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vendredi 2 juillet 2021

Les jardins du Palais des Papes d'Avignon

Plusieurs jardins apportent de la verdure et de la fraicheur dans la ville d'Avignon.

S'agissant du Palais il serait facile de confondre les jardins dits du Palais et des Papes avec le Jardin des Doms, d'accès libre et gratuit et qui est vraiment à voir, pour son panorama et pour l'exposition qui s'y déploie en ce moment.

Il y a aussi la partie "publique" du Verger Urbain V, accessible librement depuis 1927 soit par la rue Vice-légat soit par le prolongement de la ruelle de l’escalier Sainte-Anne.
Cet endroit dispose d'une aire de jeux pour enfants en bois et métal avec pont suspendu et toboggan.
Les jardins dits du Pape et du Palais ont été réhabilités et intégrés à la visite du Palais. Mais ils restent d’accès gratuit pour les avignonnais le dimanche.

Sous Benoît XII les jardins occupaient 2000 m² en deux parties. Mais au départ, et on l’apprend en visitant le palais et en consultant les reconstitutions virtuelles de l’Histopad, il y avait trois jardins définissant trois ambiances. D’abord le verger et ses arbres fruitiers (pommiers, poiriers, figuiers, noyers et à partir de la fin XIV° siècle des orangers) puis les cultures potagères et enfin les plantes médicinales parmi lesquelles la bourrache mais aussi des pieds de vigne.

La bourrache est une excellente plante mellifère et elle a un effet répulsif très appréciable sur les limaces. Les fleurs rappellent davantage la saveur de l’huître alors que les feuilles seraient proches de la saveur acidulée du concombre. On les consomme traditionnellement à l'état frais (mucilage favorisant le transit intestinale). C’est aussi un aromate dans les omelettes et les salades. En Allemagne on l’apprécie dans les potages froids et dans une sauce dite verte.

La fleur agrémente les desserts car elle contient de la thésinine qui donne son goût dans la fabrication de bonbons au miel.
Désormais la vue que l’on a depuis les tours est bien différente. Et très minérale. L’endroit a été rénové à partir de 2017. L’ensemble a une allure très contemporaine. Les plates-bandes de plantes médicinales et aromatiques sont tracées perpendiculairement aux bâtiments et séparées par de minuscules haies de buis.

On y a placé plusieurs plantes de consommation ancienne, mentionnées dans le capitulaire De Villis (fin du viiiou début du ixe siècle donc 800 ans avant le célèbre Sully) qui recommandait des plantes potagères dans les propriétés agricoles de l'empereur Charlemagne comme on peut encore le voir dans les jardins de certaines abbayes, par exemple Saint-Benoit-sur-Loire.

Parmi elles la sauge, la livêche, l’aurone, la menthe-coq, la cataire, la mauve, la guimauve, la camomille, ou l’artichaut.
Mais si on voulait être plus complet on penserait au concombre, au fenugrec, au romarin, à l’estragon, au souci, à la roquette, au persil, au céleri, au poireau, au radis, à l’ail, l’échalote ou à la sarriette … Leur intérêt est d’être à la fois ornementales et aromatiques, souvent aussi médicinales.
La livèche (Levisticum officinale) est une herbacée vivace de la famille des Apiaceaes dont la forme sauvage, appelée angélique ou ache des montagnes, pousse en altitude jusqu’à 1 800 m. Populaire sous Charlemagne, sa culture déclina au XX° siècle au point qu’on a fini par la classer dans les légumes oubliés, jusqu’à ce que des chefs comme Yannick Alléno ou Marc Veyrat ne la redécouvrent.

La tige, les feuilles, les fleurs et les graines ont une odeur et un goût rappelant puissamment celui du céleri, d’où son surnom de céleri perpétuel ou céleri bâtard. Elle tient une place importante dans la cuisine bulgare et roumaine, qui se caractérise par des recettes à base d’agneau (entier, farci, rôti, à la broche, au four), des soupes et des potages, des pot-au-feu et de nombreuses sauces. Les tiges s’emploient fraîches ou séchées dans les ciorbà qui sont des soupes typiques des régions moldaves, ou le ghiveci, qui est une sorte de ratatouille. Les graines ont une forme ovale et de petites côtes sur toute leur longueur et sont utilisées pour préparer le « sel de céleri » et parfumer des pâtisseries. Outre une bonne dose de vitamine C elles contiennent des huiles essentielles et de la coumarine (comme la sauge, la lavande et la fève tonka) une substance aromatique naturelle très appréciée, tant en gastronomie que dans la préparation des parfums. Les jeunes tiges peuvent être préparées en fruits confits comme celles de l’angélique. La tige, creuse, peut être utilisée comme une paille originale (pour accompagner un bloody mary par exemple).
A coté de la livêche poussent d’énormes pieds de raifort, puis de monardes, reconnaissables à la forme ébouriffée de ses fleurs rouges. C’est une plante vivace rhizomateuse très décorative, bénéficiant d'une bonne rusticité. Avec un port buissonnant, ses tiges carrées se dressent et portent des feuilles de 10 à 15 cm de long, opposées, lancéolées qui sont velues en dessous.

Les fleurs et feuilles sont comestibles et très mellifères : elles dégagent des arômes de bergamote et de menthe. Fraîches ou séchées, elle parfument ou remplacent le thé, mais elles s'utilisent également en cuisine, ciselées dans le taboulé, les crudités, les farces à la viande, les sauces diverses. Egalement pour la réalisation de sirops et liqueurs, ou encore pour parfumer des crèmes. C'est aussi en infusion que la monarde est utilisée pour aider les digestions difficiles et atténuer les nausées. En inhalation et huiles essentielles, elle soulage les bronchites et rhumes. Elle serait également antioxydante, antimicrobienne et anti-séborrhéique.
A coté, avec ses délicates fleurs roses, voici la guimauve officinale … de la rhubarbe, encore de la monarde, de la lavande officinale survolée de papillons et d’abeilles …
… puis la rue fétide (Ruta graveolens) qui fait toujours partie des plantes aromatiques bien qu’elle ne soit plus utilisée aujourd’hui. Elle était très prisée au Moyen-âge pour son goût amer et sa forte odeur qui peut parfois rappeler la noix de coco. Ses feuilles persistantes d’un vert bleuté, glauques, alternes, arrondies, larges, découpées en de nombreux lobes, forment un petit arbuste en boule, au port dressé, particulièrement résistant à la sécheresse comme au froid. Outre l’esthétique de son feuillage ce sont surtout ses vertus répulsives à l’égard des pucerons qui en font l’intérêt. Les feuilles peuvent être récoltées et séchées puis mises en sachets de tissu pour éloigner aussi les insectes de la maison (mites, fourmis…).

Par contre il faut être vigilant et porter des gants lorsqu’on ramasse ou taille la rue des jardins car le feuillage est photosensibilisant. Le latex qu’il produit peut, chez certaines personnes, provoquer une réaction cutanée indolore sous forme de taches brunes qui foncent au soleil.
Les anciens savaient quelles plantes utiliser pour lutter contre les insectes. Avec aussi la cataire (ci-dessus) si appréciée des félins qu’elle leur doit son surnom d’herbe-à-chats. La Nepeta cataria appartient à la famille des Lamiacées. Elle contient une huile répulsive pour les insectes, ainsi que du menthol.
Les artichauts sont particulièrement élégants en contraste avec les parois.
On remarque aussi de l’Aurone, ou Artemise citronnelle, dite encore arquebuse, qui est une vivace de la famille des Astéracées, cultivée comme plante condimentaire et ornementale. Les feuilles fraîches, au goût citronné, peuvent servir à aromatiser les salades, les viandes grasses, le vinaigre, les sauces, les gâteaux ou encore pour apprêter des viandes rôties – comme le bœuf ou le porc – et des poissons, notamment l’anguille. On la prenait autrefois en infusion pour expulser le ver solitaire et on en faisait de petits bouquets séchés pour repousser les insectes, pucerons et mites. Elle a été utilisée aussi comme stimulant, tonique et astringent. Elle est diurétique, stomachique, cicatrisante. Elle est censée aider à lutter contre la fatigue et les infections. On la recommandait contre les rhumes et les douleurs gastriques.
Il y a aussi de de superbes plants de menthe-coq ou grande balsamite, qui appartient à la famille des Astéracées (Composées), menthe de Notre Dame, tanaisie des jardins. Ce n’est pas une menthe mais une sorte de chrysanthème. Autrefois très populaire, elle est vivace et très rustique, assez grande, jusqu'à 1,2 m, exhalant un parfum agréable rappelant celui des menthes. Les feuilles sont ovales, d'une consistance ferme et à bords crénelés. La plante est vivace par sa tige souterraine rampante qui émet des bourgeons. Les feuilles, de saveur un peu amère, sont parfois utilisées pour aromatiser les salades et les liqueurs, mais le Moyen Âge s'en est aussi abondamment servi pour la préparation d'onguents et de parfums ; elles servaient d'ailleurs à aromatiser la bière appelée ale en Angleterre.
Après avoir sillonné ces jardins on reprend la visite « classique » du palais, en les observant cette fois depuis une tour.
D’autres espaces verts se trouvent à l’intérieur du palais mais sans présenter le même intérêt.
 

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