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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

samedi 10 juillet 2021

Avignon le 10 juillet à l’Atelier 44, au 11 et à la Conditions des Soies

 Ma journée commence aujourd’hui relativement tard, à 12 heures, à l’Atelier 44 avec Tom à la ferme, de Michel Marc Bouchard. C’est un spectacle que je n’aurais pas choisi toute seule, et je remercie un ami de me l’avoir conseillé il y a plus d’un mois.

Cette dernière création du collectif québécois Naceo est d’une grande sobriété à la fois en terme de scénographie et de costumes. Et pourtant, dès l’entrée des spectateurs, les comédiens allument une puissance dramatique qui ira croissante.

Ils ont chacun leur manière de jouer, toujours très forte et la mise en scène d’Olivier Sanquer est très précise. 

On se moque bien d’une absence de décor et de l’économie des accessoires qui suggèreront tout ce qu’il est possible d’évoquer avec seulement quatre chaises et une palette. Nous sommes dans un élevage de vaches laitières et si on nous posait la question, on jurerait avoir senti l’odeur du fumier. Nul besoin d’une bande-son particulière pour avoir le sentiment que les coyotes rôdent. Et la musique est parfaitement adaptée à chacune des scènes.

Tom (Elie Boissière) est un jeune publicitaire montréalais qui se rend dans une ferme éloignée et isolée pour assister aux funérailles de son amoureux, tué dans un accident de moto. C’est Agathe (Marie Burkhardt), la mère de son amant, qui l’accueille chaleureusement à la ferme. Francis (Axel Arnaud), le grand frère du défunt est dans l’opposition systématique. Si elle est persuadée que Tom n’est qu’un ami de son fils, le frère est parfaitement au courant de la relation qui unissait Tom à celui dont le prénom ne sera jamais prononcé.

Les intonations québécoises sont discrètes mais présentes. La voiture est un char. On mange du blé d’Inde (le maïs). Tom a été surnommé Monsieur synonyme par ses collègues en meeting de focus-group. Et quand on jure, c’est avec des mots de sacristie.

On est en empathie avec Tom, ne sachant comment s’y prendre pour faire le deuil d’un amour, lui la veuve-garçon. On est aussi du coté de la mère qui, derrière des paroles liturgiques, semble comprendre la situation alors que le frère persiste à pousser le bouchon du mensonge.

Il n’est pas simple de dire sa vérité et de répondre à la question cruciale de la mère interrogeant  c’était qui mon fils ?  L’angoisse monte, dégoupillée par instants quand surgissent des pointes d’humour (comme souvent dans les enterrements). C’est captivant. Y compris lorsque Sara, censée être l’amie du défunt (alternativement Angélique Kern Ros comme aujourd’hui ou Amandine Favier) s’exprime en anglais.

Créé au Théâtre d’Aujourd’hui à Montréal en 2011, Tom à la ferme fut lauréat cette même année du Prix de la dramaturgie francophone de la SACD de Paris. Il a été primé deux fois au festival international FriScèsnes en 2020. La pièce a fait l’objet en 2013 d’une adaptation au cinéma par Xavier Dolan, coscénarisée par Bouchard, Prix de la critique internationale à la Mostra de Venise. Je l’ignorais et j’ai « bêtement » suggéré aux comédiens de présenter leur travail au cinéaste québécois parce que j’avais pensé, dès les premières minutes, à Juste la fin du monde par triple évidence, en raison du sujet, de la nationalité de l’auteur, canadien comme lui, et surtout de la justesse des dialogues.

J’ai appris aussi que Xavier Dolan avait acquis les droits d’autre pièce de Michel Marc Bouchard qui sera une série de cinq épisodes pour le géant européen Canal+ et Québecor Contenu. Il s’agit d’un thriller psychologique qui affiche une forte parenté avec Tom à la ferme et dont le titre devrait être La nuit ou Laurier Gaudreault s’est réveillé.

On m’a dit que ce Collectif s’attachait à présenter des textes puissants, épiques, rares, car peu joués. Il fédère des comédiens dissidents laissés en marge du système actuel, je me demande bien pourquoi. Retenez leur nom. Assister à un de leurs spectacles est une expérience très forte qui fait vibrer en nous des émotions contradictoires qui sont bouleversantes.

À 15h15, me voici au 11 Avignon, boulevard Raspail. On me prévient que No Way Veronica sera une vision d’horreur et ça commence par un éclat de rire. Non, deux. En fait trois. Oh et puis quatre. Me serais-je trompée de salle ?

Le spectacle, né en 2003, n’a cessé d’évoluer jusqu’à cette version très rock et ultra jouissive avec une actrice (époustouflante Isabelle Ronayette) qui joue les voix de 9 hommes (une femme et un manchot), et qui danse divinement, un acteur (Jean-Christophe Quenon) qui dit les didascalies avec la voix d’une bande-annonce hollywoodienne, un troisième (Philippe Lardaud) qui assure les bruitages en direct et un guitariste, compositeur et interprète pop-rock (Hervé Rigaud). Tous les quatre portent les costumes créés pour la circonstance par Pauline Pô.

Véronica est une vampe nymphomane, qui refuse de jouer l’arlésienne. A peine est-elle chassée qu’elle revient avec une obstination sans limite et sous une autre forme pour mettre à exécution son projet de séduire les scientifiques vivants en vase clos dans ce bout du monde.

Cette comédie misogyne ( c’est ainsi que la troupe la caractérise) est une réflexion ironique sur le genre et la sexualité dans les images de film. Écrit à la fin des années 80, en pleines années sida, No way Veronica résonne aujourd’hui encore alors que les luttes homosexuelles contre la domination de l’hétéro–normalité voisinent avec les luttes féministes contre le patriarcat. Sur le plan esthétique, on assiste à un concert amplifié, où se fabriquent en direct des images sonores qui renvoient à des images visuelles absentes. Les musiques sont de David Jisse et la sonographie de Christophe Hauser. On rêverait d’une fête d’anniversaire comme celle qui se déroule sur scène et la séquence de la douche entraine le public à battre des mains. Je comprends que Veronica tente par tous les moyens possibles de s’imposer sur la base météo Sub Antarctique qui s’est implantée au 11, boulevard Raspail. Le quatuor dégage une énergie de folie et on les suivrait volontiers jusqu’au bout de la nuit.
Je reste sur place pour assister à 16 h 45 à la mise en scène de Frédéric R. Fisbach de Et Dieu ne pesait pas lourd … qu’il interprète lui-même, simplement vêtu d’un jogging sans forme, sur un plateau nu, bordé de lumières éblouissantes, qui régulièrement traduisent des électro-chocs.

Je ramasse ma vie comme un verre d’eau renversé sur le tapis. Le texte de Dieudonné Niangouna mérite attention. Je suis le gars qui a marché sur la merde qui lui a dit toi je ne vais pas te porter bonheur.

La colère est manifeste et s’amplifie derrière un lyrisme efficace. C’est un spectacle auquel il me semble nécessaire d’être préparé (ce qui n’est pas mon cas et je ne me sens pas légitime pour en parler avec plus de détail).

Changement de registre et retour à 18 h 25 à une forme théâtrale plus conventionnelle à la Condition des soies. C’est Anthea Sogno, qui en est la directrice et accueille le public, masqué comme des résistants. Je ne connais pas meilleure « chauffeuse de salle ». Elle frappe sur le plateau trois petits coups de poing vigoureux en faisant crier aux spectateurs (déjà enthousiastes) Vive le théâtre pour encourager l’acteur, comme si Franck Desmedt pouvait en avoir besoin …

La voix chaude de Louis Armstrong distillant What a wonderful World achève de nous attendrir. Nous sommes fin prêts pour suivre les pas de Romain Gary depuis la Russie d’où sa mère se sauve pour s’installer dans une France dont elle construit le mythe à travers ses paroles. La pièce traverse le XX° siècle dont on revit les principaux épisodes historiques.

Franck Desmedt connaît parfaitement le texte. Il l’avait mis en scène en 2009. Pour cette édition avignonnaise, il en signe lui-même l’adaptation et assure l’interprétation, en vertu de l’adage qu’on n’est jamais si bien servi que par soi-même. Il assure tous les rôles sans avoir recours à aucun artifice.

Il est l’enfant, puis l’homme qui restera toujours un fils, à la fois porté et encombré par l’amour inconditionnel que sa mère lui inflige. Il se met facilement à la place de celle-ci, une ancienne actrice russe, juive, pauvre, divorcée, reconvertie dans la restauration pour prendre sa revanche sur un passé douloureux. Il est tout aussi aisément Mariette, la femme de ménage initiatrice aux plaisirs charnels, le professeur de mathématiques déconcerté par l’échec scolaire d’un gamin à l’intelligence exceptionnelle, le roi de Suède rencontré par hasard dans un club de tennis, … jusqu’à De Gaulle. Franck Desmedt joue tous les personnages et toutes leurs émotions. Son interprétation est absolument éblouissante de justesse.

Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse. On ne s’en remet jamais. Romain Gary exprime là combien on peut souffrir d’un trop-plein d’amour. Le comédien s’empare du texte avec tendresse, en toute complicité avec un public sous le charme pour chaque épreuve traversée, qu’il s’agisse de la défaillance du miracle sur un cours de tennis, de la découverte de la puissance de l’humour en tant que déclaration de dignité … Qui ne rêve jamais comme cette mère et son fils de plier le monde à son inspiration, en croyant à la beauté et à la justice ?

Il termine par la lecture de lettre de sa mère avec un humour tendre qui laisse percevoir une forme de pardon.

La mécanique du processus d’écriture est au coeur de La promesse de l’aube. On comprend pourquoi Romain Gary est le seul écrivain à ce jour ayant obtenu deux fois le prix Goncourt et on se dit que Franck Desmedt pourrait bien tout aussi légitimement obtenir deux fois le Molière du Meilleur comédien.
Retour au 11-Avignon pour assister (quasiment participer) à la reconstitution d’une audience de cour d’assises, dans le procès de Lars Koch, ce pilote de chasse de l’armée allemande qui abattit un avion de ligne, détourné par un terroriste islamiste, avec 164 personnes à bord et qui toutes ont péri. Le pilote avait désobéi à l’ordre de ne pas tirer car il estima en toute conscience qu’il était préférable de préserver la vie des 70 000 personnes rassemblées dans le stade de football de Munich, lequel aurait été la cible de l’avion détourné.

Le Président de la Cour, juché sur une estrade, donne les instructions avec la solennité qui convient à la circonstance avant d’inviter les spectateurs à suivre l’huissière dans la salle. Le public -je devrais dire l’assemblée des jurés- se lèvera dans quelques instants au coup de clochette annonçant l’entrée de la Cour.
Terreur est plus encore qu’un spectacle immersif d’une rigueur exemplaire. Il est le miroir de nos contradictions.

La pièce a été écrite par Ferdinand Von Schirach et a été traduite par Michel Deutsch. On peut lui faire confiance. Il avait lui-même travaillé dans les années 80, avec Jean-Pierre Vincent au Théâtre national de Strasbourg sur Palais de justice, qui était une reconstitution d’une audience de tribunal correctionnel. Je me souviens de chaque détail, et pour cause, puisque j’étais alors l’attachée de presse du spectacle.

Terreur a déjà été montée dans 27 pays où les réactions sont différentes, parce que la culture et les traditions conditionnent les réactions et le vote qui est imposé (la loi n’autorise pas l’abstention en procès d’assises). Les verdicts sont rigoureusement enregistrés sur un site qui suit l’évolution de toutes les représentations. Le recensement des votes modifie chaque soir la carte du monde où l’on voit au premier coup d’œil dans quels pays on a majoritairement voté coupable ou non coupable d’homicide avec préméditation.

C’est en France la Compagnie Hercub’ qui s’est saisi de l’affaire et qui a choisi de féminiser le rôle du pilote inculpé, ce qui est une excellente idée pour dramatiser la situation encore davantage. Ce procès-fiction est mise en scène par Michel Burstin, Bruno Rochette et Sylvie Rolland qui y assurent un rôle (avec Frédéric Jeannot, Céline Martin-Sisteron, et Johanne Thibaud) selon une scénographie et un décor de Thierry Grand qui peut surprendre mais qui est largement inspiré d’une chambre criminelle allemande puisque le drame a eu lieu et a été jugé dans ce pays.
Les costumes de Elise Guillou tiennent compte aussi des particularités de la robe portée en Allemagne.

Je n’avais pas pu me rendre à l’avant-première organisée par le Théâtre de Belleville en mai dernier. Il me semble que le public parisien sera de nouveau convié à y venir à partir de septembre. C’est un de ces spectacles qui modifient le regard qu’un spectateur peut avoir sur la société.

Au-delà du cas de conscience sur la culpabilité ou l’innocence, Terreur interroge sur la position du spectateur en abolissant complètement ce quatrième mur qui garantit une neutralité qui est rendue impossible. C’est une expérience de vie indubitablement.
Fin de soirée, en restant au 11, pour Le cabaret des absents. Ce spectacle qui commence à 22 h30 a été écrit et mis en scène à partir de l’histoire vraie d’un homme qui sauva un théâtre de la destruction en mémoire de ses parents qui l’avaient conçu dans ce lieu alors qu’ils fuyaient la Russie (comme la mère de Romain Gary soit dit en passant). François Cervantes est l’auteur et assure aussi la direction artistique. Cette création est atypique, plutôt inclassable, alternant des séquences parlées avec des numéros d’illusionniste, de clowns, ou des fantaisies vocales et musicales qui dégagent une infinité de sensations. Chaque comédien (Théo Chédeville, Louise Chevillotte, Emmanuel Dariès, Catherine Germain, Sipan Mouradian, Sélim Zahrani) trouve ainsi au moins un espace où il donne le meilleur de lui-même.

Ces moments de cabaret, à proprement parler, sont absolument réussis et me resteront longtemps en mémoire pour leur beauté poétique époustouflante ou pour la finesse du jeu des acteurs. Par contre je n’ai pas été touchée par les intermèdes récités. Mon point de vue aurait peut-être été différent si ce spectacle n’était pas programmé si tard en fin de journée, et pour ce qui me concerne, après tant d’autres. Avignon est propice à la saturation et du coup sans doute à des réactions plus tranchées dans le positif comme dans le négatif.
Le Cabaret des absents sera en tournée a partir de septembre prochain et fera étape à Marseille, Montpellier, Alès, Toulon, et sans doute ailleurs.

vendredi 9 juillet 2021

Contre-temps de Samuel Sené, Eric Chantelauze et Raphaël Bancou au Buffon pour le Festival d’Avignon Off 2021

Je terminée la journée du 9 juillet avec Contre-temps qui démarre à 21 h 25 et qui est encore un spectacle musical.

C’est la dernière création du trio de choc Samuel Sené, Eric Chantelauze et Raphaël Bancou qui font une nouvelle fois appel à Marion Préïté dont la prestation dans Comédiens avait participé au succès de la pièce, couronnée de 5 statuettes aux Trophées de la Comédie musicale.

Elle fait bien la paire avec Marion Rybaka qui a une aussi jolie, et aussi puissante voix que la sienne. C’est un régal de les entendre interpréter des extraits des standards classiques ou issus de l’univers de la comédie musicale, de l’opérette ou du jazz dont l’une ou l’autre cite toujours les titres (les emprunts étant rarement crédités dans d’autres spectacles il m’a semblé important de le souligner).
Le décor d’Isabelle Huchet, manipulé comme un meccano par le pianiste (Raphaël Bancou) ne m’a pas convaincue mais il n’est pas l’essentiel du spectacle. Sans doute a-t-on voulu démontrer qu’on pouvait démonter l’histoire de la musique contemporaine pour bricoler une légende.

Article extrait d’une publication intitulée « Ma journée du 9 juillet aux Théâtres des Carmes et du Buffon ».

La grande musique mise en scène par Salomé Villiers au Buffon pour le Festival d’Avignon Off 2021

Je suis restée au Buffon pour La grande musique à 19 h 20, qui est une commande, faite cette fois à Stéphane Guérin par Salomé Villiers (ci-dessus), qui met également en scène Badine au Théâtre des Gémeaux.

 Elle a laissé carte blanche à l’auteur pourvu qu’il écrive en pensant aux comédiens dont elle lui avait donné la liste. Parmi eux, Hélène Degy (ci-contre) qui n’est pas visible sur la photo des saluts.

Stéphane Guérin s’est emparé de cette liberté pour creuser un thème qui lui et cher, le secret de famille, en développant des réponses aux questions : Croyez-vous que le passé passe ? Comment avancer si on laisse le passé où il est ?

To see or not to see les soucis, pourrait en être la punchline. 

L’écriture est formidablement contemporaine, avec des références musicales et sociétales à peine appuyées.
Salomé Villiers a fait une mise en scène que je qualifierai de « discrète » ( c’est un compliment) et qui convient tout à fait à cette pièce. Il aurait été dommage de multiplier les effets alors que chaque comédien dispose d’un texte qui lui permet de révéler le meilleur de lui-même.

Le résultat dégage un équilibre d’humanité, d’humour et de profondeur. Le fantôme du passé peut être rassuré. Il peut partir, son histoire a été racontée.

Article extrait d’une publication intitulée « Ma journée du 9 juillet aux Théâtres des Carmes et du Buffon ».

La folie Maupassant de Gérard Savoisien au Buffon pour le Festival d’Avignon Off 2021

Direction le Buffon à 17 h 20 pour La folie Maupassant, qui est le résultat d’une commande que l’acteur Jean-Pierre Bouvier a faite à Gérard Savoisien après son immense succès avec Marie des poules, que j’avais vue dans ce même théâtre Buffon.

Je lis dans le texte de présentation : La pièce décrie de l’intérieur La Folie Maupassant et lui rend sa souffrance qui fut extrême.

L’erreur orthographique sur le verbe décrire, lisible ici sous la forme du verbe décrier est un lapsus tout à fait significatif de ce que le spectateur peut ressentir. 

Dans la fiction plausible que l’auteur a écrite, on perçoit le caractère, la personnalité et l’humanité de l’écrivain qui a connu, séduit et aimé une centaine de femmes. Sa sexualité trépidante lui valut d’attraper la syphilis, et de sombrer dans la folie.

Revendiquant de n’avoir écrit ni un biopic ni une pièce historique, Gérard Savoisien a choisi de créer le personnage de Solange (Noémie Elbaz) comme condensé métaphorique de toutes ces femmes. Elle apparaît régulièrement devant Maupassant, incarnant son « rêve fou » et cette vision est, avec l’éther, la seule capable d’apaiser les migraines de l’écrivain. Le spectacle monte crescendo jusqu’à une scène plus intimiste où les deux comédiens donnent le meilleur d’eux-mêmes.

Anne Bouvier a mis en scène ce Maupassant dans un décor qui symbolise intentionnellement un espace mental disproportionné.

A signaler que Jean-Pierre Bouvier joue le rôle principal de Amour amère à l’Espace Roseau Teinturiers où il est prodigieux, et qui lui vaudra d’ailleurs le Prix du Comédien.

Cet article est extrait d’une publication intitulée « Ma journée du 9 juillet aux Théâtres des Carmes et du Buffon ».

Pôvre vieille démocrasseuse avec Marie Thomas au Théâtre des Carmes pour le Festival d’Avignon Off 2021

La matinée fut consacrée à l’écriture (il faut bien voler le temps de chroniquer), et à faire une interview dans le domaine culinaire (pour respecter l’alternance des articles).

J’ai ensuite suivi la conférence de presse de Nathalie Béasse, qui me confirma toutes les impressions que j’avais ressenties hier soir au Cloître des Carmes,.

Me voici maintenant de retour sur cette même place, mais au Théâtre des Carmes, pour découvrir, Marie Thomas  que je ne la connaissais pas encore.

Elle y joue à 14 h 15 Pôvre vieille démocrasseuse, un texte de Marc Favreau, qu’elle a mis plus d’un an à mémoriser tant il est tant tellement complexe, dans la mise en scène de Michel Bruzat.

Mon voisin de fauteuil, qui m’entraîna dans cette aventure, me souffla que, ouf, le coquelicot-signature du trio est bien là, accroché au rideau, comme dans chacun de leurs spectacles. Aller le voir n’est pas anodin. On succombe au charme, on applaudit à s’en briser les poignets et on se promet de ne pas louper la prochaine création.

C’est un joyau, une étincelle, une pépite.

Elle surgit de derrière le rideau dans le costume (magnifiquement décadent et poétique) de Dolores Alvez Bruzat en susurrant un « Il parait … » que l’on pressent lourd de sous-entendus. Elle nous transmet, un peu plus d’une heure durant ses envolées lyriques, son questionnement et ses réflexions philosophiques à propos de l’origine du monde, de la santé et de la conquête de l’Amérique sans jamais perdre les pétales des enchaînements poético-lexico-absurdo-drôlatiques et néanmoins pertinents à la manière d’une reine de Motordu. 
Cette femme caoutchouc distille sa philosophie avec une diction parfaite et une naïveté confondante nourrie de citations retroussées, de proverbes introvertis, cueillis sur le champ. Quel vent de fraîcheur dans ce festival ! J’en suis toute contagiée, comme vous avez pu le constater en me lisant.

La seconde photo de Marie Thomas qui est de Nicolas Gaillard, que je remercie.

Cet article est extrait d’une publication intitulée « Ma journée du 9 juillet aux Théâtres des Carmes et du Buffon ».

Ma journée du 9 juillet aux Théâtres des Carmes et du Buffon

 La journée fut calme, avec « seulement » 4 spectacles dont 3 dans le même théâtre, le Buffon.

Après une matinée consacrée à l’écriture (il faut bien voler le temps de chroniquer), à faire une interview dans le domaine culinaire (pour respecter l’alternance des articles) et à suivre la conférence de presse de Nathalie Béasse, qui me confirma toutes les impressions que j’avais ressenties hier soir au Cloître des Carmes, me voici de retour sur cette même place, mais au Théâtre des Carmes, pour découvrir, Marie Thomas  parce que je ne la connaissais pas encore.

Elle y joue à 14 h 15 Pôvre vieille démocrasseuse, un texte de Marc Favreau, qu’elle a mis plus d’un an à mémoriser tant il est tant tellement complexe, dans la mise en scène de Michel Bruzat.

Mon voisin de fauteuil, qui m’entraîna dans cette aventure, me souffla que, ouf, le coquelicot-signature du trio est bien là, accroché au rideau, comme dans chacun de leurs spectacles. Aller le voir n’est pas anodin. On succombe au charme, on applaudit à s’en briser les poignets et on se promet de ne pas louper la prochaine création. C’est un joyau, une étincelle, une pépite.

Elle surgit de derrière le rideau dans le costume (magnifiquement décadent et poétique) de Dolores Alvez Bruzat en susurrant un « Il parait … » que l’on pressent lourd de sous-entendus. Elle nous transmet, un peu plus d’une heure durant ses envolées lyriques, son questionnement et ses réflexions philosophiques à propos de l’origine du monde, de la santé et de la conquête de l’Amérique sans jamais perdre les pétales des enchaînements poético-lexico-absurdo-drôlatiques et néanmoins pertinents à la manière d’une reine de Motordu. 
Cette femme caoutchouc distille sa philosophie avec une diction parfaite et une naïveté confondante nourrie de citations retroussées, de proverbes introvertis, cueillis sur le champ. Quel vent de fraîcheur dans ce festival ! J’en suis toute contagiée, comme vous avez pu le constater en me lisant.
Direction le Buffon à 17 h 20 pour La folie Maupassant, qui est le résultat d’une commande que l’acteur Jean-Pierre Bouvier a faite à Gérard Savoisien après son immense succès avec Marie des poules, que j’avais vue dans ce même théâtre Buffon. Je lis dans le texte de présentation : La pièce décrie de l’intérieur La Folie Maupassant et lui rend sa souffrance qui fut extrême.

L’erreur orthographique sur le verbe décrire, lisible ici sous la forme du verbe décrier est un lapsus tout à fait significatif de ce que le spectateur peut ressentir. Dans la fiction plausible que l’auteur a écrite, on perçoit le caractère, la personnalité et l’humanité de l’écrivain qui a connu, séduit et aimé une centaine de femmes. Sa sexualité trépidante lui valut d’attraper la syphilis, et de sombrer dans la folie.

Revendiquant de n’avoir écrit ni un biopic ni une pièce historique, Gérard Savoisien a choisi de créer le personnage de Solange (Noémie Elbaz) comme condensé métaphorique de toutes ces femmes. Elle apparaît régulièrement devant Maupassant, incarnant son « rêve fou » et cette vision est, avec l’éther, la seule capable d’apaiser les migraines de l’écrivain. Le spectacle monte crescendo jusqu’à une scène plus intimiste où les deux comédiens donnent le meilleur d’eux-mêmes.

Anne Bouvier a mis en scène ce Maupassant dans un décor qui symbolise intentionnellement un espace mental disproportionné.
Enchaînons avec La grande musique à 19 h 20, avec une autre commande, cette fois à Stéphane Guérin par Salomé Villiers (ci-dessus), qui met également en scène Badine au Théâtre des Gémeaux. Elle a laissé carte blanche à l’auteur pourvu qu’il écrive en pensant aux comédiens dont elle lui avait donné la liste. Parmi eux, Hélène Degy (ci-dessous) qui n’est pas visible sur la photo des saluts.
 
Stéphane Guérin s’est emparé de cette liberté pour creuser un thème qui lui et cher, le secret de famille, en développant des réponses aux questions : Croyez-vous que le passé passe ? Comment avancer si on laisse le passé où il est ? To see or not to see les soucis, pourrait en être la punchline. L’écriture est formidablement contemporaine, avec des références musicales et sociétales à peine appuyées.

Salomé Villiers a fait une mise en scène que je qualifierai de « discrète » ( c’est un compliment) et qui convient tout à fait à cette pièce. Il aurait été dommage de multiplier les effets alors que chaque comédien dispose d’un texte qui lui permet de révéler le meilleur de lui-même. Le résultat dégage un équilibre d’humanité, d’humour et de profondeur. Le fantôme du passé peut être rassuré. Il peux partir, son histoire a été racontée.
Pour terminer Contre-temps qui démarre à 21 h 25 et qui est encore un spectacle musical. C’est la dernière création du trio de choc Samuel Sené, Eric Chantelauze et Raphaël Bancou qui font une nouvelle fois appel à Marion Préïté dont la prestation dans Comédiens avait participé au succès de la pièce, couronnée de 5 statuettes aux Trophées de la Comédie musicale.

Elle fait bien la paire avec Marion Rybaka qui a une aussi jolie, et aussi puissante voix que la sienne. C’est un régal de les entendre interpréter des extraits des standards classiques ou issus de l’univers de la comédie musicale, de l’opérette ou du jazz dont l’une ou l’autre cite toujours les titres (les emprunts étant rarement crédités dans d’autres spectacles il m’a semblé important de le souligner).
Le décor d’Isabelle Huchet, manipulé comme un meccano par le pianiste (Raphaël Bancou) ne m’a pas convaincue mais il n’est pas l’essentiel du spectacle. Sans doute a-t-on voulu démontrer qu’on pouvait démonter l’histoire de la musique contemporaine pour bricoler une légende.

Toutes les photos sont © À bride abattue, à l’exception de la seconde photo de Marie Thomas qui est de Nicolas Gaillard.

jeudi 8 juillet 2021

Ceux-Qui-Vont-Contre-Le-Vent de Nathalie Béasse au Cloître des Carmes pour le Festival d’Avignon 2021

Parce que le festival d’Avignon est autant in que off, partons au Cloître des Carmes, où commence à 21 h 30 Ceux-Qui-Vont-Contre-Le-Vent par une altercation en français, anglais, allemand et arabe aussi. Provoquant surprises et rires. Le propos est sérieux : cette vie là d’aujourd’hui ça n’aura plus de sens. On dira c’était comme ça à l’époque.

J’ai l’étrange sentiment d’assister à un spectacle silencieux alors qu’il n’est pas sans paroles. C’est que les regards, les mouvements y pèsent autant que les mots.

C’est une chorégraphie des émotions que Nathalie Béasse a bâtie avec ses comédiens. Elle démontre que l’on peut parler avec autre chose que des mots même si des mots sont prononcés.

Elle avait promis des émotions nouvelles et c’est ce que l’on ressent, à l’instar de Pina Bausch qui révolutionna le monde de la danse. Il me semble que cette metteuse en scène fait réellement bouger les lignes du théâtre.

Les tableaux se succèdent avec fluidité. Si j’en avais le temps j’entreprendrais cette nuit une lecture lacanienne. Il faut tenir la hanche, demande une comédienne, l’orange coincée contre son muscle …

On assiste à toutes les manières d’éclater un ballon avec son corps. On joue avec l’eau. On joue avec les mots. On transporte le désordre. On interroge sur l’accumulation et l’incapacité de beaucoup d’entre nous à jeter. Alors les comédiens se jettent dans les bras les uns des autres.
C’est vraiment un spectacle où le spectateur se sent partie prenante de ce parti pris.

Article extrait d’une publication intitulée « Ma journée du 8 juillet 2021 aux festivals d’Avignon ».

Les Hauts de Hurlevent de E. Brontë et Esteban Perroy aux Gémeaux pour le Festival d’Avignon Off 2021


Changement radical de registre aujourd’hui, à 19 h 40, quand Les Hauts de Hurlevent soufflent sur les Gémeaux. C'est un roman très lu d’Emily Brontë, plusieurs fois mis en images au cinéma, que Esteban Perroy a décidé d’adapter en ouvrant sans doute sa Boite de Pandore personnelle.

(Il propose par ailleurs à La Luna un spectacle d’improvisation du même titre, que j’ai vu ce matin et que je recommande pour tous les publics).

La pièce démarre sur une promesse de cauchemar qui commence à l’automne 1801 mais où néanmoins surgissent quelques touches d’humour. Les changements de décor à vue sont très élégants, permettant d’enchaîner les actions sans laisser le spectateur reprendre ses esprits.

Je ne sais pas si le passé c’est comme un cadavre, ça ne se déterre pas.

William Mesguich a eu bien raison de se lancer dans cette aventure là. Il a mis en scène cette valse de pantins qui vont s’entre-tuer. A vous de juger qui est le plus machiavélique de Catherine ou de Heathcliff.

Article extrait d’une publication intitulée « Ma journée du 8 juillet 2021 aux festivals d’Avignon ».

Dessine-moi un piano de Jean-Paul Farré aux Gémeaux pour le Festival d’Avignon Off 2021

Après Badine, je suis restée aux Gémeaux pour découvrir à 17 h 20 la nouvelle mise en scène de Stéphane Cottin à partir des délires burlesques, imaginés et partitionnés par le musicien–comédien Jean-Paul Farré, Dessine-moi un piano.

Ce pianiste-orchestre a déjà prouvé dans le passé sa maitrise à nous livrer un récital dé-concertant. Il s’éclipse et surprend tout le monde en revenant à trottinette, fait tomber les notes, joue l’épouvantail à piano, frappe les trois coups avec des sacs en papier (c’était le jeu préféré de mon père pour nous effrayer mon petit frère et moi).

Le voilà maintenant qui se proclame Auguste face à un partenaire qui serait le clown blanc, sauf qu’il est noir. Il nous fait partager ses souvenirs d’astiqueur, de blanchisseur de touches, remplaceur de pédale, accordeur, déménageur de pupitre, testeur de tabouret,… et de banquette, tourneur de page.
Il ramène régulièrement ses cheveux derrière l’oreille pour nous mettre de mèche avec lui. Son discours est surréaliste mais sa dextérité est prodigieuse. Il mérite bien plus qu’une note en bas de page. La meilleure évidemment.
Il joue assis sur une banquette, sur un siège, sur un ballon. Il est loufoque et sérieux à la fois. Le spectacle est enrichi de ponctuations musicales enregistrées entre les tableaux. Un chat miaule sur la lettre à Élise. Il décroche un sol.

Quand il termine en nous confiant : Dessine-moi un piano, ce sera mon petit prince à moi, on veut lui répondre que c’est aussi un petit peu le nôtre.

Article extrait d’une publication intitulée « Ma journée du 8 juillet 2021 aux festivals d’Avignon ».

Badine mis en scène par Salomé Villiers aux Gémeaux pour le Festival d’Avignon Off 2021

Retour à la musique à 14 h 45 aux Gémeaux avec Badine, mis en scène par Salomé Villiers.

Le spectacle commence par  la lecture de la célèbre lettre de George Sand à Musset (par Marjorie Frantz). Amour … amitié …le propos est original puisqu’il s’agit de démontrer qu’une tragédie peut se faufiler sous l’apparence d’un conte musical, cette fois pour adultes.

Salomé Villiers a choisi fort habilement de détourner des airs célèbres en utilisant comme paroles des textes de nouvelles d’Alfred de Musset. La voix de Rosette, la chanteuse, qui est également comédienne, est d’une pureté merveilleuse, à tel point qu’elle dégage quelque chose de surnaturel.

Camille (Delphine Depardieu, que vous pouvez voir aussi dans La Mégère apprivoisée au Chêne noir) veux aimer d’un amour éternel mais ne pas souffrir. Son cousin Perdican cherche à la convaincre que la trahison d’un homme n’est pas si grave que cela, suggérant le remède de prendre un amant, et soulignant qu’il y a pire, à savoir le mensonge de l’amour divin, alors qu’elle lui annonce son intention de devenir religieuse.

Très régulièrement, reviendra en boucle j’ai souffert mais mais j’ai aimé.

Badine interroge sur le mensonge, sur la puissance des sentiments, et le concept de bonheur (lui aussi), lequel est une perle rare. Seuls les pêcheurs célestes peuvent le capturer. La rhétorique est universelle et ceux qui ont assisté à La nuit du loup  (au Chêne noir) ne manqueront pas le rapprochement avec d’autres textes.
Nous avons joué avec la vie et la mort mais notre cœur est pur. Nous sommes bien dans la tragédie. Badine ne se noie pas dans l’eau de rose comme trop souvent on en asperge le théâtre de Musset. 

Excellent.

Article extrait d’une publication intitulée « Ma journée du 8 juillet 2021 aux festivals d’Avignon ».

Le bonheur des uns de Côme de Bellescize aux Béliers pour le Festival d’Avignon 2021

Le bonheur des uns démontre aux Béliers à 13 h 10 que pour être heureux il ne suffit pas d’avoir « tout pour ».

L’écriture du spectacle joue sur les mots, avec les mots. Avoir ou être, telle est la question que les quatre comédiens vont développer au cours d’une intrigue à rebondissements permanents, écrite par Côme de Bellescize.

Le propos n’est pas particulièrement nouveau en soi. On sait que beaucoup d’enseignants ont choisi leur métier avec l’ambition de soigner le monde par l’éducation. On sait aussi combien ils peuvent déprimer en réalisant qu’ils tracent sur les copies de leurs élèves des mensonges à l’encre verte pour leur faire croire que la vie sera belle.

L’éducation positive, la bienveillance, le recours à la méditation, se centrer sur son intériorité, adopter la méthode Coué, aucune de ces pistes n’est nouvelle. Mais le spectacle est parfaitement bien construit en miroir. Elle et Lui échangent leurs positions avec Voisin et Voisine. J’y ai vu l’évocation d’une Antigone voulant prendre sur ses épaules tous les malheurs du monde. Les costumes, dans un camaïeu de beige, poussière d’or ou cendre, sont très réussis pour signifier des individus interchangeables.
C’est un spectacle qui distrait autant qu’il fait réfléchir sur le concept de bonheur.

La conclusion est évidemment à mettre en pratique sans délai : Ce qui n’est pas donné est perdu, alors donnons.

Article extrait d’une publication intitulée « Ma journée du 8 juillet 2021 aux festivals d’Avignon ».

La boite de Pandore d’Esteban Perroy à La Luna pour le Festival d’Avignon Off 2021

A la Luna, à 13 h 10, Esteban Perroy ouvre La boite de Pandore qu’il annonce être aussi bien un coffre au trésor qu’un réservoir de malheurs … puisqu’elle contient les désirs des hommes et leurs envies de pouvoir.

Il sollicite à plusieurs reprises le public, avec beaucoup de bienveillance, afin que spectateur et spectatrice suggèrent les thèmes qu’il va ensuite développer avec son compère (différent chaque jour) et le talent qu’on lui connaît.

En effet, le théâtre c’est aussi la capacité à improviser et Esteban en fait une fois de plus une démonstration éclatante, et parfaitement jouissive. C’est un grand maître en matière d’improvisation comme il en a fait la démonstration des centaines de fois avec Colors que j’avais vu à la Pépinière.
Les deux comédiens-clowns-mimes-chanteurs se donnent physiquement à fond. Avec un plaisir évident et non coupable. Il y a aussi une séquence musicale très réussie.
Vous pouvez venir plusieurs jours de suite. Ce sera toujours différent puisque c’est vous qui donnez le tempo.

Article extrait d’une publication intitulée « Ma journée du 8 juillet 2021 aux festivals d’Avignon ».

L’enfant de l’orchestre de Morgane Raoux Au Coin de la Lune pour le Festival d’Avignon Off 2021

J’ai démarré ce matin à 10 heures par un conte musical et fantaisiste autant visuel qu’auditif au Coin de la lune qui s’adresse aux enfants mais qui fera réviser leurs connaissances aux parents.

L’enfant de l’orchestre, c’est Amadea, la petite sœur de Mozart, dont on entend la voix enregistrée. Elle interviendra à plusieurs reprises au cours du spectacle pour interroger sans relâche sa mère à propos de sa filiation.

À partir d’une intrigue qui résonne sans doute dans les préoccupations des jeunes enfants, Morgane Raoux a imaginé un scénario qui lui permet de raconter une histoire à peu près plausible, en tout cas captivante pour un jeune public. Elle est prétexte à jouer et chanter des airs célèbres pour illustrer musicalement la recherche de l’enfant. 

C’est d’une qualité irréprochable. Avec fantaisie et rigueur. Les voix sont belles. Les paroles sont à la portée d’un jeune public. D’ailleurs, ils étaient nombreux ce matin, et fort attentifs. Mais j’ai quelques réserves au plan didactique.

J’ai plusieurs fois éprouvé une envie furieuse de shazamer (mon smartphone étant en mode avion l’opération était impossible) quand je peinais à mettre un titre sur un morceau. Ma mémoire n’avait pas le temps de répondre que déjà on enchaînait avec l’extrait suivant.

Je serais la maman (je n’ai pas vu de papa dans la salle) je me serais évidemment sentie obligée d’acheter le CD du spectacle pour faire de la pédagogie musicale de retour à la maison. J’espère qu’il contient en parallèle les versions chantées et les versions instrumentales afin d’éduquer les jeunes oreilles, et de permettre aux adultes de réviser (voire de viser) les classiques.

Article extrait d’une publication intitulée « Ma journée du 8 juillet 2021 aux festivals d’Avignon ».

Ma journée du 8 juillet 2021 aux festivals d’Avignon

 Je démarre à 10 heures par un conte musical et fantaisiste autant visuel qu’auditif au Coin de la lune. L’enfant de l’orchestre, c’est Amadea, la petite sœur de Mozart, dont on entend la voix enregistrée. Elle interviendra à plusieurs reprises au cours du spectacle pour interroger sans relâche sa mère à propos de sa filiation.

À partir d’une intrigue qui résonne sans doute dans les préoccupations des jeunes enfants, Morgane Raoux a imaginé un scénario qui lui permet de raconter une histoire à peu près plausible, en tout cas captivante pour un jeune public. Elle est prétexte à jouer et chanter des airs célèbres pour illustrer musicalement la recherche de l’enfant. 

C’est d’une qualité irréprochable. Avec fantaisie et rigueur. Les voix sont belles. Les paroles sont à la portée d’un jeune public. D’ailleurs, ils étaient nombreux ce matin, et fort attentifs. Mais j’ai quelques réserves au plan didactique. J’ai plusieurs fois éprouvé une envie furieuse de shazamer (mon smartphone étant en mode avion l’opération était impossible) quand je peinais à mettre un titre sur un morceau. Ma mémoire n’avait pas le temps de répondre que déjà on enchaînait avec l’extrait suivant.

Je serais la maman (je n’ai pas vu de papa dans la salle) je me serais évidemment sentie obligée d’acheter le CD du spectacle pour faire de la pédagogie musicale de retour à la maison. J’espère qu’il contient en parallèle les versions chantées et les versions instrumentales afin d’éduquer les jeunes oreilles, et de permettre aux adultes de réviser (voire de viser) les classiques.
En face, à la Luna, à 13 h 10, Esteban Perroy ouvre La boite de Pandore qu’il annonce être aussi bien un coffre au trésor qu’un réservoir de malheurs … puisqu’elle contient les désirs des hommes et leurs envies de pouvoir. Il sollicite à plusieurs reprises le public, avec beaucoup de bienveillance, afin que spectateur et spectatrice suggèrent les thèmes qu’il va ensuite développer avec son compère (différent chaque jour) et le talent qu’on lui connaît. En effet, le théâtre c’est aussi la capacité à improviser et Esteban en fait une fois de plus une démonstration éclatante, et parfaitement jouissive.
Les deux comédiens-clowns-mimes-chanteurs se donnent physiquement à fond. Avec un plaisir évident et non coupable. Il y a aussi une séquence musicale très réussie.
Vous pouvez venir plusieurs jours de suite. Ce sera toujours différent puisque c’est vous qui donnez le tempo.

Le bonheur des uns démontre aux Béliers à 13 h 10 que pour être heureux il ne suffit pas d’avoir « tout pour ». L’écriture du spectacle joue sur les mots, avec les mots. Avoir ou être, telle est la question que les quatre comédiens vont développer au cours d’une intrigue à rebondissements permanents, écrite par Côme de Bellescize.
Le propos n’est pas particulièrement nouveau en soi. On sait que beaucoup d’enseignants ont choisi leur métier avec l’ambition de soigner le monde par l’éducation. On sait aussi combien ils peuvent déprimer en réalisant qu’ils tracent sur les copies de leurs élèves des mensonges à l’encre verte pour leur faire croire que la vie sera belle. L’éducation positive, la bienveillance, le recours à la méditation, se centrer sur son intériorité, adopter la méthode Coué, aucune de ces pistes n’est nouvelle. Mais le spectacle est parfaitement bien construit en miroir. Elle et Lui échangent leurs positions avec Voisin et Voisine. J’y ai vu l’évocation d’une Antigone voulant prendre sur ses épaules tous les malheurs du monde. Les costumes, dans un camaïeu de beige, poussière d’or ou cendre, sont très réussis pour signifier des individus interchangeables.
C’est un spectacle qui distrait autant qu’il fait réfléchir sur le concept de bonheur. La conclusion est évidemment à mettre en pratique sans délai : Ce qui n’est pas donné est perdu, alors donnons.

Retour à la musique à 14 h 45 aux Gémeaux avec Badine, mis en scène par Salomé Villiers. Le spectacle commence par  la lecture de la célèbre lettre de George Sand à Musset. Amour … amitié …le propos est original puisqu’il s’agit de démontrer qu’une tragédie peut se faufiler sous l’apparence d’un conte musical, cette fois pour adultes. Salomé Villiers a choisi fort habilement de détourner des airs célèbres en utilisant comme paroles des textes de nouvelles d’Alfred de Musset. La voix de Rosette, la chanteuse, qui est également comédienne, est d’une pureté merveilleuse, à tel point qu’elle dégage quelque chose de surnaturel.
Camille (Delphine Depardieu, que vous pouvez voir aussi dans La Mégère apprivoisée au Chêne noir) veux aimer d’un amour éternel mais ne pas souffrir. Son cousin Perdican cherche à la convaincre que la trahison d’un homme n’est pas si grave que cela, suggérant le remède de prendre un amant, et soulignant qu’il y a pire, à savoir le mensonge de l’amour divin, alors qu’elle lui annonce son intention de devenir religieuse.
Très régulièrement, reviendra en boucle j’ai souffert mais mais j’ai aimé.
Badine interroge sur le mensonge, sur la puissance des sentiments, et le concept de bonheur (lui aussi), lequel est une perle rare. Seuls les pêcheurs célestes peuvent le capturer. La rhétorique est universelle et ceux qui ont assisté à La nuit du loup (au Chêne noir) ne manqueront pas le rapprochement avec d’autres textes.
Nous avons joué avec la vie et la mort mais notre cœur est pur. Nous sommes bien dans la tragédie. Badine ne se noie pas dans l’eau de rose comme trop souvent on en asperge le théâtre de Musset. Excellent.
Allez,  je reste aux Gémeaux pour découvrir à 17 h 20 la nouvelle mise en scène de Stéphane Cottin à partir des délires burlesques, imaginés et partitionnés par le musicien–comédien Jean-Paul Farré, Dessine-moi un piano. Ce pianiste-orchestre a déjà prouvé dans le passé sa maitrise à nous livrer un récital dé-concertant. Le voilà qui revient à trottinette, fait tomber les notes, joue l’épouvantail à piano, frappe les trois coups avec des sacs en papier (c’était le jeu préféré de mon père pour nous effrayer mon petit frère et moi). Se proclame Auguste face à un partenaire qui serait le clown blanc, sauf qu’il est noir. Il nous fait partager ses souvenirs d’astiqueur, de blanchisseur de touches, remplaceur de pédale, accordeur, déménageur de pupitre, testeur de tabouret,… et de banquette, tourneur de page.
Il ramène régulièrement ses cheveux derrière l’oreille pour nous mettre de mèche avec lui. Son discours est surréaliste mais sa dextérité est prodigieuse. Il mérite bien plus qu’une note en bas de page. La meilleure évidemment.
Il joue assis sur une banquette, sur un siège, sur un ballon. Il est loufoque et sérieux à la fois. Le spectacle est enrichi de ponctuations musicales enregistrées entre les tableaux. Un chat miaule sur la lettre à Élise. Il décroche un sol. Quand il termine en nous confiant : Dessine-moi un piano, ce sera mon petit prince à moi, on veut lui répondre que c’est aussi un petit peu le nôtre.
Changement radical de registre, à 19 h 40, quand Les Hauts de Hurlevent soufflent sur les Gémeaux. C'est un roman très lu d’Emily Brontë, plusieurs fois mis en images au cinéma, que Esteban Perroy a décidé d’adapter en ouvrant sans doute sa Boite de Pandore personnelle. La pièce démarre sur une promesse de cauchemar qui commence à l’automne 1801 mais où néanmoins surgissent quelques touches d’humour. Les changements de décor à vue sont très élégants, permettant d’enchaîner les actions sans laisser le spectateur reprendre ses esprits.
Je ne sais pas si le passé c’est comme un cadavre, ça ne se déterre pas. William Mesguich a eu bien raison de se lancer dans cette aventure là. Il a mis en scène cette valse de pantins qui vont s’entre-tuer. A vous de juger qui est le plus machiavélique de Catherine ou de Heathcliff.
Parce que le festival d’Avignon est autant in que off, partons au Cloître des Carmes, où commence à 21 h 30 Ceux-Qui-Vont-Contre-Le-Vent par une altercation en français, anglais, allemand et arabe aussi. Provoquant surprises et rires. Le propos est sérieux : cette vie là d’aujourd’hui ça n’aura plus de sens. On dira c’était comme ça à l’époque.
J’ai l’étrange sentiment d’assister à un spectacle silencieux alors qu’il n’est pas sans paroles. C’est que les regards, les mouvements y pèsent autant que les mots.
C’est une chorégraphie des émotions que Nathalie Béasse a bâtie avec ses comédiens. Elle démontre que l’on peut parler avec autre chose que des mots même si des mots sont prononcés. Elle avait promis des émotions nouvelles et c’est ce que l’on ressent, à l’instar de Pina Bausch qui révolutionna le monde de la danse. Il me semble que cette metteuse en scène fait réellement bouger les lignes du théâtre.
Les tableaux se succèdent avec fluidité. Si j’en avais le temps j’entreprendrais cette nuit une lecture lacanienne. Il faut tenir la hanche, demande une comédienne, l’orange coincée contre son muscle …On assiste à toutes les manières d’éclater un ballon avec son corps. On joue avec l’eau. On joue avec les mots. On transporte le désordre. On interroge sur l’accumulation et l’incapacité de beaucoup d’entre nous à jeter. Alors les comédiens se jettent dans les bras les uns des autres.
C’est vraiment un spectacle où le spectateur se sent partie prenante de ce parti pris.

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