Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

dimanche 4 juillet 2021

Une exposition-promenade photographique sur le festival d’Avignon dans le Jardin des Doms

 Puisqu’il me faut continuer à écrire mes chroniques, autant le faire dans un cadre agréable. C’est l’occasion de découvrir le populaire Jardin des Doms, ce jardin extraordinaire attenant au Palais des Papes que je n’ai jamais eu l’idée d’arpenter, je monte par l’escalier Sainte-Anne, et c’est un effort comme s’en plaignent quelques estivants en mal de digestion.

Le soleil tape franchement mais le mistral souffle bruyamment, concurrençant les cigales qui sont en ce milieu d’après-midi au plus fort de leurs cymbalisations, à l’abri dans les grands platanes à l’écorce caractéristique.


Mon œil est attiré par cette photo, intitulée Un moment de répit, montrant Jean et Andrée Vilar, dans le Verger Urbain V en 1952, faite par Agnès Varda. Je réalise qu’elle est numérotée 23 et qu’il doit donc y en avoir d’autres.

Effectivement, d’immenses tirages en noir et blanc sont disposées, composant un parcours que l’on suit de manière aléatoire. Je me demande si les noms des personnalités, qui furent en leur temps des célébrités encensées, disent encore quelque chose à la jeunesse pour qui ce jardin est avant tout un lieu de rencontres où l’on peut bavarder sans masque et presque à l’abri des regards indiscrets.
Des policiers scrutent l’évolution de l'ancienne prison, où sans doute ils ont des souvenirs. L’espace sera reconverti en habitation haut de gamme. Je m’interroge sur la nature de la motivation qu’on pourrait avoir à y résider. Le panorama est grandiose de tous les cotés. A commencer par le clocher du cloître des Carmes que Gérard Philippe (en Prince de Hombourg en 1951 par Agnès Varda) semble contempler.
Je regarde ces participants aux Rencontres internationales de jeunes en visite au Fort saint André en 1956 (encore une photo d’Agnès Varda) et je réalise que mes parents devaient être habillés comme cela.
Je me souviens de mon premier festival, en 1981, deux ans avant celui qui a marqué Charles Berling puisqu’il jouait dans Dernières nouvelles de la peste créé par Jean-Pierre Vincent dans la Cour d’honneur. Je me retiens de n’être pas nostalgique de cette époque, pas tant parce que j’étais très jeune, avec comme on dit l’avenir devant moi, mais surtout parce que, bien que travaillant auprès d’artistes qu’on disait engagés, personne n’a rien vu venir des crises que nous subissons et qui ne sont peut-être qu’un début.
Sans doute avions nous l’insouciance de Jean-Pierre Darras et de Philippe Noiret saisis par l’objectif de Maurice Costa un jour de relâche à Sorgues en 1959 alors que les enfants d’aujourd’hui ne songent pas à jouer. Aucun n’enfourchera les chevaux artificiels.
Les statues portent des noms d’hommes qui furent illustres et qui, désormais, sont connus comme désignant des noms de rue que l’on avale à grandes enjambées pour aller d’un théâtre à un autre. Comme Paul Sain ou Félix Gras. S’il n’y avait pas ce détail on se croirait au Parc de Vincennes.
Agnès Varda signe un grand nombre de clichés. Les années ont passé mais le talent demeure intact. On voit ci-dessous un instant de pause entre deux répétitions pour Georges Wilson, Agnès Varda, Maria Casares et Gérard Philipe dans la Cour d’honneur du Palais des papes Avignon 1954 (photo A.Varda).
Le souci d’information du visiteur se manifeste sur des panneaux au texte abondant. Un ornithologue a sans doute voulu faire un geste éducatif en montrant que chaque oiseau a son propre habitat. La mésange bleue est une espèce forestière présente dans toute l’Europe. Elle se nourrit d’insectes et de chenilles, sa taille 12 cm, son poids 9 à 12 grammes, sa couvée de 9 à 13 œufs. Le moineau Friquet appartient à la famille des passereaux insectivore se nourrit d’insectes. Sa taille est de 15 cm, son poids 19 à 25 grammes et sa couvée de 2 à 7 œufs.
 
Par contre aucun jardinier n’est venu accrocher des étiquettes pour indiquer le nom des arbres. C’est pourtant à force de répétitions qu’on les mémorise. Je m’interroge sur celui-ci et ses petits fruits rouges. Un coup de Plannet bien sûr pour vérifier qu’il s’agit bien d’un mûrier.
Je suis surprise de découvrir un panneau à la gloire des Vins du Rhône qui, à mon approche, déclenche une alerte sur mon téléphone pour me motiver à ouvrir le site Internet correspondant. Comme si c’était d'un intérêt supérieur aux arbres. 
Mon regard plonge sur les pieds de vignes.
Au loin s’étendent les terres cultivées de la ferme biologique de la Reboule.
Le Rhône coule puissamment. On aperçoit au loin l'usine-écluse d’Avignon
Vu d’ici, le pont a une toute autre allure et on comprend qu’il a été construit pour rallier le Palais à la Chartreuse. Je lui ai consacré un billet particulier hier.
Le fleuve va bientôt être en crue. Ce n'est pas cette année que les danseurs y répèterait Le sacre du printemps, ballet du XXeme siècle de Maurice Béjart, sur un îlot sur le Rhône devant le Pont Benezet.(photo de Maurice Costa). Je me passionne pour ces photos, si belles, et d'une époque où le festival d'Avignon n'était pas aussi frénétique.
 
Jean Vilar en pleine réflexion entre deux répétitions du Triomphe de l’amour au Tinel de la Grande Chartreuse de Villeneuve-les-Avignon (photo Agnes Varda), et à droite, voilà sans doute comment on portait le masque en ce temps là. 
Maria Casares en répétition de Macbeth dans les vergers Urbain V (ci-dessus) et Scheherazade en pause, Sylvia Monfort, verger Urbain V Avignon 1948, (Agnès Varda) ci-dessous.
Les clichés alternent entre pause et moment en costumes. Ici La Calandria avec Françoise Spira et Jean Négroni dans le Verger Urbain V Avignon 1951 (photo Agnès Varda).
Ils restituent la présence inoubliable de ceux qui ont fabriqué une autre façon de faire et de partager le théâtre : Jean Vilar et toute la belle troupe du TNP, Gérard Philipe, Maria Casarès, Philippe Noiret, Silvia Monfort, Daniel Gélin… et tant d’autres. Ces images nous révèlent l’autre côté du plateau, les coulisses des nuits avignonnaises : le travail, l’esprit d’équipe, la fatigue, le jeu, le repos, la famille, et toujours la présence clairvoyante de Jean Vilar qui dirige et invente en toute nécessité, le théâtre sous le soleil, le théâtre loin de Paris. Elles témoignent de l’empreinte d’Avignon dans le théâtre de Jean Vilar.
Elles nous disent aussi la force, la vitalité et la joie de faire du théâtre ensemble, hier comme aujourd’hui. Sans bureau grandiose mais une simple toile de tente où l'on reconnait le patron avec sa salopette, son chapeau son cartable.

Les artistes étaient aussi connus pour jouer au foot. Voici le match annuel entre l’équipe du TNP et l’Olympique Avignonnais autour de Daniel Gelin, au stade Bagatelle, île de la Barthelasse, Avignon 1960 (Photo Maurice Costa).
L'exposition d'une trentaine de photographies singulières, en grands formats, est présentée, cinquante ans après la disparition de Jean Vilar, par l’association Jean Vilar qui invite à parcourir en plein air l’aventure vilarienne Côté Jardin, hors du temps, des représentations, «sous le ciel et la pierre glorieuse» d’Avignon. Elle s’inscrit dans le 75e Festival d’Avignon et est à découvrir du 4 juin au 14 novembre 2021 au Jardin des Doms, en accès libre.

Issues d’un minutieux travail de recherche dans les archives de la Maison Jean Vilar et dans différents fonds publics et privés, ces photographies – souvent inédites – témoignent de la vitalité et de l’engagement de Jean Vilar et de sa troupe. Elles disent aussi le lien indéfectible du théâtre et du Festival avec la Ville d’Avignon. Elles sont signées d’Agnès Varda, l’amie sétoise, de Maurice Costa, le témoin local, et de tous les autres photographes qui ont suivi l’aventure du Théâtre National Populaire dans son midi : Suzanne Fournier, Serge Lido et Boris Lipnitski.

Pour ceux qui voudraient connaitre l'histoire du jardin il faut dire qu'à l'origine le site du Rocher des Doms  n'était qu'un îlot calcaire dominant de plus de 30 mètres la plaine du Rhône, offrant un excellente protection naturelle aux premiers habitants du lieu à la fin de la Préhistoire. Il devient un important «oppidum» dès l'âge du Bronze (1800 à 900 av. J.-C.) et l’âge du Fer (900 à 50 avant JC) alors que la vie se développe à ses pieds.

Les Romains ne négligent pas cette position stratégique : L’oppidum fortifié se transforme en «castrum» protégeant la cité. Puis au fil du temps, cette citadelle laisse place à un château, emblème du pouvoir comtal. Déjà à proximité, siège et réside l’évêque. Au XIIe siècle, la Commune libre érige à son tour un palais sur l’éperon rocher, au sud de la cité épiscopale. Enfin, au XIVe siècle, est édifié le Palais des papes, véritable forteresse symbolisant le pouvoir suprême de l’église qui place l’ensemble des monarques du monde chrétien sous l’autorité spirituelle de son chef, le souverain pontife.

Préservée de l’urbanisation, la partie Nord du rocher devenu au Moyen Âge lieu de pacage communal, est durant plusieurs siècles, abandonné aux moutons. Seuls sur cette proéminence aride et déserte, balayés par le mistral se sont implantés quelques moulins à vent, utiles au cas où la ville aurait à soutenir un siège et lors des inondations. Au XVIIIe siècle, avec la vogue du mouvement aériste, le Rocher devient un lieu de promenade très fréquenté, apprécié pour son bon air et son panorama.
Créés en 1830 pour parer au chômage, des ateliers de charité permettent d’effectuer des terrassements importants et de niveler la partie haute du lieu, l’accès au Rocher étant facilité par la construction de larges rampes balancées à l’italienne à partir de la place du Palais et au nord de la cathédrale. C’est sous le Second Empire, que le projet d’aménagement est véritablement mis en œuvre.
L’architecte paysager a conçu un jardin anglais à rocaille avec cascade et fontaines, où alternent bosquets et pelouses ombragées d’arbres d’espèces variées. Dominé par une grotte artificielle au-dessus d’un bassin, le jardin est sillonné par des sentiers tortueux, au détour desquels le promeneur découvre des points de vue panoramiques.
Une pièce d’eau où cygnes et canards s’ébattent autour de la Vénus aux hirondelles de Félix Charpentier, 1894) renforce l’effet de paysage naturel.
Dès le milieu du XIXe siècle, le jardin est animé par des monuments érigés à la gloire de personnalités locales : l’agronome Jean Althen, introducteur de la garance dans le département du Vaucluse, le félibre Félix Gras, les artistes Paul Saïn et Paul Vayson. Un cadran solaire analemnatique est installé en 1930. Le monument aux morts du sculpteur Bottinelli a été inauguré en 1924.
L’eau est d’abord amenée au Rocher pour l’arrosage du jardin grâce à une pompe à vapeur, établie en 1847-48 au pied de l’escalier Sainte-Anne. Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, un premier projet d’adduction d’eau voit le jour avec la construction de réservoirs reliés à une usine des eaux située dans le quartier de Monclar (au sud de al ville). À partir de 1934 ceux-ci sont alimentés grâce à une conduite de 8 km par les eaux pompées dans la nouvelle usine de la Signone, construite près de Cantarel, sur la route de Marseille. Dans les années 70, de nouveaux réservoirs plus importants sont implantés.
Leur partie supérieure aménagée en terrasses, offre un panorama unique sur le Rhône, le pont, l’île de la Barthelasse et, au-delà, Villeneuve-lez-Avignon.

On a un point de vue intéressant sur la Chartreuse du Val de bénédiction, ensemble architectural exceptionnel au pied du Mont Andaon. Sur cet emplacement se trouvait la livrée du cardinal Étienne Aubert, futur pape Innocent VI. Elu en 1352, le nouveau pontife poursuit les travaux de son palais puis, en 1356, décide d’y fonder une chartreuse qui devient vite l’une des plus vastes et des plus opulentes de l’ordre. Agrandie au fil des siècles, elle s’organise autour de trois cloitres. La chapelle du tinel est encore ornée de fresques exécutes par Matteo Giovanetti, le «peintre du pape». Dans son église est conservé le tombeau d’Innocent VI. Au moins un spectacle du festival se déroule chaque année dans la Chartreuse.
Dans le lointain, par temps clair, se découpent le massif des Alpilles et le Mont Ventoux (que l'on devine ci-dessus). Une table d'orientation permet au visiteur de se repérer.
Exposition Côté Jardin, promenade photographique au Jardin des Doms
Du 4 juin au 14 novembre 2021
Tous les jours de 7h30 à  22h (juin/juillet) – 20h (août/septembre) – 18h (octobre/novembre)
Entrée libre
Accès par la Place du Palais des Papes ou l'escalier Sainte Anne - 84000 Avignon.

samedi 3 juillet 2021

Se promener sur le Pont d'Avignon

Qui n’a jamais rêvé de vérifier si on pouvait danser sur le Pont d’Avignon ?

La légende attribue la construction du Pont à Bénezet, un jeune berger guidé par des voix pour accomplir cette mission.

L’histoire lui reconnaît un rôle majeur, celui d’avoir suscité des dons et fondé une communauté charitable qui lui a survécu.

Edifié entre 1177 et 1186, le pont comptait 22 arches et mesurait 900 mètres : les piles d’un ancien pont romain auraient servi d’assises à celles du nouvel ouvrage dont le tablier était de bois. Détruit lors du siège de 1226, il est reconstruit en pierre et surélevé.
La chapelle bâtie sur la troisième pile en marque les niveaux successifs.
Un châtelet, auquel il est relié par un pont-levis est édifié au XIVe siècle pour en contrôler l’accès. Il est surélevé au XVe siècle.

Constamment réparé en raison de la violence du fleuve, le pont est jugé dangereux dès 1668. Fermé à la circulation, il se dégrade progressivement. Seules quatre arches subsistent.
L’île de la Barthelasse avec ses 700 ha, se présente comme la plus grande ile fluviale de France. Véritable poumon vert de la ville, cette zone de végétation participe à conserver l’unité du site d’avignon-Villeneuve dont elle constitue le trait d’union.

Villeneuve doit son origine au Mont Andaon occupé, comme le rocher des Doms, dès la période préhistorique. Une sainte ermite, Casarie, s’y réfugie au VI siècle et y termine ses jours : sur ce lieu de dévotion est fondé au Xe siècle, le monastère bénédictin de Saint-André autour duquel bientôt se forme une petite bourgade. A l’extrême fin du XIIIe siècle, entre cet éperon rocheux et la tour défendant l’accès au pont d’Avignon, Philippe le Bel fait tracer une « ville neuve ».

Mais c’est à l’époque pontificale qu’elle connaît un développement important. La liaison directe par le pont Saint Bénézet en avait fait une véritable extension d’Avignon. En sus des défenses élevées par la royauté, la petite cité voit se multiplier les livrées cardinalices, les fondations pieuses et même un palais pour le pape Clément VI. L’activité artistique exceptionnelle d’Avignon, résultat du séjour de la papeauté, y trouve naturellement son prolongement.
Le Rhône qui marque encore la limite entre deux départements et deux régions, a matérialisé jusqu’en 1791 la frontière entre Royaume de France et Empire.
Quand le fleuve n'est pas en crue ou trop dangereux, une navette fluviale (gratuite) conduit les promeneurs jusqu'à l'ile de la Barthelasse.
Le Kabarouf et plusieurs restaurants y ont grande réputation. Un camping accueille aussi les estivants.
Vous aurez deviné la réponse à la question posée au début de l'article. On ne peut pas danser sur le pont. Les pavés ne se prêtent pas à ce type d'activité.
Par contre le monument offre une vue différente sur le rocher des Doms et le Palais.
Ceux qui sont férus d'histoire et qui aiment lire pourront suivre toute l'histoire du Pont à l'aide d'une multitude de panneaux, ou suivre une visite commentée par un audioguide, ce qui, pour moi, n'est pas propice à la prise de notes.
Pont d'Avignon, accès par le boulevard de la Ligne, 84000 Avignon
Téléphone : 04 32 74 32 74

vendredi 2 juillet 2021

Les jardins du Palais des Papes d'Avignon

Plusieurs jardins apportent de la verdure et de la fraicheur dans la ville d'Avignon.

S'agissant du Palais il serait facile de confondre les jardins dits du Palais et des Papes avec le Jardin des Doms, d'accès libre et gratuit et qui est vraiment à voir, pour son panorama et pour l'exposition qui s'y déploie en ce moment.

Il y a aussi la partie "publique" du Verger Urbain V, accessible librement depuis 1927 soit par la rue Vice-légat soit par le prolongement de la ruelle de l’escalier Sainte-Anne.
Cet endroit dispose d'une aire de jeux pour enfants en bois et métal avec pont suspendu et toboggan.
Les jardins dits du Pape et du Palais ont été réhabilités et intégrés à la visite du Palais. Mais ils restent d’accès gratuit pour les avignonnais le dimanche.

Sous Benoît XII les jardins occupaient 2000 m² en deux parties. Mais au départ, et on l’apprend en visitant le palais et en consultant les reconstitutions virtuelles de l’Histopad, il y avait trois jardins définissant trois ambiances. D’abord le verger et ses arbres fruitiers (pommiers, poiriers, figuiers, noyers et à partir de la fin XIV° siècle des orangers) puis les cultures potagères et enfin les plantes médicinales parmi lesquelles la bourrache mais aussi des pieds de vigne.

La bourrache est une excellente plante mellifère et elle a un effet répulsif très appréciable sur les limaces. Les fleurs rappellent davantage la saveur de l’huître alors que les feuilles seraient proches de la saveur acidulée du concombre. On les consomme traditionnellement à l'état frais (mucilage favorisant le transit intestinale). C’est aussi un aromate dans les omelettes et les salades. En Allemagne on l’apprécie dans les potages froids et dans une sauce dite verte.

La fleur agrémente les desserts car elle contient de la thésinine qui donne son goût dans la fabrication de bonbons au miel.
Désormais la vue que l’on a depuis les tours est bien différente. Et très minérale. L’endroit a été rénové à partir de 2017. L’ensemble a une allure très contemporaine. Les plates-bandes de plantes médicinales et aromatiques sont tracées perpendiculairement aux bâtiments et séparées par de minuscules haies de buis.

On y a placé plusieurs plantes de consommation ancienne, mentionnées dans le capitulaire De Villis (fin du viiie ou début du ixe siècle donc 800 ans avant le célèbre Sully) qui recommandait des plantes potagères dans les propriétés agricoles de l'empereur Charlemagne comme on peut encore le voir dans les jardins de certaines abbayes, par exemple Saint-Benoit-sur-Loire.

Parmi elles la sauge, la livêche, l’aurone, la menthe-coq, la cataire, la mauve, la guimauve, la camomille, ou l’artichaut.

jeudi 1 juillet 2021

Yan Pei-Ming en Avignon

 Avignon est autant une ville de la démesure avec son Palais gigantesque, son Festival légendaire, cette année en concurrence avec celui de Cannes, son Off pléthorique, même si le nombre des spectacles annoncés pour le cru 2021 dépasse à peine le millier … qu’une cité tranquille, depuis laquelle on peut se rendre à pieds dans une ferme pour acheter ses fruits et légumes bio, déjeuner dans un jardin privé ouvert spécialement pour l’été, dîner dans un lieu presque secret.

Je parlerai de tout cela, dans le blog ou sur Facebook, ou les deux. Et bien entendu de ma visite de ce Palais (ce sera pour demain) qui est le plus grand palais gothique au monde classé au patrimoine mondial par l’Unesco et dont, jusqu’à présent je ne connaissais « que » la Cour d’honneur où j’assiste à la création qui lance le Festival.

Pour commencer j’ai envie de rendre compte d’un choc qui est à la fois intime et spectaculaire, avec l’exposition de l'artiste Yan Pei-Ming dans la Grande Chapelle du Palais des Papes. L’artiste y a réalisé trois œuvres monumentales qui éprouvent toute la dramaturgie de l’histoire complexe de la présence des papes en Avignon au Moyen-Âge et résonnent avec le monde tel que nous le vivons aujourd’hui.

C’est l’Autoportrait en trois personnes que l’on découvre en premier quand on pénètre dans la Grande Chapelle. Il saisit le visiteur après un parcours de près d’une heure en déambulation libre dans le Palais, la tablette HistoPad à bout de bras pour capter un maximum d’éléments descriptifs sur ce que les lieux avaient représenté. On a oublié qu’une exposition s’y déploie. L’art contemporain surgit et s’impose brutalement, créant un contraste saisissant.
On ne peut qu’être intimidé. La puissance de l’œuvre pourrait être ressentie comme un écrasement. Et la multiplication des cripto-portraits suggère la mégalomanie même s’ils sont proportionnés aux dimensions de l’espace. Cette Chapelle mesure 52 mètres de long, sur 15 de largeur et 20 de hauteur. S’y déployèrent au temps de la papauté avignonnaise 58 fêtes, messes, canonisations et autres cérémonies d’un faste grandiose. Mais écoutons le célèbre artiste-peintre parler. Il incarne alors une humanité touchante :
 
L’Autoportrait en trois personnes occupe donc la majeure partie du mur Ouest, et il évoque les triptyques moyenâgeux. Cette huile sur toile, peinte en 2020, composée de 6 panneaux, occupe un rectangle de 12 mètres sur 9 mètres.

Elle représente trois états d’un même individu plongé dans les variations d’une atmosphère nocturne. Un pape au centre ; à gauche un homme foulant à ses pieds deux jeux d’échecs, l’un chinois l’autre international ; à droite un « autre » homme, lui aussi en vêtements contemporains, assis sur un banc représentant l’espace public. Ils ont l’air dubitatif, ou farouche, ou mauvais – on s’interroge.  

On reconnaît clairement Yan Pei-Ming dans chaque visage, qui sont des sosies de lui-même, y compris dans la tête baissée du pape, courbé et pensif dans une soutane blanche, comme s’il se jouait de l’adage « l’habit ne fait pas le moine ». Il est assis sur une cathèdre (on a appris ce terme en début de visite pour désigner le siège pontifical) qui pourrait être celle d’Innocent X. Ce triptyque est une fantaisie autant qu’une réflexion sur le pouvoir et son caractère transitoire. On peut aussi y voir une allusion au rituel de la confession quand l’homme d’église écoute, mains croisées, la litanie des pêchés qui lui sont murmurés à l’oreille.
Dominique Vingtain, la Conservatrice du Palais des Papes, a remarqué une circulation du regard qui est inverse à celle qu’on a spontanément. Je me rendrai compte trop tard que ce sens de visite idéal est à rebours de celui que j’ai suivi spontanément. Je poursuis donc avec l’immense paysage de l’Exode peint en 2020 à l’huile sur une toile, composant un quadriptyque de 10 mètres de long sur 6 de haut. Il est peuplé de pipistrelles (des chauves-souris) et rappelle de manière saisissante ces bestiaires du Moyen-Âge en même temps qu’il convoque avec fracas l’histoire des grandes migrations par la présence d’une barque peuplée de migrants au milieu de l’océan … et aussi, pour moi, un souvenir particulier.

Celui d’avoir assisté à l’envol de millions de chauves-souris depuis une grotte située dans les environs de la cité maya de Calakmul, au Mexique. Le phénomène est hallucinant et se répète tous les soirs, aux environ de 17 heures. Seuls quelques initiés viennent pour le voir après avoir grimpé un chemin escarpé, bien entendu non balisé et un peu dangereux. Je n’oserais plus aujourd’hui m’y aventurer sachant que ces petits animaux peuvent être vecteurs de virus (même si pour le Covid on suppose que c’est un pangolin).
L’ouverture de la grotte a la forme exacte de celle de la cavité de Marcel Duchamp dans Etant donnés. La grotte est ici métaphore de la pandémie de Covid 19. Yan Pei-Ming fait de la chauve-souris le sujet central de l’œuvre, en qui nous voyons soit la cause de la pandémie, soit le vecteur involontaire d’un virus né d’un ordre du monde devenu insoutenable.

Enfin, installée au-dessus de l’autel, sur le mur Sud, une Crucifixion incorpore son portrait à la figure du Christ souffrant, dont le regard tombant est censé entraîner fatalement le spectateur vers le bas et le guidant vers l’Exode puis vers l’Autoportrait.
 
C’est une huile sur toile de 5 mètres de haut sur 2, 60 de large peinte en 2021 qui, du fait de la présence des vitraux, n’est pas aisée à regarder en détail car nous sommes à contre-jour. C’est sans doute aussi pour cela que mes yeux ont effectué un autre parcours.  Dans un style très différent de l’Autoportrait en trois personnes, cette Crucifixion dit l’exacerbation de la tension du corps et les souffrances endurées. Comme dans les images de dévotion médiévale, Yan Pei-Ming n’a conservé que l’essentiel de ce thème iconographique, le Christ mort sur la croix. Le Christ est un homme à la puissante musculature. Son visage épuisé retombe sur sa poitrine dans un audacieux parallèle avec les souffrances de l’artiste.

C’est en quittant le Palais, par la boutique, que mes yeux ont été attirés par le catalogue de l’exposition et surtout le tire de celle-ci, Tigres et Vautours. Je n’avais remarqué aucun de ces animaux. Il était trop tard pour remonter à La Chapelle et je me suis sentie stupide. Quelque chose m’avait échappé.
Je fus rassurée en complétant mes connaissances pour les besoins de cet article. Une autre exposition était programmée dans un autre lieu, la Collection Lambert, en centre ville, où je me rendrai dès que possible. Qualifiée d’exposition-événement de l’année à Avignon, elle rassemble près de 40 oeuvres issues de 40 ans de carrière.

Les figures d’Innocent X, Paul III, Bruce Lee, Che Guevara, Marilyn, Martin Luther King, Lee Harvey Oswald, John F. Kennedy ou Mao, partagent les salles du rez-de-chaussée de l’Hôtel particulier du XVIIIe siècle avec les portraits d’hommes et de femmes — militaires américains, clandestins et enfants soudanais, prostituées, visages inconnus, père et mère de l’artiste —, ainsi qu’avec des paysages imaginaires d’exode ou les représentations d’animaux sauvages, … tigres et vautours.

L’artiste est né à Shanghai est s’est installé en France très jeune. Formé à l’école nationale supérieure des Beaux-Arts de Dijon, il a connu assez vite une notoriété internationale en produisant une œuvre ancrée dans la peinture figurative.

Yan Pei-Ming en Avignon
1er juin 2021 – 31 janvier 2022
Grande Chapelle du Palais des Papes - 3 oeuvres monumentales.
26 juin – 26 septembre 2021
Collection Lambert, Avignon - près de 40 oeuvres.
Commissariat général : Henri Loyrette
Commissaires associés : Dominique Vingtain, conservatrice du Palais des Papes, et Stéphane Ibars, directeur artistique délégué de la Collection Lambert.
Visite guidée tous les dimanches à 14h30 du 11 juillet au 26 septembre.
Durée : 2h30 - jauge limitée à 30 personnes.
Départ : devant l'Office de tourisme - 41 cours Jean Jaurès - se présenter sur place 15 mn avant.

Articles les plus consultés (au cours des 7 derniers jours)