n'osons être impatients de lire la suite, quoique ...

L'américaine de Catherine Bardon, Les Escales, 2019

vendredi 15 mars 2019

Vol d'usage, par la Cie Quotidienne

Vol d'usage sera le dernier temps fort de l'Espace Cirque d'Antony. Il ne faudrait pas  manquer ce ballet aérien parce que les deux artistes parviennent à raconter une très belle histoire empreinte de gravité avec somme toute peu de moyens ... mais beaucoup de travail, et c'est ce qui touche.

Un vélo suspendu par ses sangles se fracasse sur le parquet. C'est l'accident.

Récemment sortis du Centre National des Arts du Cirque, Jean Charmillot (vélo acrobatique) et Jérôme Galan (sangles aériennes) vont nous raconter l'avant, le pendant et l'après sans aucune parole ... mais rien ne nous échappera. La musique fait suite au grincement du bois. Elle est présente mais sans s'imposer. C'est un des charmes de ce spectacle qui, pour une fois, est concentré sur l'action sans que l'oeil du spectateur soit distrait par ce qui se passe dans les coulisses.

Du coup on ne perd rien de leurs mouvements ni de leurs intentions. On lit en eux comme dans un livre et leur art de "tourner en rond" devient limpide. Chacun a sa spécialité mais -et cela participe au charme du spectacle- ils ne sont pas enfermés dans leur discipline et sont capables de s'imposer sur le terrain de l'autre.

La scénographie est très intelligente, évoquant l'auto-stop, l'arrêt sur image, l'incruste, les rapports de forces, une crucifixion, ... chaque scène ajoute un chapitre à l'histoire qui se construit sous nos yeux sur les deux axes, horizontal et vertical.

On n'a jamais vu cela : un acrobate qui évolue au-dessus de nos têtes, au-delà du diamètre de la piste. Les artistes semblent défier les lois de l'apesanteur. Comme leurs envols semblent faciles ! Ils se jouent aussi de la vitesse, capables de tourner au ralenti comme à plein régime. Et on ne se lasse pas un instant. 

Pour avoir moi-même fait un vol plané (absolument pas par goût pour le cirque) au-dessus d'une portière de voiture qui s'est ouverte sans prévenir je peux vous dire combien un accident est un moment grave. Il n'est pas ici minimisé ni tourné en dérision. Et pourtant l'humour et la légèreté sont de mise, faisant de chaque spectateur un complice conquis qui applaudit leurs démonstrations de forces comme leur sens de l'équilibre. Et qui rit beaucoup, par connivence et par plaisir.

Ce premier spectacle est très réussi. Le duo sait savamment doser la drôlerie, la poésie et la légèreté. Si l'un supplante l'autre ce n'est jamais longtemps. Ils sont en miroir ou en décalage, à l'unisson ou en inversant les rôles, toujours dans une grande fluidité. Il y a du Tati dans leur interprétation. Leur compagnie, La Quotidienne, porte bien son nom et nous parle de choses simples.

En voiture, à cheval ou à bicyclette, ces deux circassiens auront séduit tout le monde, même les jeunes spectateurs de 5 ans ... dont je ne suis pas sûre qu'ils sachent déjà faire du deux roues sans stabilisateur.

A voir et revoir pour comprendre le double sens du terme "gravité". A savoir : on peut revenir avec son billet pour seulement 5€.
Vol d'usage, de la Cie Quotidienne
De et avec Jean Charmillot et Jérôme Galan
Regard extérieur Marc Vittecoq
Création musicale Yannick Tinguely
Costumes Emily Cauwet
Création lumière Lydie Del Rabal
Création son Thomas Mirgaine
Jusqu'au 7 avril à l'Espace Cirque- Antony, rue Georges Suant - 92160 Antony
horaires variés (14h30, 16, 18 ou 20h30)
Les représentations des vendredis 22 mars et 5 avril sont destinées à des scolaires et des associations mais restent ouvertes à tous, dans la limite des places disponibles.
Rencontre avec les artistes le vendredi 29 mars à l'issue de la représentation
Carte Blanche le samedi 30 mars
Renseignements et réservations au 01 41 87 20 84.

jeudi 14 mars 2019

Traits animés au musée de l’Illustration Jeunesse de Moulins

Il est possible que j'ai traversé un jour ce département pour aller plus au sud, la Nationale 7 fut un axe très emprunté, mais je ne pense pas m'être arrêtée à Moulins-sur-Allier, où il y a pourtant beaucoup à voir, comme en témoignent les photos de la seconde partie de cet article.

Arrêtons-nous d'abord au mij, autrement dit, en langage moulinois, au Musée de l’Illustration Jeunesse qui présente en ce moment l'exposition Traits animés, dont l'affiche est tirée d'un décor du Printemps de Mélie de Samuel Ribeyron.

C’est une exposition exceptionnelle et atypique puisqu'elle ne met pas en avant le résultat mais le processus créatif qui part du dessin pour aller à l’animation. Elle a été conçue de toute pièce par le musée, en partenariat avec l’École Émile Cohl et le studio Folimage, et il serait dommage qu'elle s'arrête juste avant l'été ... et bien entendu qu'elle ne voyage pas dans d'autres régions.

C'est à une immersion dans le monde du cinéma d’animation qui est proposée au public (adultes et enfants) à travers le parcours de 10 artistes ayant tous des univers singuliers, mais aussi par le biais d'ateliers qui permettent de comprendre comment faire naitre et grandir un film d'animation, jusqu'aux bruitages auxquels les visiteurs prennent beaucoup de plaisir à s'initier.

mercredi 13 mars 2019

Les Fables de la Fontaine ... c'est aussi un restaurant

Les restaurants de qualité ne manquent pas. Chacun a sa spécificité. Les Fables de la Fontaine a la sienne, construite autour du partage.

David Bottreau sait combien il est difficile au client de choisir entre telle ou telle entrée, et de se déterminer surtout pour le plat. Il a réfléchi au moyen d’épargner cette hésitation à ses clients.

La solution s’est imposée naturellement, inspirée de la farandole qui existe au moment du dessert. Le concept est original et pourtant évident, orchestré avec une générosité sans commune mesure et suggérant un voyage gustatif.

Ainsi ce sont trois entrées qui sont disposées sur la table, que l’on est libre de manger dans l’ordre qui nous plait, pourvu de partager avec son copain de table, vous savez, celui avec qui on partage le pain.
Aujourd’hui c’est un Bouillon clair de champignons, ravioles fines farce de crevettes au gingembre.

mardi 12 mars 2019

Les Fourberies de Scapin de Molière ... en réalité augmentée par Tigran Mekhitarian

J'avais déjà vu ces Fourberies de Scapin adaptées avec modernité par La Cie de L’Illustre Théâtre dirigée par Tigran Mekhitarian. Je qualifiais ce travail de déjanté et généreux. Il l'est toujours.

C'était à l'Epée de Bois il y a quelques mois. Le spectacle est maintenant installé au Théâtre 13 et il a bien muri. Le texte classique reste présent, avec les quelques petites coupes déjà remarquées, et revendiquées.

Par contre vous imaginez bien que quelques phrases sont venues renforcer le jeu, en s'appuyant sur des faits d'actualité. Comme la grande toile qui fait office de fond de décor où le mot Justice explose de couleurs vives à coté d'un coeur. Cette évocation à la fois au street-art et à des affaires de violences des forces de l'ordre contre des jeunes des cités est majeure dans le parti-pris des artistes.

L’intrigue imaginée par Molière se situe aujourd’hui : un groupe de jeunes se retrouve confronté à un drame qui transformera chacun d’eux en la personne qu’il rêve de devenir. Parmi eux, un Scapin facétieux aidera ses compagnons à résoudre avec ruse et humour leurs intrigues amoureuses, tout en réglant ses propres comptes avec les pères et les maîtres tyranniques.

Le spectacle commence bien avant l'entrée des spectateurs mais je ne veux pas trop en dire. Arrivez en avance parce que une fois assis dans la salle vous profiterez d'une bonne musique, d'un rap un peu ancien mais qui devient intemporel. Comme Gravé dans la roche de Sniper ... qui date tout de même d'une quinzaine d'années...

Les comédiens tournent comme des ours en cage autour d'un empilement de palettes et d'un escabeau.  On sent leur rage d'en découdre. Plus tard ils danseront sous une lumière stroboscopique. L'arrivée de Scapin jettera un froid : alors ... on fait une p'tite fête et on m'invite pas !

Scapin se présente comme valet expert en fourberie, et il va démontrer son art en ayant recours à la parole autant qu'au geste. Mais avant cela il se fera supplier : J’ai fait de grands serments de ne me mêler plus du monde ; mais si vous m’en priez bien fort tous deux, peut-être...

lundi 11 mars 2019

Océanie au Quai Branly

Je vais faire des jaloux, mais je ne vais pas cacher ce moment impressionnant et émouvant : le vernissage d’Océanie au musée du Quai Branly-Jacques Chirac a commencé après la démonstration de pratiques cérémoniales ancestrales fort émouvantes, et indispensables pour témoigner du respect des communautés.

Guettez le programme du week-end des 29 et 30 juin. J’espère que les artistes qui sont venus le 11 mars se produiront une nouvelle fois.

Une baleine béluga a été aperçue dans la Tamise au moment où l’exposition était présentée à Londres. La rareté de cet animal a donné lieu à une interprétation de la part des communautés comme signifiant l’approbation des ancêtres. Une pierre a donc été prélevée dans le fleuve, pour représenter le «Mori». Elle est placée dans le pa&rcours de l’exposition et l’accompagnera partout désormais.

L’exposition présente 200 pièces, ce qui n'est pas "énorme" et qui donc se visite en suivant un parcours plutôt fluide. le choix témoigne de la tradition et de la modernité de sociétés dont la vitalité est manifeste, et qui ont plus que d'autres, une conscience aigüe des enjeux climatiques.

Si, à Londres, le parcours débutait par le poème de Kathy Gentil-Kijner, Tell them ... Dites leur ce qu'il y a à perdre, écrit (déjà) en 2012, déplorant avec beaucoup de sensibilité la menace de disparition des îles Marshall suite à la montée des eaux consécutive au réchauffement climatique, les commissaires ont choisi de placer la vidéo à la toute fin, afin peut-être de secouer davantage les consciences.
C'est de fait le souvenir le plus poignant que je conserve ... après celui des cérémonies rituelles.
L'enjeu était de représenter l'art océanien de 25 000 îles à travers un choix d'oeuvres anciennes comme contemporaines. Il s'agissait de témoigner de la tradition tout en évoquant aussi des cultures marquées par le commerce, bousculées par la colonisation, l'évangélisation et bien entendu aussi par le changement climatique.
La toute première pièce, intitulée Kiko Moana, (ou chair de la mer) a été réalisée en Nouvelle-Zélande en 2017 en polyéthylène et fil de coton sur une largeur de 4 mètres, et une longueur de 11, par un collectif de quatre artistes maories qui ont voulu représenter une immense vague bleue. L'emploi de la bâche plastique évoque le quotidien de ces populations et le titre renvoie à l'océan ainsi que sa couleur. Les motifs évoquent la tradition textile du tapa (étoffe d'écorce) qui, dans le Pacifique, incombe largement aux femmes et leur confère prestige et influence.

dimanche 10 mars 2019

La dégustation de et mis en scène par Ivan Calbérac

Clôturer une journée à Omnivore par La dégustation ... c'est comment dire ... une parfaite synchronicité ?

On parle beaucoup de feel-good en littérature pour désigner des ouvrages qui "font du bien" à leurs lecteurs. Il me semble que le terme n'est pas employé au théâtre. On se contente de parler, quasiment avec mépris, de "théâtre de boulevard" dès lors qu'il s'agit d'une pièce destinée à faire rire, en général un vaudeville.

La dégustation, même si elle est jouée dans un théâtre qui se trouve sur les grands boulevards (d'où le nom de la catégorie inventée au XIX° siècle) est bien plus que cela.

Voilà donc un spectacle dont on ressort avec le sourire aux lèvres, et la sensation de se porter mieux. Si on veut la caractériser on dira aussi bien qu'il s'agit d'une comédie romantique.

On connait Ivan Calbérac. C'est l'auteur de Venise n'est pas en Italie (qui sort ces jours prochains au cinéma ...). Il sait écrire des répliques qui sonnent juste et il maitrise aussi la mise en scène. Ajoutez des acteurs de (grand) métier et vous aurez le bon cocktail pour garantir l'accord parfait.

Résumons le propos : Divorcé du genre bourru, et célibataire depuis trop longtemps, Jacques tient seul une petite cave à vin. Hortense, engagée dans l’associatif, tout proche de finir vieille fille, débarque un jour dans sa boutique et décide de s’inscrire à un atelier dégustation.
Mais pour que deux âmes perdues se reconnaissent, il faut parfois un petit miracle. Ce miracle s’appellera Steve, un jeune en liberté conditionnelle, qui, contre toute attente, va les rapprocher.
Et quand trois personnes issues d’univers si différents se rencontrent, c’est parfois un grand bonheur… Ou un chaos total. Chacun à leur manière, ils vont sérieusement déguster !

Le spectateur se rend vite compte que chaque personnage a une faille qui sera plus ou moins compatible avec les exigences de son partenaire potentiel. Jacques a un profil passif agressif et Hortense maso-parano, passionnée de psychologie.

L'auteur s'est amusé à multiplier les jeux de mots. Le Médoc devient par exemple le moyen de se soigner d'un état dépressif. On s'amuse et on rit franchement de leurs comportements un peu puérils, jusqu'à ce que l'émotion nous rattrape. On retiendra l'injonction médicale d'écouter son coeur le plus souvent possible. Et pour ma part je ne pourrai plus entendre Petite fleur de Sidney Bechet sans penser à cette Dégustation.

Isabelle Carré et Bernard Campan composent un couple crédible qui nous avait déjà touché au cinéma avec le magnifique film réalisé par Zabou Breitman, Se souvenir des belles choses (en 2002). J'ai aussi pensé aux Emotifs anonymes de Jean-Pierre Améris (2010) où Isabelle interprétait un rôle assez proche.

Mounir Amamra est ce jeune beur apparemment repenti mais incapable de ne pas être tenté par un nouveau larcin. Heureusement le personnage a un coeur d'or et suscite l'attendrissement. Éric Viellard (le voisin libraire) et Olivier Claverie (le médecin) apportent d'autres nuances de jeu à cette pièce très équilibrée. On est surpris qu'elle se termine si vite parce qu'on serait bien resté encore un peu avec cette bande.

On ne peut pas faire l'impasse sur l'alcoolisme et c'est astucieusement que l'auteur nous en rappelle à la fin les conséquences... Et j'espère que la comédienne exécute chaque soir sa danse du soleil. C'est un joli moment aux saluts.

A signaler enfin que le premier roman d'Isabelle, Les rêveurs, sort ces jours-ci en format poche.
La dégustation
Une pièce de Ivan Calbérac
Avec Isabelle Carré et Bernard Campan, Mounir Amamra, Éric Viellard et Olivier Claverie
Mise en scène : Ivan Calbérac
Scénographie : Édouard Laug – Lumières : Laurent Béal – Costumes : Cécile Magnan - Assistante à la Mise en scène : Kelly Gowry
Au Théâtre de la Renaissance
20 Boulevard Saint-Martin, 75010 Paris - 01 42 08 18 50
Du mardi au samedi à 21h
Matinées samedi et dimanche à 16h30
Molière 2019 de la Comédie

samedi 9 mars 2019

Ma Chérie de Laurence Peyrin

C'est un de ces petits bonheurs de mon activité de blogueuse que de découvrir des auteures. Laurence Peyrin écrit depuis un certain temps mais je ne la connaissais pas et j'ai d'abord été séduite par sa personnalité.

Je m'étais rendue à l'invitation de Babelio complètement par hasard. Je ne me serais peut-être pas arrêtée sur la couverture de Ma Chérie et j'aurais manqué un vrai plaisir de lecture.

Elle a présenté son héroïne comme une trentenaire un peu naïve, tombée sous le charme d'un richissime agent immobilier qui a fait d'elle sa maitresse officielle, sans lui promettre le mariage. La jeune femme vit sur son nuage à Coral Gables, le quartier chic de Miami, et se satisfait de ce qu'elle a car c'est un caractère heureux. Elle va tomber de haut quand l'amant est arrêté pour escroquerie. Elle se retrouve sans domicile, sans argent et sans ami(es) si on peut appeler comme tel les personnes qui gravitaient autour d'elle.

Il va falloir qu'elle consente à baisser la tête et à demander asile chez ses parents. Au cours du trajet en bus un homme va s'asseoir à coté d'elle, un homme noir, ce qui, dans les années 60, dans le sud des Etats-Unis très conservateur était encore scandaleux. Cette rencontre sera déterminante car elle va lui permettre de révéler sa vraie personnalité.

J'ai aussitôt pensé à Rosa Parks, et c'est sans surprise que j'ai découvert à la fin du livre que la détermination de cette femme est le point de départ de l'écriture. Je ne spolie rien en le soulignant. Il y a dans le roman des références historiques extrêmement émouvantes. 

J'ai vraiment aimé la construction et la narration. On sent que Laurence Peyrin connait bien l'Amérique (où elle se rend régulièrement car une de ses filles vit en Floride et on sent -p.302 combien elle y est attachée) tout autant que l'âme féminine. Tous les personnages féminins sont bien campés et leur évolution est intéressante, en particulier aussi celle de Suzie, l'ennemie d'enfance qui sera plus tard une précieuse alliée. Les hommes sont plus faibles mais ils sont touchants eux aussi, sans doute parce qu'ils ont des failles. Je pense surtout à son père.

vendredi 8 mars 2019

Bonjour enfermez-moi de et avec Anna Jouan dans une mise en scène de Thomas Lempire

C'est de mon point de vue une des "missions" des bloggeurs que de consacrer le plus de pages possible à des découvertes, ce que les journalistes, les vrais, faisaient autrefois ... mais ça c'était avant ...

Il me semble que je remplis cette mission en littérature puisque je chronique beaucoup de premiers romans. Je vais aussi le plus possible découvrir des premiers films (j'ai la chance d'être invitée à des avant-premières ou des festivals). Il est probable que je n'accorde pas assez de temps aux premières pièces et aux premières mises en scène, non par désintérêt mais par manque de disponibilité. Je n'aurais en tout cas pas voulu rater ce Bonjour enfermez-moi qui s'est faufilé dans la programmation (excellente) du Studio Hébertot pour une soirée exceptionnelle mercredi 27 février.

J'étais intriguée par l'emploi du terme de showcase pour qualifier la soirée. Littéralement "vitrine d'exposition" j'ai davantage l'habitude de voir cette expression dans le monde de la musique (que je chronique aussi un peu) pour désigner une représentation musicale promotionnelle — avec ou sans musiciens — devant des professionnels ou dans un lieu ouvert à un public choisi, dans le but de roder un nouveau spectacle.

L'auteure-interprète Anna Jouan et son metteur en scène Thomas Lempire (dont c'était la première mise en scène) ont bien fait d'employer ce mot parce qu'il illustrait la pression qu'ils avaient sur les épaules et en même temps il les dédouanait d'être parfaits.

La surprise d'assister à un spectacle abouti et non "en devenir" a été d'autant plus forte.

C'est un seule-en-scène mais la comédienne, qui est aussi l'auteure, se révèle dans une infinité de facettes, nous offrant bien plus qu'un monologue. Le jeu d'Anna Jouan est tour à tour déconcertant, émouvant, drôle, profond ... Elle sait jouer la comédie, c'est le minimum, mais elle est tout autant capable de mimer, de chanter et de danser. On ne peut qu'être conquis par la performance qui nous transporte dans un univers poétique, tragique, évocateur d'autres mondes.

On devine que le projet a longuement mûri et que probablement il continuera (d'où le terme de show-case). On se doutait qu'elle avait ce soir là comme le chantait Léo Ferré "le cœur battant jusqu'à la dernière battue" et elle le confirma aux saluts.

Sur scène elle est une jeune femme devenue loup et qui a décidé de s’enfermer pendant 9 mois, 274 jours et 23 668 200 secondes, mais de partager avec nous son cheminement avec le fol espoir d'être acceptée telle qu'elle est (et devenaient) et donc comprise.

Les premières secondes installent l'atmosphère. La jeune femme descend prudemment l'escalier coté jardin, tenant précieusement une brassée de papier qui s'ajoutera à ce qui jonche déjà le sol de sa grotte. Le texte est d'abord prononcé en voix off alors qu'elle s'exprime à la manière d'une poupée désarticulée.

Elle révèle son identité dans la seconde scène dans un silence épais : je m'appelle Sarah. J'ai des planètes dans la bote crânienne. Je suis un loup.

Le spectateur suivra jour après jour, l'évolution de ses pensées qui se déploient tout au long d'une très belle performance. On a envie de retenir le temps qu'elle note sur le tableau noir du fond de scène. On comprend que c'est fini quand la comédienne tire sur les rideaux pour s'en faire un voile de mariée.

Il n'est pas nécessaire d'avoir vu Le temps des gitans d'Emir Kusturica pour apprécier la chorégraphie précédente, sur des images noir et blanc qui se déploient alors que Ederlezi exerce son pouvoir envoutant. Cette musique de Goran Bregovic souligne le coté surnaturel de la situation et la difficulté de réaliser ses rêves. Il n'est pas davantage indispensable de connaitre le répertoire de l'opéra pour apprécier ce Kindertotenlieder, et peu importe si ce n'était pas une musique de Gustav Mahler. J'ai pensé voir Penthésilée et sa meute sur la banquise du Théâtre national de Chaillot (1982) et cette évocation était émouvante.

Chaque spectateur pourra faire d'autres liens. C'est la richesse de ce spectacle d'avoir le potentiel pour parler à tous, y compris aux amateurs de variété française.


Le travail de Thomas Lempire, servi par les lumière de Noé Lorridan est bien plus qu'une mise en espace et on souhaite une reprise très bientôt dans ce théâtre ou sur une autre scène.

On espère qu'il ne faudra pas attendre dix mille ans pour ne mourir de rien et vivre de tout. Ce soir là cette équipe talentueuse faisait mentir le poète. On ne pouvait pas dire qu'il n'y avait plus rien.

Showcase "Bonjour enfermez-moi" d’Anna Jouan
Mise en scène de Thomas Lempire
Interprétée par Anna Jouan
Lumières de Noé Leridan,
Mercredi 27 février 2019 à 21heures
Au Studio Hebertot - 78 bis boulevard des Batignolles - 75017 Paris

jeudi 7 mars 2019

San Perdido de David Zukerman

L'édition 2018 est à peine terminée, et le marathon des 68 reprend avec 15 nouveaux premiers romans qui ont été sélectionnés parmi ceux qui sont sortis à la dernière rentrée littéraire, celle de janvier 2019 ... puisque celle de septembre est déjà loin.

Ce sont près de 500 ouvrages qui arrivent en librairie dont 77 qui ont été écrit par quelqu'un qui se lance dans le métier. Même si les seconds romans (et les suivants) méritent qu'on s'y intéresse il va de soi que les premiers ont une place à part et que l'attention qu'on leur porte est précieuse pour les auteurs.

Certains rencontrent immédiatement leur public. C'est le cas de San Perdido dont on parle déjà beaucoup, et à juste titre. Nul besoin de comprendre l'espagnol pour avoir pigé qu'il sera question d'un trou perdu ou d'un lieu de perdition ...

L'illustration de la couverture m'évoque les quartiers pauvres des périphéries des villes mexicaines, aux façades très colorées, joyeuses et tentantes, où l'on a envie de faire du tourisme sans réaliser qu'y mettre le pied serait une aventure risquée.

On a tous en tête une vision de ces "favellas" et autres décharges à ciel ouvert comme celle de San Perdido où survivent des chiffonniers. Notre imaginaire est nourri de reportages et de mythes. On pense évidemment qu'émergera un personnage de femme forte ... à l'image de Mère Teresa. 

C'est le domaine de Felicia, la Ghanéenne qui se prendra d'affection pour Hissa, l'enfant battu et pour celui qu'elle surnomme La Langosta, un gamin muet à la force herculéenne, à l'intelligence extrême  et au regard brûlant, sorti de nulle part, que tout le monde désignera sous le nom de La Mano et dont la véritable identité, Yervo Kwinton, ne sera connue que par quelques intimes.

David Zukerman prévient le lecteur et instaure d'emblée la règle du jeu : Les légendes sont chargées de mensonges plus vrais que la vérité. Elles font sourire les sceptiques et applaudir les naïfs (p.9). La définition qu'il donne du héros est son fil directeur : Qu’est-ce qu’un héros, sinon un homme qui réalise un jour les rêves secrets de tout un peuple ? (p. 10) Quant au dernier paragraphe du roman il a pour moi le ton du conte.

Les quatre cent pages du récit se lisent avec plaisir. On se laisse projeter dans ce que certains ont pensé être un eldorado, une petite ville côtière du Panama aussi impitoyable que bigarrée, dans une région marquée par les scandales et les contrastes, où le pauvre peut grimper dans la hiérarchie sociale et où le riche peut tout perdre en un éclair, dans un mouvement de balancier dont le lecteur va découvrir le bras.

La décharge, le palais du gouverneur, la villa de l'avenue de Santa Clara, le boulevard des Négriers et la place Dorée sont autant d'univers différents, chacun ayant ses codes, où se côtoient, s'évitent et parfois se rencontrent une pléiade de personnages hauts en couleur. Ils composent un puzzle qui est le théâtre de leurs turpitudes, de leurs passions et parfois de leurs enrichissements, financier ou personnel.

A San Perdido les notions de bien et de mal sont relatives. La pauvreté force à accepter des actes intolérables partout ailleurs (p.69) et la beauté peut être une malédiction.

Le roman est exotique, bien sûr, très savoureux, historique (on en apprend beaucoup sur les  anciens esclaves africains qu'on désigne sous le nom de Cimarrons), propice à exalter notre imaginaire et notre soif de justice. On palpite. On sourit. On tremble. On s'interroge sur les liens qui unissent chaque protagoniste à l'enfant mystérieux. On sera fixé le moment venu, au bout d'un voyage qui restera longtemps dans nos mémoires.

San Perdido de David Zukerman, Calmann-Lévy,  en librairie depuis le 2 janvier 2019

mercredi 6 mars 2019

Je ne me souviens pas de Mathieu Lindon

Mathieu Lindon a pris le parti inverse de celui de Georges Perec en choisissant de lister ce dont il ne se souvient pas et qui ... bien entendu nous accroche tout de suite, sans doute par esprit de contradiction : Je ne me souviens pas que ce que je raconte est susceptible de ne pas intéresser mon interlocuteur, je ne veux pas croire que je parle à un être dénué de curiosité.

L'oreille du spectateur est alertée par le premier non-souvenir qui parle à chacun de nous puisque c'est le "fameux" vase de Soissons dont nous ne sommes pas plus que lui complètement certain de l'histoire.

L'auteur, journaliste et romancier, dévide le fil de ses pensées et nous livre un auto-portrait en creux et chronologique, depuis l'enfance jusqu'à sa vie d'adulte sans occulter bien entendu la découverte de la sexualité, ni craindre d'exposer ce dont il ne tire aucune fierté : voici comme je suis, débrouillez-vous !

On écoute avec attention en étant traversé de multiples émotions, y compris la joie parce que l'humour est bel et bien présent, juste avant que la parole ne bascule dans une confidence plus sombre. On se croit préservé dans notre fauteuil mais on est assailli de questions. Pourrions nous faire resurgir notre visage d'enfant ? Est-il vrai que les souvenirs ne peuvent pas tenir lieu d'expérience ?

C'est un bel exercice de style mais c'est tout autant un beau jeu d'acteur. La vivacité de l'interprétation de Christophe Dellocque ne laisse pas la salle en repos.

On est tenté un instant de nous livrer à l'exercice ... On en ressort en s'interrogeant sur ce qu'on retient de notre propre vie, ignorant que nous sommes de notre premier souvenir.
Je ne me souviens pas de Mathieu Lindon
Adaptation de Christophe Dellocque et Sylvain Maurice
Collaboration artistique Sylvain Maurice
Avec Christophe Dellocque
Au Théâtre des Déchargeurs
3, rue des Déchargeurs - 75 001 Paris - 01 42 36 00 50
Du 21 février au 6 avril 2019

Les Jeudi, Vendredi et Samedi à 18h30

mardi 5 mars 2019

MARDI ... crêpes on you !

L'enseigne existait déjà au 137, rue Montmartre, dans le 2ème arrondissement, dans ce qu'on appelle le quartier de la Bourse. En choisissant de se rapprocher du centre de la capitale, à quelques mètres de Beaubourg, les fondateurs ont apporté quelques changements à la formule, ... et ce n'est pas fini parce que, bien que proches, les deux établissements ont déjà des clientèles aux goûts différents et très marqués.

C'est le M démesuré qui attire l'oeil le premier. M ... comme MARDI  comme Merci aussi, qui en se lisant à haute voix conjugue le verbe aimer.

J’ignorais le concept de crêperie urbaine. Il faut goûter pour comprendre. En résumé, prenez un grand classique de la cuisine (parisienne) de rue et installez-le dans un vaste espace d'une centaine de mètres carrés où votre clientèle pourra s’attabler, travailler, réunir ses collègues ou copains ... de préférence dans l’hyper centre de Paris. Avec un wifi accessible, évidemment.

Mais avant cela il vous faudra faire preuve de ténacité et d’imagination pour proposer des vraies recettes, plutôt rapides à préparer (tout est fait à la minute) dans un format plus propice à la dégustation que le disque traditionnel, qu'il s'agisse des recettes salées ou sucrées.
Présenté comme ça l’évidence était pour moi sans appel. Il fallait inventer les crêpes carrés mais je n’osais le dire, par crainte du ridicule. C’est exactement à la même conclusion que Maxim Simon et Guillaume Morand ont abouti et ils ont eu l’audace de le faire en appliquant leur slogan à la lettre : Yes we crêpe !

lundi 4 mars 2019

Tout ce que tu vas vivre de Lorraine Fouchet, aux éditions Héloïse d’Ormesson

C'est le vingtième roman de Lorraine Fouchet et il me semble que c'est le meilleur. Il est possible que j'ai cet avis à chaque fois ... en tout cas j'ai beaucoup aimé celui-ci et je m'attends à une nouvelle heureuse surprise avec le suivant car cette auteure parvient à conserver le cap tout en se renouvelant à chaque fois.

Lorraine est parisienne mais elle est tombée en amour pour la Bretagne. Elle trempe sa plume dans l'eau des océans du monde entier et mon petit doigt me dit que ce n'est pas fini.

Cette fois elle nous fait prendre le large pour aller de Groix (qui reste sans doute son île préférée) à la Patagonie, au pays des manchots. Elle décrit des paysages fabuleux, comme les Glaciers Bleus qui sont dépaysants pour le lecteur qui n'a connu que les cotes bretonnes.

Le roman commence par une tragédie, inspirée de l'expérience professionnelle de sa vie antérieure, quand elle était urgentiste (cela étant il semblerait qu'on reste médecin toute sa vie). Un homme décède de crise cardiaque alors qu'il est en galante compagnie, avec une amoureuse dont Lorraine nous tait l'identité, en nous donnant pour seul indice qu'elle habite le même immeuble. Ça titille.

Je découvre que l'amour tue et que l'arrêt du coeur de mon papa a fait bouger mon ordinateur. On n'est pas dans un film de science-fiction, c'est la réalité (...) il existe entre les humains et les objets un lien inexplicable (p.19).

C'est Dominique, que tout le monde appelle Dom, quinze ans, qui nous raconte l'histoire, ... enfin ce qu'il en sait, et ce qu'il va découvrir, car sa vie bascule à nouveau quand il reçoit les condoléances, pour le moins surprenantes, d’un inconnu. Un expatrié français en Argentine qui aurait connu ses parents à la naissance de sa sœur en Amérique du Sud. Voilà qui serait sympathique ... si Dom avait une sœur ...

Une bonne fée s'est engagée à veiller sur le jeune homme. C'est la fameuse amoureuse, qui elle aussi raconte sa version de l'histoire en faisant avancer la résolution de l'énigme depuis le poste de vigile qu'elle occupe dans le bistrot d'en face.

On sent combien Lorraine Fouchet a été marquée par l'accompagnement de ceux qui partent dans le suet comme elle l'écrit avec poésie. L'expression revient à plusieurs reprises. Avec des hommages discrets à Maurane et à ceux qu'elle appelle les copains de Charlie Hebdo. J'ai trouvé que ce roman était particulièrement nourri de légendes. En toute logique puisqu'en Bretagne on est superstitieux parce que ça porte malheur de ne pas l'être (p.155). Il est profondément amarré dans un terroir et cela lui donne du charme. N'allez pas croire cependant qu'il soit difficile à lire. Les petits manchots qu'Anne-Marie Bourgeois a placés de page en page apportent une fantaisie bien sympathique.

Les fidèles lecteurs de Lorraine Fouchet peuvent être rassurés. Il y a dans ce livre évidemment, ce n'est plus une surprise, une recette de cuisine (cette fois ce sera -p.45- le magical cake de Martine, dont vous trouverez la recette à la fin), la play-list des morceaux de musique cités (et c'est toujours très agréable de retrouver des morceaux qui ne passent plus sur les ondes comme le Warum de Camille, dont je me souviens encore de la voix, profonde et douce à la fois) ... et du champagne mais, à l'inverse d'une de ses consœurs écrivaines qui mentionne systématiquement une maison différente dans chacun de ses romans, Lorraine est fidèle au Mercier Blanc de noirs.

Les personnages ont des caractères bien trempés qui participent à l'attachement que le lecteur éprouve assez vite. On découvre des Amérindiens fiers et valeureux comme les Bretons (p.154). On aimerait que tout se termine bien, mais on a peur que ce ne soit pas possible pour ces âmes cabossées, subissant les conflits familiaux et s'étouffant dans les secrets. Il est possible que ce soient des valeurs partagées qui serviront de viatique pour affronter les démons.

Lorraine pose la question d'être heureux, quand on est seul, de l'absence ... On y apprend plein de détails historiques et géographiques (par exemple pourquoi la Terre de feu s'appelle ainsi) mais on retiendra surtout qu'à coeur vaillant rien d'impossible !

Tout ce que tu vas vivre de Lorraine Fouchet, aux éditions Héloïse d’Ormesson, en librairie le 7 mars 2019

dimanche 3 mars 2019

Corona mexicana de caramelo

Si la cuisine mexicaine est réputée ce n'est pas pour ses desserts qui, souvent sont même absents des repas. Le plus fréquent est une sorte de gelée qui s'explique par la proximité américaine et toutes les pâtisseries se ressemblent ... sauf quand elles sont d'inspiration française.

Il y a tout ce même des flans et des gâteaux faits à partir d'un ingrédient très courant dans ce pays, le lait condensé sucré. Je me suis inspirée d'une recette, le Pudim de leite de Bernard (p. 198 de son livre Les desserts, tour du monde en plus de 110 recettes, Flammarion, 2017) qui bien que brésilien se rapproche le plus de quelque chose qu'on pourrait déguster au Mexique.

Il est très facile à réaliser, à condition d'être un peu prudent avec la réalisation du caramel (c'est que j'ai des souvenirs cuisants avec cet ingrédient !).

Première étape, le choix du moule, de type moule à savarin, mais à fond plat. Ensuite la préparation du caramel avec 150 grammes de sucre et pas un gramme d'eau. Versez le sucre en trois fois dans la casserole pour que le caramel se réalise avec fluidité. Je conserve le sucre en poudre dans une bouteille dans laquelle j'ai glissé une gousse de vanille ouverte. Il est ainsi délicatement parfumé.
C'est alors que c'est un peu délicat parce qu'il sera impossible de napper le moule entièrement. On fait de son mieux en laissant le destin prendre en main la suite des événements. Ma photo est honnête : vous verrez que la partie centrale intérieure n'est pas nappée. Et surtout on ne se laisse pas déstabiliser par les craquements du caramel qui refroidit alors qu'on entreprend la seconde étape.
Seconde étape, l'appareil à flan puisque vous le verrez le résultat en est très proche. Il faut juste avoir à disposition un blender (comme on fait au brésil) parce que l'homogénéisation des trois ingrédients sera juste parfaite, et ultra rapide : deux boites de lait condensé sucré de 397 grammes chacune (volume standard), le même volume en lait demi-écrémé et 5 oeufs entiers. Impossible de faire plus simple.

samedi 2 mars 2019

La guerre en soi de Laure Naimski

J'avais découvert Laure Naimski avec son premier roman, En kit.

Le style est constant, avec des phrases courtes, efficaces, et un parler vrai qui ne s'encombre pas d'édulcorant.

Je m'attendais, dans une sorte de conformisme stupide, il faut le reconnaitre, à retrouver dans son second roman, l'humour décalé que j'avais tant apprécié cinq ans plus tôt. Manifestement l'auteure a muri et le thème sous-jacent de l'altérité autour la figure de l’étranger (qui était en filigrane dans En kit) s'est nettement assombri

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