Si je le qualifie de spectaculaire c’est parce qu’il permet de vivre une immersion parfaite dans la vie traditionnelle du siècle dernier, présentant dans ses moindres détails, une reconstitution rigoureuse de ces commerces dont beaucoup n’existent plus aujourd’hui ou se sont tellement transformés qu’ils n’ont quasiment plus de points communs avec leurs ancêtres.
On doit cette collection privée à l'initiative d'un couple de collectionneurs de grande envergure, Christine et Jean-Francois Bourbigot, qui ont passé un temps fou à récupérer des objets anciens en y consacrant tous leurs instants de liberté. Ils ont eu l'excellente idée de se mettre en quête d'un lieu adéquat en plein centre de Rochefort pour faire profiter le public de leurs trouvailles -objets par milliers, mobilier, affiches- dans une scénographie adéquate depuis juillet 1990, en évitant l’écueil de l’accumulation.
Cet ancien entrepôt de quincaillerie, d'environ 1000 m² construit sur quatre niveaux, au début du XX° siècle dans une architecture de style Eiffel, est l'endroit idéal pour rendre crédible la reconstitution grandeur nature d'une vingtaine de commerces et d'ateliers artisanaux, terme à entendre au sens large car il y a aussi une salle de classe.
L'ensemble est en constante évolution. De nouveaux commerces ont été ajoutés par leur fils, Sébastien qui gère désormais le musée et il est probable que d'autres suivront car une extension est prévue dans l'immeuble voisin.
Tout est à regarder y compris l’architecture extérieure, et même la guérite où l’on vend les tickets d’entrée, jusqu’à la boutique-librairie que l’on découvrira à la sortie. Et bien entendu la vingtaine d’espaces qu’il ne faut pas contempler avec la nostalgie du "c’était mieux avant" parce que chacun démontre combien la vie était dure.
L’ensemble parlera davantage aux personnes dites d’un certain âge parce qu’ils en ont le souvenir vivant. Mais les plus jeunes aussi seront intéressés, à titre historique et parce qu’ils en ont eu un aperçu dans des films d’époque. Ici ils pourront tout à loisir prendre le temps de scruter ces objets du passé et d’imaginer leur utilité.
Les cartels fournissent les informations essentielles, en français et en anglais. Il n’y a pas trop à lire. C’est bien, car l’important est de regarder. Il est probable que l’audio-guide (que je n’ai pas utilisé) en dit davantage.
Ce qui m’a manqué, outre les arômes des diffuseurs, sans doute arrêtés pour cause de Covid, c’est de voir nos ancêtres en costumes occuper les lieux. Peut-être est-ce envisageable pour certains espaces car tous ne sont pas accessibles, du fait de leur disposition sur le côté d’un couloir de distribution. L’ensemble est d’ailleurs astucieux autant en terme de visibilité que de sécurité car une barrière retient la main qui pourrait avoir envie de toucher les objets.
On commence la visite par le sous-sol mais on pourrait aussi bien démarrer par le troisième étage puis redescendre. Chaque espace est indépendant et il n’y a pas de hiérarchie. En bas donc, se trouve le bouilleur de cru qui sans doute dormait sur place puisqu’on aperçoit une couchette sommaire.
Ensuite c’est l’école où la présence des gamelles sur le poêle indique l’absence de cantine. La date du jour de notre visite est inscrite au tableau, d’une belle écriture, avec pleins et déliés. Ma première salle de classe ressemblait à celle-ci avec ses pupitres, stylo-plumes et encriers qu’un élève remplissait avec précaution d’un liquide violet avec une sorte d’arrosoir à long bec.