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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.
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samedi 22 mai 2021

Des huitres au barbecue ? C’est délicieux

 

C’est un ostréiculteur d’Oléron qui m’a convaincue de tenter ce mode de cuisson et, depuis, j’en fait régulièrement. Dès que je peux acheter directement des huitres chez un producteur, de manière à être sûre de leur qualité.

Je profite de me trouver dans la seule région de France qui a acquis depuis 2009 une IGP (Indication géographique protégée) pour les huîtres affinées à Marennes‐Oléron. C'est le terroir dont elles dépendent qui les rend uniques : plus de 3 000 hectares des rives de la Seudre à la côte Est de l’île d’Oléron, en passant par la côte de Bourcefranc-Le-Chapus au Port des Barques.

J'apprécie la Fine de Claire qui est un type d'huître creuse tout d'abord élevée en mer et ensuite en claire où elle est affinée entre un et deux mois, au minimum 28 jours, à raison de 3 kg par m².

Les claires sont des bassins creusés en sol argileux, naturellement imperméables et de faible profondeur. Elles sont séparées par des talus alimentés en eau de mer par un réseau de chenaux communiquant avec la mer. Beaucoup de producteurs ont reconvertis d'anciens marias salants à cet usage. Le fond peut se recouvrir d'une algue verte qui pénètre dans les huîtres et leur donne une belle couleur et cet arôme particulier du terroir, qui se prolonge longtemps en bouche.

Elle a une odeur marine agréable et surtout une saveur salée, vite supplantée par une saveur sucrée qui va prédominer. Ces huitres ne sont commercialisées que du 1er novembre au 31 mars. Nous sommes en mai et à partir de ce mois, qui n’est pas en "r" on peut malgré tout continuer la consommation de ces mollusques, provenant de pleine mer. Traditionnellement on évitait la période mai-août depuis l'époque de Louis XIV pour éviter des problèmes d’intoxication, dus à un transport ne maitrisant pas les fortes chaleurs.

Il faut juste savoir qu’elles sont plus grasses, presque fondantes, avec un goût de crème que j’aime bien et qui convient à cette préparation. Si l'on choisit des Spéciales elles seront plus charnues du fait de la concavité de leur coquille. Quant au numéro, plus il est petit plus l'huitre est grosse. étant en zone de production (et de prix plus abordables qu'en région parisienne) je peux m'offrir des numéros 2 (86 à 110 grammes), soit le double du numéro 5.

La préparation est ultra simple. Je prépare un mélange de beurre (à température ambiante)-ail haché-fines herbes (cette fois je n'avais que de la ciboulette mais du persil aurait été parfait) que je dépose dans les huitres ouvertes (photo ci-contre).

A propos je rappelle qu'il faut acquérir le réflexe de jeter l'eau des huîtres à leur ouverture pour qu'elles lâchent ensuite une seconde eau, qui viendra de leurs tissus et qui sera beaucoup plus savoureuse que la première qui n'est rien d'autre que de l'eau de mer.

On les dépose sur la grille du barbecue et on surveille jusqu'à ce que le liquide contenu naturellement dans la coquille se mette à frissonner.

il est probable que la durée de la cuisson soit une question de goût. l'essentiel est de ne surtout pas surcuire (la photo en gros plan montre que l'aspect n'est pas modifié après cuisson).
Je sers dans une assiette adéquate, avec une décoration locale, un morceau de bois flotté ramassé sur la plage, quelques petits galets (que je rapporte en bord de mer en fin de séjour). Il y avait cette fois ci des filaments de goémon séché qui sont du plus bel effet.
On déguste à la petite cuillère pour ne pas risquer de se brûler les lèvres sur la coquille. Comme boisson, un vin local, plutôt sec. Il existe de nombreux vignerons sur Oléron qui, après la Première guerre mondiale, comptait alors 2000 hectares de vignes.
Si aujourd’hui, l'économie est essentiellement basée sur le tourisme et l’ostréiculture, la culture de la vigne s’est maintenue après l’épidémie de phylloxéra qui toucha l’île vers 1890. À cette époque, les propriétaires terriens en faillite, ont revendu leurs parcelles à leurs ouvriers viticoles. La plupart possédaient déjà quelques ceps sur les terrains sableux les plus exposés à la mer mais épargnés par le puceron ravageur, dans une zone au nom évocateur, les "sables vigniers". Il importèrent des plans de vignes américains beaucoup plus résistants aux maladies. Mais pour conserver la saveur et la qualité du vin, il greffèrent ces pieds à d’anciens ceps français.

J'ai goûté quelques vins du chai Favre, une exploitation familiale est présente depuis plusieurs générations au hameau de la Fromagerie (6 Route de l'Étang, 17310 Saint-Pierre-d'Oléron - 05 46 47 05 43). Soucieux de la qualité des produits, de la santé des hommes et de la protection de l’environnement, le vignoble a été converti à l’agriculture biologique en 2010. Cette expérience de plus de dix ans est la plus importante sur le territoire de l'île. Et comme les étiquettes sont réussies ! Elles feraient oublier qu'il faut toujours consommer avec modération.
Personnellement je n'ai pas (en général) de penchant pour le Sauvignon qui bénéficie pourtant d'une renommée internationale parmi les vins fruités et ronds. Ce cépage est majoritairement présent sur le vignoble Charentais. Et pourtant celui-ci est excellent.

Je préfère le Colombard, un des plus anciens cépage de la région charentaise, issu du croisement naturel entre le Gouais et le Chenin. Voilà pourquoi j'ai apprécié le Péchapié. un vin blanc sec biologique d’assemblage, réunissant les caractéristiques des deux cépages Sauvignon et Colombard. C'est un vin léger et rafraîchissant qui allie subtilement la vivacité et le fruit. 

Pour un repas de fête on se tournera vers le Grain Marin, Il est majoritairement issu de cépage Sauvignon, mais associé à une once de Chardonnay, ce qui lui donne de la douceur. Il est fruité, rond et boisé car il est vinifié en fût de chêne. Il y séjourne environ 8 mois avant d’atteindre sa maturité.

vendredi 17 mai 2024

Déjeuner autour des vins du Domaine Saint-Georges d'Ibry, IGP Côtes de Thongue

J’avais découvert plusieurs vins du Domaine familial Saint-Georges d'Ibry à l’occasion de Wine Paris en février dernier. Goûter des vins lors d’un salon, c’est bien, mais rien ne vaut une dégustation au cours d’un repas comme ce fut le cas pour le déjeuner au restaurant Chez Fred.

Il peut sembler étrange de choisir la photo des propriétaires du domaine pour illustrer l'article mais ils sont si passionnés et si impliqués dans leur activité qu'ils méritent cette mise en avant.

La cuisine de Laurent Hullo est goûteuse, basée sur le bon produit : celui du terroir, et sur des recettes plutôt classiques qui s'accordent avec les vins généreux, capables d'enchanter le repas.

Dans les années 50, c'était l'adresse fétiche d’un certain Commissaire Maigret, si l'on en croit son créateur, Georges Simenon. Le décor a été rafraichi mais il respire encore la tradition qui s'affiche sur les murs (voir photos en fin d'article).

On peut y voir le menu du dîner de Saint-Sylvestre 1987 servi chez Francis Darroze, le père d'Hélène, où le chef a fait ses classes, bien avant de travailler une vingtaine d'années au Plaza Athénée. Et puis l'affiche du film réalisé par Jacques Besnard avec Louis de Funès, Bernard Blier en 1966, Le Grand Restaurant. Monsieur Septime n'est pas là mais on notera de multiples détails inconditionnels des belles tables. Ce n'est donc pas un hasard si les couverts étaient en argent, ce qui conférait au salon une ambiance désuète et charmante.
Nous avions commencé en toute simplicité par le Chardonnay, cépage emblématique de la Bourgogne, parfaitement travaillé dans le Languedoc, accompagné de fines gougères, qui sont tout autant un rituel des apéritifs bourguignons. Si, franchement, le chef ne les a pas réussies à l'égal de celles de ma grand-mère, par contre, le vin a tenu toutes ses promesses.
Certains parmi nous ont préféré goûter le Chemin partagé blanc, assemblage de Chardonnay pour 60% et de Viognier pour 40, provenant de vignes poussant sur des sols de marnes calcaires faiblement sableuses avec présence d'huitres fossilisées. Ce vin est partiellement élevé en barrique (30% seulement est élevé en fut de chêne neuf). C'est une très belle cuvée, la première élaborée conjointement le père, Michel, et son fils, Jean-Philippe, pharmacien, ayant préféré se tourner vers l'oenologie dans laquelle il a suivi une formation diplomante. Nous découvrir cette cuvée en rouge sur la viande.

Robe dorée, nez intense avec des notes florales, de fruits jaunes, d'agrumes qui pourraient appeler un plat de coquilles Saint-Jacques.
Deux choix étaient proposés pur accompagner le Carpaccio de daurade huile d'olive et citron : le Viognier et Excellence blanc. Le Viognier n'est pas élevé en barrique. Il est vinifié en cuve traditionnelle  inox, basse température pour aller chercher le fruit et est très rapidement mis en bouteille fin novembre, début décembre.

L'Excellence blanc est un assemblage de quatre cépages : le viognier, mais aussi le muscat, le sauvignon et le chardonnay. Ils sont implantés sur des sols variés allant de sédiments marins à des graves, en passant par des calcaires avec présence d'huitres fossilisées. On pratique la vendange mécanique de fin de nuit. Chaque cépage est vinifié individuellement et n'est assemblé qu'après un élevage de plusieurs mois sur lies.

Le chardonnay apporte structure, rondeur et matière. Le muscat ses notes de litchi et de rose. Le sauvignon sa vivacité. Le Viognier son fruité mûr et ses notes d'abricots secs. Il est vrai que la bouche est fondue et savoureuse mais j'ai eu - sur cette daurade délicieuse- une préférence pour le Viognier seul.

A noter que l'Excellence existe en blanc, en rosé et en rouge. Ce dernier sera servi avec la viande et je le préférerai au Chemin partagé Rouge.
Le suprême de pintade au jus avec sa purée de petit pois fut ultra fondante. Là encore deux vins nous furent servis : Chemin Partagé Rouge et Excellence Rouge et c'est parce qu'on se prête au jeu de la préférence qu'on établit un classement. Il est probable qu'une dégustation horizontale n'aurait pas les mêmes résultats.

vendredi 1 novembre 2024

Un déjeuner chez Vendémiaire

On peut indifféremment dire qu'on va déjeuner chez ou au Vendémiaire. Le propriétaire du restaurant éponyme a choisi de donner ce prénom peu commun, qui est aussi le sien, à l'établissement qu'il dirige en trio depuis juillet dernier.

Il est calligraphié élégamment sur la carte qui évoque un passeport, estampillé 1973, date de naissance du maitre des lieux.

Passionné d'histoire, il a aussi choisi cet intitulé pour faire référence au mois des vendanges dans le calendrier révolutionnaire, parce que c'est un des surnoms de Napoléon, dont je rappelle qu'il repose à quelques pas, sous le dôme des Invalides.

Je reviendrai sur le parcours et sur le credo de Vendémiaire Nadd-Mitterrand ainsi que sur la description des différents espaces en fin d'article mais, en tout premier, un restaurant est un endroit où l'on vient pour se régaler. Alors place aux assiettes.
Pour commencer nous sommes partis sur un Tartare de daurade, mayonnaise aux crustacés, pickles d'oignons (qui pourrait être servi enrichi de caviar Baeri Perle noire) et sur un Tataki de boeuf mariné au vin rouge, sauce Chimichuri, purée de potimarron. Mais j'avoue avoir hésité avec des Poireaux grillés, noisettes et orange brûlée, et des Carottes rôties au miel et au thym, crème d'Isigny, témoignant de l'attention de l'équipe à satisfaire aussi une clientèle végétarienne.

Sachez en tout cas que les Oeufs bio mayonnaise au persil demeurent à la carte tant ils sont devenus incontournables. Tout comme les Huitres fines de claire, pomme verte et salicorne.

Comme boisson nous avons suivi le conseil du serveur d'accompagner les entrées avec un verre d'une AOP du Languedoc dont nous avons apprécié les arômes floraux (chèvrefeuille), fruités (amande fraiche) alors que de fins amers ajustent l’équilibre. Cette cuvée Clos Marie Manon Blanc de 2023 est surprenante par sa tension, qui tient probablement de la combinaison de plusieurs cépages (clairette, grenache, carignan … ) dont quelques-uns sont issus d’anciennes parcelles.
En plat, la carte ayant récemment changé nous nous sommes laissé tenter par deux nouveaux classiques, des Gambas à la plancha, crumble de chorizo, fenouil confit, bisque (qui bientôt laisseront place aux coquilles Saint-Jacques) et à un Foie de veau, sauce au cidre, amandes torréfiées.
Le foie de veau est devenu rare sur les cartes des restaurants et c'était une occasion à saisir. Comme tous les plats, cette assiette est pensée comme un tableau, avec l’utilisation de fleurs comestibles, ici l'oeillet de poète, qui ajoutent une élégance supplémentaire.

lundi 21 novembre 2022

Master class autour des Vins d’Alsace

Je connais plutôt bien l’univers des Vins d’Alsace, pour avoir assisté à plusieurs master-class et parce que j’ai vécu plusieurs années dans cette région que j’affectionne.

J’ai été invitée aujourd’hui à suivre une master-class, réservée aux professionnels, qui avait lieu à Ground Control (81 rue du Charolais à Paris) sous la forme d’une dégustation commentée de 6 vins autour de la question : La fraîcheur, juste une question de température ? coanimée par Gabriel Lepousez, docteur en neurosciences et chercheur à l’institut Pasteur et Thierry Fritsh, œnologue et conférencier au Conseil Interprofessionnel des Vins d’Alsace - CIVA.

Nous avons été accueilli par un des responsables du CIVA qui nous a fait remarquer qu'un véritable vent de fraîcheur s'observait dans les vignes et les caves, dans la dynamique commerciale, et même jusqu'aux étiquettes (auxquelles je serai attentive dans la seconde partie de l'après-midi au moment de la dégustation libre aux tables de 16 producteurs alsaciens, en toute modération cela va de soi).

Il annonça une nouvelle campagne de communication qui devrait témoigner de l'importance de cet axe. Enfin il a confirmé l'organisation du deuxième Salon Millésimes Alsace – DigiTasting® les 27-28 février et 1er mars prochains, réitérant ainsi la formidable expérience imaginée parce que le COVID privait les producteurs des rencontres avec les amateurs et leurs clientèles. (pour lire les comptes-rendus des dégustations digitales 2021 suivre ici).

Aucun autre territoire n’offre une telle diversité de sols, au-delà de la douzaine, à tel point qu'il serait impossible de dessiner une carte géologique, si bien que le même cépage donnera des arômes différents à quelques kilomètres de distance. C’est donc peu dire combien les vins d’Alsace peuvent être riches de belles surprises. Thierry Frisch a souligné combien la région faisait référence en terme de vin blanc étant donné l'ampleur de sa gamme.

En terme de cépages, leur nombre a été réduit depuis le Moyen-Age où ils étaient une quarantaine. Mais à la différence des autres régions françaises, l’Alsace demeure riche en variétés. On en compte 7 principaux :
  1. le Riesling, de couleur verte et de robe pâle. Il développe en bouche une petite note fruitée et florale.
  2. le Pinot Blanc reconnaissable à sa robe jaune pâle. Il laisse une note fruitée en bouche sans pour autant aller dans l’excès grâce à sa douce acidité.
  3. le Pinot noir, d’un rouge très soutenu. Il est fruité et léger avec une note plus prononcée lorsqu’il est vieux.
  4. le Pinot Gris, jaune doré., apprécié pour ses notes assez fumées et sa noblesse.
  5. le Sylvaner, à la robe claire aux reflets verts. Il est assez léger et offre une fraîcheur très appréciable. 
  6. le Muscat, jaune clair, qui reste un vin puissant avec quelques douces notes florales. 
  7. le Gewurztraminer, jaune léger avec des reflets dorés. Gras et corsé, il procure un résultat explosif en bouche avec un arôme original.
Selon Gabriel Lepouzez, la fraîcheur fait référence à des sensations à la fois olfactives, gustatives et tactiles. Ce terme est, au même titre que minéralité, un descripteurs hybride et multi-sensoriel qui peut porter à confusion. Cette Master-class nous invite à préciser notre définition et la perception de la fraîcheur à travers différents profils de vin proposés presque à l’aveugle puisque si le nom nous était communiqué, nous n’avions ni la bouteille ni l’étiquette à disposition. Or on sait combien ces éléments induisent le jugement, ce qui se confirmera plus tard au cours de la journée : côté étiquetage, les vins d’Alsace ont fait des progrès de modernité énormes.

L’ordre de dégustation des 6 vins retenus était imposé, quoi qu’il ne fut pas rigoureusement impossible d’inverser l’un avec l’autre. Il allait de soi que le Crémant serait proposé en fin de dégustation plutôt qu’au début. De même, de toute évidence pour un Vendanges tardives.
Pour commencer, deux AOC Alsace Grand cru Riesling 2018 :

samedi 2 juillet 2011

Finissage de Convivio en forme de Banquet au Micro-Onde de Vélizy (78)

J'avais déjà parlé de "finissage" au mois de mars, mais je n'avais pas physiquement vécu la chose. Ce soir l'évènement marquait à la fois une fin et un début puisqu'elle s'accompagnait du lancement de la publication de Convivio ou la plastique culinaire.

Ce livre est une saisie fragmentaire et singulière d’œuvres, anciennes et contemporaines, littéraires et plastiques, qui ont toutes pour sujet des figures complexes de la festivité, du banquet, du commun et de l’adresse.

Rarement il est donné de vivre pleinement un concept qui corresponde autant à la spécificité du blog d'être à la fois culturel et culinaire. Je ne sais pas si le terme de performance est adéquat sur le plan artistique mais il est tout à fait correct sur le plan gastronomique.

Fabien Vallos s'est livré à l'exécution d'une nature morte en forme de banquet et nous avons été treize dizaines de personnes à vivre avec délice une expérience peu commune qui faisait directement concurrence à la cérémonie princière qui se déroulait sur le rocher ... (de Monaco bien entendu).

Fabien Vallos est docteur en sémiologie et en anthropologie de l’art. Il est professeur de philosophie à l’École des Beaux-Arts de Bordeaux. Il est le fondateur (avec Claire Malrieux et Alex Pou) du collectif MIX. et des éditions MIX. C'est aussi un gastronome très averti et un cuisinier hors pair. Il lui a fallu quatre jours avec l'aide de Jérémie Gaulin pour réaliser lui-même tous les mets dont je ne vous donnerai pas la liste exhaustive car il serait vain d'exciter vos regrets.

Il me semble que quelques photos légendées suffiront. Néanmoins, pour preuve de ma bonne volonté de partage j'ai recopié la recette du molto delizioso pain de Gênes qu'il m'a confiée. Impossible d'imaginer meilleur accompagnement pour déguster un thé délicat. Je vous informe aussi à la fin de ce billet sur Lætitia in convivio, qui est la prochaine manifestation qui met à l'honneur ce fin gourmet.
Des fruits et des légumes étaient disposés régulièrement sur la longue table. Des fraises, des framboises, des abricots, des melons, mais aussi des fèves fraiches (à ne pas confondre avec des petits pois) dont beaucoup de convives ignoraient qu'on pouvait les croquer crues, une fois débarrassées de leur cosse et de leur peau.
Il y eut aussi des fruits de mer, de larges huitres de pleine mer de Bretagne, des coquillages crus, du flétan fumé, du maquereau cru à l'essence de bergamote ...
Divers jambons crus, de la copa, du chorizo de salamanta, du lard de Colonnata, un foie gras de canard mi-cuit, une porchetta de lapin pascaline, , un tartare de veau au caviar martégal ...
Des amandes fraiches, des cerises de Provence, les premières griottes, de jeunes confitures de fraises ...
Des pélardons crémeux du Gard, des banons de Haute-provence, du parmigiano reggiano (un parmesan fondant comme jamais), de la fleur de ricotta de brebis ...
Et puis des condiments, de la salsa tonata aux câpres, de la pâte de coing, des figues, du miel de châtaignier, de bruyère , d'oranger, des olives, des câpres de Pantelleria (une île située à l'ouest de la Sicile et rendue célèbre par l'actrice Carole Bouquet qui y élève le Sange d'oro) ...
Des huiles, des vins et des eaux ...
En guise de desserts une tarte aux abricots, des brioches, des mouchous basques, des macarons de Boulay, des croquants de cordes, des biscuits à la cuillère, des cantuccini, un riz au lait à la vanille, et le fameux Pain de Gênes ... (au centre sur cette photo)

Pour le réaliser il vous faudra 125 grammes de poudre d'amandes. Autant de sucre et de beurre fondu. Mais seulement 40 grammes de farine.
Trois œufs, 1/2 sachet de levure, un trait d'eau-de-vie et une énorme rasade d'eau de fleur d'oranger.

Fabien ne livre pas que ses recettes. Il donne aussi volontiers ses adresses. La plus précieuse est sans conteste l'épicerie de Monsieur Thiercelin qui règne sur Goumanyat, le plus vieux torréfacteur d'épices du monde. Un endroit qui est la caverne d'Ali Baba des professionnels de la gourmandise et qui n'est accessible aux particuliers que depuis quelques années.

C'est là qu'il trouve (entre autres) la poudre de mahaleb, dont le parfum, à mi-chemin entre l'amande et la cerise, aromatise de longue date les pains et les sucreries méditerranéennes, et la brioche de Pâques arménienne. Elle provient de l'amande extraite des petites cerises d'un arbuste appelé Bois ou Cerisier de Sainte Lucie, ou faux merisier. En pâtisserie il faut la doser à raison de 1 cuillère à soupe pour un kilo de farine. Le saladier de crème fouettée à la poudre de mahaleb n'a pas résisté aux cuillères de convives pourtant largement rassasiés et qui considérèrent vaillamment les divans bleus et rouges comme des éléments de décor.
Après le Micro-Onde, c'est le CNEAI qui accueille le travail de Fabien Vallos du 12 au 19 juillet 2011 à travers la proposition Lætitia in convivio, projet consistant à inviter des artistes, des auteurs , des lecteurs, bibliophiles ou collectionneurs à « compléter » Convivio.

Des conversations, rencontres et mise à disposition des publications sont programmées vendredi 15 juillet à 15h au CNEAI, 20, rue Louise Weiss, 75013 Paris

Convivio : conception éditoriale Fabien Vallos, maquette originale Christelle Bonnet.
Co-édition : éditions Mix. + l'Onde + cneai
Présentation : le 2 juillet au Centre d'art contemporain de l'Onde et le 12 juillet au Cneai.
Avec des textes de A Constructed World, Athénée de Naucratis, Antoine Dufeu, Jean-Baptiste Farkas, Giovan Battista Fasolo, Félix Fénéon, Pierre-Damien Huyghe, Furio Jesi, Ben Kinmont, Yannick Liron, Macrobe, François Marin, Martial, Pierre Muret, Lætitia Paviani, Sébastien Pluot, Fabrice Reymond, Bartolomeo Scappi et Fabien Vallos.

Goumanyat
3, Rue Charles-François Dupuis, 75003 Paris
Tél. 01 44 78 96 74, M° Temple ou République

jeudi 3 juin 2021

Exit, comédie musicale de Stéphane Laporte et Gaétan Borg, composée par Didier Bailly

J'ai découvert Exit en avant-première presse aujourd'hui au Théâtre de la Huchette et j'ai été conquise. J'ose dire que c'est un coup de coeur.

Il est dans l'air du temps, quelques années après le vote qui a initié le Brexit. Il traite subtilement de l'ostracisme. Il est d'une très grande qualité musicale. Les voix des trois comédiens sont d'une justesse irréprochable (et quel bonheur de les entendre sans micro HF). Il ose commencer par la dérision, dans un humour très bristish et petit à petit prend de la profondeur. Il est drôle, souvent très, parfois à peine, régulièrement savoureusement subversif. Il fourmille de références culturelles, musicales, historiques, contemporaines (les cuisiniers des shows télévisés en prennent pour leur grade).

Faut-il que j'ajoute des arguments ? C'est un spectacle qui est beaucoup plus profond qu'il en a l'air … et la chanson ! Et après cette longue période sans théâtre, c'est le type de soirée qui fait vraiment du bien et qui peut rassembler tous les publics.

On nous annonce une comédie (musicale) romantique et c'est bien cela. Il est justifié de mentionner le caractère musical entre parenthèses parce que le spectacle n'est pas que cela. J'ai même été surprise par l'arrivée de la première chanson. Trop souvent les interprètes des comédies musicales sont d'excellents chanteurs mais de piètres acteurs. Ici pas du tout. Harold Savary, Marina Pangos et Simon Heulle ont les trois talents fondamentaux : chanter, jouer et danser.

La parenthèse ne signifie pas que l'aspect musical ait été sacrifié, loin de là. Les inspirations médiévales rencontrent les codes musicaux et sonores du jeu vidéo. Exit évoque l’orient avec "Aliénor aux croisades", Versailles avec "Marie-Antoinette et les moutons Danton", la musique des troubadours dans "Trouba-dance", lequel s'inscrit parfaitement dans des tonalités contemporaines de slam. On se régale.

Le décor est intelligemment conçu par Sandrine Lamblin pour occuper la minuscule scène de la Huchette sans qu'on ait de sentiment d'étouffement. Une astuce permet de projeter autant que nécessaire des captures d'écran pour que le public ne perde rien des jeux video dont la création s'effectue en live pendant la représentation. Les animations de Stéphane Gérard sont plutôt réussies, même si elles ne sont pas ma tasse de thé.

Les costumes de Julia Allègre sont efficaces. Les chorégraphies de Mariejo Buffon sont pertinentes et totalement appropriées, jamais superflues.

On boit plus de champagne que de thé mais on mange des huîtres. D'ailleurs nos voisins britanniques adorent les déguster chaudes, souvent enrobées de bacon. Je les rejoins puisqu'il y a quelque jours j'avais publié sur le blog une recette d'huitres au barbecue (et je vous jure que je ne savais rien du scénario du spectacle).
Les auteurs situent l'intrigue en pleine campagne du Brexit, en 2016, pour le référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l’Europe. C'est une toile de fond métaphorique, prétexte à faire osciller la vie affective des trois personnages. Les anglais hésitent. Le cœur d’une jeune scénariste de jeux vidéo balance lui aussi, mais entre un Français et un Anglais, tandis que son destin emprunte un chemin similaire à celui de son héroïne, Alienor d’Aquitaine. C'est une excellente idée de combiner tous ces ingrédients en rappelant un épisode peu connu de l'histoire commune de la France et de l'Angleterre qui ont bien failli être dirigés par la même maison royale.

La salle du théâtre devient une annexe d'un Eurostar, où nous accueille un chef de cabine qui rappelle les gestes barrières …Il a juste oublié de préciser que la sortie ne se fait pas sur la scène comme le rideau pourrait le faire croire (private joke que vous apprécierez après avoir vu la pièce). Nous voici embarqués au coeur de multiples confrontations des mondes (réel et virtuel), mais aussi des époques, au fil de pérégrinations musicales révélatrices de choix impossibles, et offrant de plus une issue inattendue… loin des classiques happy ends, ce qui est plutôt malin.

Comme Franck Desmedt, le directeur de la Huchette, a eu raison de miser sur une programmation qui fait une belle place au théâtre musical. Les derniers trophées de la comédie musicale ont été remis en juin 2019 et je ne sais pas s'il y aura bientôt de nouveaux, mais je parierais sur plusieurs statuettes pour Exit. Stéphane Laporte et Gaétan Borg avait reçu le Trophée du livret de Comédie Musicale pour la Cigale sans la fourmi où Marina Pangos et Simon Heulle étaient déjà distribués. Je les avaient vus au festival d'Avignon 2019.

La Huchette en avait gagné l'année précédente quelques-unes avec Comédiens ! 

Les touristes anglais ne viendront pas cet été, la faute au Covid plus encore qu'au Brexit. Dommage, car il aurait été intéressant de scruter leurs réactions face à l'exposition des rapports franco-anglais, houleux depuis si longtemps.

Exit, écrit par Stéphane Laporte et Gaétan Borg, composé par Didier Bailly
Mis en scène par Patrick Alluin assisté de Gaétan Borg 
Avec Harold Savary, Marina Pangos et Simon Heulle 
Arrangements musicaux : Jérémy Branger, Marie-Anne Favreau, Paul Cépède 
A partir du 5 juin au Théâtre de la Huchette (23 Rue de la Huchette, 75005 Paris)
du mercredi au vendredi à 21h10, samedi et dimanche à 15h00 (durée : 1h35 )
réservations : theatre-huchette.com ou 01 43 26 38 99 
La photo qui n'est pas logotypée A bride abattue est de Fabienne Rappeneau

mardi 29 mars 2011

Francesco, un inédit de Dario Fo au Théâtre La Bruyère

Gilbert Ponté arrive en courant par le fond de la salle en marmonnant en italien. Ouné minouté ! vos portables couic ! Quel poublico, sympatico, tous ...
Il débarque à l'image du personnage qu'il est chargé d'interpréter : heureux et chantant.Il est aussi truculent, nous relatant avec gourmandise les intitulés des plats dont Francesco régalait la jeunesse dorée d'Assise : huitres en capucine, escalope milanaise, asperges ... Il nous raconte la vie du saint à sa manière, plutôt enlevée, assez éloignée de l'image d'Épinal que nous avions en arrivant au théâtre.

Car, avant de devenir un saint, l'homme a mené une vraie vie de patachon, dépensant l'argent de son père sans compter. Il a rêvé de devenir chevalier mais ne trouvera pas la gloire à la guerre, bien au contraire, puisqu'elle le conduira à croupir un an en prison.

Gilbert Ponté parle italien, mime, chante, danse, joue avec les accents (ralentissant le débit de sa voix quand il invoque les gardes suisses du pape), jongle avec les onomatopées, jusqu'à devenir lui-même, noc-nioc, le battant d'une cloche. Sa manière d'interpréter l'histoire fait penser à une bande dessinée qui se déploierait sur le fil du décor qui traverse la scène comme une corde à linge. Le résultat du parti-pris de mise en scène de Stéphane Aucante s'accorde avec le texte.

L'écriture de Dario Fo est savoureuse, drôle et irrévérencieuse, sans pour autant occulter le message de François qui interrogeait le monde sur des questions fondamentales autour du pouvoir et de l’argent, et qu'on aurait envie d'associer aujourd'hui avec l’écologie et la mondialisation.

Les rebondissements s'enchainent jusqu'à la fin tragique, imposée par la malaria, à 40 ans, de cette figure atypique dont l'essentiel reste présent dans tous les esprits : ne rien posséder pour ne pas être sujet à vouloir exercer de la puissance, et parler aux oiseaux pour se faire écouter des hommes avec attention.

Francesco, un inédit de Dario Fo
Mise en scène Stéphane Aucante
Avec Gilbert Ponté
Du 6 février au 17 avril 2011
Les dimanches à 15h30 & les lundis à 20h30
Théâtre La Bruyère
5, rue La Bruyère
75009 Paris

01 48 74 76 99

jeudi 22 janvier 2015

Bretagne gourmande et bords de mer sauvages

Je reviens d'un séjour en Bretagne, très exactement dans le Sud du Finistère pour être précise. Il n'y a pas que le micro-climat qui m'ait surprise.

Je voudrais rendre compte de toutes les particularités en quelques images mais le sujet mérite davantage. A cet égard je vous incite à cliquer sur la première photographie afin de les voir défiler toutes en diaporama et en plein écran.
J'ai commencé il y a quelques jours en donnant quelques recettes imaginées là-bas, la galette à l'andouille, la Microflette, et le Microfar.

J'ai aussi pointé l'originalité du Comptoir des Tapas de Xavier Hamon en pleine Halles de Quimper et des cavistes de la Part des anges à Pont-Aven.

Car la Bretagne est d'abord une région où l'on mange bon.

J'ai déniché des variétés anciennes de pommes sur le marché de Quimper.
J'ai craqué pour une galette ajonc et un gâteau breton pâtissier. Il me faudra revenir à Quimper pour croquer les macarons de Philomène.
 
J'ai savouré des crevettes remontées des casiers l'été dernier.
Je me suis régalée d'huitres au bord de la mer. Des creuses, et bien sûr des belons, spécialité de Riec-sur-Belon.
Les couchers de soleil y sont magnifiques. C'est un spectacle qui nous est offert quasiment tous les jours, et dans la moindre crique. Il faut revenir voir les mêmes rivages en fin de journée !

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