mercredi 1 juin 2022

La 400 ème Nuit des Molières

Non, je n’ai pas abusé du champagne en titrant 400 ème. La cérémonie a été qualifiée de ce millésime en accord avec l’anniversaire de Molière. Mais qu’on se rassure, c’est bien de la 33 ème qu’il s’agit.

Je l’ai vécue depuis la salle de presse où je me suis installée aux alentours de 18 heures. Cela peut paraître étonnant mais il est préférable d’arriver tôt pour ne pas être retardé par les contrôles de sécurité.

Et puis, cela donne le temps de préparer son « papier » en intégrant le conducteur de l’émission, même si on sait qu’on ne pourra rien publier avant la levée de l’embargo puisque la diffusion sur France 3 est différée à 21 heures. Personnellement je préfère attendre deux jours pour finaliser l’article sur le blog car il y restera longtemps … Par contre, je pourrai publier en soirée quelques photos sur les réseaux sociaux, sans dévoiler les résultats trop tôt.

J’aime aussi pouvoir vivre, et raconter (une partie) des coulisses. Et surtout partager les émotions des artistes que je connais bien et dont j’ai suivi le parcours. Célébrités et moins connus posent à tour de rôle devant le grand panneau imprimés de silhouettes de la statuette. C'est élégant et sobre. Les photographes spécialisés dans la presse people ne les connaissent pas tous et sont friands d'informations. Surtout si on les alerte sur la possibilité d'une récompense.
Plusieurs artistes acceptent volontiers ce moment d'honneur, ne sachant pas s'ils reviendront avec une statuette. De fait, vous le savez déjà, Julie Depardieu ne sera pas élue Molière de la Comédienne dans un spectacle de Théâtre public (ce sera Clotilde Hesme) mais je signale que la pièce dans laquelle elle joue, en compagnie d'Alex Lutz, Snow Therapy est accessible en replay sur France 3, pas plus que Vanessa Paradis (ici avec son mari et metteur en scène Samuel Benchetrit) dans un Théâtre privé (ce sera Barbara Schulz).
Certains se prennent au jeu de la photo alors qu'ils ne sont pas nominés cette année. Comme Simon Abkarian (trois Molières en 2020) qui remettra une statuette tout à l'heure et Catherine Arditi (Molière de la meilleure comédienne en 2017) que je retrouverai sur scène avec un énorme plaisir cet été au festival d'Avignon dans Un pas après l'autre (de Fabio Marra, photographié à ses côtés) dans la nouvelle salle de la Scala Provence.
Bien entendu s'imposait la photo officielle de Jean-Marc Dumontet, Président des Molières, avec Rima Abdul Malak, Ministre de la Culture et Delphine Ernotte Cunci, PDG de France Télévisions.
Malgré plusieurs sonneries, le public a du mal à quitter le hall à 19 h 30 pour rejoindre son siège et quand, bien plus tard, le générique de lancement apparait sur notre écran de contrôle on comprend qu’on a commencé en retard d’une bonne trentaine de minutes si bien que nous allons connaitre les résultats une heure avant vous qui serez devant votre poste de télévision à partir de 21 heures, sur France 3.

La soirée démarre bille en tête avec Molière … dans un Ephad, une fiction qui est plutôt drôle étant donné la réputation de ce type d’établissement qui défraye la chronique. Voilà de quoi redonner du peps à la soirée. Mais autant vous l’avouer maintenant il n’y aura pas de trouble-fête cette année, pas d’invasion par les intermittents du spectacle en colère, pas davantage que les manifestants de l’association Le collectif, qui aurait dû prendre la parole sur la scène et qui accuse l’organisation d’avoir censuré son discours.

Une cinquantaine de personnes se sont rassemblées devant le théâtre pour dénoncer les violences sexistes et sexuelles dans le milieu en hurlant Pas d’honneur pour les violeurs. Cette revendication sous-entend que des violeurs (présumés, donc a priori innocents, si vous me permettez de le souligner, non sans ironie) sont susceptibles d'être récompensés.

A chaque accusation de viol, la présomption d’innocence est brandie pour protéger les accusés. Les agresseurs doivent-ils être écartés du milieu théâtral le temps des procédures judiciaires, ou définitivement, ou pas du tout ? C’est cette question qui est cruciale pour les victimes, dira Marie Coquille-Chambelmembre fondatrice du collectif #MeTooTheatre.

Ces paroles ne resteront pas vaines puisque en fin de soirée Isabelle Carré, présidente de la soirée montrera à la caméra le livre qui sortira vendredi prochain (photo ci-contre) aux Editions Libertalia en le qualifiant d'outil important pour faire avancer les choses.

Andréa Bescond (auteure et interprète des Chatouilles) fera avec un grand sourire allusion à la négligence d'une société qui compte tout de même deux ministres accusés de viol dans son gouvernement … accusés mais … supposés pour le moment innocents.

Et puis l'actrice Nathalie Mann, représentant "Actrices et Acteurs de France Associés" affirmera d'une voix émue mais puissante Vous ne savez toujours pas ce qui se passe à l’intérieur de vos théâtres et appellera la ministre à nommer un référent ou une référente pour les violences sexuelles et sexistes dans les institutions théâtrales, comme c’est déjà le cas sur les tournages de cinéma.

Pauline Bureau (la formidable metteuse en scène très engagée de Mon coeur Hors la loi, et de Pour autrui) insistera courageusement sur les agressions sexuelles dont elle a été victime jusqu'à ce qu'elle soit célèbre dans le milieu. En venant chercher le Molière de l’autrice francophone vivante pour sa pièce sur une équipe de football féminin, elle a pointé également que seulement 18% de l’argent public va à des compagnies dirigées par des femmes et exhorté la nouvelle ministre de la Culture à en faire (aussi) son cheval de bataille.

Il semblerait que les temps soient en train de changer car la parole se libère malgré les tentatives d’encadrement. Et surtout la parité sera atteinte ce soir en termes de nombres de statuettes entre hommes et femmes, et peut-être même que celles-ci en auraient reçu une de plus.

Isabelle Carré, qui fut une présidente très humaine, ne coupant pas les discours des lauréats, a bien eu raison de souligner ces femmes courageuses sont un peu parmi nous ce soir, provoquant les applaudissements très appuyés du public. Comme quoi, parfois, le lobbying est plus efficace que l’action directe.
Revenons à la cérémonie dans son déroulé chronologique. Le film Molière à l'Ephad était amusant et justifiât qu'ensuite des citations de Molière ponctuent les remises de prix … dont le premier ne sera tout de même pas remis avant plus de 35 minutes. Comme le dit le comédien Jean-Claude Frison, qui interprète le grand comédien :  Niveau ambiance on se marre plus avec une pièce d’Ibsen en norvégien.

Le ton de la dérision était donné pour évoquer des pièces imaginaires comme Les Femmes savantes font du ski, Flamby or Not flamby. On cita Olympe de Gouges, qui fut aussi autrice de théâtre. On nous montra Claudel en train de dormir … parce qu’il lit du Claudel. Alex Vizorek, présentateur des Molières pour la seconde fois s'en donnera bienttôt à coeur joie.

Molière la jouait modeste en insistant : Plus que ma personne, je veux qu’on idolâtre mon art. Allez voir les spectacles des nommés. C’est Molière qui vous le dit !

Après un Joyeux anniversaire dansé, Alex Vizorek a enchainé de nombreuses vannes. Il est clairement là pour ambiance la soirée. S'adressant à la (nouvelle) ministre de la culture il confesse qu'il ne peut cacher qu'il avait préparé des vannes sur Roselyne Bachelot, ce qui fait rire Rima Abdul Malak. Il poursuit : Vous avez découvert le théâtre à l’école, ce qui vous fait un point commun avec votre N+2.  Par contre c'est une très mauvaise nouvelle que la suppression de Plus belle la vie car c'était une force de travail pour les comédiens.

Il se livre ensuite à un résumé rapide des pièces nominées, dont il donne le nombre de nominations, en faisant remarquer que Shakespeare (Comme il vous plaira) nommé aux Molières ça avait de la gueule. Le présentateur très alerte surnomme Alex Michalik le Kylian Mbappé du théâtre français. Et juste après il réveille la salle en faisant remarquer au public qu'il venait d'applaudit une pièce qui n’existait pas, et un metteur en scène qui s'appelle Soap Alain.

Isabelle Carré, présidente, a tenu à souligner qu'il s'agissait avant tout de célébrer le théâtre d'une remise de prix mais pas d'une compétition. Comme Cocteau, nous pensons que les premières places ne sont pas intéressantes. celles qui nous intéressent, ce sont les places à part. Elle enchaine avec Nina dans La mouette de Tchekov : Je comprends que dans notre métier, artiste ou écrivain, peu importe, l’essentiel n'est ni la gloire ni l'éclat, tout ce dont je rêvais, l'essentiel c'est de savoir endurer. Apprends à porter ta croix et garde la croyance. J'ai la foi et quand je pense à ma vocation a vie ne me fait plus peur.

Oui, grâce au théâtre, ajoute la comédienne, la vie ne nous fait plus peur, et ce n'est sans doute pas un hasard si une grande partie du peuple ukrainien a d'abord essayé de trouver refuge dans les théâtres. Nous avons été dévastés de voir celui de Marioupol détruit faisant plus de 600 victimes. La vie a de quoi faire peur. (…) C'est en sortant et partageant nos émotions dans une salle de spectacle qu'il faut être (…) la culture est la grande oubliée de la campagne électorale. Pourtant comme l'a dit le violoniste Yehudi Menuhin aux chefs d'Etat réunis à l'UNESCO : sans la culture vous construisez vos sociétés sur du sable.
(…)

Elle cite aussi Laurent Terzieff devant une salle extrêmement attentive, puis conclut : A une époque informatisée au paroxysme le théâtre est une des dernières expériences qui soit encore proposée à l'homme pour être vécue, mais vraiment vécue collectivement. Et le comédien est le magicien de cette expérience.

Elle promet en tant que présidente de donner la parole à tous et de ne pas couper les remettants, et brandit le livre de #MeTooTheatre, soulevant un tonnerre d'applaudissements.

Alex a changé de veste. Il accueille Fabrice Luchini pour un hommage à Michel Bouquet lisant un long texte (alors qu'on aurait tant aimé entendre et voir quelques extraits de ses principales pièces), ne pouvant s'empêcher de dire que le MeToo, pour Juliette Carré qui fut 56 ans la compagne du comédien traversés sans une dispute ne pouvait qu'être abstrait.

Il s‘enflamme en rappelant son incarnation de Pozzo dans Beckett. Et réclame des rires à sa prestation, fait de multiples citations. Il arrive quelque chose sur la scène comme si c'était vrai, disait Claudel. Michel Bouquet aura consacré sa vie à « comme si c’était vrai ». Se permet de faire remarquer qu'il n'est jamais nommé aux Molières alors qu'il travaille dans le théâtre depuis des années. Je ne suis pas sûre que c'était drôle, en tout cas cette amère protestation en irrita plus d'un, et à juste titre car il a tout de même reçu un Molière d’honneur en 2016, deux ans après son maître Michel Bouquet. Luchini poursuit imperturbable l'énoncé de ses souvenirs.

Jean-Pierre Marielle disait ne pas être un acteur de tombola. Le plus grand de tous les temps est Michel Bouquet. Et continue en remerciant Alex Vizorek d'avoir payé sa place aux Mathurins 65 euros. Il terminera avec un hommage à l'humilité de Michel Bouquet.

Citant une phrase du livre Michel Bouquet raconte Molière, publié chez Philippe Rey, offert à chaque invité ce soir il termine par une citation du comédien : Le public ne vient jamais te regarder jouer. Il vient jouer avec toi. Ce livre est remarquable et je lui consacrerai un article spécifique.

Place enfin à la remise du premier prix ! Je signale que si je rappelle les noms des nominés je ne donne pas autant de détails que dans le billet consacré à l'annonce des nominations.
C'est Alex Lutz, dont l’humour, très spécial ce soir, a curieusement bien fait rire la salle au cours d'un sketch bien plus long que ne sera le temps de parole du récipiendaire, Patrick Haudecoeur, venu chercher avec David Gautier son producteur, le Molière de la Comédie pour Berlin Berlin qu'il a écrit avec Gérald Sibleyras (tous trois en photo ci-dessus), mise en scène de José Paul au Théâtre Fontaine, avec 9 acteurs, et qui est prolongé jusqu’en décembre. 

Étaient également nominés Chers parentsL’Embarras du choix, et Fallait pas le dire !

Avant de redescendre, Patrick a émis le souhait de remettre un Molière la prochaine fois car il sera plus détendu. Ensuite Alison Valence, partenaire d'Isabelle Huppert dans La Cerisaie, est venue remettre le Molière de la Comédienne dans un spectacle de Théâtre privé. Après avoir souligné combien elle attend davantage de diversité du coté des nominés, elle éprouva elle aussi beaucoup de difficulté à ouvrir l'enveloppe pour révéler le nom de Barbara Schulz dans Comme il vous plaira à la Pépinière à Paris jusqu’au 11 juin. Son intervention passionnée et joyeusee sera très chaleureusement applaudie.

Étaient également nominés Catherine Hiegel, Vanessa Paradis et Cristiana Reali.

Molière de la Création Visuelle et Sonore : à Christian Hecq et Valérie Lesort pour Le Voyage de Gulliver d’après Jonathan Swift, au Théâtre des Bouffes du Nord par la Compagnie Point Fixe, Mise en scène Christian Hecq et Valérie Lesort, Scénographie Audrey Vuong, Costumes Vanessa Sannino, Lumière Pascal Laajili, Musique Dominique Bataille et Mich Ochowiak, Marionnettes Carole Allemand et Fabienne Touzi dit Terzi 

Étaient également nominés Les Gros patinent bien - cabaret de carton, Les Producteurs et Le Roi Lion.
Un Molière d'honneur fut ensuite remis à Jacques Weber pour récompenser sa carrière par Laetitia Casta qui l’a mise en scène il y a plus de vingt ans pour Ondine soulignant qu'il marche en rêvant, … en direction du public, pour que la rencontre se passe. Il a raison de souligner que le talent n'est ni privé, ni public, qu'il n'y a pas des théâtres mais "le" théâtre. Il sera longuement applaudi par une salle debout.
Molière du Seul/e en scène : pour Marc Arnaud dont le travail est exceptionnel dans La Métamorphose des cigognes qu'il a écrit et qu'il interprète, Mise en scène Benjamin Guillard à La Scala et au Théâtre Comédie Odéon. Étaient également nominés trois autres spectacles qui sont également de grandes réussites Le Champ des possibles, Lettres de mon moulin d’Alphonse Daudet, La Promesse de l’aube de Romain Gary, avec Franck Desmedt.
Salomé Lelouch et Pierre Arditi ont remis les Molière de la Révélation après un duo fort humoristique et le grand regret de Pierre de ne jamais plus pouvoir être une révélation. A Salomé Villiers dans Le Montespan de Jean Teulé, Mise en scène Etienne Launay, qui nous a servi un très beau discours de remerciements, n'oubliant personne, mais … finalement arrêtée dans son élan par Isabelle lui offrant élégamment une rose rouge. Étaient également nominés Suzanne de Baecque, Laetitia Casta et Caroline Rochefort.
L'équipe du Montespan était tendue avant le début de la soirée (photo ci-dessus). La pression fut longue à retomber.
Quant au Molière de la Révélation masculine il sera remporté par un comédien détendu à 19 heures, et   tout en jambes à 21 h 30, Benoît Cauden dans Les Producteurs, alors qu'étaient également nominés  Anthony Audoux, Kamel Isker et Maxime Taffanel dans Cent mètres papillon.

Benoit a rendu hommage à son partenaire sur scène, Serge Postigo que nous avons vu en lumière avec les autres comédiens dans une scène spécialement conçue pour la soirée et qui fut très enlevée, très proche d'une des premières du spectacle. Je signale qu'un documentaire a été diffusé (et est sans doute encore disponible en replay sur france.tv) sur France 5 le vendredi 22 avril à 22 h 40 dans Aux arts et caetera.
Molière du Comédien dans un spectacle de Théâtre privé : Étaient également nominés Pierre Arditi, Michel Boujenah et André Marcon mais ce fut Maxime d’Aboville, déjà sacré meilleur comédien en 2015, qui l'emporta pour son rôle bête et odieux, et qui soulignera que Berlin Berlin est d'abord un spectacle de troupe de 8 comédiens. Il saluera le capitaine de ce navire, José Paul, le coauteur de la pièce Gérald Sibleyras, et celui qui est selon lui l'âme du spectacle Patrick Haudecoeur qui est un très grand clown.

.Suivit un intermède que vous n'avez pas vu car il a été coupé, sans doute en raison dessin caractère "private joke", le Molière de l’attaché de presse, pour lequel, par discrétion je tairai les noms des personnes citées, à juste titre d'ailleurs car leur rôle est important.
Ariane Ascaride rendra hommage à toutes les femmes, en soulignant qu’il faut une certaine énergie, presque une certaine folie pour être femme et comédienne, surtout après les grossesses, même si les temps ont un peu changé. Elle a remis le Molière de la Comédienne dans un spectacle de Théâtre public à Clotilde Hesme dans Stallone, de Fabien Gorgeart, Clotilde Hesme et Pascal Sangla, Mise en scène Fabien Gorgeart. Étaient également nominés Emeline Bayart dans On purge bébé, Isabelle Huppert dans La Cerisaie et Julie Depardieu.
Mathilda May nous offrit un happening magnifique comme elle sait si bien en imaginer avant de remettre avec originalité le Molière du Metteur en scène dans un spectacle de Théâtre privé à Léna Bréban pour Comme il vous plaira. Étaient également nominés Eric Bouvron, Mélody Mourey et José Paul.
Elle fit une déclaration superbe, avec une adresse émouvante à Barbara Schulz. Le théâtre est un des derniers endroits où on peut partager du vivant, où on peut réfléchir ensemble, où on peut vibrer ensemble. Je suis pour jouer partout, tout le temps, pour tous, pour chacun alors que sa fille était visiblement très émue dans la salle. Elle le fut plus encore avec ses derniers mots, destinés à provoquer des vocations chez les jeunes filles : Nous sommes là à tous les postes. Rêvez grand !

La déception a sans doute fait frissonner toute l'équipe de Lawrence d’Arabie qui s'était rassemblée en début de soirée devant le photo call.
 
Le Molière du Metteur en scène dans un spectacle de Théâtre public revint à Christian Hecq et Valérie Lesort pour Le Voyage de Gulliver, précédemment déjà récompensé et qui sera repris en octobre à l’Athénée avant de partir en tournée dans toute la France. Étaient également nominés Pauline Bureau, Pierre Guillois et Olivier Martin-Salvan et Ariane Mnouchkine.
Le Molière de l’Humour fut remis par Isabelle Carré à Isabelle Huppert, venue le chercher pour Vincent Dedienne, alors en tournée à Montpellier avec Un soir de gala, de Juliette Chaigneau, Vincent Dedienne, Anaïs Harté et Mélanie Lemoine, Mise en scène Juliette Chaigneau et Vincent Dedienne, au théâtre Marigny du 21 juin au 2 juillet. 

Etaient aussi nominés Camille Chamoux, Gaspard Proust et Alex Vizorek, qui avait été autorisé à lire son discours de remerciement avant l'annonce du lauréat "au cas où il ne l'aurait pas obtenu", saupoudré de piques, dont il n'a pas privé non plus Isabelle (Huppert) en lui disant d'en profiter car c'est pas tous les jours qu'on vous voit venir dans la catégorie humour.

Un très bel intermède nous apaisa avec une scène jouée en direct par la troupe du Roi Lion, encore installée au théâtre Mogador à Paris.
Place maintenant au jeune public pour lequel une seule statuette est prévue, sans distinction entre public et privé. Il fut remis par Henri Dès, un des chanteurs pour enfants les plus populaires, et venu de Suisse, qui poussa la chansonnette sur des paroles et une musique composés spécialement en réussissant à faire battre des mains. J’ai trop d’amis de David Lescot, mise en scène David Lescot au Théâtre de la Ville – Paris et Compagnie du Kaïros jusqu’au 7 juin au Théâtre de la ville, reçut donc le Molière du Jeune public que Elise Marie, une des comédiennes du spectacle, est montée prendre.

Étaient également nominés  Blanche Neige - & les sept nainsHansel et Gretel (donc deux spectacles d’après les frères Grimm) et Les Mystérieuses cités d’or.

Sont ensuite arrivés sur scène Andréa Bescond et Eric Métayer. Celle-ci rappela qu'en France un enfant est victime de viol toutes les heures, une femme toutes les 7 minutes. Elle a raison de contester le fait que #MeToo puisse être juste un concept dans la mesure où, la statistique est horrible, une femme sur deux sera victime de viol de la part d'un homme au moins une fois dans sa vie. Elle s'exprime avec un sourire éclatant et elle est très applaudie. Après avoir libéré la parole, il serait temps de l'écouter approuve son compagnon. Surtout qu'on a deux ministres accusés de viol au gouvernement Vous l'aurez compris : cette soirée est décidément marquée par des prises de paroles autant courageuses que déterminées.
Ils remettent le Molière de la Comédienne et du Comédien dans un second rôle en insistant sur le fait que "second" n'est pas péjoratif. La discussion fut assez drôle en comparant second et premier. Alors qu'étaient aussi nominés Dominique Blanc, Emmanuelle Bougerol, Ludivine de Chastenet, Marie Lanchas et Noémie Lvovsky ce fut Ariane Mourier dans Comme il vous plaira qui n'hésita pas(elle aussi) à remercier Barbara Schulz, et sa Metteuse en scène Léna Bréban, puis à clamer Gloire à l’Ukraine et vive le théâtre.

Le Molière du Comédien dans un second rôle fut reçu par Nicolas Lumbreras dans La Course des géants, qui interprète trente rôles, et triomphe aux Béliers à Paris. Étaient également nominés Thomas Blanchard, Jean-Paul Bordes, Andy Cocq, François Marthouret, Pascal Sangla et Pascal Sangla.
Molière très mérité (de mon point de vue, malgré les qualités des autres nominés que sont Jean-Philippe Daguerre pour Le Petit coiffeur, Jean-Claude Grumberg, Christophe Honoré, Salomé Lelouch et Mélody Mourey) pour Pauline Bureau au titre de Féminines parce que cela fait plusieurs fois que la statuette ne lui est pas attribuée alors qu'elle effectue un travail de création exceptionnel sur des sujets de société, sans jamais sacrifier la qualité artistique. Ce Molière de l’Auteur/trice francophone vivant/e est le bienvenu. Car elle est non seulement auteure mais aussi metteuse en scène.

Sans nous dire à quel auteur contemporain on doit cette phrase, Florian Zeller nous a donné une belle définition : Ecrire pour le théâtre c'est avoir un permis de construire sur la lune

Féminines est l'histoire de la première équipe de football féminin en France; il y a un personnage dans le spectacle qui dit : Je souhaite à chacun de vivre une aventure, quelque chose qui donne un sens à la vie. C'est ce que je vis depuis 17 ans avec mes copains du Conservatoire. Je partage le Molière avec toute la distribution et les collaborateur qui nous ont rejoint. 

Elle poursuit avec une émotion contenue : Isabelle Carré a parlé tout à l'heure de place singulière. Depuis la place qui est la mienne je voulais dire un mot en résonance avec les jeunes femmes du #MeTooTheatre. J'ai été actrice, puis je suis devenue metteuse en scène, et actrice. J'ai été agressée sexuellement comme je pense la plupart des actrices de ma génération. Et puis au fur et à mesure où j'ai eu de plus en plus de pouvoir, j'ai été de moins en moins agressée. Dans le métier le pouvoir c'est la taille des r$oles, le nombre de rôles, l'argent, donc les moyens de production et les plateaux. Ces moyens sont encore très inégalement répartis dans notre milieu. 18 % de l'argent public va à des compagnies dirigées par des femmes; c'est mon cheval de bataille et j'espère, Madame la ministre, que ça va devenir le vôtre.

Manifestement la Ministre a entendu car son sourire était parlant.
Le Molière du Comédien dans un spectacle de Théâtre public échut à Jacques Gamblin dans Harvey de Mary Chase, mise en scène Laurent Pelly. Étaient également nominés Pierre Guillois, Olivier Martin-Salvan et Jacques Weber (qui venait de recevoir un Molière d’honneur, ce qui est tout de même une sorte de paradoxe).

C'est Christine Brücher, sa partenaire de jeu, qui monta sur scène lire une lettre émouvante du comédien, absent pour cause de Covid. Il nous offre cette réplique de son personnage : Elwood dans la vie il te faudra dans la vie être celui qui sera très intelligent, ou très charmant. Je pense qu'il vaut mieux être charmant. Le spectacle sera repris au Rond-Point à partir du 20 septembre avant de partir en tournée.
Philippe Delerm interpréta une composition originale en l'honneur des candidats au Molière du Spectacle musical pour lequel étaient nominés Mais quelle Comédie ! , MARS - 2037 (du même Pierre Guillois que Les gros patinent bien), et Le Roi Lion

Les Producteurs de Mel Brooks, mise en scène d’Alexis Michalik au Théâtre de Paris remporta la statuette.

Après avoir ambiancé le festival de Cannes, le musicien fit beaucoup rire le public ce soir, avant de nous recueillir avec l'hommage traditionnel à ceux qui nous ont quitté depuis les deux dernières années, sur la musique du Kaddish de Maurice Ravel.

Jean-Marc Dumontet félicita la mInistre de la culture. Faisant remarquer que certains de ses prédécesseurs furent "furtifs" il lui demanda : de grâce restez longtemps. Nous avons besoin de votre soutien et d'une politique pérenne, lisible et nous comptons sur vous. Des remerciements furent également adressés au service public qu'est France télévisions.

Nous avons tous à constituer une société qui sera demain meilleure, car respectueuse de chacun.

La cérémonie allait s'achever avec deux Molières importants, celui du Théâtre Privé puis celui du Théâtre Public.  Pour le premier, étaient nominés Avant la retraite de Thomas Bernhard, La Course des géants de Mélody Mourey et Lawrence d’Arabie mais c'est quasi sans surprise que ce fut Comme il vous plaira de William Shakespeare, Mise en scène de Léna Bréban au Théâtre de la Pépinière qui l'emporta, avec une belle pléiade de comédiens, dont Jean-Paul Bordes (ci-dessous).
Le Molière du Théâtre Public pour lequel étaient nominés Féminines de Pauline Bureau, L’Île d’or du Théâtre du Soleil et Le Voyage de Gulliver  fut reçu avec originalité et joie par Pierre Guillois et Olivier Martin-Salvan pour Les Gros patinent bien – cabaret de carton qui ont interprété une séquence inédite extrêmement intelligente et drôle, leur permettant de citer tous les partenaires, et qui mériterait d'être intégrée dans le spectacle. Quel talent ! Provoquant des applaudissements à la hauteur de la performance.
Il est près de 23 h 30 dans la salle quand s'achève cette soirée où la parole a été plutôt libre et où, malgré d’évidentes déceptions parmi les nominés, surtout ceux qui n’ont rien reçus malgré plusieurs distinctions, le résultat semble équilibré.

Il n’empêche que je persiste à estimer, année après année, qu’il faudrait une sorte de limite au moment des votes de manière à ce qu’une pièce ne puisse pas recevoir plusieurs Molières malgré plusieurs nominations. En effet, celle qui est qualifiée de Meilleur spectacle a toutes chances de présenter les meilleurs comédiens, les meilleurs seconds rôles, la meilleure mise en scène … sinon comment pourrait-elle être le meilleur spectacle de sa catégorie ?

Il ne faut pas perdre de vue que plus le nombre de spectacles récompensés sera important plus le théâtre sera bénéficiaire.

Sans mettre en cause le talent des artistes il me semble aussi que faire de nouveau l’objet d’une nomination est une aberration quand on a déjà reçu un Molière d’honneur comme ce fut le cas pour Isabelle Huppert en 2017, même si celle-ci n’est pour rien dans ce paradoxe.
La photo de Jacques Gamblin qui n'est pas logotypée A bride abattue est de Polo Garat.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Coucou merci pour ce beau compte rendu surtout vu des coulisses, on a aimé cette cérémonie cette année particulièrement. Bonne journée

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