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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

dimanche 10 juillet 2022

Le monde du silence gueule de et joué par Julia Duchaussoy au Théâtre du Roi René (Avignon 2022)

Hier soir je donnais rendez-vous pour d’autres questions-réponses que celles auxquelles Audrey Vernon nous soumettait. J’imaginais que Julia Duchaussoy allait encore nous secouer avec Le monde du silence gueule au Roi René. Je ne me trompais pas.

Ce matin je me suis donc levée de bonne heure … non pour une balade proustienne mais curieuse de découvrir la comédienne en stand-upeuse. Je connais ses engagements à défendre les requins (dont le plus grand prédateur fut Spielberg) et je vous invite à ré-écouter l'interview que j'avais faite d'elle à ce propos pour la radio ici.

Cent millions de requins ont été exterminés. Les chiffres sont plus effrayants que leur dentition.

Son combat pour la cause écologique s’étend désormais à l’océan tout entier. Comme il est juste ! Et comme elle a raison d’alerter sérieusement en faisant rire malgré tout.

Elle a écrit le spectacle qu'elle interprète avec Franck Lorrain dans une mise en scène de Pierre François Martin Laval.

Les habitants des Océans en ont assez de se taire. Ils organisent un plateau de stand-up pour venir s'adresser aux humains. 

Du minuscule picoplancton à la majestueuse baleine, ils nous expliquent le fonctionnement des Océans : la photosynthèse, l'importance du corail, la symbiose, l'Histoire des océans... mais aussi la surexploitation dramatique des ressources marines par les hommes, les risques de la pollution et de la pêche intensive, le tout avec un maximum d'humour et de tendresse.

Leur conclusion est que si c'est une réalité que nous sommes en train de perdre les océans, c'est aussi une réalité que nous pouvons les sauver.

En découvrant en images les principales séquences (il y en a dix dans le spectacle) que j'ai brièvement légendées vous pourrez deviner, j’espère, combien ce spectacle est pédagogique, ludique et ultra dynamique. J'espère que cette sorte de bande-annonce vous motivera pour la découvrir car vous passerez un excellent moment pour la bonne cause. Aussi bien à Avignon qu'à Paris à partir du 9 novembre au Lucernaire.
Julia en phytoplancton …
Vous avez bien lu : notre planète dite bleue est recouverte par des océans qui nous permettent de vivre. puisqu'ils fournissent 60 à 70% de notre oxygène.
Le corail est-il un animal ou un végétal ? Chaque polype est un soldat … carnivore. La grande barrière de corail qui s'étend au-delà de l'Australie est visible depuis la lune. Mais le réchauffement climatique (entre autres) a contribué à la disparition de la moitié du corail mondial en moins de 30 ans.
Les images de l'anémone rose et du poisson clown sont merveilleuses de beauté et de sensibilité. Savez-vous qu'il est transsexuel ?

samedi 9 juillet 2022

Billion Dollar Baby de et joué par Audrey Vernon à La Chapelle des Antonins (Avignon 2022)

J’aurais voulu rester sur la note romantique des Amants de Varsovie, dîner en leur compagnie au bistrot voisin, mais je respecte ma promesse d'aller voir Audrey Vernon à La Chapelle des Antonins, ce nouveau lieu (modeste mais si beau) de La Factory.

Si vous deviez écrire une lettre à votre futur bébé, que lui diriez-vous ?

Prenant le parti de rire de l'effondrement climatique, la comédienne sert un texte saisissant et prouve une fois encore qu'un théâtre militant peut être aussi drôle qu'intelligent.

On y apprend l'histoire de l'île de Pâques et on pourra approuver l'artiste qui voit en Maria Montessori une copine de Gandhi.

Son Billion Dollar Baby est un manifeste ultra pertinent pour dénoncer le capitalisme et ses conséquences. C'est aussi une ode au théâtre qui parvient à faire rire du pire et à réfléchir aussi.

Il y a d'autant plus d'urgence à aller l'écouter qu'elle n'est présente que sur un demi-créneau. Après le 17 juillet il sera trop tard, à moins d'une reprise parisienne à La nouvelle Seine peut-être.

Elle dit écrire en temps de guerre. Nous sommes donc tous d’accord pour dire qu’on préférerait un monde meilleur, en particulier pour nos enfants. Alors quand changerons-nous vraiment ? 

C'est une des tendances de ce festival que de lancer des alertes. Ce sera flagrant dans quelques jours avec Banana and the Kings. Julia Duchaussoy nous secouera elle aussi avec Le monde du silence gueule au Roi René. C’est à 10 heures, ce sera demain mon premier spectacle du jour … 
Billion Dollar Baby de et joué par Audrey Vernon
Mise en scène : Dorian Rossel, Delphine Lanza

Spectacle vu le Samedi 9 juillet 2022 à La Chapelle des Antonins. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après dans la matinée.

Les amants de Varsovie, concert-spectacle avec les textes de Ewunia au Théâtre Humanum (Avignon 2022)

Partons à l’Est, en Pologne, pour Les amants de Varsovie au Théâtre Humanum à 20 h 20.

Je ne connaissais rien de ce spectacle, pourtant programmé en 2019 dans ce même théâtre (qui, pardon de le dire est tout de même un peu éloigné des rues que je fréquente habituellement) puis au Théâtre du Gymnase Marie-Bell pour 22 représentations, en février-avril 2020 … alors que j'ai été brutalement éloignée des scènes par un épisode brutal de Covid dès le mois de mars.

L'insistance patiente d'Ewunia Adamusinska-Vouland a eu raison de mes réticences et j'ai casé son concert-spectacle juste après Iphigénie. J'ai découvert un bijou de sensibilité. La connivence entre la chanteuse et son pianiste, Yves Dupuis est manifeste, quoiqu’elle soit autant capable de nous toucher en chantant a capella.

On est loin des moyens de l’Opéra mais la voix est divine, offrant des inflexions multiples, en polonais bien sûr, mais aussi en français, en anglais et en yiddish, rendant le spectacle accessible aussi aux non-francophones.
Le décor est simple mais que faut-il de plus que de vraies photos de famille, quelques bougies, et la jupe fleurie d’une grand-mère adorée pour nous embarquer dans les rues pavées de Varsovie ? Quand le talent est là, tout va.
Tango argentin, valse sentimentale, bossa nova, rythmes tsiganes ou yiddish (notamment une partie du tango “Rebeka” de 1932, de Z. Białostocki et A. Włas)… Les mélodies font écho aux grands standards du monde et à la chanson française des années 1920-1965 en flirtant avec la musique folklorique et classique polonaise.
J'ai reconnu dans l'introduction et dans l'accompagnement de To Ostatnia Niedziela (Dernier Dimanche) une forte évocation de la chanson de Marie Laforêt, Mon amour, mon ami.
Il y a de la tristesse, de la colère, mais surtout de la tendresse, du souvenir et de l’amour, encore et toujours. Je pourrais dire qu’Ewunia évoque parfois Piaf mais ce serait quasiment une offense car elle est avant tout elle-même, unique.

On apprend aussi entre deux chansons plein de choses sur ce qui fait l’essence de l’âme slave et sur les us et coutumes du quotidien polonais. Le voyage est délicieux comme une tasse de thé.
Il y avait du beau monde dans cette salle, tout autant qu’à l’Opéra. Même le grand Serge (Gainsbourg) était venu ce soir avec son Black Trombonne. Je vous le dis en chuchotant puisque de cette manière on ne peut pas mentir. C'est ce que nous dit la chanteuse avant d'interpréter Szeptem (En chuchotant, Musique : J. Abratowski, Paroles : J. Korczakowski) qui est la chanson qui est à l'origine de son duo avec Yves Dupuis depuis 4 ans.
Les mains du pianiste se baladent à des rythmes divers et c'est une excellente idée d'avoir disposé l'instrument de manière à ce que les spectateurs puissent suivre leur cheminement sur le clavier du piano.

Les amants de Varsovie sont une de mes belles surprises du festival. Ils sont entrés dans mon coeur et je vous souhaite de faire cette même rencontre un prochain soir. 
Les amants de Varsovie, concert-spectacle
Création collective avec les textes de Ewunia
Par Ewunia et Yves Dupuis
L’album est disponible à la vente pendant le Festival d’Avignon, après chaque représentation, et sera dans les bacs à partir du 7 octobre 2022
Reprise parisienne du spectacle le 13 mai au Théâtre de La mare au diable - 4 Rue Pasteur, 91120 Palaiseau (autres dates en cours)
Spectacle vu le Samedi 9 juillet 2022 au Théâtre Humanum. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après dans la matinée.

Iphigénie de Tiago Rodrigues, mis en scène par Anne Théron au Grand Opéra (Avignon 2022)

Iphigénie commença aujourd'hui en retard au Grand Opéra pour cause d’arrivée qui se voulait discrète mais qui tout de même se remarqua d’Elisabeth Borne, Première ministre, Rima Abdul Malak, ministre de la culture, Bertrand Gaume en grand uniforme, préfet du Vaucluse que j’avais rencontré en tenue décontractée à l’inauguration des expositions de la Maison Jean Vilar, Olivier Py, directeur du festival … qui se sont installés un peu nerveusement juste derrière moi (un hasard bien sûr) sous l'œil alerte d'un énorme service de sécurité.

Il y a de quoi frémir pendant les premières minutes qui évoquent une attaque terroriste par une myriade d’hélicoptères dans un vacarme étourdissant alors que les personnages se positionnent sur la scène que je vois comme le plateau d’un jeu d’échecs.

Je lançais régulièrement de furtifs coups d'oeil en direction des gardes du corps qui, impassibles, ne semblaient pas inquiets. Pour qui se souvenait de novembre 2015 c'était rassurant.

Cela ne m’empêcha pas de penser à la mémoire de Jean-Pierre Vincent (dont le nom est indissociable pour moi et du TNS et d'Avignon) qui nous manque tant, même si la relève est bien là comme le démontrera bientôt Anne Théron avec une mise en scène aussi spectaculaire que magistrale.
Agamemnon, Ménélas, le Vieillard, Ulysse, Achille, Clytemnestre, Iphigénie, le Chœur: les personnages de la tragédie sont tous là. Comme chez Euripide ou Racine, Agamemnon, le père d’Iphigénie, est traversé par les mêmes doutes : et s’il refusait le sacrifice de sa fille pour gagner la guerre de Troie ? S’il renonçait à cette guerre ? Peut-il changer le cours de l’histoire, échapper à son passé, ainsi qu’à sa répétition ?
Quelle émotion d'entendre la parole d’Agamemnon : que fait un roi face à l’inévitable ? Il endure et il paie le prix, se sacrifie si nécessaire.

Anne Théron a été séduite par la langue de Tiago Rodrigues (que l'on entend traduite par Thomas Resendes) dont elle soulignait en interview "une prosodie exceptionnelle qui fait entendre la chair des mots".

Ainsi Clytemnestre (Scène VI) : Je me souviens de cet endroit. Je me souviens de cet instant. Être ici. J’ai l’impression que cela fait des années. (...) Je m’en souviens comme si je l’avais vécu. Comme si quelqu’un m’avait raconté une histoire où tout cela était arrivé. Mais je ne me souviens pas de ce qui arrive ensuite.

Ce thème de l'amnésie rétrograde passionne tous les auteurs. Parce que les défaillances de la mémoire permettent d'interroger le passé. C'est ce que traite, dans un autre registre, Murielle Magellan dans son premier film La page blanche (qui sortira sur les écrans le 31 Août).

Iphigénie et sa mère, Clytemnestre refusent de suivre le chemin tracé pour elles par les hommes qui décident de leur sort. Mais, bien entendu Tiago Rodrigues ne modifie pas la fin, qui demeure tragique et inéluctable. Mais nouvelle en ce sens qu'elle est cette fois déterminée par la seule volonté des personnages, à l'issue d'un questionnement intérieur.
Le plateau est comme une plage immense où chacun attend que le vent se lève. Les images filmées se déroulent dans une temporalité qui semble l'exact reflet d'une réalité plausible. C'est envoutant.

Le chœur des femmes exprime sa colère et c’est là que le texte de Tiago Rodrigues est d’une force insensée, d’un féminisme absolu. Iphigénie mourra donc, puisque si on peut changer l’eau des fleurs on n'a pas prise sur le cours de l’histoire. Par contre, c’est en femme libre qu’elle décidera de son destin, juste avant que ne revienne le vent sur la plage.
Les images sont somptueuses de réalisme et d’inspiration onirique. J’espère que chacun, y compris ceux qui ont une fonction politique, sera poursuivi longtemps par ces paroles. A voir ici, au Théâtre national de Strasbourg, ou en tournée.
Iphigénie de Tiago Rodrigues,  (Traduction Thomas Resendes)
Mise en scène Anne Théron
Avec Carolina Amaral, Fanny Avram, João Cravo Cardoso, Alex Descas, Vincent Dissez, Mireille Herbstmeyer, Julie Moreau, Philippe Morier-Genoud, Richard Sammut
Collaborateur aux mouvements Thierry Thieû Niang
Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Christophe Raynaud de Lage

Spectacle vu le Samedi 9 juillet 2022 au Grand Opéra. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après dans la matinée.

Changer l’eau des fleurs mis en scène par Salomé Lelouch et Mikaël Chirinian au Théâtre du Chêne Noir (Avignon 2022)

Changer l’eau des fleurs, à 15 h 15 au Théâtre du Chêne Noir, ne dément pas l’espérance de qualité.

Tout est parfait, l’adaptation de Mikaël Chirinian et Caroline Rochefort du grand succès littéraire de Valérie Perrin, leur interprétation avec Morgan Perez, un décor qui fonctionne comme une boite à musique qui aurait été conçue pour jouer toutes les chansons de Charles Trenet.

Les Molières ne se sont pas trompés en nominant Caroline Rochefort parmi less révélations féminines.

Le sujet aurait de quoi effrayer mais l’endroit n’est pas triste du tout et vous saurez à la fin pourquoi Violette Toussaint, au nom prédestiné, est passée de garde-barrière à garde-cimetière dans une petite ville de Bourgogne.

Son quotidien y est rythmé par son travail et par les confidences des gens de passage et des habitués. La vie s’écoule, tranquillement pourrait-on dire, jusqu’à ce qu’un homme ne lui fasse part du souhait de sa mère d’être enterré auprès d’un inconnu. Le passé resurgira plus fort que tout. 
Je ne vous dis pas d’y aller, juste pour vous éviter la tristesse de vous entendre dire que c’est complet. Mais risquez votre chance. Et pour consoler les parisiens je les préviens qu’il sera repris à la rentrée au Théâtre Lepic.
Changer l’eau des fleurs de Valérie Perrin
Mis en scène par Salomé Lelouch et Mikaël Chirinian
Avec Caroline Rochefort, Morgan Perez, Mikaël Chirinian
Lumières : François Leneveu
Scénographe : Delphine Brouard
Musique : Pierre-Antoine Durand 
 
Spectacle vu le Samedi 9 juillet 2022 au Théâtre du Chêne Noir. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après dans la matinée.

Les racines de la liberté de Hugues Leforestier à l’Espace Roseau Teinturiers (Avignon 2022)

Le festival d'Avignon est un endroit qui accorde une grande place aux créations mais j'apprécie aussi l'opportunité de voir des spectacles que je n'avais pas pu planifier jusque là.

C’est un duel entre Danton et Robespierre autour de la liberté, avec des dialogues écrits avec justesse par Hugues Leforestier, formidable Danton face à Robespierre campé dans ses positions (excellente aussi Nathalie Mann).

Nous sommes le 22 mars 1794. Nous allons assister à l'ultime face à face entre deux figures de proue de la Révolution française qui se sont aimées, détestées, respectées et qui espéraient un nouveau monde, plus juste et équitable.

Quand on l'écoute attentivement le texte est d'une actualité troublante. Tout est historiquement vrai... et le reste vraisemblable !

Chacun joue sa tête et nous savons que tous les deux la perdront. Ce qui est intéressant c’est de comprendre, à la lumière de ce que nous vivons aujourd’hui, les rêves des révolutionnaires et leur volonté de bâtir un nouveau monde.

Il faut donner du temps au temps, affirme Robespierre en exaspérant Danton (et comme je l’approuve, je déteste moi aussi cette formule imbécile). Très bonne analyse psychologique de la folie du peuple engendrée par la peur. On voudrait noter chacune des réflexions sur la vie politique tant elles sont justes, quasi universelles … hélas, est-on tenté d’ajouter.

Les deux amis et néanmoins opposés ferraillent sur les concepts d’égalité et de liberté. On remarquera qu’il n’est pas encore question de fraternité, et pour cause, elle ne figure pas à cette époque dans la devise de la république. Pour preuve, les parisiens peuvent encore voir le papier peint d'origine du Procope où le mot fraternité ne figure pas.

Le souvenir de ces grands hommes demeure palpable dans ce haut lieu historique où la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 est reproduite sur les murs d'un salon.

N’allez pas imaginer que ce spectacle est une leçon de morale. On y sourit et on y rit aussi. Et puis le propos est tellement féministe qu’il faut l’entendre, deux fois plutôt qu’une.
Les racines de la liberté de Hugues Leforestier
Avec 
Nathalie Mann, Hugues Leforestier
Mise en scène : Morgane Lombard
Scenographe- costumes : Charlotte Villermet
Lumières : Maurice Fouilhé

Spectacle vu le Samedi 9 juillet 2022 à l’Espace Roseau Teinturiers. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après dans la matinée.

Rizom de Bérengère Altieri-Leca au Theatre du Centre (Avignon 2022)

J’ai commencé très tôt à 9 h 45 avec Rizom, un spectacle pour enfants.

J'ai été fascinée par ces petits bouts de 3 ans qui ont regardé les yeux émerveillés, la bouche ouverte, les évolutions des artistes.

Très bonne idée de diffuser des paroles sur le processus créatif pendant l’installation du public.

L'accessoire privilégié est la valise et il y en a de multiples dont chacune a du sens et est utilisée à propos pour devenir grotte, calèche, lit, et même muraille (de Chine).

Bérengère Altieri Leca (à gauche sur la photo) et l'accordéoniste (Crystel Galli ce matin) combinent danse, musique et marionnette. Mais aussi mime et art du clown (dans ce qu'il a de noble) pour raconter un voyage d’un continent à un autre en ouvrant la valise aux trésors à chaque étape.

vendredi 8 juillet 2022

Le moine noir de et mis en mise en scène par Kirill Serebrennikov dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes (Avignon 2022)

Après La chambre des merveilles, un bijou magistralement interprété et ovationné par un public heureux d’avoir assisté à l’éclosion d’un succès de plus, en route pour la Cour d’honneur où se manifestera Le moine noir à 22 heures.

La conférence de presse d’Olivier Py au Cloître Saint-Louis avait eu lieu la veille. Il y présentait sa Jeunesse exaltée, 10 heures de théâtre au Gymnase Aubanel … pour achever son mandat en laissant son testament artistique, avant de laisser la parole à Kirill Serebrennikov, le metteur en scène du Moine noir, devant se jouer dans la Cour d’honneur, laquelle cour semble prédestinée désormais à accueillir Tchekhov.

Coupant court aux critiques, et au légitime malaise que l’on peut ressentir à propos de la Russie, Olivier a simplement dit que lorsqu’il a abordé Kirill il y a deux ans "il n’était pas russe, il était Kirill", sous-entendu un artiste.

Celui-ci se souvient de sa première venue, il y a longtemps à Avignon, étudiant ne pouvant s’offrir que le off, n’ayant pas de piston pour le In (dit-il avec humour, et gravité).

A la question de sa présence cette année, il a répondu avec gravité qu'il avait pensé monter cette pièce bien avant le début de la guerre en Ukraine. Si elle résonne avec l’actualité, c’est parce que Tchekhov, comme tous les vrais artistes, pressentait le futur. Le metteur en scène a ajouté que selon lui la position de Poutine est très dangereuse et qu’il envisage de changer de métier mais que, malgré tout, il était fier d'être le premier metteur en scène russe à ouvrir le Festival d’Avignon au cœur du Palais des papes.

J’avais donc hâte de découvrir son travail même si mon coeur allait se déchirer en entendant le texte de l’auteur en allemand, en anglais et bien sûr en russe alors qu’on sait ce qui se passe en Ukraine …

Que peut le théâtre quand le monde est en guerre, en crise sanitaire et en crise économique ? Être un lieu qui s’adresse à chaque personne dans la salle et l’interroge en faisant réfléchir, répond Olivier Py.

Kirill Serebrennikov ne fut pas le premier à installer un décor de cabanes sur le plateau. Mais il est un des rares metteurs en scène à avoir compris qu’on n’impose pas une scénographie aux murs du Palais. Ses prédécesseurs ont tenté de faire plier les façades, lui les sublime et les accepte comme le miroir de ses rêves. C’est prodigieux de beauté. Il y fait fleurir des étoiles qui éclateront jusqu’au message final.
Disons simplement que Le Moine noir parle de la folie et soulève cette contradiction : Est-ce que souhaiter le bonheur d’autrui peut passer par le refus de sa différence ? 
Nous entrons dans la nouvelle en suivant le protagoniste qu’est Kovrine. Il est surmené, le repos s’impose, il va à la campagne et cherche refuge auprès d’amis. En cela, il nous ressemble ou nous lui ressemblons. Il est lié à nous. Cette profonde tristesse, cette déroute, cette angoisse, nous la connaissons bien. Nous vivons en temps de guerre et les raisons d’espérer ne sont pas nombreuses. Nous sommes presque devant un "sans avenir". Nous nous voyons dans Kovrine, ses tourments sont nos tourments. À côté de ce personnage très réel, à notre image, il y ces immenses formes rondes dans le ciel. S’agit-il de lunes ou de planètes? Ou sont-elles des hallucinations de Kovrine?
Je n’ai pas le temps ni la place de raconter la légende de ce moine. Il faut la vivre, la ressentir, se laisser porter par la musique de la langue allemande (mais les dialogues sont surtitrés en français et en anglais), par son rythme qui s’incruste dans les chorégraphies qui, peu à peu, évoluent en s’orientalisant au fil de la nuit.
Les comédiens, qui sont aussi danseurs, chanteurs et parfois musiciens incarneront, dans le tableau final, des derviches tourneurs qui nous guideront sur le chemin de la méditation.
Ce spectacle nous interroge "évidemment" sur la question de la folie et de la liberté. On peut être russe et être un génie, animé du meilleur de la sensibilité et de la force de l’âme slave. Kirill est un génie et sachez que à un génie tout est permis.
Puisse être entendu son ordre affiché sur les pierres du Palais !

Le moine noir de et mis en mise en scène par Kirill Serebrennikov d’après Anton Tchekhov
Mise en scène, scénographie Kirill Serebrennikov
Avec Filipp Avdeev, Bernd Grawert, Mirco Kreibich, Viktoria Miroschnichenko, Gabriela Maria Schmeide, Gurgen Tsaturyan, et les chanteurs Genadijus Bergorulko, Pavel Gogadze, Friedo Henken, Sergey Pisarev, Azamat Tsaliti, Alexander Tremmel, Vitalijs Stankevics, et les danseurs Tillmann Becker, Arseniy Gordeev, Andrey Ostapenko, Aleksei Sidelnikov, Ilia Manylov, Andreï Petrushenkov, Ivan Sachkov, Daniel Vliek
Collaboration à la mise en scène et chorégraphie Ivan Estegneev, Evgeny Kulagin
Musique Jēkabs Nīmanis
Direction musicale Uschi Krosch - Arrangements musicaux Andrei Poliakov
Dramaturgie Joachim Lux
Lumière Sergey Kucher - Vidéo Alan Mandelshtamm
Costumes Tatiana Dolmatowskaïa
Production Thalia Theater (Hambourg) - Coproduction Festival d’Avignon avec le soutien du ministère de la Culture avec le soutien du Gogol Center (Moscou), de l’Onda Office national de diffusion artistique

Spectacle vu le Vendredi 8 juillet 2022 dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après dans la matinée.

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Christophe Raynaud de Lage
Reprise au Théâtre de la ville du 16 au 19 mars 2023

La chambre des merveilles, adapté et mis en scène par Jean-Philippe Daguerre à Théâtre Actuel (Avignon 2022)

La chambre des merveilles est encore, à 19 h 40, (pardon pour l’emploi immodéré de ce qualificatif mais que dire d’autre ?) un travail d’orfèvre signé Jean-Philippe Daguerre qui nous offre un spectacle de haute sensibilité (et d’humour).

Cette fois il n’a pas écrit directement mais il a choisi d’adapter le roman de Julien Sandrel (Editions Calmann-Lévy, 2018).
Louis, 13 ans, est dans le coma depuis qu’il s’est fait renverser par un camion.
Effondrée, sa mère Thelma découvre qu’il avait caché sous son lit un journal intime dans lequel il compilait toutes ses "merveilles", ce qu’il rêvait d’accomplir dans la vie. Thelma va l’utiliser pour essayer de réveiller Louis : elle va réaliser tous ses rêves pour lui et lui raconter chaque expérience.
De situations cocasses voire loufoques, en rencontres inattendues, Thelma va vivre des journées incroyables, avec l’espoir que chaque étape ramène Louis à la vie... 
On retrouve plusieurs ingrédients que l’on a savourés au cours de cette journée du 8 juillet à Théâtre actuel : la confrontation à la mort, les querelles familiales, la nécessité de faire face, le respect de la mémoire, des défis à remporter et qui prennent l'allure de chasse aux trésors. Avec pour corollaire la seule solution qui soit envisageable : décider d’aimer la vie malgré tout et quoiqu’il en soit !

Mention spéciale à Cali et sa chanson C'est quand le bonheur ?

La chambre des merveilles, d'après Julien Sandrel
Adaptation et mise en scène : Jean-Philippe Daguerre
Avec Magali Genoud, Marie-Christine Letort, Théophile Baquet, Juliette Behar, Jean Aloïs Belbachir, Romain Lagarde
Décors : Juliette Azzopardi, Jean-Benoît Thibaud
Costumes : Virginie H
Lumières : Moïse Hill
Musiques : Cali, Olivier Daguerre
Vidéo : Mathias Delfau

Spectacle vu le Vendredi 8 juillet 2022 à Théâtre Actuel. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après dans la matinée.

Reprise parisienne au Théâtre des Variétés à partir du 13 janvier 2023

L’invention de nos vies mise en scène par Johanna Boyé à Théâtre Actuel (Avignon 2022)

L’invention de nos vies, le roman de Karine Tuil fut un énorme succès de librairie. Il est remarquablement adapté avec justesse par Leslie Menahem et Johanna Boyé.
C’est d’abord l’histoire d’une grande réussite. Sam jeune avocat français envoyé à New-York va rapidement connaître le pouvoir et la gloire. Mais ce succès repose sur une imposture. Sam, de son vrai prénom Samir, a volé son identité et ses origines juives à Samuel, son ancien meilleur ami, devenu un écrivain raté. La pièce s’ouvre au moment où Samuel va retrouver Sam/Samir et tout va basculer.
On peut résumer la pièce d’une question : comment on pourrait tout perdre à vouloir tout gagner ? Un thriller psychologique qui interroge sur la vérité et le mensonge, l'alibi du mensonge pour combattre la discrimination, la pseudo invincibilité que promet la position sociale ou l’appartenance à une communauté, et bien entendu la fidélité à ses origines.

Valentin de Carbonnières, déjà détenteur d’un Molière, confirme son talent. Johanna Boyé signe une mise en scène à ce niveau d’excellence auquel elle nous a habitués.

L’invention de nos vies d’après le roman de Karine Tuil (paru aux éditions Grasset)
Adaptatrices Johanna Boyé et Leslie Menahem
Mise en scène par Johanna Boyé 
Avec Valentin de Carbonnières, Nassima Benchicou, Brigitte Guedj, Elisabeth Ventura, Mathieu Alexandre, Yannis Baraban,  Kevin Rouxel
Scénographie Caroline Mexme – Costumes Marion Rebmann – Création lumières Cyril Manetta – Création sonore Medhi Bourayou – Soutien chorégraphique Johan Nus
Reprise parisienne au Théâtre Rive Gauche à partir du 15 septembre 2022
Du mardi au samedi à 21h - Matinées les dimanches à 15h    

Spectacle vu le Vendredi 8 juillet 2022 à Théâtre Actuel. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après dans la matinée.

Madame Ming adaptée et mise en scène par Xavier Lemaire à Théâtre Actuel (Avignon 2022)

Changement de décor à 15 h 30 avec Madame Ming, interprétée par la sensationnelle Isabelle Andreani, qu’on jurerait être née en Chine.

Eric-Emmanuel Schmitt, adapté et mis en scène par Xavier Lemaire, nous fait prendre les affabulations de cette dame-pipi pour des lanternes, et nous fait croire en l’existence de ses dix enfants qu’elle n’a jamais eues.

Je ne spoile rien, l'information est contenue dans le titre de l'oeuvre originale, Les dix enfants que Madame Ming n’a jamais eus.
Un homme d’affaires travaillant en Chine, rencontre à chacun de ses déplacements, au Grand Hôtel de Yunaï, une dame-pipi nommée Madame Ming. Elle va lui révéler qu’elle a eu dix enfants ! Mensonge ou réalité dans un pays qui n’autorise qu’un enfant unique ? Le récit de la vie de Mme Ming sera l’occasion pour cet homme d’affaire d’une exploration intime de sa vie personnelle et de son rapport à la Chine et à la pensée de Confucius.
C'est d'ailleurs une excellente idée que de faire venir sur scène les enfants sous forme de marionnettes et leur création par Pascale Blaison est remarquable.
La Chine est un secret plus qu'un pays. On reconnait la plume malicieuse de l'auteur. Avoir une fille c'est labourer le champ du voisin. Chacun de ses aphorismes fait rire le public.
Benjamin Egner perd la tête à entendre le violon et à devoir négocier avec des marionnettes quasi vivantes dans un décor évoquant une pagode. La famille peut être un univers cruel mais la tendresse n’est jamais feinte.
L'album de la violoniste Elsa Moati est proposé à la sortie.

Madame Ming d'après Eric-Emmanuel Schmitt.
Adaptée et mise en scène par Xavier Lemaire
Avec Isabelle Andréani, Benjamin Egner, Pascale Blaison, Elsa Moatti
Décors de Caroline Mexme
Costumes de Virginie H
Lumières de Didier Brun
Création musicale de Elsa Moatti
Création marionnettes de Pascale Blaison

Spectacle vu le Vendredi 8 juillet 2022 à Théâtre Actuel. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après dans la matinée.

Reprise parisienne au Théâtre Rive Gauche à partir du 25 janvier 2023

La vie est une fête mise en scène de Virginie Lemoine à Théâtre Actuel (Avignon 2022)

Jeanne et Arthur, les personnages d’Oublie-moi, auraient pu le dire : La vie est une fête. C’était une des phrases fétiches d’Audrey Hepburn qui ajoutait "Habille-toi pour ça".

C’est le titre de la mise en scène de Virginie Lemoine. L’interprétation est là aussi époustouflante de naturel, dans une combinaison très dosée de sérieux et de fantaisie.

Les répliques de la pièce écrite par Lilian Lloyd font mouche comme "La vie, c’est pas satisfait ou remboursé, tu fais avec ce qu’on te donne".

On connait l'engagement de la metteuse en scène contre l'homophobie. C'est donc sans surprise qu'on découvre le propos : raconter la vie d'un jeune homme qui prend conscience de son homosexualité puis la revendique.

La pièce se déroule depuis les années 70 et on a beau savoir que les mentalités évoluent lentement j'ai été étonnée d'apprendre combien le progrès est récent puisque ce n’est qu’en 1981 que l’homosexualité a cessé d’être considérée comme une maladie mentale. Alors tant pis s'il faut avoir recours aux stéréotypes pour secouer les consciences. Elles en ont toujours besoin.

Grégoire Lemoine a imaginé un décor où les entrées et sorties s'orchestrent à la manière d'un vaudeville. Le comique de répétition est régulièrement actionné, avec par exemple la scène récurrente de l'anniversaire, où Romain reçoit systématiquement une chaine stéréo dont la taille se réduit avec le temps puisque la technologie a progressé.

Les mentalités ne suivent pas le même rythme positif. Romain le constate douloureusement quand on lui refuse de donner son sang pour secourir les victimes du Bataclan le 13 novembre 2015.

Quelle énergie dans ce spectacle qui provoque autant la réflexion que les rires. Mention spéciale pour la mère dépressive et excessive (Valérie Zaccomer) !

Sachez qu’à force de rester en dehors des combats il y a un moment où la réalité vous rattrape. (Ce qui sera hélas vrai aussi pour la catastrophe climatique qui s’annonce, même si je m’éloigne du sujet). Les personnages sont tous attachants malgré leurs défauts (car l'intolérance des parents est désarmante) et la fin est inattendue, sauf notre plaisir à avoir passé un moment en leur compagnie.

La vie est une fête de Lilian Lloyd
Mise en scène et costumes Virginie Lemoine
Avec Julien Alluguette, Ariane Brousse, Benjamin Tholozan, Alexis Victor, Valérie Zaccomer
Décors Grégoire Lemoine  – Lumières Denis Koransky – Musiques Stéphane Corbin – Chorégraphies Wilfried Bernard – Vidéo Cyrille Valroff
Prix Avignon à l’Unisson 2022 du Meilleur Comédien pour Julien Alluguette

Spectacle vu le Vendredi 8 juillet 2022 à Théâtre Actuel. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après dans la matinée.

Oublie-moi, adapté, mis en scène et interprété par Marie-Julie Baup et Thierry Lopez à Théâtre Actuel (Avignon 2022)

Partons ensuite pour la journée entière à Théâtre Actuel où là je m’attends cette fois "naturellement" à vivre de grand moments.

Je serai encore comblée. D’abord à 11 h 55 avec Oublie-moi qui, étrangement, est de la même famille que le précédent, Frère(s), en ce sens qu’il est une ode à la fidélité, au soutien, à l’amour inconditionnel
Il était une fois une histoire d’amour entre Jeanne et Arthur. Une histoire parfaite. Jusqu’à que Jeanne demande à Arthur d’aller acheter du lait et un timbre. C’était pourtant simple à retenir … Surtout si on est un homme encore très jeune.
L’adaptation faite par Thierry Lopez et Marie-Julie Baup est parfaite pour nous faire vivre la tempête que la maladie d’Alzheimer souffle dans la vie d’un jeune couple qui s’aime d’amour fou.

Ce qui est réussi, outre le jeu, irréprochable, c’est la construction de la pièce dont le spectateur ne perçoit pas immédiatement la gravité. On hésite souvent entre rires et larmes.

La légèreté avec laquelle ils traversent les aléas qui, séparément, ne seraient que de petits incidents sans gravité et qui bout à bout composent les "50 000 détails qui leur éclatent à la gueule" est d'autant plus touchante.

Tu as le droit d’oublier, dira Jeanne à Arthur avec beaucoup de bienveillance. Mais nous, non, nous n’oublierons pas.

Les éclairages de Moïse Hill sont magiques, changeant la couleur des objets sans que l'on comprenne comment c'est possible. Le choix de la dominante rose est oxymorique parce que, même si l'amour ne faiblit jamais dans ce couple, par contre leur avenir n'est pas rose du tout.

Oublie-moi de Matthew Seager
Adaptation, mise en scène et interprétation Marie-Julie Baup et Thierry Lopez
Costumes Michel Dussarrat – Scénographie Bastien Forestier
Lumières Moïse Hill – Création sonore Clément Leotard

Spectacle vu le Vendredi 8 juillet 2022 à Théâtre actuel. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après dans la matinée.

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