Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

jeudi 11 février 2016

Carolina Show au Théâtre Trévise

Cela fait cinq ans que la France a découvert Carolina et qu'elle y fait son show  .... Mais pas toute seule. D'abord il y a les Carolinettes qu'elle appelle affectueusement les filles. Toutes en jambes, elles assurent des intermèdes chorégraphiques.

Elles jouent aussi le rôle de maquilleuse pour faire des retouches autant que nécessaire, comme si la belle était constamment filmée.

Parce que le principe de son show c'est de faire "comme si" on était sur un plateau de télé, les caméras en moins.

La soirée commence par une sorte de poème, une énumération de "je voudrais", tandis que la salle commence à chauffer, incitée à scander CA-RO-LI-NA.

Actrice internationale, Carolina a tourné avec Pedro Almodovar, dont elle est l’égérie. Elle est idolâtrée en Italie, a mené une exceptionnelle carrière d’animatrice aux USA, recevant les plus grandes stars dans son émission "Talk to me, I’m Carolina" jusqu'à ce qu'elle décide de lancer à Paris en 2010 le Carolina Show.

Carolina invite une large palette d’artistes illustrant théâtre, cinéma, expositions, humour, chanson, photo, danse, littérature, peinture... En théorie il s'agit de découvrir des avant-premières qui seront les succès de demain. le challenge est difficile, même à Paris et j'imagine très bien les sollicitations et les pressions qui sont tentées pour être sur scène à coté d'elle.

Parce que Carolina a beau être déjantée, hors cadre, et sans doute imprévisible (ou prévisiblement provocatrice) elle reste respectueuse du travail des artistes et communique une énergie infaillible, forcément stimulante.
Sa tenue a de quoi surprendre ceux qui ne la connaissent pas. L'oeil qui frise, la coiffure cendrée avec une mèche rouge carmin, une robe noire à fleurs et paillettes, des escarpins cloutés de 17 ( cm de hauteur), un sac vintage en skaï rouge et bleu, plusieurs grosses bagues, et un manteau de (vraie) fourrure, mais oui ma chérie, tiens touche ... dont elle se sépare négligemment après la première chanson, modulée d'une voix superbe.
A cour, son acolyte Juan-Carlos revêt le tablier pour cuisiner la tortilla dont j'ai compris que c'était à la fois le plat emblématique de la star et le mot de passe pour obtenir des réductions à tous les spectacles dont elle fait la promotion au cours de la soirée. Il ne le quitte pas pour danser avec la star. Pas davantage que sa couronne royale.

À jardin, un canapé, aussi rouge que celui de Michel Drucker, où elle "recevra" tous ses invités, avec une table basse comme dans un salon ordinaire.

Est-ce pour se conforter ou pour rassurer les néophytes, Carolina demande que la salle soit éclairée pour prendre la température et interroger : qui vient pour la première fois ? Et qui est déjà venu ? C'est fifty-fifty, plutôt encourageant.

Tout au long de la soirée elle fera preuve d'un humour décapant, aussi bien à l'encontre de ses invités que de son propre personnage. Et même après, en discutant dans le hall avec les spectateurs, n'hésitant pas à demander si on ne s'est pas "trop" emmerdé. Cela peut sembler excessif mais en réalité et en spécialiste elle est prête à remettre en cause la formule au moindre couac.

C'est bon enfant, frôlant la dérision, mais les numéros des invités, souvent des extraits de leur spectacle, sont de belle qualité. J'ai revu avec plaisir Laurent Viel dont je connais déjà l'excellent Chansons aux enchères qui est présenté en ce moment aux Mathurins.

Il y eu aussi une chanson de Neige Noire, variations sur la vie de Billie Holiday, interprété par Samantha Lavital et Rémi Cotta qui se trouve être (aussi) le réalisateur du show avant leur départ pour une longue tournée en province, qui passera par exemple le jeudi 24 mars 2016 par le Carré Magique, Parvis des Droits de l’Homme de Lannion (22300).

Et puis un sketch très drôle de Jeanfi Janssens qui endossa un rôle qu'il connait sur le bout des doigts puisqu'il l'a exercé pendant plusieurs années. On vit à travers son expériences les tracas d'un steward qui ce soir faisait escale au Carnaval de Rio avec une passagère un peu dérangeante, sa propre mère. Aucun doute qu'il a donné envie au public de voyager avec lui, du moins sur la scène où il se produit en ce moment.

Nous avons eu droit à un extrait de Do ré mi Fashion, la revue des invendus avec trois chanteuses dont les accents lyriques ont enthousiasmé la salle, Isa Fleur, Marion Lépine et Aurore Bouston.

Marion Lépine a écrit une fantaisie musicale mixant glamour, drôlerie, folie à partir d'une idée assez simple : Trois employées d'une boutique de mode débarrassent les derniers articles qui restent après la liquidation du stock. En triant ces invendus, vêtements et objets éparpillés, des souvenirs surgissent en forme de chansons. Cela se chante jusqu'au au 29 Mars les lundis et mardis à 21 h 30 au Théâtre Essaion (relâche les 29 février, 1er et 8 mars 2016).

Chaque show est différent, c'est le principe. Ce soir là ce fut très musical, je ne dis pas trop ... Mais très musical tout de même, malgré la présence de Nacera Kainou, sculpteuse et peintre des Armées, qui modela la tête de Carolina en direct et avec talent.

Certains invariants ponctuent chaque soirée. Les surgissements perturbateurs de Juan Carlos interdit de parole, mais capable d'abandonner la poêle pour se déguiser et tenter de fléchir Carolina. Et le portrait de l'invité principal par Rochelle Grégorie qui revient plus tard, métamorphosée, pour nous offrir un numéro très spécial.

Michèle Bernier, André Manoukian, Jean-Pierre Coffe, Jean-Claude Dreyfus, Maria de Medeiros, Anne Roumanoff, et Alexia Laroche-Joubert sont venus dans le show depuis 2010.
Ce soir donc Jacky était à l'honneur, en costume plutôt classique pour quelqu'un qui dévalisait il y a cinquante ans les boutiques de fringues de Londres et qui collectionnait les shetlands. On a peu appris de lui, si ce n'est qu'il a fait de la télévision grâce ou à cause d'Antoine de Caunes après avoir commencé une carrière d'attaché de presse pour Bob Marley, Bashung, et Serge Gainsbourg qui l'avait surnommé le p´tit gars et avec qui il a travaillé huit ans.

Il a connu à l'âge de dix ans Richard Gotainer qui reste son plus vieux copain. Jacky s'est aussi risqué lui même à la chanson, avec notamment un 45 tours en 1987.

Le nom de ses émissions est toujours une déclinaison de son prénom. Du Rabijakishow au JJDA actuel. Beaucoup de personnes célèbres aujourd'hui sont passées dans l'une d'elles si bien qu'il connaît énormément de monde. Carolina aurait-elle pu le surprendre ? Il connaît même Thierry Garcia, le musicien de Laurent Viel parce qu'il a fait tous les zéniths de Dorothée.
Et Jacky, pouvait-il surprendre le public ? Il s'y est essayé en lançant un sujet. il a mieux réussi en esquissant quelques pas de danse.
L'invité d'honneur se voit offrir à la fin sa caricature par Khasis Lieb. Les autres repartent avec une boîte de macarons ... sans gluten, ce qui est tout de même plus un pléonasme qu'un argument marketing, que le public est aimablement invité à goûter à la sortie.
Entre temps Carolina aura chanté qu'elle a tellement besoin d'amour ... On l'aime et elle le sait.

Le Carolina Show a lieu un mercredi par mois à 20 heures au Théâtre Trévise
14 rue Trévise, 75009 Paris,  01 45 23 35 45

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Denis Tribhou.

mercredi 10 février 2016

L'Orangeraie de Larry Tremblay

L’Orangeraie est un livre qui dérange, je le sais. Pourtant je le défendrai sans restriction. Certains lecteurs m’ont dit le trouver insoutenable et avoir arrêté en cours de route. Ils se sont privés d’une fin qui apporte une réponse philosophique aux questions que soulève Larry Tremblay.

Certes le sujet est a priori difficile, faisant penser au Choix de Sophie. Des parents doivent choisir entre leurs deux fils jumeaux lequel mourra en martyr pour défendre des idées religieuses. L’un d’entre eux est atteint d’une grave maladie qui le condamne à court terme. Le sacrifice de cette vie est-il pour autant plus "humain" ? Et ne serait-ce pas une offense à leur Dieu que de lui offrir un enfant malade ? 

Le père et la mère ne partagent pas la même opinion. Quant aux enfants ils ont, malgré leur très jeune âge, un avis sur la question de savoir si les vies sont interchangeables.

En moins de deux cent pages, Larry Tremblay, qui est écrivain, metteur en scène, acteur, a réussi le tour de force de me captiver alors que je ne me serais pas spontanément tournée vers son roman qui résonne trop avec l'actualité des récents attentats. Il a très sagement situé l'action dans un pays qui n'est jamais nommé, à une époque qui n'est pas davantage précisée, donnant au propos une valeur universelle.

Il m’a embarquée dans cette orangeraie où je me suis promenée comme dans un paradis. J’ai adopté le point de vue de chacun des personnages. J’ai compris les ressorts de la manipulation fourbie par des manipulateurs comme Soulayed : Dieu vous a choisis, Dieu vous a bénis (p. 57). J’ai éprouvé de la compassion pour ceux qui se laissent embarquer dans cette guerre qui, pas davantage que les autres, n’a de sens légitime.

J’ai senti l’odeur des roses. Je comprends que leur parfum puisse être leur sang (p.70). J’ai gouté la chair des fruits. Je regarderai désormais la lune en y voyant certains soirs, comme le dit Tamara, la maman d’Aziz et d’Amed, une empreinte d’ongle dans la chair du ciel. (p. 29) Je pense néanmoins comme Dalimah, sa sœur, réfugiée en Amérique, que la guerre est inutile et qu’il n’y aurait que des perdants. (p. 18).

Tamara a pleinement conscience que dans son pays c’est la haine qui tient les os des hommes en place. (p. 31) Elle a raison de s’interroger : à quoi ça sert de mettre au monde des enfants si c’est pour les sacrifier comme de pauvres bêtes qu’on envoie à l’abattoir !  (p. 90) Elle se sent néanmoins impuissante à faire évoluer les choses. Jusqu'où ira-t-on si on veut venger un mort par un autre mort ? Celui qui ne veut pas mourir est-il un lâche ? La vérité est -elle supérieure au mensonge ?

Sans voler leur enfance aux garçons, Larry Tremblay met en scène leur vie avec le regard d’un tragédien grec. Son texte se déroule comme une mélopée envoutante. J'ai pensé à plusieurs reprises à  une autre histoire de jumeaux s'interrogeant sur leurs origines, Incendies, d’un autre auteur canadien. Amed entend des voix qui vont influencer son avenir. En devenant acteur pour donner une parole à chacune d’elles.

Sans déflorer la fin du livre je peux dire que l’auteur répond en quelque sorte à la seule question qui vaille la peine qu’on s’y arrête : a-t-on besoin d’avoir une raison ou d’avoir tout simplement raison pour faire ce que l’on croit devoir faire ?

Paru au Québec en 2013, L'orangeraie a remporté plusieurs prix dont le Prix des libraires du Québec. C'est un magnifique conte moral, ou une fable politique si vous préférez. Certes brutale, habitée, hantée, et au final vraiment superbe comme l'a écrit Sorj Chalandon.

L'Orangeraie de Larry Tremblay, Nouvelle édition
Collection Vermillon, La Table Ronde, en librairie depuis le 5 février 2015
Livre chroniqué dans le cadre du Prix 2016 des lecteurs d'Antony
En compétition dans la catégorie Romans français avec Après le silence de Didier Castino, Un amour impossible de Christine Angot, Quand le diable sortit de la salle de bain de Sophie Divry, L'orangeraie de Larry Tremblay, et Ce pays qui te ressemble de Tobie Nathan.

mardi 9 février 2016

Des pancakes pour Mardi-Gras

Je reçois des avis et des compliments de lecteurs que je garde pour moi parce que je n'ai pas pour habitude de braquer les projecteurs sur ma petite personne.

Il arrive qu'on me pose des questions auxquelles j'essaie de répondre dans la mesure du possible. Un certain Vincent me demanda ainsi un jour la recette des pancakes de Florence Servan-Schreiber à qui j'avais consacré un billet sur le petit déjeuner et la santé.

Cet article datait de 2013, ce qui prouve la vitalité des publications sur Internet. Je ne suis pas la bonne copine de Florence même si je l'ai rencontrée plusieurs fois et je ne détiens pas les archives de ses recettes. c'était me faire beaucoup d'honneur que le croire.

Néanmoins, et parce que Vincent me renvoya un second mail à quelques semaines d'intervalle, je suis allée piocher dans les documents que je conserve (je garde trop de choses mais la suite va prouver combien c'est utile) et j'ai remis la main sur l'enregistrement d'une émission de Cuisine+ qui avait été à l'origine du précédent billet.

Par chance pour Vincent la recette des pancakes était donnée à la fin. J'imagine qu'en ce soir de Mardi-gras elle pourrait intéresser d'autres lecteurs ou lectrices. La voici donc.

La première spécificité est que Florence recommande de la faire avec du babeurre, ce qui est assez facile à préparer soi-même. On prend 350 ml de lait entier que l'on verse dans un bocal assez haut et on ajoute un demi yaourt pour donner du moelleux à la préparation. On ajoute une cuillère à café de vinaigre ménager blanc. La chimie s'opère alors sans se voir à l'œil nu. Il n'y a ni bulles ni dégagement d'odeur. On ferme le bocal et on secoue. Le lait est devenu babeurre quasi instantanément.

On versera alors dans une jatte. On y cassera 2 œufs bio (ou encore mieux des oeufs de poules ayant mangé des graines de lin), 50 grammes de sucre rapadura parce que le sucre blanc raffiné n'est pas idéal pour la santé. Puis 250 grammes de farine semi complète, car la farine blanche est vidée de ses nutriments, 2 cuillères à soupe de levure et 6 cl d'huile de colza, laquelle a cette propriété particulière d'être équilibrée en Omega 3 et Oméga 6. Les derniers sont ceux qu'on mange de trop et les premiers pas assez. La pâte n'a pas besoin d'attente et après quelques pincées de sel on peut tout de suite l'utiliser.

On peut cuire les pancakes nature dans une poêle graissée au papier absorbant, sur un feu pas trop fort. La pâte se tient bien, coule peu mais on la versera en petite quantité parce que ces sortes de crêpes sont meilleures petites. On la retourne au moment où des petites bulles qui éclatent à la surface.

Florence conseille d'ajouter à la préparation un peu de banane pour apporter du potassium. Une banane en tout petits morceaux suffira. En saison on peut choisir myrtilles ou framboises, en tout cas des fruits qui n'éliminent pas beaucoup d'eau.

Quant aux "toppings", ce qui s'ajoute sur le dessus des pancakes encore brûlantes, et toujours pour engranger des omégas 3 qui évitent les dépressions et les vague à l'âme on privilégiera les amandes . Il parait qu'en en mangeant une douzaine par jour on évite le (mauvais) cholestérol. Les anti-oxydants seront apportés par des canneberges séchées. Pour la digestion, il faudrait des fibres avec la noix de coco. Le chocolat noir améliore la circulation du sang grâce à ses flavonides.

Avec la même recette de pâte, mais en ajoutant un peu d'huile de colza et un peu de sucre on peut cuire dans un gaufrier les waffles dont les américains raffolent. Dans ce cas on n'ajoutera aucun fruit.

lundi 8 février 2016

Barbara et l'homme en habit rouge

La voix d'Eric Emmanuel Schmitt lance le spectacle sur fond musical à peine perceptible de l'Aigle noir. Nous allons assister à une sorte de rétrospective sur un pan de vie de Barbara, raconté par Roland Romanelli qui partagea la scène une vingtaine d'années avec elle et qui fut son compagnon pendant huit ans, et chantée par Rebecca Mai qui est devenue sa compagne.

En quelque sorte, et comme nous l'annonce le metteur en scène avec à propos, la femme de son présent incarne la femme de son passé. C'est franchement très réussi car si la chanteuse a une voix puissante et grave qui aurait pu la conduire vers l'imitation elle ne cède pas à cette tentation. Elle parvient à faire vivre les chansons sans copier l'artiste qui demeure un modèle.

Roland a une stature de druide, auréolé de cheveux blancs très longs, au regard tendre. Debout au centre de la scène, il raconte le premier rendez-vous avec une sorte de timidité contenue. Il avait à peine 20 ans et passait son temps rue du faubourg Saint-Martin dans la boutique d'un fabriquant d'accordéons. Il connaissait chaque instrument sur le bout des doigts. Accompagner Barbara n'était qu'un rêve qu'il pensait inaccessible. Celle ci l'appelle et lui donne rendez-vous au Moulin de la Galette, suggérant d'apporter son accordéon parce qu'on ne sait jamais.

Elle l'engage sur le champ. Il s'inquiète. Tout ira bien, le rassure-t-elle en le priant de voir avec Marie pour les détails. Deux jours plus tard, ils partaient ensemble en tournée. Il apprendra ultérieurement que Barbara s'était disputée avec son accordéoniste et qu'elle avait cherché un remplaçant en espérant que Roland accepterait. Elle connaissait sa réputation et ne voulait que lui.

Rébecca chante en commençant par des titres peu connus, ce qui est une excellente idée. Je découvre ainsi Gare de Lyon (1964) :
Paris, sous la pluie, Me lasse et m'ennuie. (...)
Car il pleut toujours, Sur le Luxembourg.
Y a d'autres jardins, Pour parler d'amour. (...)
Viens, fais tes bagages. On part en voyage.
J'te donne rendez-vous, A la gare de Lyon,

Roland apprend la musique de trente chansons en vingt-quatre heures. Le soir du 21 mai 1967, Barbara le convie chez elle, au 14 de la rue Rémusat, près du Pont Mirabeau, à la même adresse où vécut Arletty, de 1966 à sa mort en 1992. Barbara y habita de 1961 à 1968, date à laquelle elle quitte l'immeuble à la suite du décès de sa mère, ce qui lui inspira quelques années plus tard la chanson "Rémusat" dans laquelle elle évoque ce double départ.

Mais ce soir de mai, c'est la fête, et Barbara offre à Roland le premier flacon d'un parfum qui ne le quittera plus, Habit rouge de Guerlain qui lui vaudra d'être appelé l'Homme en habit rouge. Leur union fut néanmoins discrète. C'était sans doute plus facile dans les années 60, sans i-phone pour enregistrer des images volées, et surtout sans la propagation des nouvelles sur les réseaux sociaux.

Toujours est-il que Barbara le séduit ce soir là et qu'il nous mime la scène du premier baiser avec romantisme. Je me suis senti gamin avec une vraie femme mais je n'ai pas porté plainte pour harcèlement.

dimanche 7 février 2016

Mémoires d'un arythmique de Guillaume Durand

Un arythmique est quelqu’un dont les battements de cœur ne sont pas réguliers. C’est une maladie grave que Guillaume Durand découvre un "mauvais" jour et qu’il associe plus ou moins à l’agression dont son père fut victime sous ses yeux, traumatisme réactivé par la perte de son propre enfant.

Le terme s’emploie aussi pour qualifier un système de transmissions qui n’enverrait pas les données de manière synchronisée. Si bien que ses Mémoires d’un arythmique portent un titre parfaitement adéquat. L’auteur plaide coupable, se vantant de passer du coq à l’âne (p. 86), offrant au lecteur le choix d’estimer son récit décousu ou foisonnant. Il y a fort à parier que son livre sera discriminant : on aimera ou on détestera.

Personne ne dira en tout cas le contraire : il est provocateur, d’emblée, dès les citations choisies pour lancer le récit, et sans remords, jamais.

Capable tour à tour d’encenser comme de dézinguer avec des mots très durs les personnalités qui n’ont pas l’heur de lui plaire, n’hésitant pas à traiter Jacques Lacan d’escroc (p.33), Marie Antoinette de crotte déguisée en petit four, et Michael Moore une nullité, n'en déplaise au jury de Cannes qui lui accorda la Palme d'or. Ses admirations sont aussi larges que ses haines, bien au-delà des questions de droite ou de gauche. Il adorait Louis Aragon comme Françoise Sagan, François Mitterand et … Dominique de Villepin.

Il apprécie guère David Bowie et je serais curieuse de ce qu'il a pu dire au moment de sa mort. Guillaume Durand ne va pas se faire des amis avec ses mémoires. Je suis pas contre la vérité et la sincérité. Je l'ai prouvé. Mais je comprends mal l'intérêt de vitrioler tous azimuts comme un tonton flingueur à plus de soixante ans quand on a su faire preuve de diplomatie face à François Mitterand. La clé se trouve peut-être page 174 : j'adore ce que je déteste.

L’éditeur aurait pu ajouter un index à la fin pour faciliter la recherche des citations. Le nombre de personnes que cet homme de radio et de télévision connait dans le monde politique, artistique et culturel est impressionnant, quoique compréhensible pour un journaliste. Il est ami de Philippe Tesson dont il fait une description plus vraie que nature et que je reconnaîtrais même s'il en taisait le nom.

Ce qui est différent avec Guillaume Durand c’est que ses confidences servent à étayer une analyse sans concession de ce qu’on a appelé le microcosme. Il a des arguments, se place en censeur, et le pire est qu’il a sans doute raison. Pourquoi se borner effectivement des émissions politiques autour d'une table et trois chaises ? (p. 163) Pourquoi aussi vouloir à toutes fins la culture pour tous ? (p. 190). Il n'est pas nécessaire de s'insurger à ce point. Il suffit d'ajouter la mention "pour tous ceux qui la désirent" pour que cette volonté ministérielle devienne légitime.

Levé aux aurores pour assurer la matinale de Radio Classique, il est contraint de se coucher tôt ce qui le limite le nombre de ses dîners en ville à un par semaine. Combien aurait-il eu d’anecdotes croustillantes avec une fréquence supérieure ? On a parfois du mal à suivre parce qu'on ne connait pas toutes les personnes dont il est question.

Il mène ce qu’il qualifie lui-même de vie "déboussolée". Le moins qu’on puisse dire est qu’il n’est pas un modèle hygiénique. Il faut avoir, ne lui en déplaise, le cœur solide pour résister. L’exercice du tennis n’arrangea rien à l’affaire même s’il y renonça, pas davantage que la "légère" mégalomanie qu’il reconnait (p. 74).

Il lui arrive des choses extraordinaires suivant une sorte de théorie de la relativité toute personnelle. Il rate en effet la chute du mur de Berlin, n'étant pas au bon endroit ce jour là (p. 153). Inversement il est à New York quand s'abat l'ouragan Irène qui s'avèrera ne pas être si terrible que prévu. Par contre le vol en piqué d'un aigle au dessus de Central Park a failli le terrasser de peur et Guillaume Durand sait pratiquer l'auto dérision. Justifiant sa passion pour le rock, il se proclamera Rock & Folk plutôt que Charlie.

S’il raconte dans le détail une somme immense de rencontres et de confidences (285 pages, ce n’est pas mince), il fustige la mélancolie du passé, et abhorre l'absence de créativité, qu’il met au même niveau que la connerie. C’est le folklore des gens ordinaires, lâche-t-il p. 36. Il exprime son opinion à tout propos et croyez-moi, il a un avis (souvent éclairé) sur beaucoup de choses, parfois sur plusieurs pages, parfois en quelques mots, par exemple cette "petite" allusion à la référence perpétuelle de la République comme une religion laïque.

Il est probable que les lecteurs seront heureux de constater le courage avec lequel il s’exprime car sa plume n’est pas de bois. Il sait malgré tout l’adoucir et prendre plaisir à écrire comme une notice d'office de tourisme. Il vante ainsi l'hôtel du Palais de Biarritz, construit par Napoléon III pour sa chère Eugénie, comme proposant le meilleur buffet du monde. (p. 52)

Je ne le contredirai pas sur le plan culinaire, je n’y ai jamais mangé. Par contre pour le reste je mettrai un bémol sur les amours impériales. C’est parce qu’Eugénie a été choquée de rencontrer la maitresse de son époux à Vichy qu’elle a souhaité prendre les eaux ailleurs. La bonne fortune d’une ville tient parfois à la faiblesse humaine.

Guillaume Durand ne peut pas être accusé de misogynie. Il afficherait plutôt une propension au féminisme, brossant un portrait dithyrambique de Carla Bruni Sarkosy et de Diane de Mac Mahon, son épouse : ces femmes sont le meilleur de nous-mêmes, des vignes vierges magnifiques qui tiennent le mur de notre dignité approximative. (p. 90)

Il est aussi capable de tendresse, le prouvant par exemple en citant le Bal perdu de Bourvil accompagné d'un photo (p. 184). Et d'exprimer aussi avec sincérité quelques moments sombre de sa vie. Tout au long de son livre arrivent en rafale des messages anonymes avec photos et sentences énigmatiques. Ce sont dans les dernières pages qu'il raconte une confrontation au Congo avec un certain Jean René, rival amoureux qui n'a rien oublié. La vengeance est un plat qui avalera glacé.

Il avait confessé (est ce le terme adéquat ?) avoir maquillé sa vie de mensonges (p. 278). Deux pages plus loin il prétend que les deux termes sont synonymes. Guillaume Durand achève curieusement son récit au passé composé après nous voir raconté un dernier rêve qui vire au cauchemar.

Il nous épargne la citation de Chateaubriand, reprise par de Gaulle, la vieillesse est un naufrage. Mais il cite avec amertume Elsa Triolet arrivant au temps des échéances.

Il nous laisse en compagnie de la musique d'un des groupes mythiques qu'il affectionne, Led Zeppelin. Ma vie a été plus belle grâce à eux : Stairway to Heaven.

Sa vie est loin d'être finie. Outre la matinale de Radio Classique il présente sur TV5 Monde, tous les samedis, une émission sur l’actualité culturelle francophone de 17 heures à 18 heures, "300 millions de critiques" qui offre un regard assez différent. Je vous invite à la suivre, en direct ou en Podcast. Il était question dans celle d'hier soir du phénomène des Booktubers, ces prescripteurs de livres qui présentent leurs coups de coeur sur leur chaine YouTube ... comme je l'ai fait moi-même.

Mémoires d'un arythmique de Guillaume Durand, Grasset, en librairie depuis le 12 novembre 2015
NB : les numéros des pages qui sont citées renvoie à la lecture d'un ouvrage au format numérique de 285 pages.

samedi 6 février 2016

Le Marais en héritage(s) au Musée Carnavalet

Le musée Carnavalet est le grand musée de l’histoire de Paris. Ouvert en 1880, c’est le plus ancien. Sa collection, très éclectique, compte 600 000 œuvres depuis le Paléolithique (des molaires de mammouth de région parisienne) jusqu’à des photographies prises dans les années 2010.

Autrefois il s’agissait avant tout de récupérer des matériaux au moment des destructions haussmaniennes. Mais puisqu’il est à la fois un musée des Beaux-Arts et un musée historique il a pu bénéficier de différentes méthodes d’acquisition. Il en résulte une certaine difficulté à y effectuer un parcours chronologique.

Il y a néanmoins une certaine urgence à le visiter puisque les salles consacrées à la Révolution française, au XIX° et au XX° siècles seront fermées à partir du 1er avril et que tout le reste le sera à compter du 1er octobre. Le musée entrera dans une période de travaux qui durera vraisemblablement quatre ans.
La cour dite de Louis XIV restera visible, ainsi qu’une salle de préfiguration du musée restauré. Et surtout on développera des visites du quartier, également des catacombes et de la crypte du Parvis de Notre-Dame qui lui sont rattachées.
La rénovation de la Cour d’honneur du musée Carnavalet, dite cour Louis XIV est un exemple des processus de sauvegarde du patrimoine architectural du Marais. Elle est l’aboutissement d’un an et demi de travaux impliquant de nombreux corps de métier et combinant la restauration de l’existant et le remplacement à l’identique : nettoyage des sculptures et ravalement des murs de façades ; réparation ou remplacement des éléments endommagés de couverture et de canalisation des eaux pluviales ; réfection de la peinture des menuiseries extérieures (le choix du gris clair a été fait en fonction des coloris observés dans le quartier) ; remise en état des garde-corps ; restauration des vitraux ; remise à niveau du pavement de la cour. Cette restauration rend son éclat d’origine et redonne aux bas-reliefs toute leur lisibilité.

Le musée est célèbre pour ses Period Rooms, dont la chambre de Marcel Proust et pour la Salle des enseignes qui recèle de véritables trésors.
Ce vantail gauche de la porte de l'ancien Hôtel de ville 1653, ornée de reliefs en bronze doré dus au sculpteur Henri Perlau (1597-1656),
L'enseigne de taillandier-quincaillier, métier traditionnel consistant à fabriquer des outils tranchants, tels que ciseaux et cisailles, du XVIII° siècle est constituée d'un arbre en bois peint, au feuillage épanoui, qui s'élève sur une base de maçonnerie (réalisée en pavés de bois) simulant une margelle de puits. L'oeuvre, qui a changé d'emplacement, se trouvait en dernier lieu 20 rue du Temple (Dherbecourt, marchand d'outils).
Ou encore l'enseigne du mythique cabaret du Chat noir, fondé par Rodolphe Salis en 1881 au pied de la butte Montmartre, et qui fut le bastion des artistes et le symbole de la vie de bohème à la fin du XIXe siècle. Dessinée par Willette, accrochée successivement aux deux adresses de l'établissement, 84 boulevard de Rochechouart puis 12 rue Victor Massé, jusqu'à la fermeture en 1897.
De nombreuses boiseries présentées dans les salles du musée proviennent d’hôtels parisiens détruits à la fin du XIXe siècle.

vendredi 5 février 2016

Bellevue de Claire Berest

Bellevue, cela aurait pu être le nom d'un hôtel de bord de mer où Alma aurait programmé une thalasso. C'est une bien autre cure qu'elle va devoir y faire, sans être franchement volontaire pour cela.
Écrivain prometteur, cette jeune Parisienne ambitieuse vit avec Paul depuis plusieurs années. Tout semble lui sourire. Et, d’un coup, peut-être parce qu'elle a trente ans, tout bascule. Son angoisse va l’emporter dans une errance aussi violente qu’incontrôlable et la soumettre à d’imprévisibles pulsions destructrices : Alma se réveille deux jours plus tard ... dans un hôpital psychiatrique.

Que s’est-il passé pendant ces quarante-huit heures ?
Je ne chercherai pas les points communs entre Claire Berest et son héroïne. Je ne la connais pas suffisamment. Je l'ai rencontrée il y a cinq ans, à l'occasion d'une table-ronde que l'on m'avait demandé d'animer sur le thème du premier roman.

Elle s'est toujours imaginée devenir écrivain. Le métier de professeur de français n'était qu'une stratégie pour pouvoir gagner de l'argent et avoir du temps pour écrire. La solution s'avérant mauvaise Claire a eu le courage de quitter l'Education nationale du jour au lendemain pour se consacrer exclusivement à l'écriture.

Je lui avais demandé quel auteur, vivant, ou non elle rêverait de rencontrer. Elle avait choisi Emmanuel Carrère et Paul Verlaine. Je n'ai donc pas été surprise de trouver de constater qu'Alma s'inscrit dans un hôtel en employant le nom de Mathilde Mauté, l'épouse que Verlaine a abandonnée pour fuir avec Rimbaud. (p. 49) Qu'elle ne lira à Bellevue que du Verlaine et qu'elle récitera par coeur son poème intitulé l'Angoisse : Nature, rien de toi ne m'émeut ... (p. 61)

Avec ce troisième roman, Claire Berest affirme la puissance de son écriture. La question n'est jamais de savoir si ce qu'elle décrit est vrai ou faux, inspiré par un moment réellement vécu ou une construction littéraire. L'attaque de panique qui submerge Alma la veille de son anniversaire est absolument bouleversante.

Le matin suivant, Paul (vous remarquerez que c'est le prénom de Verlaine) n'évoque ni l'anniversaire, ni la crise, comme pour éviter de verbaliser les terrains glissants et par là empêcher toute cristallisation. Les couples peuvent être lâches pour ne pas être l'instigateur de la brisure du calme. (p. 16) En ne faisant rien pour précipiter les choses, ni pour les arranger non plus. Comme elle le souligne plus loin (p. 55) il n'y a jamais un seul fautif quand un couple se désagrège.

Plusieurs causes ont probablement précipité la crise. Cet anniversaire va être le révélateur d'une folie. Alma fuit à toutes jambes. L'alcool accélère le processus. Ce n'est pas Paul qui va l'aider, pas plus que Thomas, son futur éditeur. Ce sera Auguste, l'ami de longue date qu'elle appellera au secours.

Claire Berest donne une très belle définition de ce sentiment. L'amitié prend l'autre en charge dans son absolue et sordide entièreté, comme les mères, elle prend en charge le quotidien et l'exceptionnel (...) les amis sont prêts à tout traiter, la vie, la mort. (p. 70)

Elle entraine le lecteur dans la spirale angoissante qui étreint Alma et que l'on craint irréversible. L'énonciation (p. 76) d'une série de faits historiques dramatiques s'étant déroulés un 4 juin, jour de son anniversaire, effraie par contamination. C'est bientôt le mien et je commence à redouter la contagion.

D'ailleurs si on en vient à vouloir savoir comment je me sens je demanderai si on veut une réponse en deux mots ou en trois. Comme Alma (p. 72) je répondrai alors En deux mots : ça va. En trois mots : ça va pas.

Bellevue est un roman enivrant que l'on a du mal à lire lentement. On est pris aux tripes, happé par un style que l'on n'est pas près d'oublier. C'est parfois cru mais toujours juste.

Bellevue de Claire Berest, chez Stock, en librairie depuis le 27 janvier
NB : Les numéros des pages renvoient à une lecture en format numérique de 133 pages.

jeudi 4 février 2016

Les époux dans une mise en scène de Anne-Laure Liégeois

Ils sont sur scène quand le public s’installe, au garde-à-vous devant un micro sur pied des années 30, romantiques dans un costume folklorique suggérant une conférence de Connaissance du monde comme j’allais en écouter dans mon enfance.

Elle (Agnès Pontier) dit qu’il est né à la campagne. Que c’est un vrai roumain. L’un parle pour l’autre et réciproquement. N’hésitant pas à se corriger pour rétablir la vérité après chaque tentative pour l’édulcorer. On apprend qu’elle n’aime pas l’école, qu’il (Olivier Dutilloy) est bègue. Pas un pour racheter l’autre. Les propos sont débités sans aucune pudeur et le spectateur en a le tournis.
On les retrouve quelques années plus tard à Bucarest. Elle milite dans les syndicats ouvriers pour faire des rencontres. Elle lève une pancarte réclamant "Du pain d’la justice" qu’elle brandit en esquissant un pas de danse comme une poupée mécanique. Personne ne s’en doute mais le 13 août 1939 marque le basculement du pays dans ce qui le conduira à sa perte : Nicolas Ceausescu déroule sa geste courtoise devant Elena Petrescu. Ces deux-là seront un couple modèle, hélas unis pour faire le pire autour d’eux.

Le décor, conçu par Anne-Laure Liégeois (qui signe aussi les costumes comme à son habitude) fonctionne comme une caisse de résonnance. Trois pans de mur blanc deviennent écran de cinéma pour des images d’actualité comme l’enterrement de Dej, le discours du Conducator pour la non-intervention en Tchécoslovaquie, ou le procès des dictateurs. Ils servent aussi de support à la projection de films illustrant le propos : des combats de chiens, la jeunesse twistant en 1970 sur la musique de l’Amérique de Joe Dassin, un avion présidentiel transportant vers la Roumanie De Gaulle en 1968 ou Nixon l’année suivante … la fiction double sans cesse la réalité qui ne doit pas être oubliée.

La carrière de Nicolae suit une ascension fulgurante. Elena endosse le rôle de mentor, lui soufflant les bonnes idées sur le feu de son ambition. Il ne bégaie plus au moment de prononcer le discours du 9ème congrès du Parti Communiste Roumain. Sa voix est assourdissante de réverbération. Rien ne lui (ne leur) résistera. Ils n’ont pas fait d’études mais ils sont passés maîtres dans l’art du matérialisme dialectique. Ils paradent en Chine et en Corée et reviennent d’Europe avec des sacs débordant de couverts en or.

Le séisme de 1977 à Vrancea est une opportunité pour reconstruire du neuf à leur goût. On assiste à la montée de leur folie. Nicolae en slip et chaussettes harangue le public en organisant le remboursement des dettes pour assurer soit-disant la liberté du pays.

Elena ne contribue pas à l’amélioration de la condition de la femme dans son pays. Elle fait interdire l’avortement, récrit leur biographie et fustige l’inclinaison des roumains au sarcasme quand il s’exerce à leur encontre. Leur ironie est par contre sans limites et ils se délectent d’histoires drôles dont le public partage un florilège. Savez-vous ce qu’est le capitalisme ? L’exploitation de l’homme par l’homme. Et le communisme ? Le contraire ! Pourquoi les timbres roumains ne collent pas sur les enveloppes ? Parce que les usagers crachent du côté du portrait !

C’est furieusement drôle mais il ne faudrait pas croire que les époux Ceaucescu sont les seuls coupables. L’opinion internationale et les autres dirigeants des pays frères, cousins ou du bloc de l’ouest ont-ils levé le petit doigt ? il faut attendre la publication d’images d’un charnier, découvert à Timisoara la veille de Noël 1989 pour lancer un procès contre les tyrans. Après avoir annoncé 4630 cadavres, le nombre a dépassé 70 000 quelques jours plus tard. Je me souviens de ces images qui ont tourné en boucle et qui sont peut-être les plus anciennes du genre dans ma mémoire, supplantées quelques années plus tard par le film retraçant l’attentat des tours jumelles du World Trade Center. Depuis c’est régulièrement que les chaines dites d’information nous mettent sous le nez une vérité qui parfois n’est que temporaire.

En Roumanie il n’y avait pas eu de charnier. Les cadavres étaient ceux de pauvres gens sortis de leurs tombes et maquillés pour donner l'impression qu'ils avaient été torturés. Cela ne diminue pas la responsabilité des époux dans bien des crimes et on ne pleurera pas qu’ils aient été condamnés à mort pour des crimes qu’ils n’ont pas commis.
Ils auront fêté leur dernier Noël autour d’un sapin enguirlandé sous l’air d’Il est né le divin enfant. Les images d’archives se superposent. L’étoile polaire du génie des Carpates s’éteint. Les voilà pris au piège des couloirs de leur palais. On leur reproche des faits incompatibles avec la dignité humaine et ils seront condamnés à mort.

Les deux comédiens sont effondrés sur des chaises d’enfants, dans une pénombre qui met en lumière deux vieillards aux allures de marionnettes désarticulées. Elena serrée dans son manteau, sorte d’oiseau empaillée vivante, cramponnée à son sac à mains. Nicolae et sa toque de fourrure toujours enfoncée sur le crâne, métaphore d’une couronne qu’il n’aurait jamais lâchée.

Quelques personnes autour de moi pensent que le film a été tourné pour les besoins du spectacle. Encore une fois la réalité aura supplanté la fiction. Je me souviens parfaitement de ce simulacre de procès. Les images ne sont pas une parodie. C’est la triste vérité historique que les scènes charmantes de folklore touristique qui leur succèdent ne doivent jamais faire oublier. L'histoire des Ceausescu, entre folie, mégalomanie et effrayante théâtralité de l'intime ont voulu gouverner le monde. Ils sont devenus les époux tyranniques les plus sinistres du bloc communiste et mirent la Roumanie à genoux. Des despotes de baudruche que le théâtre dégonfle ... enfin.

Je salue le talent d'Anne-Laure Liégeois dans la mise en scène qui ne souffre aucune longueur. Il n'y a aucun répit dans l’escalade, dans la veine des précédents spectacles que j'avais déjà beaucoup aimés, que ce soit l'Augmentation, la Duchesse de Malfi ou Macbeth.

Les Epoux
Théâtre de David Lescot

Mise en scène, 

scénographie et costumes Anne-Laure Liégeois
Avec Agnès Pontier et Olivier Dutilloy
Du mardi 2 au samedi 6 février 2016
Au Théâtre 71, Scène Nationale de Malakoff (92) 01 55 48 91 00
mardi, vendredi à 20h30, 
mercredi, jeudi et samedi à 19h30
 
Puis les 25 et  26 mai 2016 à L’Apostrophe, Scène Nationale de Cergy-Pontoise, 01 34 20 14 14

Je signale que lundi 8 février, à 20h30 aura lieu la projection des Contes de l'âge d'or au cinéma Marcel Pagnol - 17 rue Béranger, à Malakoff, suivie d'une rencontre avec Anne-Laure Liégeois.

Les Contes de l’âge d’or composent une suite de saynètes écrites et produites par Cristian Mungiu, dont les 4 mois, 3 semaines, 2 jours avaient reçu en 2007 une Palme d’or méritée au festival de Cannes. Je les avais découvert dans le cadre du festival Paysages de cinéastes. Ils sont inspirés de "légendes urbaines" qui circulaient dans la Roumanie communiste et que les Roumains se racontaient en riant quand ils étaient sûrs qu’aucun agent de la Securitate ne pouvait les entendre.

mercredi 3 février 2016

L'art de la comédie mis en scène par Patrick Pineau

Le spectacle commence comme la Visite de la vieille dame dans une gare, avec le vacarme assourdissant et aveuglant de l’arrivée d’une locomotive.

Mais contrairement à Omar Porras, ce n’est pas par le rire que Patrick Pineau installe l’Art de la comédie.

Il fait sombre et froid. C’est l'hiver dans cette petite ville italienne coincée entre des montagnes et déserte. Tout est gris, même l’humeur de ce préfet qui emménage dans un palais désert avec juste un fonctionnaire et un planton. Tout le personnel a été réquisitionné pour venir en aide aux blessés d’un accident de chemin de fer.

Un autre drame a eu lieu précédemment, un incendie ravageant le matériel d’un directeur de troupe de théâtre itinérant qui a tout perdu puisqu’il n’avait pas d’assurance. L’homme arrive pour demander audience. Le préfet dispose d’un peu de temps avant ses rendez-vous de l’après-midi. Il aime le théâtre. Il reçoit le directeur en pensant que celui-ci va lui réclamer une aide financière.

Il est dérouté par son refus tandis que l’homme de théâtre ne partage pas l’opinion du préfet sur ce qu’il appelle la crise du théâtre. Le directeur voudrait que le préfet témoigne de son intérêt pour son art en venant assister au spectacle. Les deux protagonistes ne sont pas sur la même longueur d’onde quant aux rapports complexes entre l’art et le pouvoir. Le ton monte et le préfet finit par mettre son visiteur dehors : contentez-vous de ce que je vous offre, je dois m’occuper de choses sérieuses, pas de vos bouffonneries !

En lui remettant un bon de transport pour le faire partir le secrétaire se trompe et lui donne la liste des audiences de l’après-midi alors que le préfet raille une ultime foi, défiant le directeur comme s’il était le diable : envoyez-les moi vos personnages en quête d’auteur ! 
A partir de là chaque rendez-vous devient suspect : sont-ce réellement un médecin, un curé, une institutrice qui vont se présenter ou des comédiens ? Leurs demandes sont si étonnantes que le préfet croit devenir fou. Voilà un mythomane, un mégalomane, une hystérique, un paranoïaque. Rien ne semble "sérieux".
Pensant avoir à faire à des acteurs il accepte des revendications qu’il n’aurait peut-être pas accordées en temps normal. Jusqu’au pharmacien qui menace de s’empoisonner sous ses yeux en avalant une pastille d’arsenic qu’il aurait confondue avec une pastille de menthe (on pourrait entendre mente du verbe mentir) et tombe raide mort … ou pas.

C’est alors que le directeur de la troupe ramène la liste et sème un doute ultime. La pièce s’achève sans que l’on sache avec certitude le vrai du faux en basculant dans le thriller policier.

L'art de la comédie pointe avec férocité que les gens pour qui on vote ont une responsabilité à agir du fait même qu’ils détiennent le pouvoir de faire changer les choses. L’homme de la rue (ou de théâtre) ne peut que "manifester".

Le dispositif scénique choisi par Patrick Pineau comporte une passerelle métallique de 16 mètres de longueur au-dessus de trois mètres de vide qui démultiplie les entrées et les sorties. Les accessoires sont restreints au minimum, puisque le préfet vient juste d’arriver : quelques malles en fer, un fauteuil, une table encore emballée dans du papier bulle (qui claque sous l’effet de la pression). Au lointain un écran sur lequel sont projetées un portrait en ombre chinoise, le vitrail de l’église …

Il faut revenir au titre qui désigne bien la comédie. Les occasions de rire sont nombreuses, soit en raison de situation, soit par le jeu des acteurs, souvent proche de la pantomime, soit encore par leur débit verbal ou leur accent. Comme le dit Oreste Campese, l’homme de troupe (Mohamed Rouabhi) : le comédien est là pour établir entre le public et lui la magie du théâtre (…) C’est l’imprévu qui rend notre art si unique en son genre.

On peut aussi approuver le préfet (Fabien Orcier) disant que les acteurs sont de braves gens, le temps qu’ils vous font perdre, ils nous le rendent en bonne humeur. C’est que Eduardo de Filippo (1900-1984) connait son affaire et tire admirablement les ficelles. Ses personnages manient l’art du verbe avec un sens de la dialectique hors du commun. Il faut dire que, né d’une famille napolitaine où les enfants viennent au monde sur les planches, l'auteur sait de quoi il parle. Il a en lui la mémoire de ces fabuleux comédiens italiens et une soif à dire l’essentiel : le théâtre, c’est le désir de jouer, de tromper la mort.
Comédien et metteur en scène, Patrick Pineau a suivi les classes au Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris. Comme comédien, il aborde tout aussi bien le répertoire classique que les textes dans diverses mises en scène. Et en tant que metteur en scène, il signe de nombreuses créations dès 1992. Le Théâtre La Piscine a accueilli "Le Suicidé" (2012) et "Le Conte d’hiver" (2013).

L’art de la Comédie d’Eduardo De Filippo
Traduction Huguette Hatem, mise en scène Patrick Pineau
Avec Nicolas Bonnefoy (le pharmacien, Planton et un homme de la montagne), Marc Jeancourt (le curé), Aline Le Berre (Palmira), Manuel (Le Lièvre, le docteur), Fabien Orcier (le préfet), Sylvie Orcier (l’institutrice), Mohamed Rouabhi, (l’homme de troupe), Christophe Vandevelde (le secrétaire du préfet)
Dramaturgie Daniel Loayza, lumières Christian Pinaud, son et musiques Nicolas Daussy
Costumes Brigitte Tribouilloy assistée de Charlotte Merlin, vidéo Éric Perroys

Au Théâtre Firmin Gémier/La Piscine, de Châtenay-Malabry (92) jusqu'au 7 février 01 41 87 20 84
Du 10 au 18 février 2016 au Théâtre 71, Scène Nationale - Malakoff - 01 55 48 91 00
Le 26 fév 2016 au Théâtre de l’Arsenal - Val-de-Reuil - 02 32 40 70 40
Du 1er au 5 mars 2016 au Théâtre Dijon Bourgogne, Centre dramatique national - 03 80 30 12 12
Le 8 mars 2016 au Salmanazar d'Épernay -  03 26 51 15 80

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Philippe Delacroix

mardi 2 février 2016

Chocolat le troisième film de Roschdy Zem

Après le succès international d’Intouchables, il était difficile de faire mieux. Et pourtant Omar Sy, César du meilleur acteur 2012, va encore plus loin dans l’interprétation du premier clown de couleur. Il s’est glissé dans ce rôle dramatique comme s’il avait été écrit pour lui alors que ce n’est pas une fiction.

Son partenaire à l‘écran a une filmographie déjà impressionnante. James Thierrée est tout aussi excellent, dans la droite ligne de ce qu’on a pu le voir faire au théâtre : il a été triplement récompensé par l'Académie des Molières en 2006 comme révélation théâtrale, metteur en scène,  et meilleur spectacle du théâtre public pour La Symphonie du hanneton, faisant honneur à son grand-père Charlie Chaplin.

Le film commence en 1897, dans le campement du Cirque Delvaux,  installé dans un pays minier du Nord de la France. Le directeur cherche à renouveler le répertoire mais rien ne le séduit. Ni la présentation d’un ours dressé ni le numéro qu’un clown blanc (James Thiérrée) cherche à imposer. C’est une époque où les monstres de foire font sensation comme par exemple la femme la plus grosse du monde. Le clou du spectacle est pour le moment un roi nègre (Omar Sy) effrayant qui fait peur aux spectateurs et qui les séduit avec sa guenon.

George Footit est un artiste de cirque (clown blanc, écuyer et acrobate) né à Manchester le 24 avril 1864, arrivé en France en 1880. Il propose à celui qui n'est pas encore Chocolat une association, qui a de quoi surprendre : t’es clown et tu cherches un clown ? Il faut dire qu’à l’époque un clown se produisait seul en scène. Il suggère de travailler sur l’effet de surprise entre ce que le public attend et ce qui se passe vraiment.
Leur numéro s’intitulera Footit et Chocolat et sera un immense succès au Nouveau Cirque de Paris, qui était aussi le Palais des Pantomimes. Le duo s'inscrit parfaitement dans le schéma du clown blanc et de l'Auguste. Le premier est le maître de la piste, apparemment digne et sérieux, voire autoritaire, est le plus ancien type de clown. Il est maquillé de blanc, avec des sourcils tracés sur le front. L'auguste au nez rouge, personnage loufoque et grotesque habillé de noir et rouge, est plus récent. On date son arrivée sur les pistes vers 1870.

Pendant une vingtaine d'année, ils imposèrent le duo comique entre un clown blanc autoritaire et un Auguste noir souffre-douleur. Chocolat sera immortalisé en 1923 au Musée Grévin. Il tombe amoureux de Marie Grimaldi (Clotilde Hesme) qu’il surnomme Mademoiselle pédagogique, une infirmière, veuve de docteur qui a un fils charmant qu’il adoptera. Dans la vraie vie, elle était femme de douanier. Elle a réellement quitté son mari et est restée jusqu'au bout avec lui, risquant trois ans de prison pour avoir osé braver le tabou de l'union d'une femme blanche avec un homme de couleur, en pleine domination coloniale.
Il sera sollicité par des marques pour assurer leur publicité. On le verra sur des affiches signées par Joe Bridge pour développer Félix Potin en province. Paris vous attend prédira monsieur Holler (Olivier Gourmet) le premier manager de spectacle : Ici ça passe ou ça casse il n'y a pas de seconde chance.
Mais la réussite de Chocolat est ressentie comme une insulte par les blancs et il est victime de racisme. Aimer un noir c’est alors pire qu’un meurtre. Nous somme à l’époque de l’exposition coloniale où des populations étaient montrées derrière des barreaux avec une pancarte habituellement réservée aux animaux : Défense de donner à manger aux indigènes, ils sont nourris.

Il est probable que le scénariste a pris quelques libertés avec l’histoire au niveau des dates (c'est en 1886, que Footit fit équipe pour la première fois avec Chocolat à Medrano, à Paris. On les vit ensuite à l'Hippodrome du Champ de Mars, puis au Nouveau Cirque) mais l’essentiel y est.

La reconstitution historique est très réussie, qu’il s’agisse des costumes comme des décors. Le film a été tourné en décors réels, et non en studio à Prague comme on le fait de plus en plus. On prend plaisir à voir vivre ce Paris du XIX°, autour des Grands boulevards, du Théâtre Antoine, de la Porte Saint-Martin, du musée Grévin et de la Brasserie Julien qui, encore aujourd’hui est un joyau de l’Art Nouveau.
J'y ai dîné il y a quelques jours à cette même table où une scène du film a été tournée.
La photographie vient d’être inventée. Les frères Lumière (joli duo interprété par les frères Podalydès) tournent en 1900 la Chaise à bascule que le public peut voir après le générique dans sa version originale, montrant un de leurs numéros filmé au Nouveau Cirque, rue Saint-Honoré, à Paris.
Une plaque commémorative a été posée à l'endroit où ils jouaient tous les deux en lien avec la sortie du film, par Anne Hidalgo, la maire de Paris, pour rendre un vibrant hommage au premier artiste noir français, ainsi surnommé en raison de la couleur de sa peau.
J’ai été très touchée par le destin de cet homme qui fut ami avec Toulouse Lautrec qui le dessina plusieurs fois, qui a côtoyé Firmin Gémier (directeur du Théâtre Antoine), Victor Segalen, et qui fut initiateur de la thérapeutique par le rire avec la venue de clowns dans les hôpitaux. Sur ce point le film est tout à fait exact. En ce sens il fut un artiste hors pair car être artiste c’est ouvrir la brèche, montrer l’exemple, comme le dit son compère. J’ai été saisie par l’aspect dramatique de sa vie, broyée par les jeux d’argent et l’alcoolisme après avoir connu quelques années de jouissance. Il fut un des premiers à rouler dans une voiture, et à toucher de gros cachets. J’ignorais qu’on lui devait l’expression être chocolat qui signifie se faire avoir.
Le duo se séparera et Chocolat poursuivra sa carrière tant bien que mal en travaillant dans la troupe du cirque Rancy de Bordeaux où il décédera en 1917 à 49 ans. Footit mourra à Paris le 29 août 1921 à l'âge de 57 ans. Il fut enterré au Père-Lachaise, division 93, où on peut encore voir sa tombe. Il a tracé l’avenir de clowns comme Grock ou Fratellini.

Quant à Omar Sy, il démontre, comme Bourvil, sa capacité à poursuivre une double carrière dans la comédie et le drame.

C'est à l'historien français Gérard Noiriel, spécialiste de l'immigration, que l'on doit d'avoir reconstitué l'histoire oubliée de Rafael Padilla, permettant du coup à Roschdy Zem de porter à l'écran cette ode à la tolérance.
Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Julian Torres

lundi 1 février 2016

Tissus inspirés, hommage à Pierre Frey au Musée des arts décoratifs

Un étage au-dessus de l'exposition consacrée aux papiers peints, toujours dans les galeries d’études, ce sont les tissus qui sont à l'honneur à travers au premier grand hommage jamais rendu à cette figure majeure de la décoration intérieure qu'est Pierre Frey, l'homme comme l'entreprise.

En célébrant l’histoire et l’identité de cette Maison, cette exposition de près de 200 pièces plonge le visiteur dans les coulisses du métier d’éditeur de tissus d’ameublement et de papiers peints afin de révéler ses sources d’inspiration et ses méthodes de production.

Né en 1903, Pierre Frey fait ses premiers pas à Douai. La crise des emprunts russes le pousse à s’installer à Paris avec sa mère. Il débute sa carrière professionnelle à l’âge de dix-sept ans chez un chapelier avant d’être recruté par la maison Burger, fabricant de tissus d’ameublement, en tant que coupeur. Il devient en 1933 directeur de la Maison Lauer où il rencontre le dessinateur Jean Chatanay, avec lequel il s’associe pour créer leur propre société Chatanay et Frey, au départ installée rue des Jeûneurs à Paris.

En 1937, après avoir racheté les parts de son collaborateur, il inaugure la Maison Pierre Frey, installée au 47 rue des Petits-Champs, où se trouve encore le siège social de l’établissement. Les valeurs qu’il instaure à l’époque demeurent aujourd’hui intactes grâce à ses trois petits-enfants et son fils, Patrick Frey qui est responsable de la Maison depuis 1975.

Les collections du musée des arts décoratifs ont souvent inspirés les dessinateurs de Pierre Frey. Rien d'étonnant à voir ce dessin intitulé les Plumes (de Jean Chatanay) qui deviendra le logo de la marque jusqu'en 1950.

Les voyages sont une autre source d'inspiration.

Comme ces gouaches de costumes traditionnels indiens achetées en Inde (qui a inspiré un tissu appelé Gaya Original en 2012), ou une peinture des toits de Paris, une photo de voiles au cours d'une régate à Saint Tropez, le plat en céramique dessiné par Vincent Buffile en 2011.

Le parcours révèle les plus belles réalisations conçues par la Maison Pierre Frey depuis 1935, soit 80 années de création, dans un déroulé chronologique, hormis la première salle qui, à elle seule embrasse tout l'univers de la marque, en côtoyant des travaux d’artistes contemporains réunis en exclusivité pour l’occasion. Elle illustre aussi avec pédagogie les méthodes de fabrication avec un film qui retrace les différentes étapes. Aujourd’hui, cette maison est toujours dirigée par Patrick Frey, entouré de ses trois fils, Pierre, Vincent et Matthieu.

La suite du parcours de l’exposition présente des textiles et des papiers peints emblématiques, disposés aux côtés d’œuvres du musée des Arts décoratifs, ce qui permet d’insister sur les contextes historiques et artistiques dans lesquels ces travaux ont été réalisés et de faire revivre les goûts et les tendances de temps révolus. L'ensemble est peut-être un peu dense. Le visiteur a peu de place pour circuler et il est mal commode de repérer le nom des oeuvres en l'absence de cartels. Il faut chercher sur de grandes fiches plastifiées la correspondance entre photo et texte ...

Articles les plus consultés (au cours des 7 derniers jours)