Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

mardi 6 novembre 2018

Tous mes rêves partent de la gare d'Austerlitz de Mohamed Kacimi

Je suis allée voir Tous mes rêves partent de la Gare d'Austerlitz de Mohamed Kacimi au Théâtre 13 Seine. Mais vous pourrez aussi découvrir la pièce au Théâtre de Stains (où a eu lieu la création) si vous résidez plus au Nord ... Quel que soit le théâtre ne la manquez pas, elle est formidable d'humanité.

Ecrite par un homme, mis en scène par une femme, et interprété uniquement par des femmes, cette pièce se situe un soir de Noël, dans le rare espace de liberté (du moins de pensée) qui peut exister dans un univers carcéral, une bibliothèque qui est tenue par Barbara (Marjorie Nakache), en quelque sorte la "chef" des lieux, et d'autant plus qu'elle signe la mise en scène.

Sans rien savoir du sujet, le spectateur se doute que l'action se passera dans un espace clos. On perçoit des bruits de portes qui roulent sur un rail. Un cri de corbeau déchire le silence et on comprend que, quelques instants plus tard, il soit insupportable pour Lily (Olga Grumberg) malgré le recours aux médicaments. L'éclairagiste a trouvé comment donner l'impression qu'elles sont derrière des barreaux en faisant tomber des douches de lumière. Le décor est gris souris. Plus tard, que ce soit un noeud dans les cheveux, une fleur ou un ruban, la touche rouge du costume de chaque femme apportera une note joyeuse, comme un coquelicot dans une prairie qui ne demande qu'à exploser de vie et de couleurs.

Rosa (Gabrielle Cohen)Mayrlou (Irène Voyatzis)Zélie (Jamila Aznague) et Lily sont des habituées. Elles viennent touts les jours dans la bibliothèque, en sacrifiant quelques instants de la promenade quotidienne. Pour choisir un livre, mais aussi et surtout pour échanger des paroles et parler de leur travail, leurs amours, leur famille, et aussi de leurs rêves. Surtout Zélie qui raconte en boucle J'étais gare d'Austerlitz... toujours le même rêve depuis qu'elle est ici, exactement 2 ans et 23 jours.

lundi 5 novembre 2018

Le Chien rouge de Philippe Ségur, chez Buchet Chastel

La lecture du Chien rouge ne fut pas facile. J'ai d'abord eu du mal à passer le cap de la (longue) préface dont le sérieux tranchait si brutalement avec l'humour qui m'avait tant plu dans son précédent roman. J'étais pourtant prévenue que Philippe Ségur était passé du rose au noir, et qu'il ne fallait pas que je m'attende à retrouver l'atmosphère de bonne humeur de L'extermination des cloportes. Le choc fut néanmoins très rude.

Curieusement, le "manuscrit de Peter Seurg" (p. 35 et suivantes) ne m'a pas du tout rebutée. Bien au contraire. Je me suis d'emblée prise de compassion pour cet homme dont certes je ne partage pas la dépression mais dont les propos résonnaient souvent en moi. Par exemple :

Nous nous insurgions contre la barbarie djihadiste, mais nous ne nous interrogions pas sur le fait que la France était en guerre depuis quinze ans en terre musulmane et exploitait depuis soixante ans l'Afrique néocoloniale. Suit une critique (fondée) de comportements de masse pour justifier une attitude plus responsable : j'étais entré en résistance. je coupais mon téléphone portable, j'achetais des produits d'occasion, je n'empruntais plus les autoroutes (p. 38).

L'appel du chien rouge s'insère à l'intérieur de cette partie et m'a déroutée.

J'ai bien compris que c'était un roman à clés où l'auteur se faufile derrière le personnage dont le nom est l'anagramme du sien. Je n'ai pas lu l'oeuvre d'Hermann Hesse, souvent cité, et que je ne connais que de nom. J'imagine qu'un grand nombre de références me font défaut pour apprécier comme il se doit le roman de Philippe Ségur puisqu'il s'inscrit dans la lignée de l'auteur du Loup des steppes.

Par contre j'ai trouvé beaucoup de similitude avec le contexte d' Un homme qui dort de Georges Perec et j'ai pensé à un autre livre de couverture rouge, celui d'Amélie Nothomb, Tuer le père, où elle raconte, elle aussi, un épisode de Burning Man.

Le chien rouge plaira à tous ceux qui se sentent, comme le personnage de Philippe Ségur (et on souhaite que son roman ne soit pas pour partie autobiographique), poussés à bout par leur métier et par la folie des comportements humains, et qui ne comprenant plus le monde dans lequel ils vivent, sont prêts à fuir dans les bois, ou ailleurs, loin de tout.

L'auteur a-t-il voulu aussi mettre en garde contre la fausse bienveillance des médecins qui, au lieu de dénoncer ce mal, l'étouffent à coup d’antidépresseurs, de somnifères et d’anxiolytiques dont on dit que  les français en seraient les plus gros consommateurs au monde ?

J'ai eu du mal à admettre que le cocktail entre médicaments et alcool (qui est un des anxiolytiques les plus efficaces) n'ait pas achevé l'homme au bout de quelques semaines. Il est probable que j'ai été imperméable à la métaphore qui se cache probablement derrière cela. A moins que ma quête de sens n'ait été autant désespérée que celle de Peter ...

Il me reste néanmoins le souvenir d'une langue magnifique qu'il aurait fallu que je lise sans chercher à en saisir le sens caché.

Le Chien rouge de Philippe Ségur, chez Buchet Chastel, en librairie le 23 août 2018

dimanche 4 novembre 2018

J'ai découvert le Kansai et quelques spécialités de la ville de Nara

Vous savez sans doute que la France vit à l’heure du Japon jusque février prochain. C'est dans le cadre de Japonismes que j'ai découvert le Kansai.

Ne soyez pas jaloux : je n'ai pas mis les pieds au Japon (pas encore) mais j'ai rencontré des japonais, vécu une cérémonie traditionnelle et gouté des spécialités très savoureuses ... en partageant (en toute modération) le saké de Nara que j'ai bu, comme il se doit, dans un contenant en bois de cèdre.


Le Kansai est la deuxième région économique du Japon avec une population de plus de 20 millions d’habitants, où se trouvent Nara et Osaka. Candidats pour l’Exposition Universelle de 2025, Osaka et le Kansai ont montré la vitalité, la culture et les beautés naturelles de la Région au cours d'une soirée à laquelle j'ai participé.
Ce fut très intéressant d'assister à une représentation du Bugaku qui est un des arts célébrés depuis 900 ans à nara, à l'occasion de la grande fête traditionnelle appelée Kasuga Wakamiya On-Matsuri. Son origine remonte à l'époque d'Asuka Hakuhou (entre 673 et 710 de notre ère). On doit à la Fondation Nantogakuso de perpétuer cette tradition.


Vous ne connaissez sans doute pas le nom de la ville de Nara. Là-bas l’animal sacré est le cerf qui y vit en liberté dans les parcs. Ce fut une ville commerciale majeure sur la route de la soie. Elle a su conserver son authenticité au sein d’un Japon qui s’est fortement modernisé.

Elle en fut la première capitale en 710. Elle fut aussi le berceau du bouddhisme. On peut donc considérer que la ville de Nara est le coeur historique et spirituel du Japon. Elle est inscrite pour plusieurs sites au patrimoine mondial de l’UNESCO pour ses temples et sanctuaires exceptionnels. 

Elle est considérée comme le lieu de naissance du saké japonais, qui était confectionné dans ses nombreux temples.

On utilise les eaux pures des sources souterraines de Kasugayama Primeval et de la chaîne montagneuse de Yoshino/Ikoma. Le riz est produit dans le bassin et les montagnes de Nara. C'est une céréale de grande qualité. Il contribue au goût frais et doux de cette boisson.

samedi 3 novembre 2018

Pas d'amour sans amour

Evelyne Dress a écrit le scénario de Pas d’amour sans amour pour le cinéma. Ce fut un film qui marqua la génération post soixante-huitième qui a lutté avec fougue pour son indépendance sexuelle, mais aussi sociale et intellectuelle. Si les avancées sont réelles, il subsiste tout de même ce qu'on peut se risquer à définir comme un "fondamental", à savoir que l'amour sans amour n'est pas un amour véritable.

C'est ce que pense, à corps et à cris Eva, une célibataire de quarante ans, belle, dynamique, sportive, branchée (comme on peut l'être en 1990), pour qui les hommes sont très décevants… peut-être parce qu'elle n'a pas rencontré celui qui pourrait la faire chavirer, ... à moins qu'elle ne refuse de le voir.

Eva ne craint pas de le clamer : elle n’a pas fait l’amour depuis trois ans. Elle en meurt d'envie, mais réactiver ne va pas être facile, car dit-elle d'emblée, pour elle, pas d’amour sans amour.

Evelyne Dress, qui ne s'inquiète pas de faire les choses dans le "bon" ordre, a décidé, avec son éditeur, Glyphe, de publier maintenant cette histoire qu'il faut certes re-situer dans le contexte des années 90, mais dont on peut faire une lecture contemporaine car beaucoup de choses sont demeurées identiques.

L'écriture est très alerte, souvent très drôle, et nous offre des scènes d'un cocasse que l'on apprécie peut-être davantage en se les imaginant qu'en revisionnant le film qu'elle a écrit, réalisé (et interprété) en 1992 avec (la liste n'est pas exhaustive) Patrick Chesnais, Evelyne Dress, Jean-Luc Bideau, Aurore Clement, Gérard Darmon, Dora Doll, Michel Duchaussoy, Martin Lamotte, Tanya Lopert, Pascale Rocard, Coralie Seyrig, Cécile Pallas et Thierry Rey ... Il a reçu plusieurs prix et a été sélectionné pour les Golden Globes en 1994.

Alors ouvrons le roman et plongeons sans réserve dans la vie d'Eva, un prénom derrière lequel se cache à demi Evelyne, c'est une évidence, puisque tous ses romans sont construits sur une part d'autobiographie.

On retrouve donc forcément les membres de sa famille, qui sont des personnages très hauts en couleur qui chacun estime légitime de se mêler de la vie des autres. Jacques, celui qui était annoncé comme un grand amour d'enfance dans La maison de Petitchet, est là lui aussi.

Eva n'a pas renoncé à son rêve de prince charmant et a bien raison. Vous verrez que ce n'est pas une mince affaire. Elle ressemble en cela aussi à l'auteure qui, de livre en livre, creuse le thème de la recherche de sa moitié d'âme.

On espère qu'Evelyne non plus ne renonce à rien et on l'attend de nouveau derrière la caméra, même si on apprécie chacun de ses livres.

Je vous invite enfin à écouter le portrait qui lui sera consacré dans Entre Voix sur Needradio le mercredi 8 janvier de 18 à 19 heures.

Pas d’amour sans amour d'Evelyne Dress, éditions Glyphe, à paraitre le 6 novembre

vendredi 2 novembre 2018

Un homme pressé, le film de Hervé Mimran

Ne vous arrêtez pas à l’affiche qui est, de mon point de vue, plutôt loupée. Un homme pressé fait partie de ces films dont on ressort avec une joie communicative et l'envie de dire à tout le monde d'aller au cinéma.

Son visage occupe toute l'affiche. On sait d'avance que le rôle principal sera tenu par Fabrice Luccini. Ce qu'on ignore c'est qu'il y est au sommet de son art.

Les premières images justifient la catastrophe qui va faucher ce chef d’entreprise. Cet homme impeccablement interprété par le comédien, n’écoute personne. Et en toute logique il ne s’écoute pas non plus. Il refuse de prêter attention aux signes avant coureurs de ce qui sera un AVC.

Chaque détail compte et c’est ce qui rend ce film si réussi. On entend par exemple Johnny Halliday chanter "j’ai oublié de vivre" alors que l’homme crâne en disant "je me reposerai quand je serai mort".
L’accident vasculaire provoque chez lui de profonds troubles de la parole et de la mémoire. Ce qui est une tragédie devient extrêmement comique lorsqu’il intervertit les syllabes dans une sorte de verlan très imagé. Ses propos choquent et c’est très drôle. C’est émouvant aussi parce que l’accident le place en situation d’infériorité et de dépendance alors que jusque là il était au sommet de la hiérarchie sociale.

Sa rééducation est prise en charge par Jeanne, une jeune orthophoniste. Il note rigoureusement les bons mots dans un carnet qui ne le quitte pas.
Les progrès vont être lents mais continus. Avec quelques loupés quand il pense pouvoir faire le tour du quartier en totale autonomie. Même le chien ne parvient pas à le ramener à sa maison.

Bien sûr il y a quelques incohérences, mais peu importe, on est au cinéma et seul compte le résultat. Notre anti-héros va découvrir ce qu’il se refusait jusque là, à savoir le temps de vivre, et donc aussi celui d’être libre.

On pense à une jolie histoire qui serait un conte de fées mais c’est inspiré d’une histoire vraie. Comme quoi tous les rêves sont permis aux courageux.

On apprécie Leila Bekhti pour lui donner la réplique dans le rôle de la psychopathe … je veux dire bien sûr la psychologue, qui en fait est plutôt orthophoniste. Vous aurez rectifié !

Un homme pressé de Hervé Mimran, avec Fabrice Luchini, Leïla Bekhti, Rebecca Marder

jeudi 1 novembre 2018

Einstein, le sexe et moi d'Olivier Liron


Olivier Liron se déclare autiste Asperger en nous prévenant : ce n’est pas une maladie, je vous rassure. C’est une différence. Je vais vous raconter une histoire. Cette histoire est la mienne. J’ai joué au jeu télévisé Questions pour un champion et cela a été très important pour moi.

Ce qui est formidable dans sa manière de raconter, quasiment à la seconde près, une finale de l'émission culte, que les aficionados désignent sous l'acronyme QPUC, c'est qu'il va bien au-delà de la fidélité à la retranscription, savonnages et maladresses inclus.

Tout un livre écrit en langage parlé, même soutenu, n’aurait eu qu’un faible intérêt, même pour moi qui, faisant de la radio dans les conditions du direct, apprécie d’être plongée au cœur des enregistrements.

Olivier nous offre bien plus encore qu’un regard de coulisses. Il raconte à sa manière, avec fidélité, mais en multipliant les digressions, avec tant de pertinences qu’on les accepte, et ... qu'on se met à les espérer. 

Nous sommes en 2012, sur le plateau de France 3, placé entre lui et l'animateur Julien Lepers (qui depuis a quitté les plateaux de télévision). C'est sans doute cela être Asperger, pouvoir à la fois suivre le match, le gagner et nous en expliquer les ressorts.

Einstein, le sexe et moi est un récit très intelligent, parfois presque intellectuel, toujours teinté d'humour ou de dérision. On y croise des personnages hauts en couleur. Quelle idée de Marie Victoire (prénom prédestinant, atout majeur sur un CV pour être recrutée sur une émission de jeu) de proposer de porter un vêtement de couleur verte, réputé pour porter malheur (p.20), ce qui était vrai quand la teinture employée contenait un poison qui contaminait le comédien qui transpirait abondamment. On finit par se méfier et aujourd'hui on ne devrait plus craindre cette couleur.

Olivier Liron est né en 1987. Normalien et agrégé d’espagnol, il enseigne la littérature comparée à l’université Paris 3-Sorbonne Nouvelle avant de se consacrer à l’écriture et au théâtre. Il se forme en parallèle à l’interprétation et à la danse contemporaine à l’École du Jeu et au cours Cochet. Son premier roman, Danse d’atomes d’or, est publié en 2016 chez Alma Éditeur. Il est également l’auteur de pièces de théâtre, de scénarios pour le cinéma et de fictions sonores pour le Centre Pompidou.

Einstein, le sexe et moi d'Olivier Liron, chez Alma éditeur, en libraire depuis le 6 septembre 2018
Découvert dans la sélection 2018 des 68 premières fois en tant que second roman

mercredi 31 octobre 2018

Une odyssée sibérienne, exposition photographique de Claudine Doury à l’Académie des beaux-arts

L’Académie des beaux-arts présente en ce moment au Palais de l’Institut le travail de la photographe Claudine Doury (au centre sur la photo ci contre) qui est la lauréate 2017 du Prix de la photographie Marc Ladreit de Lacharrière.

Selon la règle de ce prix l’artiste récompensé bénéficie d’une bourse qui lui permet de financer le projet qui a été approuvé par le jury. Son travail donne lieu à une exposition qui est présentée un an plus tard, donc en 2018 pour Claudine Doury avec Une odyssée sibérienne.

Dans son projet présenté au jury du prix, la photographe avait proposé de retourner sur les traces de familles sibériennes extrêmes-orientales, nanaï, oultches et nivkhes, qu’elle avait rencontrées il y a plus de 20 ans, en 1991 et 1998 le long du fleuve Amour. Elle souhaitait ainsi témoigner à la fois du passage du temps sur ces familles photographiées alors, mais aussi des changements qui avaient pu s’opérer à plus grande échelle sur ces populations habitant de Khabarovsk à Bogorodskoye. 

Ce qui m’a touchée c’est que son travail se situe entre le portrait intime et le témoignage sur des cultures encore vulnérables de peuples vivant à la frontière de la Chine. Ses photographies sont d’une immense simplicité et aussi d’une grande beauté. Le jour du vernissage quelqu’un a fait un lapsus en parlant de peintures tant certaines ressemblent à s’y méprendre à des natures mortes qui auraient été peintes à l’huile sur une toile. Mais cette artiste sait aussi dénicher l’humain et nous faire sentir le temps qui passe.

mardi 30 octobre 2018

12 Hommes en colère

12 hommes en colère est un spectacle tout à fait complémentaire à Plaidoiries... parce qu'il met en relief un autre aspect de la justice, l’élaboration de la prise de décision du jury, en nous permettant de vivre ce temps particulier pendant lequel se forge cette décision, à partir d’une intuition, ou d’un raisonnement, sans qu’alors un avocat ne vienne influencer chacun des jurés, même si l’un d’eux se comporte comme tel.

Pour ceux qui ne connaitrait pas le sujet je rappelle le contexte qui se situe aux Etats-Unis. 12 hommes, au cours de la délibération d’un procès, ont la responsabilité de juger un jeune homme accusé de parricide. Si pour 11 d’entre eux sa culpabilité est évidente, un juré va émettre des doutes. Or il faut l’unanimité pour prononcer un verdict d’acquittement ou la chaise électrique.

On assiste dans une tension palpable à un drame judiciaire dans lequel l’intelligence, l’humanité et la persévérance d’un seul homme vont mettre à mal les certitudes et les préjugés des 11 autres jurés, chacun habité et influencé par son histoire personnelle. Au-delà de l’enjeu du procès, cette pièce au propos éminemment moderne questionne sur la façon dont est rendue la justice, montrant à quel point les préjugés indéracinables et l’intolérance de certains peuvent décider de la vie d’un homme.

"Twelve Angry Men" a été écrit en 1953 par Reginald Rose pour le théâtre mais c’est l’adaptation cinématographique du premier film de Sidney Lumet qui l’a rendu célèbre quatre ans plus tard. Bruno Putzulu reprend le rôle tenu par Henry Fonda. C'est un très beau rôle puisqu'il fera basculer l'issue, avec patience et détermination, faisait triompher le doute. Francis Lombrail assume celui (ingrat) de l'américain arcquebouté dans le conformisme.

Je n'ai pas été étonnée à retrouver au Théâtre Hébertot l’atmosphère du film à quelques nuances près et l'adaptation faite par Francis Lombrail est remarquable. Quant au metteur en scène, Charles Tordjmanil ne pouvait pas user de focales différentes pour rendre compte de la sensation d’étouffement. Il s'appuie donc davantage sur le décor, évoquant une pièce en sous-sol et sur la bande son, discrète, ponctuée de coups de tonnerre, avec un éclairage qui diminue au fil de la représentation.

Peu importe que le prévenu ait 16 ans et non plus 18, et que la cigarette ait disparu, il fallait bien en quelque sorte "actualiser" le contexte. Cidalia da Costa s’est subtilement inspirée des vêtements portés dans le film, nous permettant d'être dans un espace-temps qui n'est pas vraiment daté. Si les murs sont intemporels les costumes, les coiffures et une certaine manière de se tenir et de parler évoquent d'une façon à peine appuyée la fin des années cinquante, dans une Amérique très conformiste et machiste. Ce qui étonne le plus, c’est par contre l’absence de femme et de personne de couleur évidemment.

Le casting est parfait. On reconnaît chacun des jurés dont l'image était si marquée dans le film, et pourtant il se dégage une forme de contemporanéité qui tient le spectateur en haleine. Pour moi qui me souviens du film, et de chaque rebondissement, il n’y a aucune surprise et cependant je n’ai pas perdu une bribe des dialogues, tant l’interprétation est juste.

lundi 29 octobre 2018

De l’ombre à la lumière et la lumière est à moi

Gilles Paris ne nous avait pas habitué à cela. Jusque là il avait écrit des romans et voilà qu'il relève le défi de nous toucher aussi intensément avec des textes courts. La nouvelle est un art difficile et il s'en sort haut la main dans ce recueil intitulé La lumière est à moi où j'ai été surprise aussi de le découvrir dans la peau de personnages féminins.

On croise Ambre, dont le prénom est lié à l'invention de l'électricité, Lior, qui signifie la lumière est à moi, qui donne son titre au recueil, et dont le sens se révèle quand sa mère recouvre la santé.

Chacun est le maillon d'une histoire où alternent la lumière et l'obscurité. On oublie au fil des pages que leurs parcours pourraient être disjoints et j'ai parfois eu le sentiment de lire en fait ... un roman. Ils ont en commun l'irréductible conviction que la lumière leur appartient aussi.

La couverture est un cliché de Didier Gaillard-Hohlweg qui vient d'exposer une série de photographies qui font écho (à moins que ce ne soit le contraire, tout dépend pour nous lecteurs dans quel ordre on découvre les images et les textes) aux mots de Gilles Paris.
Il dit l'avoir rencontré par une photographie. Certaines images en disent parfois plus que les longues conversations à refaire le monde. C’est pourtant ce qu’on fait, au début, refaire le monde à notre façon. Toutes fenêtres et portes ouvertes, la clé jeté aux orties. Ce qui est merveilleux dans une amitié entre deux artistes c’est la notion du temps inversé qui s’écoule à grande vitesse. Plus intense qu’une psychanalyse, plus léger qu’un été qui n’en finit pas, en tout débordement d’une vie en marge. Photographie et littérature ont plus d’une passerelle en commun. Son travail a été plusieurs fois source d’inspiration pour l’écriture de mes nouvelles. Il me fait réfléchir à la dimension d’un monde sans cesse renouvelé. Car si l’homme en est absent, tout témoigne de sa délicate présence. (...) Tout son travail nous donne une texture quasi infinie qui nous invite au voyage émotionnel, aux frontières de l’humain.

dimanche 28 octobre 2018

PSY Cause (s) 3 de et avec Josiane Pinson

Josiane Pinson est de retour dans le même fauteuil orange iconique créé par le designer Toshiyuki Kita en 2000.

Pivotant, transformable en chaise-longue avec appuie-tête et repose-pied, il comporte plusieurs inclinaisons, offrant différentes positions réglables par un petit levier et une poignée latérale que la comédienne manipule avec dextérité.

Debout, assise ou allongée, son corps se détache sur la couleur orange, avec sa tenue, elle aussi toujours la même, qu'on a envie de qualifier de combat, en pantalon et tunique noirs, chaussures noires. Seules ses lunettes apporteront une couleur (rouge) complémentaire.

L'énergie est la même. L'humour est toujours aussi caustique mais le temps a passé. Et à croire ce qu'elle va partager avec nous, la vie n'a pas été tendre avec elle depuis 7 ans...  quand je l'avais découverte.

Elle est maintenant debout, au bord d'un gouffre, sur le plan moral  s'entend, parce que recevoir une une leçon de morale de sa mère (Judith Magre, qu'on reconnait immédiatement à sa superbe voix) depuis l'au-delà ce n'est pas banal.

Elle nous fait rire mais nous ne sommes pas des égoïstes. On l'aime Josiane. Alors on souhaite que ce ne soit pas sa propre famille qui lui ait inspiré ce dernier opus tant les déconvenues s'enchainent. Il faut être sacrément armée pour supporter tout ce qui lui tombe sur les épaules. 

Sa vie (de psy) n'est pas de tout repos quand sa petite fille lui présente son arbre ... généalogique. Une famille recomposée XXL.

Quand  sa propre fille veut devenir psy, tout comme elle, tout comme son père aussi, on imagine le potentiel d'embrouilles qui se prépare. Nous sommes d'accord, le karma sera complexe à assumer.

Difficile de garder son calme ... La brave femme aura beau interroger Si je m'énerve ? tantôt dubitatif, tantôt dénégatif, on voit bien qu'elle est au bord de craquer.

D'autant que la dernière confidence qu'elle vient de nous faire ... ça encore c'est rien. Voilà que l'ex de son ex-mari la tanne elle aussi pour la convaincre de s'adonner à une séance (chiante) de tantrisme.  L'ex (mari), Philippe, est lui aussi lourd à porter. Elle est bien bonne de rendre visite à l'hôpital à cet accidenté auquel, bonne fille, elle apporte de quoi se nourrir une semaine, ... que des petits plats faits maison (on a envie de dire cuisinés avec amour).

Mais ça encore c'est rien. Au bout de x peaux de banane on peut craindre pour sa santé ... mentale bien entendu. Rien d'étonnant à ce qu'elle craque : Excusez moi je suis un peu à cran. Fuck la psychanalyse !

Les barrières cèdent. Nous entendrons la chanson réclamée par sa mère pour rendre joyeux son enterrement. Nous quitterons Josiane Pinson sur l'air de Ta Katie t'a quitté de Bobby Lapointe après de chaleureux saluts en espérant qu'on ne lui dit pas adieu mais encore et jours au-revoir.

PSY Cause (s) 3
De et avec Josiane Pinson
Mise en scène de Gil Galliot
Avec la complicité de Judith Magre, Anie Balestra, Achille Orsoni et Bruno Magne
Au Studio Hébertot
78 bis Boulevard des Batignolles - 75017 Paris
Du 21 Octobre 2018 au 10 Mars 2019
Le lundi à 19h
Le samedi à 17h
Le dimanche à 19h30​

samedi 27 octobre 2018

Liberté ! de et avec Gauthier Fourcade

La lumière blanche fait resplendir la moindre feuille de papier et je me dis qu’il va falloir ruser pour ne pas me faire repérer dans le noir. Ma prise de notes a peu de chance d’être discrète.

La scène est occupée par une machinerie étonnante, comme le sera bientôt le raisonnement du clown blanc qui va disserter à propos de liberté ! ... avec un point d'exclamation.

Il n’y a aucune raillerie dans mon affirmation car Gauthier Fourcade réussit à lier philosophie et humour, qu’il assaisonne de poésie et de dérision.

Il a eu la bonne idée de confier la mise en scène du spectacle à William Mesguisch qui l’a aidé à faire des choix sans restreindre sa liberté. L’homme n’aurait sans doute pas cédé. S’il respecte la mise en place et le texte il s’autorise une marge ... de liberté à chaque représentation si bien qu’on peut venir le voir plusieurs fois sans se lasser.

vendredi 26 octobre 2018

La machine de Turing, de Benoît Solès

Je n’avais pas mémorisé le nom d'Alan Turing mais je savais que Steve Jobs avait donné le nom d’Apple à sa marque en hommage à un grand mathématicien qui s’était suicidé en croquant dans une pomme imbibée de cyanure.

Voilà pourquoi le logo a cette forme si originale aux yeux de certains qui n’y voient que le symbole de la connaissance, ou de la suprématie new-yorkaise.

Dès l’entrée en scène de Benoît Solès, ce fruit à la main, j’ai compris que c’était sa vie qui avait inspiré la pièce alors que l’affiche ne m’avait rien suggéré de tel. Je dois dire que n’étant pas masochiste de nature je n’avais pas cherché à savoir grand chose sur ce spectacle pour lequel il était quasi impossible d’obtenir une place cet été en Avignon.
Le bouche à oreille ne relayait qu’une double affirmation : c’est génial, mais c’est complet. On ajoutait pour nous consoler ("nous" les passionnés de théâtre, amateurs éclairés, chroniqueurs et même programmateurs) que ce serait moins difficile d’avoir une place à la reprise déjà annoncée au Théâtre Michel à l’automne.

Je suis donc venue ce soir en m’attendant juste à voir quelque chose d’extraordinaire ... et ça l’est. Je ne vois pas dans quelle catégorie La machine de Turing ne sera pas citée aux prochains Molières.

Benoît Solès, qui est un de nos grands comédiens, a été touché par l’histoire qu’il a transposée pour le théâtre. Il est donc le premier à applaudir pour son écriture et pour son interprétation très nuancée d'Alan Turing.

jeudi 25 octobre 2018

Quand Dieu boxait en amateur de Guy Boley

Le livre de Guy Boley commence par une phrase interminable qui nous fait survoler Besançon comme si nous étions à l'intérieur d'un drone. Plus loin il nous offrira des pages magnifiques sur la boxe et sur les combats (p. 67-69).

Ah comme cet auteur fait claquer les mots dans son second roman ! Quand Dieu boxait en amateur peut être vu comme une suite de son premier livre, Fils du feu, mais il en est néanmoins indépendant.

La figure de son père René est plutôt romanesque puisqu'il est forgeron, toujours prêt à bosser dur (boxer dur ?) et capable aussi de se métamorphoser de champion de boxe à Jésus amateur sur la scène d'un théâtre paroissial.

C'est sûr que ça n'est pas banal. Alors le fils raconte avec sérieux -et on y croit!- la biographie de ce papa peu ordinaire en s'autorisant l'humour : le samedi 4 septembre 1955, mon père entame son premier jour d'apprenti comédien, catégorie théâtre d'eau bénite (p. 124). Il interprétera le rôle de Jésus pendant dix ans, toujours en période pascale. Il n’a encore que 40 ans.

Et, peut-être parce que j'aime intensément le théâtre, il m'a semblé déceler un tournant à partir de ce chapitre 12. Mais avant cela nous remontons à l'enfance de René, précisément à l'âge dit de raison. Il a sept ans et son meilleur copain c'est Pierrot.

La vie pourrait être heureuse mais voilà que son papa (donc le grand-père de Guy) n'aura pas le loisir de voir éclore son talent de musicien : il s'est fait écraser "paf-entre-deux-wagons-comme-une-crêpe-le-pauvre", répétera sa grand-mère, contraignant le fiston à suivre l'école au rabais et à entrer en apprentissage le plus tôt possible, à quatorze ans, pour ramener un (maigre) salaire à la maison.

On ne choisit pas son enfance, souligne ce fils (p. 43) on s'acclimate aux pièces du puzzle, on bricole son destin avec les outils qu'on a sous la main.

mercredi 24 octobre 2018

Le syndrome du banc de touche, de et avec Léa Girardet

Une demi douzaine de portraits d’Aimé Jacquet (on le reconnaît si on s’intéresse au football) sont placés dans des endroits stratégiques du hall d’accueil du Théâtre de Belleville, à l’instar des photos de famille qui trônent sur le bureau d’un chef d’entreprise.

L’ex-sélectionneur de l’Equipe de France est la vedette du spectacle écrit et interprété par Léa Girardet mais rassurez vous, il n’est pas du tout indispensable d’être sportif ou amateur de retransmissions de matchs pour apprécier la soirée.

Pour une fois il ne sera pas question de succès, de gloire ni surtout d’argent. Mais d’un aspect plus terre à terre, "en être ou pas". Car le commun des mortels n’y prête peut-être pas attention mais ce n’est pas parce qu’on est sélectionné dans une équipe qu’on entrera sur le terrain. Beaucoup suivront l’épreuve depuis le banc de touche. Mais ils auront, comme leurs camarades et collègues, perdu ou gagné la coupe. 

Léa Girardet file la métaphore avec les artistes qui eux aussi se préparent et ne "jouent" pas, à la différence près qu’elle a la pudeur de ne pas pointer qu’ils ne gagnent pas des mille et des cents à regarder leurs amis monter seuls sur les planches.

Le spectacle commence en toute logique dans les vestiaires côté jardin, et se poursuit dans une salle d’entraînement psychologique à cour, devant une immense reproduction du plus célèbre des coachs ... La comédienne aurait pu choisir une autre figure de ce sport si populaire comme l’homme au bonnet (Guy Roux, l'entraineur de l'A.J. Auxerre) mais il a sans doute eu un parcours moins emblématique des retournements de situation si spécifiques au monde sportif.

Le public, trentenaire - suffisamment rare au théâtre pour qu’on le souligne- a pris place dans les gradins et s’apprête à suivre ... un match. La comédienne surprend le public et lui fait un clin d'oeil en descendant des gradins sur une musique d’opéra.

mardi 23 octobre 2018

Otto Dix, estampes au MASC des Sables d'Olonne (85)

J'ai eu l'occasion de l'écrire : chaque commune célèbre à sa manière le Centenaire de la Grande Guerre.

Quand Aubagne propose plusieurs expositions, dont une consacrée à un moyen très particulier, construit dans la région,  le dirigeable, et une autre à la mémoire de deux artistes étrangers ayant servi dans la Légion, Zinoview et Cendrars, les Sables d'Olonne ont préféré rendre hommage à un artiste allemand.

Cet accrochage propose de revenir sur le témoignage d'Otto Dix (1891-1969) qui a été très marqué par les horreurs des combats et qui en fit tant de cauchemars qu'il a cherché par tous les moyens de chasser les souvenirs les plus horribles. Ce choix se justifie par l'objectif qui est de fêter la paix. L'estampe fut la voie qu'il choisit, peut-être parce que le noir et blanc lui permettait de rendre compte des horreurs de la meilleure façon possible et que la pointe sèche permettait de nombreuses nuances de gris.

Cet artiste a d'ailleurs eu très tôt recours à la gravure, parce que c'est un moyen très simple qui permet de tout dire avec force, mais on peut penser que sa motivation a aussi été d'ordre économique, parce qu'on peut imprimer  une oeuvre en plusieurs dizaines d'exemplaires à partir d'une seule matrice.

L'exposition se concentre sur les thèmes de prédilection d’Otto Dix - le nu, le portrait, la ville, la religion et la guerre - symptomatiques de sa volonté de saisir l’homme dans son entier, de la naissance jusqu’à la mort, comme un être de chair, de palpitations et de sang.
L'exposition se déroule au MASC, qui est le Musée de l'Abbaye Sainte Croix. Installé dans une ancienne abbaye qui eut plusieurs affectations, comme hôpital, puis caserne avant d'être un lycée, il fut décidé à une voix près en 1963 que l'endroit deviendrait un musée, d'abord à orientation ethnographique jusqu'à ce que le premier conservateur rencontre Gaston Chaissac (1910-1964), un des maitres de l'art brut, et décide d'acquérir une première oeuvre pour alors "seulement" 1000 francs. Le totem Anatole (appelé aussi Y'a d'la joie, vers 1960) entre dans le musée en 1966.

On peut considérer que le MASC est un tout jeune musée puisqu'il n'a que 50 ans mais cet âge est plutôt conséquent pour un établissement qui s'intéresse à l'art contemporain.

Je suis allée voir l'exposition consacrée à Otto Dix aujourd'hui sous un soleil magnifique et un ciel très bleu qui témoignent bien de la caractéristique de la ville d'être aussi une station balnéaire sur la cote Atlantique. J'en ai profité pour découvrir plusieurs pièces remarquable du fonds de ce musée, notamment de Gaston Chaissac, vendéen de coeur, peintre et écrivain, et de Victor Brauner, ainsi que des oeuvres évoquant le patrimoine touristique des Sables. Le MASC est devenu un centre de recherches sur cet artiste.

C'est Gaëlle Rageot-Deshayes, la conservatrice du MASC qui a choisi une centaine d'estampes parmi les 400 qui se trouvent au Cabintet des Estampes du Zeppelin Museum de Friedrichshafen. C'est une chance de voir ces oeuvres en France où hormis Colmar elles n'ont jamais été exposées.

La scénographie a du se conformer aux exigences du prêt, et se satisfaire d'une sous-exposition lumineuse imposant de ne pas dépasser 50 lux car les oeuvres sont anciennes et fragiles. Elles ne respectent pas rigoureusement une chronologie. On remarque toutes les techniques : bois gravé, eau forte, lithographie, pointe sèche... Elles sont présentées en exhaustivité pour les portfolios sur la guerre et l'évangile. Quelques autres complètent les thèmes de prédilection de l'artiste, les nus, le portrait, les femmes et la ville.
La Guerre (der Krieg) est une série de cinquante gravures en 5 portfolios de 10 planches chacun qui est présentée dans sa totalité, sur le mur de gauche qui permet tout juste de toutes les accueillir.

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