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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

mardi 9 octobre 2018

Hommage à Elzbieta, immense auteure de littérature jeunesse

J’ai régulièrement la chance d’approcher de nombreux auteurs jeunesse, et de pouvoir leur dire -pour les plus âgés d'entre eux- combien leurs albums avaient joué un rôle déterminant dans ma construction, comme dans celle de myriades d’enfants.

Je n’ai jamais rencontré Elzbieta et pourtant s'il existait un panthéon pour les auteurs qui écrivent pour les enfants je la placerais au sommet tant pour la délicatesse de ses dessins, que pour la justesse de ses mots. Les uns comme les autres permettent de comprendre, parfois d’accepter l’insoutenable en apprivoisant les émotions.

Elzbieta a été nominée deux fois pour le Prix Astrid Lingen qui est un Prix international très prestigieux. C'était une personne exceptionnelle qui savait transformer le malheur en art. Elle en a "subi") des malheurs. Son père est mort quand elle était très jeune, Elle a eu des rapports très compliqués avec sa mère, et elle a vécu avec un oncle qui l'a exploitée, elle a été obligée de quitter plusieurs fois le pays où elle vivait, la Pologne et l'Alsace, puis l'Angleterre avant d'arriver à Paris.
Elle a immortalisé le jardin du Luxembourg à travers une très jolie histoire d'amour entre une souris et un merle pleine de poésie et en demi-teintes. Par contre quand elle dessinait un personnage censé représenter sa mère elle s'y prenait avec impertinence et faisait claquer les couleurs. C'était sa manière à elle d'exorciser le manque d'amour dont elle avait tant souffert.

Ce que je retiens surtout c'est un petit album magnifique de poésie et de justesse, conçu en 1993, pour expliquer et dénoncer ce que font les guerres aux hommes. Ça s'appelle Flon-Flon et Musette et il faut l'avoir lu au moins une fois dans sa vie. Et particulièrement au moment où on commémore les armistices.

lundi 8 octobre 2018

Toxique de Françoise Sagan, adapté pour le théâtre par Michelle Ruivo

Certains spectacles me sont plus complexes que d'autres à chroniquer. Je pourrais "faire l'impasse" mais ne parler que de ce qui m'enthousiasme ne serait pas complètement honnête. Il me semble utile au lecteur de percevoir quels sont mes critères de jugement, afin qu'il puisse lui-même se situer.

Le dossier de presse de Toxique précise l'intention de Christine Culerier (qui signe la mise en scène avec Michelle Ruivo) : jouer du Sagan plutôt que jouer Sagan. Je partage ce point de vue. Il aurait été périlleux de prendre ce parti après la formidable interprétation de Caroline Loeb dans Françoise par Sagan, encore très frais dans nos mémoires.

Néanmoins la fragilité de la silhouette de la comédienne, son allure androgyne (il est amusant de constater la cohérence avec son pseudonyme emprunté à Proust, le prince de Sagan), sa coupe de cheveux, sa manière de mimer l'usage de la cigarette (sans néanmoins fumer)... évoquent l'écrivaine. Je lis d'ailleurs ici et là qu'elle incarne Françoise Sagan à travers une adaptation de son journal, rédigé lors de sa cure de désintoxication.

dimanche 7 octobre 2018

La Sonate à Kreutzer

De la musique avant toute chose, et en toute logique, pour cette Sonate à Kreutzer où Jean Marc Barr est surprenant pour nous qui n'avons pas l'habitude de le voir au théâtre. Son léger accent ajoute une part de mystère.

Il signe l'adaptation de la nouvelle de Léon Tolstoï avec Irina Dečermić, qui fut pendant dix-sept ans sa femme et qui joue également dans le spectacle. La mise en abime est troublante et l'idée d'avoir inséré des extraits du journal de Sofia Tolstoï est excellente.

Créée à Belgrade avec succès en 2014 en version anglaise, la pièce a été jouée pour la première fois en français à la Comédie de Picardie à Amiens en octobre 2017. Elle a été reprise pour 12 représentations exceptionnelles au Studio Hébertot où je n'ai pu la voir que le soir de la dernière. Mais je suis persuadée que le spectacle fera l'objet d'une reprise.

La musicienne qui interprète Troukhatchevski, un violoniste à cause duquel le drame surviendra est immensément talentueuse et compte pour beaucoup dans le plaisir du public. Il faut retenir son nom, Tijana Milosevic.

samedi 6 octobre 2018

Exposition Niki de Saint Phalle à Mons

Je suis allée à Mons, à l'invitation du Comité du Tourisme de Wallonie voir l’exposition d’ouverture de la Biennale Mons 2018-2019, qui devrait devenir récurrente, et que je recommande à tous points de vue.

Parce que la Wallonie est une région à découvrir, et j'aurai l'occasion d'en reparler très prochainement parce que la programmation culturelle y est très riche.

Parce que le Musée des Beaux-Arts présente la première rétrospective belge consacrée à l’artiste Niki de Saint Phalle (1930 – 2002) en illustrant, de manière exemplaire, les multiples façons dont l’artiste a concrétisé, en 50 ans de carrière, son désir de devenir l'égale des hommes.

C'est la revendication "Les nanas au pouvoir" qui est affirmée à l'entrée de la salle du musée. Des nanas que l'on voit s'animer dans le jardin du Mayeur. Une autre, énorme et majestueuse est visible de la terrasse.

Rarement dans une telle manifestation, pour ne pas dire jamais, on aura aussi bien relevé le défi de cette artiste qui affirmait volontiers "Ici, tout est possible", citation pour qualifier à l’origine son parc de sculptures monumentales, Le jardin des Tarots, dont il est fortement question dans l'exposition, cet qui marque l'évolution de Niki dans les années 60-70.
Des oeuvres monumentales sont installées en Centre-Ville : dans le jardin du BAM, au jardin du Mayeur et dans le parc du Beffroi. Ces grandes sculptures publiques habitent la ville et font ainsi le lien entre le musée et l'espace public, thématique si chère à Niki.

vendredi 5 octobre 2018

Les secrets de Muriel

Elle s'appelle Muriel Aublet-Cuvelier et vous l'avez sans doute remarquée sur le petit écran puisqu'elle fut finaliste l'année dernière du Meilleur Pâtissier Professionnel sur M6 en 2017.

Elle a travaillé dans des maisons réputées comme chez Des Gâteaux et du pain aux cotés de Claire Damon, ou dans le 5 étoiles Le Peninsula avec Julien Alvarez. Rien d'étonnant à ce qu'on fasse souvent appel à elle pour former des restaurateurs partout en France.

C'est une excellente pâtissière. Mais c'est aussi une personne très impliquée dans le monde associatif, en l'occurrence Médias Handicaps France et cela depuis 2017 aux côtés de Sébastien Proyart et Philippe Radel.
Elle a eu une idée pour aider cette association tout en restant dans son coeur de métier. Elle a convaincu plusieurs grandes marques de s'associer avec elle comme Cacao Barry, Président Pro, Maison Naja (qui fournit les palaces en fruits secs), Les halles Mandar ou Les Vergers de La Silve et les Moulins Toussaint pour pouvoir vendre des desserts de palace à des prix raisonnables puisque aucun ne dépassera 5 euros.

jeudi 4 octobre 2018

Le Prix Gulli pour Le Mot d'Abel de Véronique Petit chez Rageot

Cela fait treize ans que les enfants ont eu aussi leur prix littéraire, présidé par Michèle Reiser, avec le Prix Gulli, lequel n'est pas le seul puisque le Salon de Montreuil décerne des pépites, mais un peu plus tard dans la saison.

La chaine de télévision qui se dit être la "préférée" des enfants ne pouvait pas passer à coté de la littérature jeunesse et tient, en toute légitimité à célébrer l'orthographe, la grammaire, la langue française, et surtout l'imagination.

De janvier à septembre un jury de spécialistes se plonge dans les romans, uniquement de langue française, que les éditeurs lui adressent, après une première sélection puisque chaque maison ne peut envoyer qu'un ouvrage. Ce sont six romans qui sont ainsi sélectionnés à la fin de l'été au terme de comités de lecture sans doute musclés parce que la production est toujours de très bonne qualité.

La littérature jeunesse n'est cependant pas très rose. Elle est le reflet d'une société qui ne va pas très bien et il n'est pas étonnant que chacun des livres sélectionnés parle de la différence, toujours douloureuse à vivre mais apportant une richesse dans les relations.

C'est Rageot, une des plus anciennes maisons d'édition pour la jeunesse qui est primée. Créée en 1941 elle s'appelait alors Editions de l'amitié.

Le Mot d'Abel remporte à l'unanimité le Prix 2018 mais le jury a voulu, toujours à l'unanimité, couronner un autre coup de coeur, en lui accordant une mention spéciale, Mercredi c'est Papi ! écrit par Emmanuel Bourdier et illustré par Laurent Simon, chez Flammarion Jeunesse, qui traite de la maladie d'Alzheimer, à hauteur de portée d'enfant.

Alessandra Sublet, qui est la marraine de l'édition, a fait lire ce roman à sa fille qui a réussi à comprendre ce que les adultes ne parvenaient pas à lui expliquer et qui arrivait à sa grand-mère. L'auteur se défend pourtant d'avoir pensé à cette maladie en particulier lorsqu'il l'écrivait. L'histoire lui est venue d'une traite et du coup, le dépasse, a-t-il confié pendant la cérémonie : Je crois qu'il arrive d'une mémoire lointaine, inspiré par une grande tante et que l'on retrouvera dans un autre roman qui est en préparation.

Mercredi c'est Papi ! est un livre facile à lire, à partir de 10 ans. Il est, un peu dans l'esprit du grand auteur Roald Dahl, un hymne à la vie quotidienne, au bonheur simple et à la tendresse.
La question du mot est au coeur du roman de Véronique Petit qui a eu l'idée de la trame alors qu'elle déambulait dans un couloir, et que soudain elle cherchait ce qui était sur le bout de sa langue, et qui pesait son poids de mots puisque c'était "dictionnaire".

Nul doute qu'elle a été inspirée et qu'elle a du consulter cette bible à de nombreuses reprises pour qu'on trouve le mot "enfaîteau" (p. 41) dont j'ignorais la signification de faitière, tuile.

Ce livre, dont je ne veux pas révéler les péripéties, interpelle chaque lecteur, quel que soit son âge. L'auteur file la métaphore qui voudrait que chacun de nous a un mot, qui ne peut pas être un nom propre, qui forge son destin et qui lui est révélé lorsqu'il a environ douze ans, mais que l'on peut malgré tout échapper au déterminisme.

Voilà pourquoi le mot ne doit jamais être dévoilé du vivant de la personne, parce qu'il se transformerait en étiquette (p. 38).

mercredi 3 octobre 2018

Skorpios au loin avec Niels Arestrup, Ludmila Mikael et Baptiste Roussillon

Nous sommes en Juillet 1959. Le somptueux yacht d'Aristote Onassis, le Christina O, appelé ainsi en hommage à sa fille, s'apprête à quitter le port de Monte-Carlo pour effectuer une croisière en Méditerranée avec, à son bord, beaucoup d'invités (que l'on ne verra pas). Parmi eux, deux en particulier seront sous les projecteurs : Winston Churchill et Greta Garbo. L’histoire est étonnante. Et pourtant vraie.

Il fallait des acteurs de l'envergure de Niels Arestrup et de Ludmilla Mikael pour interpréter ces deux "monstres" en parvenant à faire ressentir leurs forces mais aussi les blessures d'enfance qui les ont marqués tous les deux. Et entre eux Niklaus, le maitre d'hôtel, a de la présence sans occuper le devant de la scène. Le rôle est subtilement interprété par Baptiste Roussillon.

Le soir de la présentation de saison des Bouffes Parisiens Jean-Louis Benoît disait que c'était la première fois qu'il montait une pièce dite de "conversations", lesquelles sont en général situées dans un salon, ou sur un quai de gare. L'originalité de Skorpios au loin est que l'action se déroule sur un espace en mouvement.

Le méga yacht vogue par un beau ciel d'été vers les côtes de Ligurie et le décorateur Jean Haas a fait en sorte, avec une scénographie néanmoins très simple, de rendre cela palpable parce que le ciel passe de l'ombre au crépuscule et à la nuit.

Le spectateur a d'emblée l'impression de ressentir un léger souffle de vent, suggéré par une douce musique d'orchestre, le bruit des vagues, les cris des mouettes. Churchill est alors dos au public, face à la mer. Il se plaint de n'avoir pas fermé l'oeil de la nuit et s'étonne que le bateau soit encore à quai, à Monte Carlo. Il est encore plus surpris d'apprendre que la "Reine Christine" soit à bord. Le "sauveur du monde libre" s'en dit ébloui. Il faut dire que la pièce est une fantaisie, mot grec signifiant "apparition".
Il a réclamé son matériel de peinture. Le public peut ignorer que l'homme politique avait ce don mais l'actrice, qui est aussi collectionneuse, a vu l'exposition qu'il a faite à New York et le complimente : votre peinture est troublante.

mardi 2 octobre 2018

Qui êtes-vous Elsa Triolet ?

Qui êtes-vous Elsa Triolet ? a été créé il y a deux années déjà au Moulin de Villeneuve de Saint-Arnoult-en-Yvelines (78). C'est la programmation du festival 7, 8, 9 du Théâtre de Nesle qui m'a donné l'occasion de le découvrir.

La salle voutée est un cadre qui pourrait sembler idéal même si le moulin, qui fut la résidence d'Elsa avec Louis Aragon, devait être particulièrement propice à l'émotion.

Le décor est astucieux, permettant à un violoncelliste  (Frédéric Borsarellode jouer derrière un voile -ce qui est d'autant plus justifié que le père de l'écrivaine était musicien, même si son instrument était le piano- et à la comédienne interprétant Elsa d'apparaitre comme par magie, derrière son portrait qui soudain s'anime, comme si elle surgissait de l'au-delà.

Le spectacle nous apprend ses rêves et nous renseignent sur les déceptions de cette femme qui ne m'était connue que comme étant l'Elsa d'un fou ... d'amour, même si je savais que certaines périodes n'avaient pas été aussi roses que la légende le laissait croire.

La mise en scène est construite comme une interview imaginaire entre Elsa et une journaliste qui peine à écrire un papier sur elle. Les questions arrivent au fil des interrogations en fouillant des yeux un tas de brouillons.
Le dialogue s'engage avec l'illustre femme dont on découvre la soif de liberté et la quête d'idéal. Elle fut créatrice de bijoux mais écrire fut sa passion. Elle commença pourtant dans la douleur puisqu'elle dit de son premier livre, publié en français, fut "comme porter un corset de plâtre".

lundi 1 octobre 2018

DUEL Opus 3 avec les virtuoses Laurent Cirade et Nathalie Miravette

DUEL Opus 3 a connu un grand succès en Avignon mais je n'ai découvert ce duo aussi étonnant que détonant à Paris.

Elle (Nathalie Miravette) arrive en robe longue, et lui (Laurent Cirade) en caleçon. Elle doit le tirer par le col pour qu'il accepte d'être sur scène. Le ton est donné, celui d'une scène de ménage qui finira par virevolter harmonieusement.

Il va grincer, couiner, coincer ... les onomatopées s'enchainent mais jamais, ô grand jamais aucune parole ne sera échangée entre les deux virtuoses. Car il en faut du talent pour oser faire ce qu'ils font.

Il va réparer, poncer, clouter son instrument -un violoncelle- alors qu'elle répète à l'envi La lettre à Elise ... évidemment. Les gags se suivent. Des bruits de bottes les stoppent. Ils vont passer les partitions à la déchiqueteuse et plus tard il répondra en brandissant une tronçonneuse. Mais ne croyez pas que la douceur n'ait pas sa place dans le spectacle.

La lumière devient rouge. Il est toréro et la musique prend un air de tango. Tout à l'heure nous entendrons un Love me tender orgasmique.

La musicienne se saisit du piano ... à bretelles, autrement dit de l'accordéon. C'est fou le nombre de voix aigües différentes qui peuvent exister. Le spectacle est renversant ... allant jusqu'à nous donner un air de Carmen à l'envers.

La voilà qui mute et se fait électro-acoustique en portant une robe piano. Jazz, rock, classique et baroque s'accordent enfin.

Voilà un spectacle qui mérite le qualificatif de réalité augmentée. C'est loufoque mais brillant ! Il faut le voir, et le revoir ... et espérer un Opus 4 parce qu'il ne faudrait pas que que le duo abandonne le ring. 

DUEL Opus 3
Avec Laurent Cirade et Nathalie Miravette
Mise en scène de Gil Galliot
Au Théâtre de la Gaité Montparnasse
26 rue de la Gaité - 75014 Paris - 01 43 22 16 18
A partir du 19 septembre 2018
Du mardi au samedi à 19h00, matinée le dimanche à 18h00

dimanche 30 septembre 2018

Berlin, Paris, Broadway, les chemins de l'exil...

J'ai assisté, dans le charmant Théâtre de Nesle, à un spectacle musical intitulé Berlin, Paris, Broadway qui est un petit bijou de virtuosité, de cohérence et d'intelligence.

L'équipe a fait le choix de ne pas sonoriser et il est immensément agréable d'entendre la voix de Julie Horreaux de manière naturelle. Elle est capable d'humour et d'une multitude d'intensités, y compris bien sûr la voix parlée.

Le parti pris artistique d'associer le piano et le violoncelle est hardi et pleinement réussi car le recours à cet instrument donne davantage de relief. Il fallut créer les arrangements spécialement puisque les chansons n'ont pas été prévues pour être accompagnées d'un violoncelle. Elles ont été initialement écrites pour chant et piano. A part "Dream with me", écrite par Bernstein pour piano, voix et violoncelle, et les arrangements des Kosma, qui sont de Philippe Barbey-Lallia, l'équipe joue ses propres arrangements. 

Les trois artistes n'ont pas choisi la facilité en commençant le récital par des chansons en allemand, même si on en comprend l'intérêt puisqu'il s'agit des paroles originales de Kurt Weill pour illustrer la première partie, consacrée à Berlin des années 20.

Pour évoquer ces temps de révolte berlinoise nous avons entendu d'abord Berlin im licht, dont les paroles et la musique sont de Kurt Weill qui prévient :
C'est pas un p'tit bled tranquille, Berlin
C'est une sacré ville !

Vient ensuite  le Lied von den  braunen inseln, sur des paroles de Lion Feuchtwanger et une musique de Kurt Weill qui décrit "des îles brunes où les hommes sont méchants et les femmes malades". Vier Wiegendlieder raconte, avec des paroles de Bertold Brecht et une musique de Hanns Eisler, l'histoire d'un combat pour rendre son enfant aguerri aux difficultés de la vie.
Suivront quelques autres chansons de Brecht puis la deuxième partie honorera le Paris des années 30 en commençant par le célèbre poème de Jacques Prévert, Grasse matinée, et son terrible début : ll est terrible l
e petit bruit de l’œuf dur cassé sur un comptoir d’étain. Il est terrible ce bruit
 quand il remue dans la mémoire de l’homme qui a faim
 ...

samedi 29 septembre 2018

Cuisine et confessions à ! Bobino

Le spectacle a commencé bien avant que le premier spectateur ne prenne place dans la salle. Les comédiens sont déjà en place, affutent leurs couteaux et organisent le plan de travail.

Cuisine et confessions est un spectacle peu ordinaire alliant la cuisine à des confidences ... et au cirque. On croit voir des cuisiniers mais ce sont des circassiens. Ils le prouveront bientôt brillamment. Mais pour le moment c'est l'accueil du public qui prime. 

Une comédienne descend pour démarcher une spectatrice et la convaincre de monter tout à l'heure sur la scène pour l'aider à préparer un bon petit plat.

Une autre, pieds nus, short turquoise, lance des bonbons à la volée à condition qu'on ait découvert leur couleur. L'animation est forte. Les artistes interrogent, s'assoient à coté de vous, prennent des notes dans un petit carnet alors qu'une musique sud-américaine donne furieusement envie de se lever et de danser.

Sur le réfrigérateur sont affichés des cartes postales de chaque ville où le spectacle a été présenté et que les artistes colllectionnent. On remarque qu'une d'elles écrit à la craie sur un grand tableau. Ce n'est pas une recette mais la liste des numéros du spectacle et chacun viendra rayer au fur et à mesure ceux qui auront été effectués.
La troupe est cosmopolite, avec un canadien, un sud-américain, un finlandais ... En  2017,  le  spectacle aura été joué en anglais, italien, espagnol, russe, allemand, suédois et français car il est essentiel que le public comprenne et puisse s'impliquer.

La scénographie a été conçue par la designer Ana Capellutto à partir des photos des cuisines d’enfance des artistes et/ou de leurs rêves. Ils ont même été sollicités pour placer dans le décor des objets personnels afin d'instaurer une certaine intimité.
Ce sont des jongleurs aguerris et les instruments de cuisine sont les premiers objets qu'ils font voler alors qu'il est question de pancakes à réchauffer et à déguster avec du sirop d'érable, "comme à la maison".
Ils sont très fort en portées et l'acrobate en tissu aérien a une vraie compétence. Celui qui joue avec le diabolo est époustouflant. Ils sont aussi contorsionnistes et musiciens.

vendredi 28 septembre 2018

Pourvu qu’il soit heureux, une comédie de Laurent Ruquier

Malgré ses faiblesses (le changement de point de vue entre le père et la mère est un peu manichéen) j'ai beaucoup aimé Pourvu qu'il soit heureux.

Les dialogues écrits par Laurent Ruquier sont un peu clichés. C'aurait été difficile de les éviter même s'il force le trait en donnant à ses personnages des prénoms très conventionnels. Claudine est ultra conformiste (on pense à Claudine à l'école de Colette) et s'appeler Maxime conditionne une forte exigence. Quant à Camille, prénom épicène, plus féminin parait-il que masculin d'ailleurs.

Mais le jeu de Francis Huster (le père) et de Fanny Cottençon (la mère) est néanmoins fort naturel. Parce que les idées reçues sont malheureusement plutôt banales. Nous les avons tous entendues autour de nous.

Ils sont maladroits dans leur tentative à "bien faire" et laissent échapper des remarques qui font rire. La mère ne peut se retenir de clamer sa fierté de voir son fils dans les journaux ... et pourtant c'est une feuille de chou d'une presse à sensation.

On rit beaucoup tant ils sont stupides ... mais néanmoins touchants dans leur volonté de bien faire. Les arguments invoqués pour convaincre son conjoint sont maladroits, forcément. Les quinze ans qui séparent le mari est la femme ne sont pas un gage de sagesse quand ils considèrent la différence d'âge entre leur fils et son ami.

Chacun se sent fautif de l'orientation sexuelle du garçon alors qu'il n'y a pas de coupable puisqu'il n'y a pas de faute.

jeudi 27 septembre 2018

Misery de William Goldman d’après le roman de Stephen King

J'avais a-do-ré le film de Rob Reiner, qui avait été un vrai choc en février 1991. Le couple composé par James Caan dans le rôle de l'écrivain Paul Sheldon et Kathy Bates dans celui d'Annie Wilkes,  l'infirmière maléfique me semblait inégalable.

Et pourtant je jurerai aujourd'hui qu'on ne peut pas imaginer mieux que Francis Lombrail et Myriam Boyer.

Avec une histoire conçue par un maitre du suspense (Stephen King), une adaptation cousue main par Viktor Lazlo, un décor (de Jean-Pierre Laporte) très intelligemment suggestif d'une Amérique "provinciale", conformiste et éloignée de tout, des éclairages adéquats, et pour cause puisque c'est le metteur en scène Daniel Benoin qui les a réalisés (qui a lui-même mis en scène et joué la pièce il y a quinze ans dans une autre adaptation), et deux grands comédiens ... le succès est assuré, et mérité.

Maintenir le suspense pendant près d'une heure trente demande beaucoup de soin. Et ça commence par la tempête de neige qui a (aurait ?) causé l'accident de Paul Sheldon, le romancier et créateur du personnage de Misery. Prise dans un violent blizzard, sa voiture a dérapé sur le verglas et est tombée dans un ravin. Les bourrasques sont perceptibles à jardin et on ressent quasiment le froid d'un hiver qui promet d'être terrible. Il faut aussi citer le recours intelligent à la vidéo (Paolo Correia) pour suggérer ce qui n'est pas montrable et entretenir l'angoisse, à commencer par nous faire vivre l'accident.

Par chance (fatalité ?) l'écrivain a été secouru par sa plus grande fan (fanatique) qui se trouve être infirmière. Le public assiste à son réveil dans le chalet isolé. Rien de mal ne peut vous arriver. Pas avec Annie près de vous. Je suis votre fan numéro 1.

mercredi 26 septembre 2018

Le bonheur au quotidien de Florian Hessique

Ce petit théâtre Daunou est une fort jolie salle. On y découvre un homme (Florian Hessique), répétant un discours pour fêter la victoire aux élections municipales sur la maire sortante... laquelle (Dominique Frot) est en fait en train d’entrer en catimini dans une flamboyante tenue turquoise (les costumes d'Edith Vesperini sont flamboyants).

L’employé est pris sur le fait. La "vieille" n’apprécie pas, on s’en serait douté. L'homme est raillé et traité d'idéaliste. Apprenez à vous méfier de tout le monde, lui dit-elle en forme de menace. Alors qu’on le pensait plus fort qu’elle la situation se retourne par le biais d’un chantage. La vie c’est comme la politique, il faut savoir trancher et la démonstration est sans appel.

Second tableau, elle est médecin mais ne sacrifierait pas une partie de golf pour rien au monde, même pas pour un malade en phase terminale. Ses vacances passent avant tout.

Plus tard ce sera La Poste puis Pôle Emploi qui seront dans le viseur, avec sans doute quelques aménagements dans le texte quand on entend le conseil de traverser la rue pour trouver un travail. On pense évidemment à la petite phrase présidentielle qui renforce la mauvaise foi administrative.

L’humour est au rendez vous dans ce spectacle où Florian Hessique a composé avec un humour grinçant une critique sévère de la société mais sans oublier de la saupoudrer d'un soupçon de tendresse. Il en émane une réflexion philosophique : il est vrai que le temps qui passe ne guérit de rien. Tous les sujets sont bons malgré tout pour faire rire, même avec Alzheimer.

On ne voit pas le temps passer auprès de ces deux excellents comédiens.

Le bonheur au quotidien de Florian Hessique
Mise en scène Michel Alexandre
Avec Dominique Frot et Florian Hessique
Au Théâtre Daunou 7, Rue Daunou, 75002 Paris, Téléphone : 01 42 61 69 14
A partir du 6 septembre 2018
Du mardi au samedi à 19h00

mardi 25 septembre 2018

La légende d'une vie de Stefan Zweig au Théâtre Montparnasse

J'ai vu La légende d'une vie il y a quelques semaines à peine dans une mise en scène "resserrée" au Lucernaire mais il y a peu de risque à me répéter. Certes, la trame est la même, mais le décor, la richesse des costumes et la mise en scène en feraient presque un spectacle différent.

La version vue cet été se concentrait sur le rapport entre le frère et la soeur Clarissa (Valentine Galey). Exister en tant que fils et artiste est une voie étroite sur laquelle avance Friedrich (Gaël Giraudeau), le fils de l’illustre Franck.
Mais c'est davantage la place de Maria, l'ancienne amie du père, incarnée par Macha Méril qui se présente comme un "fantôme du passé" qui pèse sur le plateau, face à la veuve du poète, Leonor, autoritaire et intransigeante gardienne de l’œuvre poétique de son époux, interprétée par Natalie Dessay. Inutile de se voiler la face, un des plaisirs de la soirée est d'assister à la confrontation entre les deux femmes et tout est mis en oeuvre pour qu'elles en sortent gagnantes l'une comme l'autre.
Rappelons l'intrigue : Vienne, 1919. Un jeune auteur cherche à exister indépendamment du souvenir de son père, poète devenu icône nationale. Le jeune homme étouffe dans la maison familiale où tout est organisé par sa mère, femme autoritaire et intransigeante, autour du culte du grand homme. C’est alors que revient au sérail une femme dont le secret pourrait libérer le jeune homme de son carcan.
Christophe Lidon, le metteur en scène, dit avoir cherché à installer ici l’ambiance incroyablement intense et redoutable d’une famille digne de Faulkner, les obsessions de Treplev dans "La Mouette" de Tchekhov et la puissance d’un Thomas Bernhard… Les thèmes que brasse la pièce sont l’écho fidèle de ce "monde d’hier" au déclin duquel Zweig ne voulut pas survivre: l’incidence des clivages sociaux et du culte du secret, la genèse des drames familiaux, la constitution de l’identité (comment construire sa propre identité face à un si lourd héritage ?), le glissement de la vérité déformée vers le mensonge affirmé, et, bien sûr, le thème central de l’héritage spirituel : Peut-on réécrire la vie de l’autre jusqu’à construire une légende ?

La pièce est un subtil match psychologique où Bürstein (Bernard Alanele biographe du défunt, et ami de la famille semble maintenir chacun sous influence.
La légende d'une vie de Stefan Zweig
Traduction de Jean-Yves Guillaume, et adaptation de Michael Stampe
Mise en scène de Christophe Lidon assisté de Natacha Garange
Avec Bernard Alane, Natalie Dessay, Valentine Galey, Gaël Giraudeau et Macha Méril
Décor de Catherine Bluwal
Costumes de Chouchane Abello-Tcherpachian
Musique de Cyril Giroux
Lumières de Marie-Hélène Pinon
Du mardi au samedi à 20h30
Matinées le samedi à 17h00 et le dimanche à 15h30
Au Théâtre Montparnasse - 31 Rue de la Gaîté - 75014 Paris - 01.43.22.77.74
Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Jeep Stey

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