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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

mardi 14 mars 2017

Ben Hur La Parodie

(mise à jour le 17 septembre 2017)

Fort justement, le spectacle est toujours sous-titré la parodie et pour en être une c'en est une. Mais le titre a changé depuis avril dernier. C'est dorénavant Arrête ton char Ben Hur. On viendra donc au Théâtre de Dix Heures pour rire et sans parti pris sur les religions. Parce qu'elles sont toutes égratignées.

Je ne peux pas vous dire comment puisqu'on m'a fait jurer de ne rien révéler, je ne comprends pas bien pourquoi, mais après tout "c'est eux qui voient" comme disait cet autre humoriste.

Les actions s'enchaînent à un rythme d'enfer avec une distribution qui peut changer d'un jour sur l'autre. Le jour de ma venue, en mars dernier, David Migeot portait la toge de Ben Hur, Olivier Mag la croix de Jésus, Jo Brami l'armure de Messala et Benjamin Tranié était le Caméléon, c'est-à-dire tous les personnages secondaires.

Ce dernier a été, comme Jo Brami, auteur et comédien dans la Grosse Emission sur Comédie +. David Migeot a fait partie sur France Inter de l’équipe du canular "A Votre Ecoute Coute que Coute" dirigé par Laurent Lafitte et Zabou Breitman. Olivier Mag est connu pour interpréter Jean-Pierre Escourou, coach de rugby dans la série comique "En Famille " diffusée sur M6. 

Metteur en scène de Jamel Debbouze à ses débuts, Luc Sonzogni a travaillé notamment avec Dany Boon, pour le Montreux Comedy Festival, ainsi que sur plusieurs programmes courts pour Canal + et durant 3 ans pour l’émission "On n’Demande qu’à en Rire". Autant dire que Ben-Hur a été monté par une équipe de choc.
Dans la Grèce antique, on employait le terme de péplum pour désigner un rectangle de tissu de laine enveloppant le corps et dont la partie supérieure est repliée sur le buste. Cette tunique portée par les femmes est devenue synonyme des films à grand spectacle reconstituant des épisodes de l'histoire ou de la mythologie.

Le plus célèbre a reçu onze Oscars. Adapté du roman de Lewis Wallace paru en 1880, Ben-Hur est un monument de l'histoire du cinéma par l'ampleur de sa mise en scène et des séquences à très grand spectacle comme la bataille navale, la course de chars et la crucifixion du Christ filmés par William Wyler en 1959.

Il fallait donc beaucoup d'audace à Hugues Duquesne, Olivier Mag et Luc Sonzogni pour s'atteler à une adaptation contenue en un peu plus d'une heure, jouable avec seulement 4 comédiens et qui, tout en respectant les faits historiques les plus essentiels, saurait intégrer des éléments contemporains, politiques, mais pas que.
On remarque des allusions culturelles plus ou moins décodables. La référence à Oncle Vania, mort dans la Cerisaie ne concerne pas tous les spectateurs. Ils n'étaient pas tous nés quand Nino Ferrer appelait Mirza en 1965 ... et l'allusion ne touche pas toute l'assemblée. Inversement l'évocation de Michael Jackson laisse les plus âgés de marbre.

On rit néanmoins beaucoup car le spectacle mêle astucieusement tous les registres possibles de comique. Le pari de l'adaptation est tenu tambour battant pour le meilleur et pour le rire. Alors c'est volontiers qu'on se prête au jeu en levant la main, comme on nous en prie, non pas pour crier Ave César mais Je like !
Ben Hur "La Parodie"
De Hugues Duquesne, Olivier Mag et Luc Sonzogni
Mise en scène : Luc Sonzogni
Avec : Hugues Duquesne (ou David Migeot) dans le rôle de Ben Hur, Olivier Mag (ou Cyril Ledoublee ou Emmanuel Gasne) dans le rôle de Jésus, Jo Brami dans le rôle de Messala, Benjamin Tranié (ou Sébastien Chartier) dans le rôle du Caméléon
Au Théâtre de Dix Heures
36 boulevard de Clichy 75018 Paris (métro Pigalle)
Du jeudi au samedi à 20h00 et tous les dimanches à 16h30
Reprise le 21 septembre 2017, jusqu'à fin décembre après un grand succès jusqu'à fin avril 2017

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Denis Tribhou (Jo Brami) et Marie Dicharry (Olivier Mag)

dimanche 12 mars 2017

Pour en finir avec Hugh Grant

J'ai passé un excellent moment avec Pour en finir avec Hugh Grant et il ne tient qu'à vous d'en faire autant.

Il y a des pièces que je vais voir sans rien en savoir, un peu au petit bonheur la chance parce que ma position me permet de courir le risque d'une déception, ou de tomber sur une pépite, ce qui est tout de même aussi mon rôle. Car j'imagine que vous n'avez pas besoin de moi pour que je vous "révèle" ce qui se trame dans les grands théâtres parisiens.

La pièce écrite par Emmanuelle Michelet a tous les ingrédients d'une bonne comédie, ce qui est un produit en voie de disparition : de l'humour bien sur, et à plusieurs degrés, un sujet qui s'inscrit dans l'actualité.

Le seul bémol est cette affiche, certes très esthétique, mais qui connote davantage le roman noir que la comédie romantique. Si on considère ce visuel, un décor étonnamment inscrit dans les années 60-70 alors et les voix graves et chaudes de Nancy Sinatra et Lee Hazlewood chantant Summer Wine (1967) on comprend que Françoise (Catherine Hosmalin) soit d'humeur nostalgique et abuse des somnifères.

La vidéo est judicieusement utilisée. Une sorte de tableau devient fenêtre sur les toits parisiens. plus tard il permettra de suivre les échanges de messages entre les personnages comme si on les lisait sur l'écran de leur black mirror en toute indiscrétion. Ou encore de savourer les commentaires off d'un trajet Bondoufle-Paris, 27 kilomètres jalonnés de soucis comme les franciliens en subissent quotidiennement dans les transports en commun.
Déboule Chloé (Lubna Gourion), affichant glorieusement ses vingt ans, son culot et sa confiance en soi : je suis une perle de colocataire. Aux States ils mettent les retraités avec les bébés et c'est nickel. Françoise ne pourra pas échapper à la tornade qui a réponse à tout.

La gamine, ultra haut perchée, marche en S et fait des mines mais elle a bon fond. la solitude de Françoise la touche. Elle lui impose "naturellement" sa propre méthode de drague, sur internet en l'inscrivant sur un site de rencontre, lui promettant un résultat pile poil.

On sonne. Un homme (Tom Dingler) plutôt jeune s'annonce : Je suis Hugh Grant. Je viens pour vous. Catherine Hosmalin joue l'étonnée à la perfection, tergiversant que ça va pas comme c'était, ne sachant pas si elle est déçue ou inquiète.

Le retour de Chloé n'apaise pas les choses. La jeune femme pique une crise de jalousie assez raide avec des mots cruels : sous prétexte que t'es seule tu t'exposes comme une dorade en deuxième démarque et notre quinquagénaire ne sait plus à quel saint se vouer. Il faut la voir au bord de l'asphyxie, tenter de se calmer en expirant et sifflant tout en effectuant des mouvements de pantin désarticulé.

Hugh Grant avoue qu'il est Gaspard (mais je ne vous dirai pas comment il est tombé amoureux) revient avec micro et tournesol fredonnant les paroles du grand succès de Joe Dassin A toi (1976) que l'on peut entendre, selon son humeur, comme parfaitement de circonstance ou au contraire une vraie provocation.

La pièce tricote intelligemment les préoccupations de notre société, le poids de la solitude, les freins liés aux certitudes, la question de l'écart d'âge dans un couple. Les esprits chagrins diront que c'est exagéré, et pourtant non. Emmanuelle Michelet écrit largement en-dessous de la réalité. Et surtout il faut écouter combien sa plume est trempée dans l'encre de la tendresse.

Tout le monde sera d'accord pour saluer le jeu des acteurs, qui est vraiment savoureux, dans des rôles qui leur permettent de révéler différents aspects de leur talent. Leurs personnages évoluent et c'est aussi un des intérêts de la pièce.
Elle n'est présentée dans la petite salle des Mathurins que jusque fin mars. Souhaitons à l'équipe qu'un autre lieu s'en empare et lui accorde une nouvelle vie. Elle le mérite.

Pour en finir avec Hugh Grant
de et mis en scène par Emmanuelle Michelet
avec Catherine Hosmalin, Tom Dingler et Lubna Gourion
jusqu'au 26 mars 2017 selon les jours 15 ou 21 heures
Théâtre des Mathurins (Petite salle)
36 Rue des Mathurins, 75008 Paris
01 42 65 90 00

samedi 11 mars 2017

Accords thé-patisseries avec Exki

Réussir des accords vins-mets, c'est presque un réflexe pour beaucoup d'entre nous même s'il arrive qu'on fasse des contre emplois. Mais réfléchir à des accords thés-pâtisseries, je n'y avais jamais pensé.

L'atelier piloté par Paul Roudez, de l'Ecole du thé du Palais des thés, auquel j'ai eu la chance de participer a été d'autant plus intéressant.

A l'instar des producteurs de Calvados qui oeuvrent pour décoller l'étiquette "digestif" à leur appellation et qui en font la promotion en cocktail, le Palais des thés, qui existe depuis trente ans, souhaite qu'on sorte de la consommation classique "théière petit-déjeuner" pour l'amener sur la table, en accompagnement de plats sucrés aussi bien que salés. Et même avec des fromages, mais c'est une autre histoire....

C'est à la Maison Vélib’EXKi que nous avons découvert avec Paul Roudez trois associations entre ce breuvage et de délicieuses pâtisseries "maison", au 22 rue de la Chaussée d'Antin - Paris 9e - 01 44 83 09 01. Vous pourrez faire l'expérience vous aussi puisqu'elles sont tous les jours à la carte, comme les sachets de thé qui sont proposés également dans les restaurants de la marque.

EXKi est une chaîne de restauration dont je vais prochainement vous reparler (le temps que je termine de tester leurs recettes dont je peux déjà dire qu'elles réconcilient bien-être, créativité et gourmandise.)
Un accord en harmonie : banane brésilienne et Sencha Ariake
A la fois doux et tonique, il est riche en antioxydants. Il est l'archétype des thés verts nature japonais, très qualitatif, conjuguant la double sensation caractéristique de fraîcheur herbacée/iodée de cette catégorie. L'infusion développe un univers aromatique d'herbes fraîchement coupées, de légumes verts, comme la peau de courgette, mais aussi des senteurs d'algues marines, d'eau de mer un peu iodée et de coquillages.

vendredi 10 mars 2017

Pourquoi ? au Lucernaire

Amateurs d’humour et de jeux de mots, de poésie et de philosophie, rendez-vous au Lucernaire pour une reprise de « Pourquoi ? » qui a reçu plusieurs grands prix du jury de festivals d’humour, et qu'Isabelle F. est allée voir pour vous en parler.

Dans ce spectacle, le comédien Michaël Hirsch, formé chez Jean-Laurent Cochet et Jacques Lecoq, nous invite à suivre les questionnements d'un homme qu'on peut considérer comme son double, de l'enfance au troisième âge. Il le fait à la façon de Desproges et Devos grâce auxquels il a découvert à l’âge de 15 ans le pouvoir et la richesse de la langue française.

L’humoriste dont c’est le premier seul-en-scène a composé un texte riche de questions qu’il a tout simplement intitulé « Pourquoi ? ». Dans une mise en scène ultra sobre, il arrive en jean, t-shirt et baskets avec des pourquoi à revendre :

« Et pourquoi y a plusieurs religions et y a qu’un seul dieu » demande l’enfant à son père. Et pourquoi faut faire des choix dans la vie demande l’ado vrillé sur sa Xbox et PlayStation, « on se console comme on peut »

Et le vieil « homo ça pionce » qui à 80 ans ne quitte plus son lit se demande « pourquoi vivre debout alors que couché on passe son temps la tête dans les étoiles ».

Questions légères, absurdes, touchantes, existentielles qui s’enchaînent au fur et à mesure que le personnage avance dans la vie. De calembours en homonymies, le comédien nous offre une avalanche de jeux de mots. Il faut suivre, parfois il attend que nous comprenions les double-sens et autres sous-entendus avant de poursuivre son envolée verbale. 

Il est toujours de mèche avec son public et fait habilement mine de penser de lui-même qu’il exagère quand une blague un peu tirée par les cheveux fait réagir un public bon enfant et parfois un peu chahuteur. Lorsqu’une spectatrice pense tout haut « un peu moyen ce jeu de mots », il attrape la balle au vol et fait mouche : « Madame, la différence entre votre téléviseur et moi, c’est que moi je vous entends ! »  Cette capacité d’adaptation sur le vif donne une énergie supplémentaire au spectacle.  

Le public est appelé à attraper les perches qu’il tend, trouver la rime, conclure une phrase. On s’amuse, on rit car «  femme qui rit finit à moitié dans son lit », ce qui fait donc, si elle rit à nouveau, un quart seulement. Où sont donc passés les trois quarts restants se demande au réveil sa moitié ?! Ses mimiques faciales et son impayable imitation d’un autre amoureux de la langue française, Fabrice Luchini, dérideront les plus réticents, je peux vous le garantir !

Il nous quitte avec l’homme d’âge mûr qui s’appuie sur une cane en forme de point d’interrogation  car "le plus fidèle ami de l'homme, c'est son point d'interrogation". A méditer… Un spectacle qui n’a rien de vulgaire, qui ne cherche pas à « poèter plus haut que son cul » ! Après des applaudissements nourris, Michaël Hirsch nous encourage à regarder chaque semaine ses billets d’humour  « lettre ou ne pas lettre » sur sa chaîne Youtube : 

« Pourquoi ? » jusqu’au dimanche 2 avril 2017 
Du mercredi au samedi à 21h30
Dimanche 20h
Théâtre Le Lucernaire
53 rue Notre-Dame-des-Champs
75006   Paris 
01 45 44 57 34
Mise en scène Ivan Calbérac 
Lumières : Laurent Béal
Musique : Laurent Aknin 
Costumes : Caroline Gichuki 

jeudi 9 mars 2017

La naturopathie pour les nuls ... et la boutique Naturathera

Nous avons la moitié de nos prénoms en commun. Mais ce n'est pas la raison qui me pousse à parler d'Anne-Claire Meret ici. Elle ne ressemble pas du tout à l'image stéréotypée qu'on peut avoir du naturopathe ... peut-être parce qu'elle est assez atypique dans la profession.

Cette trentenaire est passée par une école d’Arts Appliqués, et a travaillé dans le merchandising avant de reprendre des études en communication et en intelligence économique, ce qui l'a amenée à travailler quelques années pour des start up internet.

Doit-elle au stress d'avoir connu des problèmes de sommeil ? Toujours est-il qu'ils l'ont menée presque directement à son nouveau métier puisque la rencontre avec une sophrologue-naturopathe qui lui a appris à dormir a changé le cours de sa vie. Une fois son problème de sommeil réglé elle a décidé de se former dans le domaine.

J'ai été frappée par son sourire, sa joie de vivre et sa capacité d'empathie. C'est elle qui m'avait conseillé de faire un séjour au Moulin de Grouches. Je savais qu'elle avait écrit la Naturopathie pour les nuls mais je l'ai lu (quasiment dévoré) ensuite seulement.

Co-écrit avec Anne-Marie Narboni, qui est présidente du Congrès mondial de naturopathie il est très complet, très précis, et néanmoins très accessible, que l'on soit ou pas convaincu par cette discipline. Il contient -évidemment, mais je dirais heureusement- tous les conseils de bon sens que l'on oublie trop facilement en matière de santé, de nutrition et de gestion de stress.

La prévention est un état d'esprit essentiel sur lequel on ne s'arrête pas suffisamment et Anne-Claire Meret a infiniment raison d'insister sur son importance. Ce n'est qu'en comprenant comment on peut devenir malade qu'on pourra l’éviter ou corriger les troubles s'ils sont déjà là.

Son livre regorge donc de conseils, de recettes et de remèdes pour prendre soin de soi au quotidien. Cette lecture a changé mon point de vue. J'étais restée sur l'écoeurement de l'huile de foie de morue que ma mère nous faisait avaler à l'entrée de l'hiver et sur sa manière radicale de cuisiner "bon pour la santé", sans sel, sans sucre, sans graisses. L'efficacité de telles méthodes cesse quand, épuisés par tant d'efforts, on cède aux sirènes des plats gourmands.

Anne-Claire Meret nous rassure : on peut vivre "bien" sans se priver de plaisir. Une tisane n'est pas une potion amère et on peut enchanter une table avec une tarte multicolore aux légumes. Les épices sont bien entendu des alliés précieux et qui sont mes "amis" depuis longtemps.

Au fil du temps on pourra avoir envie d'aller plus loin et Naturathera pourrait devenir une des bonnes adresses à avoir sous la main. La boutique est unique. Installée à Paris, au 85 rue de la Verrerie, depuis un peu plus d'une année.

On y propose des produits qui sont au maximum issus d'une agriculture biologique, sauf lorsqu'il y a des problèmes de récolte.


mercredi 8 mars 2017

La plus grande peur de ma vie d'Eric Pessan

D'Eric Pessan j’avais déjà apprécié Plus haut que les oiseaux, son premier livre paru à L'Ecole des loisirs (2012), suivi par Aussi loin que possible (2015) qui avait été sélectionné au Salon du Livre de Jeunesse de Montreuil, catégorie Pépite du Roman Ado Européen 13 ans et plus.

Entre temps il avait publié un roman pour adultes chez Albin Michel, Muette (2013) qui faisait suite à Incident de personne (2010) écrit avec une intensité comparable. Il a l’art d’interroger les consciences des adolescents comme celles des adultes avec force mais aussi avec pudeur.

La plus grande peur de ma vie ne déroge pas aux précédents. Le lecteur assidu remarquera d'ailleurs une allusion aux personnages d'Aussi loin que possible page 69.

La forme est néanmoins différente. Outre l'originalité de la couverture, qui change de celles auxquelles l’Ecole des loisirs nous a habitués, le plus surprenant est l'insertion de calligrammes à l'intérieur du texte.

Le héros dit aimer beaucoup les cours de français, surtout lorsque le professeur l’initie à des exercices d’écriture (p. 20) comme la boule de neige, le lipogramme et bien entendu les calligrammes. De fait plusieurs pages font penser aux Calligrammes d’Apollinaire. Cette typographie audacieuse est nouvelle dans l’œuvre de cet auteur et apporte judicieusement de l’émotion. Le meilleur exemple concerne la répétition du mot grenade sur une demi-page (p. 78). Le processus d’écriture est au coeur du roman : tant qu’un texte n’est pas achevé, il vaut mieux le garder pour soi, sinon chacun veut y apporter son grain de sel.

La situation de départ du livre est encore une fois un moment de désoeuvrement. Quatre amis découvrent dans un vieux manoir une grenade datant de la Deuxième Guerre mondiale. Que faire avec cet objet ? Le laisser là, au risque qu'un vagabond n'en subisse l'explosion ou la prendre ? Mais la conserver dans la consigne de son collège n'est peut-être pas la meilleure idée ... à moins d'être soi-même sur le point d’exploser ...

Le narrateur a souvent des pensées qui se téléscopent. Il nous dresse des listes de choses à faire ou ne pas faire, et ne cesse d'échafauder des hypothèses.

On assiste à l'évolution de sa prise de conscience que l'auteur relie au fait de grandir. Il résume cette évolution à la découverte de choses qu’on ne voyait pas avant (comme les canettes éventrées d’un terrain de jeux). On perd des rêves à mesure que l’on gagne des libertés. (p.25)

Son jeune héros n’a jamais eu aussi peur de sa vie (p. 21) que le jour où il anticipe par intuition qu'un drame est possible. Il a raison de souligner l'ambivalence de ses intentions. On aime (se) raconter des choses qui font peur (p. 27) mais les vivre sans doute moins.

Le roman est l'occasion de conduire une réflexion sur l’amitié et sur ce qu’est un vrai ami (p. 89). On pourrait inviter des collégiens à mettre en parallèle ses propos avec une pièce de théâtre comme Timon d’Athènes, actuellement à l'affiche au Théâtre de la Tempête.

Le groupe d’enfants a pendant des mois fermé les yeux sur la souffrance de leur "copain" Norbert, victime de racket et de harcèlement scolaire. En cela l’auteur place le lecteur dans une double réalité car le déni de la violence est un fléau presque aussi important que les faits de violence eux-mêmes, et ne facilite pas le règlement des situations difficiles. La leçon de courage, d’entraide et d’amitié entre copains n’en a que plus de valeur d’exemple. 

Eric Pessan souligne, on le sait tous mais il n’est pas inutile de le rappeler, qu’il ne faut pas remettre à plus tard tous les compliments qu’on a envie de dire à ses proches. Il nous dit des choses graves sans renier la sensibilité propre aux adolescents et sans adopter un ton moralisateur. Quant aux adultes ils ont une attitude très positive, en particulier la mère de David, le narrateur.

Voilà un tout petit livre sur un sujet crucial qu'il sera bon de mettre entre de nombreuses mains.

La plus grande peur de ma vie d'Eric Pessan, Ecole des loisirs, en librairie depuis le 25 janvier 2017

mardi 7 mars 2017

Wontons croustillants du Globe Cooker Fred Chesneau avec Lesieur

Après "Sans en faire tout un plat", Lesieur réitère son partenariat avec Fred Chesneau sur "Les Paris du Globe Cooker". J'ai trouvé les recettes vraiment appétissantes et j'ai eu envie d'en reproduire une, celle des Wontons croustillants parce que c'était celle qui m'inspirait le plus et je pressentais qu'il y avait un challenge à les réussir.

Ayant l'habitude de cuisiner je me suis basée sur la rédaction de la recette sans penser un instant à regarder le tutoriel qui figure sur le site de la marque. J'ai donc un peu loupé la première friture, ce qui m'a amenée à trouver des solutions pour la seconde.

Je vais vous faire bénéficier de mon expérience mais je vous recommande d'aller sur le site visionner les petits films (fort bien faits, je les ai regardés depuis) pour préparer les spécialités dans les règles de l'art. Disons que ce que j'ai fait relève davantage du nem que du wonton, mais je ne regrette rien parce que je me suis régalée ....

lundi 6 mars 2017

Entretiens d'embauche et autres demandes excessives avec Laurence Fabre

Laurence Fabre nous relate les entretiens d'embauche qu'elle a subis, le mot n'est pas trop fort puisque plusieurs d'entre eux se sont accompagnés d'autres demandes excessives.

Il s'agit d'une fiction. Nous sommes au théâtre, mais Anne Bourgeois s'est inspirée de faits réels pour écrire la pièce.

Si vous appartenez à la fonction publique, qu'elle soit territoriale ou d'Etat je pense que ce spectacle sera une révélation puisque vous êtes exempté de ce type d'épreuves. Mais pour tous les autres qui cherchent, ont cherché et chercheront un emploi il est probable que les dialogues vont résonner à vous faire cogner le palpitant.
forme d'émotion dans l'écriture dans la façon de traiter un sujet par le théâtre.

Le seul terme de "demandeur d'emploi" est infantilisant. On pourrait considérer les choses du point de vue de l'employeur et parler de "demandeur d'employé", aller jusqu'à estimer que c'est celui qui recrute qui est en demande. Loin sont les temps bénis de "plein emploi" où les chasseurs de têtes dénichaient les talents. Je ne viens pas travailler chez vous à moins de  ... suivait un nombre s'élevant à plusieurs centaines de KF (milliers de francs). La situation s'est inversée après le passage à l'euro (y-aurait-il une relation de cause à effet ?) et se dégrade de plus en plus. Demander du travail est devenu excessif.

dimanche 5 mars 2017

Stavanger au Studio Hébertot

Voilà un huis-clos qui nous plonge d’emblée dans une ambiance étrange, est-ce un rêve, un cauchemar, un peu des deux ?

L’avocate Florence Bernstein accueille chez elle un jeune homme, Simon, qu’elle vient de sauver du suicide. "Se coucher, c’est un acte ordinaire… sur des rails un peu moins mais avec une coupe de champagne, ça m’a intriguée".

Ils se font face, lui frigorifié, hagard, elle, sûre d’elle, curieuse de lui, maniant l’ironie avec dextérité. Ils ont en commun la solitude, des souffrances mal colmatées et … Stavanger, ville portuaire en Norvège. 

Le temps d’une nuit froide, ils vont faire connaissance, se cogner au passé, s’amadouer, se rejeter, se retrouver. On ne peut pas en dire beaucoup sur cette pièce afin de ménager l’effet de surprise final, Olivier Sourisse l’auteur y cultive le mystère et une certaine complexité. 

Florence est le maître du jeu. Sylvia Roux, tailleur pantalon noir et coupe de champagne à la main, domine à la perfection son rôle de femme ambigüe. Avec assurance, calme et habileté, elle pousse Simon vers des questionnements auxquels il répond du bout des lèvres. Lui qui est verrier et a la passion de la transparence reste opaque sur ce qui l’a poussé à de telles extrémités suicidaires. Le temps est habité de leurs confidences mais aussi de leur silence.

Thomas Lempire qui est dans la peau de Simon incarne magistralement le type noyé dans son angoisse. Son secret est trop lourd à porter mais il ne peut le livrer qu’avec parcimonie. Il a peur, peur d’elle, peur de lui-même : "Faut que je sorte, que je me protège". Ses éclats de colère et crises de panique laissent transpirer son immense trouble intérieur.

Florence essaye de plaisanter avec lui pour l’aider à se soulager de ce poids morbide qui le hante. Mais elle-même, tout en lui montrant ici et là qu’elle le devine, ne se dévoile qu’avec prudence. La mise en scène signée Quentin Defalt n’est pas là pour réchauffer l’atmosphère ! La pièce est quasiment plongée dans le noir. Au centre une grande table en métal noir avec un chandelier. Une "nappe sonore" revient régulièrement faire monter la tension : bruit de train sur les rails, la mort, ou celui d’un battement de cœur, la vie ?

Tous deux se cachent des choses et nous les cachent par la même occasion ! Qui sont-ils vraiment ? Beaucoup de pistes d’interprétation sont possibles, pourtant au fil de l’histoire, des révélations se font à tâtons dans le noir jusqu’à un dénouement assez inattendu…

Merci à Sylvia Roux et Thomas Lempire qui nous offrent une interprétation d’une grande justesse. Olivier Sourisse a écrit la pièce en trois semaines à l’impulsion juste pour eux. Elle est donc taillée à leur carrure de comédiens hors-pair. Les portraits sont lourds mais on s’attache aux personnages sans les juger. La pièce n’est pas une pièce simple, c’est un ovni théâtral qui vaut la peine d’être découvert. Et comme le dit Thomas Lempire : "Tout est écrit dans les mots, il y a juste à les ressentir."

Stavanger jusqu’au 29 avril 2017

Auteur : Olivier Sourisse
Comédiens : Sylvia Roux et Thomas Lempire
Mise en scène de Quentin Defalt.
Collaboration artistique d’Alice Faure. Scénographie d’Agnès de Palmaert.
Lumière d’Olivier Oudiou.
Création sonore de Ludovic Champagne.
Costumes de Mine Vergès.
Du mardi au samedi à 21h00 et le dimanche à 15h00
Sudio Hebertot :
78 bis Boulevard des Batignolles, 75017 Paris
Tel : 01.42.93.13.04
www.studiohebertot.com

Billet rédigé par Isabelle F.

samedi 4 mars 2017

Un hammam gommage chez la Sultane de Saba

La Sultane de Saba est un nom qui vous dit forcément quelque chose. C'est une marque française de cosmétiques et de parfums de luxe, présente en France et dans le monde entier, fondée par Vanessa Sitbon.

La jeune femme, discrète dans la presse, est issue d'une famille qui possédait un hammam à Fès. Elle reçut en héritage le savoir-faire de sa maman, réputée en tant que masseuse et surtout pour sa connaissance des huiles essentielles.

La première recette de beauté que Vanessa proposa fut sans doute le fameux caramel à épiler qui a contribué à bâtir sa réputation. Mais elle est connue surtout pour sa manière de conjuguer beauté et sensualité dans un univers qui s'inscrit dans le voyage, dans le respect des traditions orientales de beauté. Il serait plus juste d'employer le pluriel car les propositions de voyage sont multiples, sur les routes de Malaisie, des épices, des délices, de Darjeeling, Bali, Japon, Orient et depuis quelques jours d'Udaïpur, du nom du roi descendant du dieu soleil qui, selon une légende indienne fit construire un majestueux palais de marbre blanc sur les rives du lac Pichola en l’honneur de ses favorites.

vendredi 3 mars 2017

Résister c'est exister, toujours en tournée avec François Bourcier

François Bourcier n'est pas à proprement parler seul en scène tant il fait revivre ces héros, célèbres ou anonymes, propres à toutes les guerres.

Le spectacle qu'il a conçu, Résister c'est exister est un hommage plus particulier aux Résistants de la Seconde Guerre Mondiale et à ceux qu'on appela les Justes, et qui, par de simples petits gestes, parfois au péril de leur propre vie, ont fait capituler l’ennemi et basculer l’Histoire.

Mais il a aussi une valeur universelle, à l'instar du Mémorial de Falaise, dédié depuis presque un an à tous les morts civils des guerres car il faut bien comprendre que si les militaires laissent leur nom au panthéon des héros, les populations civiles paient une très lourde contribution.

On se croirait dans une salle des pendus, et pour ceux qui comme moi ont visité une mine, l'émotion est furtive mais insidieuse, attisée par une lumière crue et bleutée de petit jour qui se lève à travers la brume, où de clair de lune angoissant.

La traditionnelle annonce d'extinction des portables est précédée d'un point sur le nombre faramineux de représentations du spectacle, déjà plus de 600, sur une très large zone géographique allant jusqu'à Nouméa. Malgré un spectacle un peu resserré en tournée par rapport à la création originale, on nous promet un artiste exceptionnel qui s'est emparé de très beaux portraits ressuscitant des actes de résistance qui ont tous été réels et que rien n'a été inventé.

jeudi 2 mars 2017

Timon d'Athènes dans la mise en scène Cyril le Grix

Le prologue a de quoi dérouter : un comédien seul en bord de scène, semblant émerger du brouillard, les deux pieds devant un micro des années 80, en tenue qui pourrait être celle d'un rockeur, explique la pièce en prétendant nous en donner la clé alors que résonne un orchestre de cuivres et batterie installé à Jardin. Sa voix réverbe. Il interroge le public qui à ce stade n'ose rien répondre : Vous me suivez ?

Arrivent trois comédiens en costume contemporain et chaussures vernies. Le décalage entre le niveau de langue du texte et leurs tenues choque encore plus. Et puis on s'habitue parce que le sens résonne énormément avec des situations qui semblent familières.

Le riche Timon vit entouré de flatteurs qui profitent de ses largesses. Acculé à une situation sans issue, il compte en vain sur ceux qu’il avait comblés et organise un dernier festin… Il s’enfuit alors pour mener dans une caverne une vie solitaire, jusqu’au jour où il découvre un trésor qu’il distribue avec malignité aux adversaires d’Athènes. Timon exhale ensuite son amertume dans un dialogue avec le philosophe Apemantus, son rival en misanthropie… Et voici venir les sénateurs : menacés par les troupes d’Alcibiade, pour supplier Timon de retourner dans la cité où l’on est prêt à lui rendre justice... Mais Timon ne reviendra ni ne pardonnera, allant jusqu’au bout de sa haine du monde aussi extrême qu’inexpiable.
La pièce mérite qu'on la résume car elle est peu jouée et peu connue, bien qu'elle ait été choisie par Peter Brook pour inaugurer les Bouffes du Nord, en 1975, dans cette même traduction de Jean-Claude Carrière. Pourtant Cyril Le Grix l'a créée il y a longtemps (2007). Elle l'accompagne donc depuis dix ans.

mercredi 1 mars 2017

Karamazov dans la mise en scène de Jean Bellorini

Jean Bellorini est l'enfant terrible du théâtre, déjà pluri moliérisé ... depuis 2014.

Il a reçu le Molière du meilleur spectacle pour Paroles gelées et le Molière de la mise en scène à la fois pour cette pièce et La Bonne Âme du Se-Tchouan de Bertolt Brecht.

Il nous avait enchanté ensuite avec Liliom. Je comprends donc que lorsqu'on lui a proposé de faire une création pour le Festival d'Avignon il ait choisi un grand texte littéraire plutôt qu'une pièce classique du répertoire.

Il avait déjà monté Tempête sous un crâne de Victor Hugo qui 3 heures 30 durant avait transporté les spectateurs. Il a choisi cette fois Karamazov, sans hésiter à doubler le temps de représentation dans la version originale donnée dans la Carrière de Boulbon où je me souviens d'avoir vu l'épopée du Mahabharata présentée par Peter Brook, dont il partage le même amour du texte et des comédiens. C'était en juillet 1985 (Jean était alors un bambin), dans la magnifique traduction de Jean-Claude Carrière, et on inaugurait alors ce lieu atypique plébiscité depuis.

Jean Bellorini s'est attelé lui-même à l'adaptation pour prélever ce qu'il nomme des morceaux choisis. Et il signe scénographie, lumières et musique, comme à son habitude, faisant terriblement penser à la manière de travailler de Xavier Dolan, autre artiste surdoué de la même génération.

Il ne recule pas devant un monologue d'une trentaine de minutes ... bien au contraire. C’est en entendant Patrice Chéreau lire le poème du "Grand inquisiteur" à la Cartoucherie, il y a huit ans, que lui est venue l’idée de ce spectacle.

mardi 28 février 2017

L'homme debout de Frédéric Tissot et Marine de Tilly

Voilà un livre intéressant, et bien au delà de l'admiration que l'on peut avoir pour Frédéric Tissot qui, après un terrible accident qui n'est relaté qu'à la fin du livre, est devenu le premier Consul Général de France au Kurdistan, poste qu'il exerce bien entendu en fauteuil roulant comme on le voit sur la couverture du livre.

Le titre, L'homme debout, est une expression polysémique. C'est ainsi qu'on désignait les premiers chrétiens parce qu'ils écoutaient l'Evangile dans cette posture, signifiant qu'ils se tenaient dans le respect et la confiance. Celui qui est debout montre également qu'il n'a rien à redouter de la justice humaine ou divine.

Elle veut aussi dire (depuis qu'un homme politique l'employa il y a une vingtaine d'années) qu'on conservera une attitude ferme et très déterminée tout en se sentant la conscience tranquille même si on a tort, du moins en apparence.

Frédéric Tissot est de ceux là, capable, et c'est là un des points forts de son témoignage, de reconnaitre que lui même s'est trompé, ou du moins qu'il a participé à des actions qui ne résistent pas à l'analyse. J'ai hésité à donner quelques extraits dans ce billet, mais il y en aurait tant à pointer que ce n'est pas raisonnable d'en isoler un plutôt qu'un autre. Le livre est vraiment à lire (et relire) dans son entièreté.

Diplômé de médecine en 1980, celui qui fut surnommé French doctor en Afghanistan, au Kurdistan puis au Maroc, est devenu conseiller de ministres avant de s'orienter vers la diplomatie. Il a soigné civils et combattants, héroïques ou anonymes, milité pour la liberté des femmes à disposer de leur corps, cru en la reconstitution d'un peuple, d'une nation et d'un Etat, ce qui force l'admiration.

Par contre on sent poindre l'ironie de la situation quand il démontre l’absurdité des rapports économiques et la toute-puissance des "intérêts" géostratégiques, et qu'il démasque la générosité qui tue juste derrière celle qui sauve. Plusieurs passages sont édifiants comme rarement un tel témoignage le permet.

C'est qu'il a vécu des situations qui l'autorisent à livrer une narration sans concession sur les objectifs des humanitaires et des énarques bien pensants. On comprend qu'il regrette d'avoir fait l'expérience des limites de l'humanitaire (p. 157).

L'homme debout de Frédéric Tissot et Marine de Tilly, éditions Stock, en librairie depuis le 5 octobre 2016

lundi 27 février 2017

Racine ou la leçon de Phèdre d'Anne Delbée

Anne Delbée avait promis de redonner la Leçon de Phèdre ... pour ceux qui voulaient la revoir, pour ceux qui souhaitaient la découvrir, pour les sceptiques s'interrogeant sur l'opportunité d'inclure le spectacle dans leur future programmation, pour les dubitatifs votants aux Molières, en avant-première des festivals de Sarlat et de Figeac, mais aussi et surtout ... pour le plaisir ... et c'est pour cette raison supérieure que je suis venue ce soir au Poche Montparnasse qui avait coproduit la performance l'hiver dernier.

Il y eut Sarah Bernhardt. Il y a Anne Delbée, tragédienne majuscule qui ne s'interdit pas de faire rire. Ayant le sens du drame comme peuvent l'incarner aussi les grandes rockeuses.

La veste est jetée. Elle s'empare du micro pour chanter en alexandrins. Et la ressemblance est frappante avec Catherine Ringer, qui était bouleversante dans son interprétation de Malhler à la mémoire de Fred Chichin.
La comédienne démontre la modernité de Racine, sans doute parce que la tragédie est intimement liée au théâtre. La fulgurance du texte s'empare de nous. Chacun a conscience que si elle s'est tenue éloignée pendant quelques années elle a rudement bien fait de revenir nous donner cette leçon que l'on reçoit comme une passe de rugby qui arriverait en uppercut dans l'estomac.

L'idée de ce spectacle est née un soir de 2007 où Anne Delbée s'est retrouvée comme une gitane à déclamer sur une table la déclaration d'amour de Phèdre à Hippolyte (Acte II, scène 5). C'est devenu un spectacle pensé, épuré avec un vrai décor, quelques accessoires, et une projection vidéo conçue par sa fille Emilie que l'on reconnait sur les images, à coté de son petit neveu, dans un plan séquence prémonitoire puisqu'il tient entre les mains le brigadier dont elle a reçu le Prix le 17 février dernier.

Anne Delbée est fascinante dans un phrasé grave, et pourtant léger. Pas de soierie chatoyantes ni de perruque comme pour le Phèdre qu'elle avait monté à la Comédie française en 1995. Christian Lacroix ne signe pas le costume d'homme, noir, chemise blanche un peu bouffante qu'elle porte ce soir, le bras levé à la manière d'un toréador, prêt à planter la première banderille.

Le spectacle est ultra vivant, nous faisant vivre une large palette d'émotions, débordant sur la comédie et le rire. Aucun tabou ne caviarde la biographie du grand auteur dont Anne Delbée retrace le parcours, dans ce qu'il eut d'heureux et de malheureux.
Elle enfile une robe de velours noir, dénoue ses cheveux, soudain dorés sous l'éclat des projecteurs.

Phèdre c'est quoi finalement ? Une belle-mère qui drague son beau-fils, pas de quoi en faire un fromage, une cougar qui s'excite sur un petit jeune homme. Ah,vu comme ça ..., mais alors que fait-on de la langue de Racine, de la grande langue du XVII° siècle, de cette putain de langue, comme le disait récemment -et avec admiration- un chanteur des Eagles ? Phèdre est une partition dont il faut suivre pas à pas les notes.

Le ton est donné. Rien ne sera occulté.

Plus tard Anne Delbée, danseuse, en position cinquième, mimera Molière dansant le Lac des cygnes, nous prévenant : attention il va s'envoler !

On apprend beaucoup de choses. Nous sommes des éponges infusées de cette p... de langue que l'on se surprend à grandement aimer. On reçoit une belle leçon, de théâtre, de lettres (classiques) et même de danse (classique, elle aussi) ... mais surtout une leçon de vie ... magnifique de démesure !
On peut légitimement espérer le Molière du Seul(e) en scène qui sera un argument de plus pour convaincre les programmateurs d'inscrire cette leçon dans leurs futures saisons. Deux festivals l'ont déjà retenu cet été, celui de Sarlat le 25 juillet à 21h et celui de Figeac les 26 et 29 juillet, lui aussi à 21 h.

Racine ou la leçon de Phèdre
Conception, mise en scène, interprétation Anne Delbée
Scénographie Abel Orain
Création lumière Andréa Abbatangelo
Réalisation vidéo Émilie Delbée
Musique Patrick Najean
Costume Mine Barralvergez
Illustrations Emmanuel Orain

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont d'Emmanuel Orain

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