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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

lundi 17 mai 2010

Les visages et Le touriste, deux romans policiers qui ne furent pas mes préférés

Deux chroniques pour le prix d'un seul billet aujourd'hui : ces deux romans policiers, lus dans le cadre du Prix des lectrices de ELLE, ne m'ont pas réellement enthousiasmée.

Avec Les visages Jesse Kellerman a composé un cocktail très apéritif en situant l’intrigue dans le milieu artistique newyorkais. Il y fait se rencontrer un très riche galeriste et une jeune femme désargentée, fille d’un policier prématurément décédé. L’ingrédient principal est un artiste probablement psychopathe qui pourrait aussi être un tueur en série d’enfants violés.

A l’instar d’un vrai Manhattan (4 centilitres de whisky, 2 centilitres de vermouth rouge, 1 trait de bitter angostura et une cerise pour décorer) certains passages assomment le lecteur alors que le récit devient soudain plus léger à d’autres moments.

Jesse Kellerman est hanté par le 11 septembre. Il abuse des ellipses et des allusions pour initiés. Il s’amuse en faisant dire à un personnage qu’il connait le père de l’autre après l’avoir « googlisé », joli trait de plume. Sauf que le lecteur doit lui aussi googliser à tout va pour comprendre les références artistiques qui truffent le bouquin. J’aurais apprécié quelques notes de bas de page m’expliquant quelle sorte d’artiste étaient par exemple Julian Snabel ou Richard Serra, pour ne citer qu’eux, plutôt que de devoir toutes les 50 pages interrompre la lecture et faire des recherches personnelles.

Certes le roman n’est pas « que » policier. C’est aussi une leçon d’histoire et un drame familial autour de la question de la filiation. On pourrait dire que c’est « encore » une leçon d’histoire et un drame familial autour de la question de la filiation. Après l'Homme qui m'aimait tout bas d'Eric Fottorino, le Sens de la famille de Homes, un Amour exclusif de Johanna Adorjan, les Enfants de Staline, le Testament caché, les Saisons de la solitude ... je commence sincèrement à avoir envie de lire autre chose. Je suis probablement trop critique mais je n’ai pas éprouvé de véritable plaisir de lecture. Armande fait aussi une analyse en demi-teinte. Mais j'ai lu des articles plus enthousiastes.

En refermant Le Touriste d'Olen Steinhauer j'avais intégré tout ce que le métier d’agent secret a de compliqué et de déstabilisant. Impossible de douter de l’existence de ces touristes d’un genre très particulier après cette lecture qui semble avoir infiltré les multiples réseaux d’influence et de contre-influence.

Il y a quelques jolies pages un peu nostalgiques, à l’instar de la description des grands aéroports (page 123) et les personnages sont diversement attachants. Trahisons, manipulations … la trame est si complexe que j’en ai souvent perdu le fil.

Je n’étais apparemment pas la seule. Fitzhugh avoue (page 185) « là je n’y comprends foutrement plus rien ». Et plus loin (page 249) James Einer déclare n’avoir « aucune prétention à comprendre ce qui se passe ».

Je suis un peu ironique mais il est agaçant de mesurer combien la politique internationale échappe complètement au quidam que nous sommes. Ce ne serait rien s’il n’y avait des vies humaines en jeu. Dans ce roman qui se fonde sur des faits tristement réels il y a une juste mesure d’humour qui permet de digérer les évènements et de ne pas renoncer. Il n’empêche que le fond de réalité qui reste toujours sous-jacent est plutôt oppressant.


Les visages
, de Jesse Kellerman, chez Sonatine
Le touriste d'Olen Steinhauer, éditions Liana Levi

dimanche 16 mai 2010

Trio de tentations autour d'un confit de lait de brebis

Tout m'intriguait : ce petit pot rond estampillé d'une étiquette aux couleurs insolites (le bleu et le rose figurent rarement sur une étiquette alimentaire). L'intitulé aussi : confit de lait de brebis au gingembre et au clou de girofle ... d'autant que je ne suis pas fan de la confiture de lait que je trouve plutôt écœurante.

Ce produit est référencé par l'Épicerie du Goût, nouvellement ouverte à Nancy. Alors, forcément, cela méritait qu'on en ouvre un pot. Ma main a hésité avec d'autres variantes : fève de Tonka, géranium, thé matcha, violette mais je suis restée sur ma première impression.

Ce fut une vraie découverte. Mes papilles ont été séduites par la délicatesse des parfums, présents dans la douceur,. Mon palais a apprécié l'onctuosité d'une pâte légère, point trop sucrée, qui se tartine sans plus d'effort qu'une caresse.

J'ai eu envie d'imaginer, non pas cette fois des bouchées apéritives comme les jours précédents mais une déclinaison sucrée à déguster en fin de repas, ou pour un five o'clock un peu sophistiqué. Il est trop tard pour venir déguster le résultat à la maison puisqu'il ne subsiste pas une miette de mes petite créations. Mais je vous donne la marche à suivre, qui est plutôt facile car tout se prépare à l'avance en parallèle de manière à pouvoir servir ces trois desserts simultanément.

Pour la dégustation on commencera par la roulade : du confit tartiné sur du pain pita et recouvert d'un mélange de fromage (j'ai pris un chèvre frais, mais un fromage frais de brebis aurait mieux convenu cela va de soi) allongé de crème et parfumé de cardamone en poudre.

On poursuivra avec deux mini-tatins : de la pâte sablée découpée avec un emporte-pièce en forme de fleur et cuite au four quelques minutes. Une fois les disques refroidis on les recouvre d'une couche de confit et on pose ensuite une rondelle d'ananas préalablement poêlée dans de la vergeoise pour la caraméliser (c'est encore meilleur en parfumant le caramel avec un hachis de gingembre frais). Il n'y a plus qu'à ajouter une framboise pour la couleur et l'acidité.

On terminera par une verrine de glace au citron avec une demi-cigarette fourrée de confit. La cigarette pourra avoir été faite maison avec un disque de pâte sablé roulé sur un manche en bois à la sortie du four.

Les noms sont plutôt quelconques mais l'ensemble est assez surprenant pour qu'il ne soit pas nécessaire d'inventer des intitulés originaux.

Le plus difficile est de se procurer le produit de base, ce fameux confit de lait de brebis au gingembre et à la girofle. Soit vous allez au Sud en Lozère dans la ferme des Mille pattes qui confectionne cette spécialité.

Soit vous vous rendez à l'Est, à Nancy, où l'Epicerie du goût la distribue dans ses rayons avec d'autres parfums tout aussi étonnants.

Soit encore vous attendez le prochain Salon de l'agriculture ...

Et puis si la réalisation d'une recette vous semble compliquée n'oubliez pas que c'est déjà délicieux nature sur un pain grillé.

Ferme découverte des Mille Pattes, Salvinsac, 48150 Meyrueis tel 04 66 45 44 31
Épicerie du Goût, 4 place Vaudémont
(juste derrière la place Stanislas) - 54000 Nancy 03 83 20 28 21

samedi 15 mai 2010

La vérité sur Jean Philippe Toussaint

C'était samedi 17 avril. Jean Philippe Toussaint, écrivain de langue française, lauréat du Prix Décembre 2009 pour La vérité sur Marie, avait accepté l'invitation de la médiathèque du Plessis Robinson, exercice auquel il est probablement peu habitué. Pour faciliter les choses c'est Norbert Czarny, journaliste de la Quinzaine littéraire, qui a mené l'entretien avec beaucoup de doigté. Sa connaissance de l'œuvre de l'écrivain semble exhaustive et ce fut très agréable d'être ainsi guidé.

J'ai choisi de rendre compte de ce moment en intégrant malgré tout quelques réflexions personnelles sur La vérité sur Marie.

En lice pour Le Livre Robinsonnais, ce livre a été annoncé par des journalistes, dès sa sortie en septembre 2009, comme l’un des plus beaux romans d’amour de ces dernières années. Il n’est jamais simple d’aller à l’inverse d’un mouvement d’approbation mais à écouter les avis de lecteurs anonymes il semblait bien que le plébiscite n’était pas total autour de l’œuvre. Il en fut toute autre chose autour de l’écrivain.

Un auteur dont la richesse de la personnalité séduit
C’est indiscutable : l’auditoire a été conquis par l’aisance de Jean-Philippe Toussaint à répondre à toutes les questions et ses propos ont captivé un public très large.

Cinéaste, plasticien, romancier, il cumule les talents. Mais c’est en tant qu’écrivain qu’il se présente désormais parce que l’écriture est devenue son activité principale, le cinéma n’ayant finalement été qu’un large détour.

Cet homme a horreur d’être limité et il n’est pas certain qu’il se présenterait à l’identique dans une dizaine d’années. Il revendique haut et fort le droit d’avoir des goûts éclectiques pour des choses apparemment contradictoires : la musique, les échecs, le football. Avec la Mélancolie de Zidane, paru aux éditions de Minuit en 2006, il répondait au geste physique du sportif par un (bref) geste littéraire, le livre ne faisant que deux douzaines de pages. Le monde contemporain exerce nettement sur lui une forme de fascination et sa curiosité semble sans limites.

La facilité (relative) avec laquelle on peut voyager loin, vite, et à de multiples reprises, a en quelque sorte resserré le champ d’investigation de qui désire rendre compte de la contemporéanité de notre univers.

Un voyageur qui aime les atmosphères urbaines
Jean-Philippe Toussaint a situé Faire l’amour en 2002 au Japon et parle de ce pays comme le ferait un peintre qui se focaliserait sur les lumières de la nuit. Quand il choisit la Chine, en 2005, pour Fuir, c’est pour témoigner que ce pays est peut-être l’endroit du monde qui est le plus en mouvement, avec partout des travaux.

Il est sensible aussi à l’influence des objets sur la vie quotidienne. Entre 1950 et 1990 l’emploi du téléphone, devenu portable, est devenu si banal qu’il n’est plus nécessaire d’adopter le point de vue de l’essayiste (comme l’a fait Pierre Bourdieu à propos de la télévision) pour réaliser quel usage romantique on peut en faire en tant qu’écrivain.

Le lecteur de Fuir est placé en position d’ubiquité en se trouvant à la fois dans un train chinois à coté du narrateur et près de Marie au musée du Louvre, à l’instar de ces séquences filmées qui mettent deux scènes en parallèle sur chaque moitié d’écran. Et si Marie est confrontée à des problèmes de batteries Jean-Philippe Toussaint ne fait qu’anticiper la technique …

Si en tant qu’auteur Jean-Philippe Toussaint aime regarder loin, solidement ancré dans le XXI° siècle, il n’est pas aussi moderne dans sa propre vie. Il fut longtemps réfractaire au portable dont il trouvait la présence angoissante. Il est toujours plus facile d’apprivoiser l’imaginaire que le réel.

La vérité est loin d’être son obsession
Contrairement à ce que laisse entendre le titre de son dernier livre Jean-Philippe Toussaint a sa propre conception de la vérité. En tout cas la sienne n’est pas forcément la vraie. L’image d’un cheval vomissant avait constitué le point de départ du dernier opus. Jean-Philippe Toussaint tenait à écrire un passage qui fasse émerger une énergie purement romanesque et littéraire. Apprendre que l’estomac d’un équidé ne permettait pas à l’animal de vomir n’a pas dissuadé l’écrivain. L’épisode du cheval fou sur le tarmac de l’aéroport de Narita est devenu une scène essentielle occupant tout de même un quart du roman (qui lui vaut des commentaires dithyrambiques de Bernard Pivot mais à mon sens inutiles sur la quatrième de couverture).

C’est que Jean-Philippe Toussaint a aussi ses obsessions instinctives qui composent des motifs récurrents dans son œuvre : l’eau, le feu, les calamités qui, comme le sexe et la mort, composent des invariants. Il écrit sur la salle de bains; un personnage part à Venise; Marie voyage d’île en île. Fuir s’achève dans la mer; la Vérité sur Marie se clôture par un incendie dont rien ne subsiste, sauf le basilic. De toute évidence cette plante n’aurait jamais pu résister aux flammes. Ce nouveau reproche n’est pas davantage pris en considération par l’écrivain qui doit se souvenir que le basilic était autrefois chez les Grecs symbole de haine et de malheur. Et qu’en Iran et en Malaisie, il est planté sur les tombes en signe de deuil.

La violence est présente dans chacun de ses romans. C’est la fléchette de la Salle de bains, le flacon d’acide chlorhydrique de Faire l’amour, l’orage et les intempéries de la Vérité, parce que la violence est inhérente à la vie (comme le sexe et la mort). Ses romans sont marqués par les saisons qu’il annonce en page de garde. L’été pour Fuir, printemps-été pour la Vérité.

L’œil du peintre et du cinéaste
Jean-Philippe Toussaint excelle dans les descriptions. La scène de la crise cardiaque du rival (pages 34-35) est plus vraie que nature. Il raconte ce moment en affirmant qu’il gardera de cette nuit un souvenir délicieusement sensuel de complicité silencieuse avec Marie. Si j’osais je l’inculperais d’homicide.

Il a le sens du détail qui tue. On dirait qu’il le traque, comme un rapport d’expertise. Il décrit (page 45) la paire de chaussures du rival comme aurait pu faire Robbe-Grillet … Certains lecteurs feront le rapprochement avec la casquette du jeune Charles Bovary arrivant au collège. Pas moi. C’est que la présence de cet attribut est un signe évident de trahison depuis que j’ai entendu Lynda Lemay chanter les Souliers verts, cette paire de godasses à talons hauts aussi suspects qu’ignobles dans l’garde-robe qu’elle regarde droit dans les semelles, et qui fait couler la sueur le long de sa tempe … Chacun sa madeleine …

La jalousie reste vive dans le cœur du narrateur car même si l’amant a été foudroyé et que sa trace est réduite à ces seules chaussures elles sont bien là, rendant la présence de leur propriétaire encore très menaçante.

Une sollicitation active du lecteur
Jean-Philippe Toussaint ne lui raconte pas tout. Il emploie intentionnellement l’ellipse, comme on le fait au cinéma. Il cadre chaque scène, au sens propre comme au figuré, à l’instar aussi du parti-pris du peintre. L’évocation de la flamme décorative du miroir suffit pour se représenter la prestance haussmanienne de tout l’appartement. Un dessin de Matisse ou de Picasso ne sont-ils pas plus puissants qu’un croquis fourmillant de détails ?

Sensible au format (encore un terme de peinture) il aime ouvrir des espaces où le lecteur pourra s’engouffrer. Jamais il ne va à la ligne, si ce n’est en fin de paragraphe, et de chapitre. Il s’autorise donc deux grands blancs qu’il emploie comme des jokers. (Vous pouvez vérifier page 116 de la Vérité …). C’est sa manière de faire rentrer l’écriture dans un espace géométrique, en la pliant à une cohérence visuelle.

Jean-Philippe Toussaint a d’autres signes distinctifs comme l’absence de dialogues marqués par des tirets. A l’inverse le texte est émaillé de remarques entre parenthèses qui pourraient être des notes de bas de page.

Il s’amuse à dilater le temps, jouant avec les durées, focalisant par exemple l’attention sur trois nuits dans la Vérité, en laissant beaucoup d’autres dans l’ombre. Il s’amuse aussi à bousculer l’ordre des scènes. Les trois parties désignées I, II et III ne se sont pas déroulées successivement, la I étant postérieure à la II.

Marie est styliste, un peu artiste, alors que le narrateur n’exerce toujours pas de profession précise. Jean-Philippe Toussaint inverse ici le schéma classique selon lequel la femme suit l’homme. La fonction du narrateur n’en est pas pour autant amoindrie. Il peut rester flou, c’est même son intérêt. Parce que précisément c’est lui qui parle et qui a donc le pouvoir, soit comme témoin direct, soit comme celui qui sait, parce qu’on lui a raconté … Mais il ne dit pas tout. Des conversations lui échappent.

Cette position omniscience du narrateur autorise tous les fantasmes. Il infiltre les pensées de Marie avec une façon très personnelle de s’adresser au lecteur comme s’il se parlait à lui-même et à lui seul, ce qui m’a personnellement agacée. Par exemple :

(page 80) A l’heure de quitter Tokyo, Marie pensait à moi, dans cette même chambre où nous avions fait l’amour pour la dernière fois ( …) Marie aurait voulu ne plus penser à moi, ni maintenant, ni jamais, mais elle savait très bien que ce n’était pas possible, que je risquais de surgir à tout moment dans ses pensées comme malgré elle, etc … Et pourtant il termine le chapitre par : Elle ne voulait plus entendre parler de moi, compris, jamais – basta avec moi maintenant.

Et si Marie porte ce prénom c’est prosaïquement parce que c’est le prénom féminin le plus universel.

Écrire c’est fuir
Mais en toute conscience. C’est même la postface de l’édition de poche de Fuir. Jean-Philippe Toussaint n’hésite pas à lancer ses personnages dans une course folle : le cheval dans la Vérité, une moto dans Fuir. L’écrivain ne s’engage pas dans la vie réelle mais il y est connecté lorsqu’il écrit.

La seule façon acceptable pour Jean-Philippe Toussaint d’écrire un roman d’amour aujourd’hui est de passer par la rupture pour tenter de rendre palpable le sentiment qui reste encore vivant entre deux partenaires.

A propos du contenu autobiographique qui pourrait se glisser dans ses romans Jean-Philippe Toussaint élude avec humour : même le cheval a quelque chose de moi ! Plus sérieusement il précise que ce sont les sources qui sont autobiographiques, mais pas le récit, s’appropriant la citation de Roland Barthes : il faut donner l’intime, pas le privé.

Jean-Philippe Toussaint l’écrit lui-même (page 164) : A quelques faits avérés et vérifiables advenus cette nuit-là, il m’arrivait d’ajouter de pures fantaisies (…) me déplaçant mentalement (…) atteindre une vérité nouvelle qui s’inspirerait de ce qui avait été la vie et la transcenderait, sans se soucier de vraisemblance ou de véracité (…) la vérité idéale.

Écrire ne fut pas toujours facile. Au début Jean-Philippe Toussaint accouchait dans la douleur, en reprenant son texte à longueur de temps. Le premier, de 120 pages, a été retravaillé pensant 5 ans, pour n’être finalement jamais publié. Aucune version ne lui semblait correcte. Qu’il soit au présent, au passé, à la première ou à la troisième personne, rien n’allait. Jusqu’à ce qu’il choisisse de changer de méthode, attendant l’élan créatif pour prendre la plume, quitte à s’isoler sur une courte période.

Un intérêt tardif pour les grands textes et une forte appétence pour les auteurs contemporains
Là encore Jean-Philippe Toussaint joue avec la vérité en prétendant n’avoir commencé à lire après l’âge de 20 ans. Avec un père journaliste, une maman libraire et des études de sciences politiques il n’avait pas pu éviter la littérature, ne serait-ce que le Rouge et le noir, qu’il avait quand même jugé « intéressant » et Baudelaire, dot les poèmes lui firent l’effet d’un choc en classe de première.

Ce qui est juste c’est que tout cela ne le passionnait pas. Il préférait le cinéma. Jusqu’à ce jour où Jean-Philippe Toussaint se décide à appliquer le conseil que François Truffaut donnait dans les Films de ma vie, à savoir de commencer par écrire. Il se souvient très nettement de ce moment, dans un bus entre Bastille et République où son avenir d’écrivain a commencé à se profiler.

Lire les « monuments » de la littérature a singulièrement davantage d’intérêt quand on pratique soi-même l’exercice. Zola, Kafka, et surtout Dostoïevski dont Crimes et châtiments fut une révélation.

Interrogé sur ses goûts Jean-Philippe Toussaint déclare tout aimer. Mais on sent vite quelles sont ses préférences : Jean Echenoz, Javier Marias dont il déclare remarquables Un cœur si blanc, la trilogie de Ton visage demain et Demain dans la bataille pense à moi (qui a obtenu le Prix Femina du roman étranger en1996). Borgès aussi bien sûr dont l’Ile des anamorphoses est citée dans la Vérité (page 168).

Bibliographie de Jean-Philippe Toussaint : La salle de bain (1985), Monsieur (1986), L'appareil photo (1988), La réticence (1991), La télévision (1997), Autoportrait (à l'étranger) (2000), Faire l'amour (2002), Fuir (2005), La mélancolie de Zidane (2006), La vérité sur Marie (2009).

Pour aller plus loin, écouter l'enregistrement d'une heure de rencontre avec Jean-Philippe Toussaint à la librairie Mollat (Bordeaux, 9 octobre 2009) en cliquant sur le lien au milieu de la page dédiée à l'écrivain sur le site des Editions de minuit.

vendredi 14 mai 2010

Bruschetta d'Aoste et autres réjouissances pour palais fin

Il y a des chanceux (dont je fais partie cette année) qui font le pont et profitent de plusieurs jours de relatives vacances. Dans ces circonstances on a envie de se retrouver entre amis en privilégiant les petites choses à grignoter. J'ai posté il y a quelques jours la recette (photo ci contre) des Cigares de coppa à la poire et au gingembre improvisée vendredi dernier sur le stand de la FFCA à la Foire de Paris. Il serait utile que je donne maintenant la seconde que j'ai intitulée Bruschetta d'Aoste.

Passer des tranches de pain de campagne à la poêle pour les griller dans de l'huile d'olive. Attention de ne pas faire comme moi en vous brûlant (je peux encore à peine plier le doigt avec une plaie qui ne s'est pas encore refermée). A la réflexion un bon vieux grille-pain aurait fait l'affaire.

Ensuite on frotte avec la chair d'une tomate. Puis on tartine de tapenade noire.

On pose une lamelle de champignon de Paris arrosée de jus de citron que l'on surmonte d'un morceau de jambon d'Aoste (coupé par Alain en vrai pro).

On place une demi-tomate cerise sur une feuille de roquette que l'on replie sur le dessus et on coince le tout avec une pique de bois. C'est ultra-simple mais savoureux.

Il y a eu d'autres créations fort appétissantes comme ce blinis aux mille saveurs que l'on doit à Nathalie, le mille-feuille de pain d'épices de Bernadette. Ou la version maki de Guillaume. Les photos sont assez parlantes mais si je vois leurs recettes sur leurs blogs j'ajouterai les liens correspondants.

Maintenant à vous de jouer !

Les photos qui ne sont pas libellées A bride abattue proviennent de la FFCA que je remercie. Vous trouverez un reportage plus complet sur facebook.

jeudi 13 mai 2010

Sauver sa peau de Lisa Gardner

L’intrigue est intelligemment construite mais certaines ficelles sont loin d’être transparentes. Les fausses pistes sont clairement prévisibles et je ne peux pas dire que j’ai été angoissée par un climat de menace grandissante car il est évident que tout finira bien.

Je l'avais lu très vite en janvier. Je n'avais alors pas mis le billet sur le blog car ce n'est pas un livre majeur mais ayant décidé d'être exhaustive sur l'ensemble de la sélection ELLE, j'ai décidé d'ajouter ces quelques lignes.

Reste que les personnages féminins sont réellement attachants. Lisa Gardner les dote de belles qualités. Annabelle, Catherine, DD, la mère de Dori (et même Flora …) sont des êtres forts, généreux, intelligents, ce qui n’est pas si fréquent en littérature policière.

Les hommes occupent le vaste territoire de la lâcheté, de la vanité, du sadisme, de la trahison ou de l’impuissance, à l’exception de Bobby Dodge, le jeune policier qui se voit offrir l’occasion de faire oublier une faute professionnelle antérieure.

Au final j’ai trouvé cette lecture « aisée » si tant est qu’on puisse ainsi qualifier un roman policier. Une facilité qui fait sans doute le succès de l’auteur aux USA et en GB.

J’espérais plus de suspense, davantage de doutes, des décors qui dépassent la simple citation. Bref, si le squelette est là, bien charpenté, il manque de chair. Un avis que Zarline , le Bookomaton , Armande et Snowball semblent partager. Par contre Flora a aimé davantage.

Sauver sa peau de Lisa Gardner, chez Albin Michel

mercredi 12 mai 2010

Performance de Bita Fayyazi lors de son passage à Paris mardi 11 mai 2010 à l'Espace culturel Louis Vuitton

Se rendre à l’Espace Culturel Vuitton c’est accepter de changer de repères et consentir à la surprise. Le voyage en ascenseur est lui-même un rite de passage. La cabine, conçue par l’artiste Olafur Eliasson est moelleusement capitonnée, totalement insonorisée et plongée dans une obscurité parfaite. Le visiteur n’y est jamais seul, sans doute pour éviter aux claustrophobes d’avoir peur et jouir pleinement d’une petite relaxation. Il faut un certain temps pour accéder au 7ème étage, suffisamment pour s’être dépouillé du stress et avoir pu changer d’état d’esprit.

J’étais conviée hier soir à une performance de Bita Faayazi, artiste iranienne dont je ne connaissais encore rien, ce qui m’a permis de vivre pleinement l’évènement.

Ce serait réducteur de le décrire avec des mots, les photos parlant d’elles-mêmes. Je préfère laisser (moi aussi) libre cours à mes sensations et les laisser se dévider au fil de mes pensées.

C’est une statue
Une sculpture vivante
Qui témoigne d’une souffrance
Qui défie l’auditoire
C’est une femme offerte. Ouverte.
On la perce facilement
Tout est à prendre
Cœur gros et lourd de bronze rose en premier
Prisonnière, attachée, attachante
A son corps défendant
Par des cordes, fils, cheveux, liens de tous poils,
Renforcés de pinces, de menottes, de pistolets
L’assistance fatigue, s’assoit, se lasse
A cours d’inspiration
Attaquons le cocon
Le premier dévide un peloton
Provoquant de brefs gémissements
Le second s’accroupit pour déplacer un objet avec précaution
Celle-ci plonge dans les entrailles

Représentation métaphorique d’une césarienne

Des objets nouveau-nés sont lâchés sans scrupules
Tombant bruyamment sur le plancher en résonnant comme des cris
D’autres sont posés au ralenti
En étouffant le bruit des talons sur le parquet blond
Le spectateur devient acteur
La performeuse est spectatrice
Suivant une orchestration aléatoire
L’un après l’autre ils se lèvent
Composant une de ces processions religieuses célébrant une sainte
Bita est là, bras en croix
Impuissante ou terriblement éminente
Celui-là tire un peu sur la corde
Sans peur ni reproche
Celle-ci pointe l’arme
Sur la figure de proue défiant les regards
La chrysalide en soie turquoise expire
A-t-elle dit hou …ou … ouh
Scène violente que d’aucuns ne supportent plus
Besoin d’air, de sortir, d’échanger avec les autres
Une adolescente fait un geste de la main avant de partir
Pour encourager ou dire au-revoir, je reviens
Long battement de cils silencieux
Clin d’œil d’un homme
Sourires, rires étouffés
Brouhaha du hall qui s’infiltre à chaque ouverture de porte
Quelques-uns reviennent
C’est qu’il en reste encore
À sortir des tripes
Le perchman souffre en miroir, bras tendus
En solide appui sur le mur
Bita fait la moue
Bita tire la langue
Bita tient le coup
Une maman pose, au pied de la robe bleue
Son bébé dans les bras
Trio quasi botticellien
La salle est désertée
Bita a le ventre vide
Au-revoir s’étrangle une jeune fille effrayée
Le public est revenu au monde
Tentant de tendre la main vers le buffet
Après l’avoir plongée dans l’artiste

Chacun interprète, discute, argumente, se livre un peu.
Dehors, de grosses boules bleues se balancent dans les arbres de l’avenue. Encore du bleu ... couleur artistique s’il en est. Elles passent au rouge vif pendant que je prends quelques photos. Un quatuor de techniciens se livre à des tests d’éclairage grandeur nature, hésitant déjà sur le meilleur choix pour illuminer les Champs Élysées Noël prochain et le Jour de l’An.
Le quartier de l’Etoile scintillera probablement en turquoise à ce moment là. Comme Bita ce soir !
Initiateur de rencontres et d’échanges, l’Espace Culturel Vuitton incarne depuis quatre ans la fidélité de Louis Vuitton dans son engagement en faveur des artistes. Situé au 7ème étage de la Maison des Champs–Elysées, il est ouvert à tous, accessible depuis le magasin ou par le 60 rue de Bassano 7 jours sur 7 entre 12h et 19h. Pour en savoir plus je vous encourage à naviguer sur le site qui lui est dédié.

Bita Faayazi est née en 1962 à Téhéran en Iran. Après avoir vécu pendant 7 ans en Angleterre, elle est retournée dans son pays où elle vit, travaille et enseigne. Elle a une expérience professionnelle de plus de 15 ans dans le domaine de la céramique et de la sculpture. Elle exposera très prochainement à Paris avec deux autres artistes iraniens, Ramin Haerizadeh et Rokni Haerizadeh, sous l'intitulé «Couronnés de lauriers dans l'oubli» du 03 juin au 30 juin 2010, à la Galerie THADDAEUS ROPAC, 7, rue Debelleyme, dans le troisième arrondissement.

lundi 10 mai 2010

Surprise du jour

(billet mis à jour le 14 mai)
J'ai vécu aujourd'hui encore un de ces hasards qui m'étonnent. Je me suis amusée ce matin à associer une jupe à motifs géométriques (c'était ultra-mode la saison dernière) dans des tons gris-rouge-rose-blanc avec une écharpe rose tyrhien, un haut assorti et un blouson de toile surpiqué gris.
J'avais entendu des réflexions toute la journée sur cette jupe volantée fendue un peu haut parait-il, quoique je trouve qu'avec le collant gris un peu épais il n'y avait pas de quoi imaginer qu'on allait affoler le quartier.

Ce soir une enveloppe du même rose tyrhien attendait dans ma boite aux lettres. C'était THE invitation tant attendue qui par contre est plus difficile à photographier qu'un oiseau sauvage : les reflets sur papier glacé rendent le cliché illisible. Il s'agit de la soirée de proclamation des résultats du 41ème Grand prix des lectrices de ELLE mercredi 26 mai, précédé d'un débat et j'ai illico confirmé ma venue.

Le compte-rendu fera l'objet bien sur d'un article détaillé sur le blog. En attendant, et pour ceux qui se posent encore des questions sur la liste des sélections, tout est récapitulé ici.

Et puis, avis à toutes les bloggeuses qui ont fait partie du jury cette année : j'organise une pré-rencontre à 14 heures, dans un lieu sympa sur les Champs-Elysées dont je communique l'adresse individuellement par mail (j'ai reçu la confirmation d'un "gentil" sponsor). Que celles que je n'ai pas contacté me fassent signe par mail à abrideabattue@orange.fr

samedi 8 mai 2010

La Fédération française de cuisine amateur reçoit à la Foire de Paris


La FFCA avait organisé hier, vendredi 07 Mai, une soirée VIP réservée exclusivement à ses membres, tous férus de cuisine. Principalement au programme: apéro dinatoire et discussion autour des plans de travail.

Nous avons commencé par renouer connaissance avec les fourchettes connues ... de près pour moi comme Bernadette, du blog Bernie's crumble, qui est une des premières à m'avoir mis la cuillère à la bouche, Clémence qui avait expérimenté l'émission de télé Coté cuisine le même jour que moi cet été à Bordeaux et qui anime le blog les tentations de Clémence, Guillaume, candidat d'un Dîner presque parfait (totalement imparfait à l'entendre raconter l'envers du tournage), sans oublier les pros de la fédération comme Clémence et Mathieu qu'on est toujours heureux de retrouver.

Le cercle s'est élargi autour de Kim, récemment recruté par la fédération, bientôt rejoint par Marine qui fut d'un grand secours pour la prise de vue des plats, Fabien, lauréat de la première manche du concours de cuisine amateur 2010, Nadia, du blog Paprika, la pétillante Nathalie du blog A votre tablier, venue avec Alain, son papa, dont l'aide fut précieuse pour la découpe du jambon.

Une fois achevé le cours de cuisine précédent, la majorité des participants a noué le tablier et s'est trouvée confronté au challenge de l'invention culinaire en devant improviser des bouchées apéritives autour du jambon d'Aoste, fournisseur officiel de la soirée. Un grand nombre d'autres produits étaient disponibles. On a eu l'impression un court instant que nous allions faire un remake de Top chef, c'est vous dire la pression qu'on a ressenti.
Le but étant juste de nous régaler les uns les autres nous avons surmonté notre surprise et je crois que chacun s'est vraiment amusé à être créatif. Virginie s'est proposée pour faire un tandem et j'ai été chanceuse de l'avoir comme coéquipière parce que je me suis brûlée profondément une phalange entière (on ne se méfie pas assez de la puissance d'une plaque à induction quand on n'a pas l'habitude ! Grand merci à l'infirmier Baptiste dont la trousse de secours a aussitôt servi. Je n'ai pas l'habitude de faire de la pub mais très franchement le gel Osmo Soft est quasi miraculeux, appliqué après un point de compression de plusieurs minutes.

Au final les assiettes se sont alignées en nombre impressionnant le long de la vitre qui dissuadait peu le public de tendre le bras. C'était sûrement trop tentant !

Voici pour aujourd'hui la première des deux recettes que nous avons imaginées, Virginie et moi : Cigare de coppa à la poire et au gingembre.

Faire revenir de fines tranches de poire (épluchée) dans de l'huile d'olive chaude (pas brûlante ... je vous aurais prévenus!). Ajouter du miel et du gingembre haché menu. Laisser refroidir dans la poêle.

Couper en deux des tranches de coppa Aoste. Poser dessus une tranche de poire et une feuille de roquette. Poivrer généreusement et rouler. Maintenir par une pique de bois.

Comme nous n'aimons pas le gâchis, nous avions ajouté un morceau de blini (nos camarades avaient découpé des blinis à l'emporte-pièce et avaient laissé des bandes de 0,5 cm que nous avons récupérées et coupées en bouts de 3 cm de long).
Le résultat est intéressant parce que les saveurs sont multiples : acide (citron), amère (gingembre), sucré (miel).
Les textures sont variées entre le fondant de la poire, la mollesse du blini et le presque croquant de la coppa.Nous avons été nombreux à jouer le jeu, avec des associations originales comme Bernadette avec son millefeuille de pain d'épices et de jambon au roquefort, Guillaume avec ses makis à l'omelette, Marine avec ses champignons farcis, Nathalie avec une composition très élégante ... mais quelques-uns ont plutôt focalisé leur énergie sur les dégustations ... ce que nous avons compris comme un bel hommage.

En fin de soirée un jury express a été quasi réquisitionné pour choisir le plat gagnant entre deux nouvelles propositions très différentes. Toutes deux méritaient de l'emporter mais nous avons décidé de privilégier deux critères : la simplicité et l'envie que nous aurions d'intégrer la recette dans notre "best-off" personnel.

Ce sont ces petites aumônières, parfaitement équilibrées en terme de goût qui ont été élues.

Un tirage au sort a ensuite permis à quatre d'entre nous de repartir avec un cadeau supplémentaire. C'est ainsi que j'ai de nouveaux récipients pour faire des crèmes brûlées (décidément le mot me colle à la peau), une numéro de la si appétissante revue Saveurs, un tablier tout neuf, et une plaque anti-adhésive de moules Pyrex dont je vous reparlerai dans quelques jours, le temps d'imaginer quels muffins je vais concocter dedans.

D'ici là j'aurai mis en ligne la seconde recette réalisée avec l'aide de Virginie.

Les photos qui ne sont pas libellées A bride abattue proviennent de la FFCA que je remercie. Vous trouverez un reportage plus complet sur facebook.

jeudi 6 mai 2010

Adolfo Kaminsky, une vie de faussaire, vue par sa fille Sarah

C’est un de ces documentaires dont on se demande pourquoi ils n’ont pas été publiés plus tôt. On croit connaitre le sujet et brusquement voilà qu’un coup de projecteur éclaire le passé sous un angle différent.

Sarah Kaminsky retrace la vie trépidante de son père, entrainé dans la fabrication de faux papiers pour raison humanitaire. Elle nous livre sa confession sous forme d’une conversation à laquelle je me suis sentie en position d'invitée. C'’est très agréable parce que cela introduit la juste distance nécessaire pour digérer des faits aussi terribles.

L’idée de démarrer directement le récit, chapitre 1, puis d’attendre le chapitre 2 pour introduire un questionnement m’a parue astucieuse. Le tutoiement est d’ailleurs à double détente, surgissant du souvenir quand Adolfo Kaminsky relate d’anciennes conversations, puis s’inscrivant dans le présent dès qu’il soumet des commentaires à sa fille, quand ce n’est pas nous lecteurs qui nous sentons interpellés.

La première partie du livre, consacrée à la seconde guerre mondiale m’a particulièrement passionnée. Parce que c’est une page de l’histoire encore proche de notre pays. Mes grands-parents et mes parents l’ont vécue et je n’ai pas pu m’empêcher de songer qu’ils auraient pu eux aussi avoir besoin d’une carte d’identité pour sauver leur peau, tout simplement.

Particulièrement poignant ce passage où le jeune Adolfo tente de convaincre une famille de fuir et s’entend répondre (page 18) que les camps de la mort n’existent pas et que ce sont des mensonges de la propagande anglo-américaine. On fait aussitôt le lien avec le formidable livre de Bruno Tessarech, les Sentinelles, expliquant précisément comment le silence a pu plomber les consciences. Également en lisant (page 65) que des réseaux juifs collaboraient avec les nazis.

Nous approuvons évidemment sans réserve l’action de l’homme dont la compétence, le courage et la détermination forcent le respect. On se demande si on aurait su faire preuve d’autant d’abnégation et d’intégrité. On frémit en réalisant que tous ceux qui avaient besoin de faux-papiers savaient à qui s’adresser (et que donc la police savait aussi). Les précautions du faussaire sont dignes, et pour cause, de ce que décrirait un roman d’espionnage.

On salue aussi la simplicité de ce héros qui explique le point de départ de son art : de « banales » connaissances en chimie laitière. Il est vrai que, enfant, j’ai toujours vu maman dissoudre les taches d’encre qui maculaient mes vêtements au retour de l’école en les faisant tremper dans du lait. Il faut tout de même du talent pour réinvestir cette notion dans la fabrication de faux papiers …

La suite des évènements m’a semblé plus complexe à saisir mais je ne saurais juger la pertinence de tel ou tel combat parce qu’on se situe alors dans un contexte idéologique. On mesure d’ailleurs combien l’engagement a du être difficile à tenir pour l’homme qui ne se sent pas concerné par l’espionnage militaire en temps de paix et qui n’a aucunement une « vocation » à rester faussaire (page 105). On partage les sentiments qu’il a du éprouver à la Libération, en constatant que le racisme n’allait pas disparaitre.

En tout cas ce témoignage nous fait nous sentir bien petits, à l’abri dans notre confort moderne, même si le débat se trouve relancé par la délicate question des « sans papiers », qui n’est d’ailleurs pas abordée directement dans le livre.

S’il fallait retenir une seule citation ce serait celle-ci (page 116) : Deux choses ont régi la plupart des actes de résistance de ma vie. La première c’est le pouvoir de l’argent et les injustices qu’il génère, et la seconde c’est que sans papiers on est condamné à l’immobilité.

Adolfo Kaminsky, une vie de faussaire de Sarah Kaminsky chez Calmann-Lévy

mercredi 5 mai 2010

Les saisons de la solitude de Joseph Boyden

Ceux qui auront aimé le Testament caché ou Lark et Termite salueront la fresque de Joseph Boyden. En toute honnêteté je dois dire que c'est le genre de livre que je peine à ingurgiter.

J’ai eu du mal à savourer les descriptions de l'immensité sauvage des forêts canadiennes qui doivent être très belles mais où je n’aimerais pas finir comme une de ces oies, abattue par un indien.

Un chapitre sur deux le lecteur entre dans le cerveau du vieil homme tandis que les autres chapitres donnent la voix à la jeune femme.

Beaucoup d’autres livres sont conçus cette année sur ce même modèle en faisant alterner plusieurs récits. Ici une nièce rendant visite à son oncle qu’un coma profond a coupé du monde.

On se doute bien que les deux confessions vont finir par résonner en harmonie et que ce n’est qu’une question de pages. Les confidences (très-trop) alcoolisées de cette communauté indienne Cree ne m’ont pas captivée. Les ravages de l’a boisson et la violence imprègnent huit pages sur dix et j’éprouvais la même répulsion que face à un film d’horreur. Je n’ai probablement pas pris la distance nécessaire pour en faire une lecture sereine.

Le récit se teinte d’une coloration ethnosociale que j’aurais pu apprécier en d’autres circonstances (comme ce fut le cas avec Un pied au paradis ou encore avec Epouses et assassins) mais qui n’est là pas parvenue pas à me convaincre.

Snowball a un avis très proche. D'autres jurés ont des positions radicalement différentes. Flora l'a beaucoup apprécié. Zarline aussi. Et c'est le coup de cœur d'Armande.

Les saisons de la solitude de Joseph Boyden

mardi 4 mai 2010

Spéculoos un peu spéciaux

Traditionnellement, ces petits gâteaux épicés sont parfumés à la cannelle. Comme ma fille n'aime pas ce parfum et qu'elle n'est pas la seule dans mon entourage j'ai eu l'idée d'utiliser uniquement de la cardamone moulue.
J'ai modifié aussi la texture habituelle pour la rendre moins granuleuse en employant moitié cassonnade moitié vergeoise.
Si le résultat est excellent en teme de goût tout a failli être raté parce que la pâte (qui doit rester au frais au moins une douzaine d'heures pour lui permettre de durcir) s'émiettait lamentablement jusqu'à ce que je trouve le couteau cranté qui m'a enfin permis de couper des tranches épaisses qui allaient pouvoir affronter la cuisson.

Heureusement que je n'avais pas l'objectif de faire des spéculoos de Noël, en forme de Saint-Nicolas ... mais de simples petits gâteaux.

Que pensez-vous que j'allais faire des miettes ? J'avoue que j'en ai consommé une bonne partie nature, le temps de réfléchir. Je me suis alors souvenue que des cuisiniers éclairés cassaient des spéculoos pour recouvrir des fruits avant de les gratiner comme un crumble. J'étais au moins dispensée de ce travail puisque c'était déjà tout brisé.

J'ai donc beurré un plat à gratin, disposé des oreillons d'abricots, puis une compotée de pommes (coupées en carrés mijotés un moment dans le sirop des abricots ... rien ne se perd), de nouveau des abricots, puis les miettes de pâte de spéculoos. Cuisson au four 180° un quart d'heure. Je n'ai pas eu le temps de faire une belle photo. Tout a été mangé à la vitesse de l'éclair.

La recette de "mes" spéculoos :

200 grammes de beurre demi-sel à température ambiante
90 grammes de casonade
90 grammes de vergeoise
1 cuillère à café de cardamone en poudre
1 cuillère à café de bicarbonate
300 grammes de farine tamisée

Une fois le tout mélangé on forme un gros boudin dans un film plastique et on fait durcir au frigo.

Il est probable que la pâte gagnerait à être enrichie d'un oeuf et de une ou deux cuillères à soupe d'eau pour ne pas tant s'effriter. Mais je n'aurais alors pas eu l'idée du crumble ...

lundi 3 mai 2010

5 pas dans la tendresse de Xavier Jaillard, au Petit Hébertot

Xavier Jaillard s’était immergé dans l’œuvre d’Emile Ajar pour adapter la Vie devant soi. Travail remarquable qui lui valut un Molière l’an dernier. Les interprètes s’étaient coulés dans son texte et le public a suivi. La tournée qui s’achève a toujours fait salle comble. Je l’avais vu en début de saison au théâtre Jean Arp de Clamart (92) et j’avais énormément apprécié.

Cet immense travail avait du lui faire entrevoir toutes les facettes possibles de ce sentiment si particulier : la tendresse. C’est donc avec allégresse que je me suis rendue au théâtre du Petit Hébertot pour voir –si j’ose dire- du pur Xavier Jaillard car ces 5 pas ont été avancés en quelque sorte en toute liberté.

Il a le mérite de débusquer cette affection là où elle n’est pas ou plus naturelle comme à l’instant de sa mort, au cours d’un voyage intergalactique. Mais ce ne sont pas les épisodes que j’ai préférés.

Au risque d’être un peu mièvre il me semble que la tendresse est le sentiment de la maturité, et que son émergence ne peut pas être spontanée. On ne se lève pas le matin avec l’objectif d’être tendre avec le premier venu. Et si on fait référence aux tendres années c’est avec le recul de l’âge.

Reste qu’un bon (ne) comédien(ne) devrait pouvoir tout jouer. Le jeune Momo de La vie devant soi incarnait malgré tout davantage la candeur que la tendresse. Alors je ne sais pas s’il faut imputer la faiblesse de certaines scènes à la jeunesse des interprètes, aux dialogues ou aux situations …

Les 5 pas de Xavier Jaillard, qui en fait sont 6 séquences indépendantes sont des pas inégaux. Profondément justes et touchants dans Soixante-dix-septième étage, Une île au soleil et J'ai trouvé un oeuf de Pâques, un peu moins dans L'amour dans les étoiles et Ci-joint Rupture.

Je ne pense pas avoir déjà vu Sophie Margalet et Sasha Pairon au théâtre, malgré la belle carrière qu'elles y font. Au Petit Hébertot je les ai trouvé merveilleuses, subtiles, nous offrant une belle palette de leurs possibilités, chacune à travers deux rôles différents. Xavier Jaillard (lui aussi formidable auteur et comédien depuis longtemps) forme avec Sophie un duo au sommet d’une tour qui est à la hauteur de celui de Blier-Girardot (Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais... elle cause ! tourné par Michel Audiard) dans un pavillon de banlieue en plein chantier de la Défense à la fin des années 60.

La poupée mécanique et le spationaute fleur bleue sont moins aboutis, de même que le règlement de comptes entre les deux F malgré une jolie formule : si je te quitte c’est pas pour t’oublier … mais pour acquérir de l’espace et du temps. Leur jeu est trop nerveux pour qu’on adhère à leur projet qui serait d’inventer l’amitié comme preuve que leur amour n’était pas une erreur. L’utopie n’est pas nouvelle.

La grand-mère qui visite son petit-fils en prison connait bien la vie. Pas besoin de pousser les limites pour le savoir : il faut être actif pour ne pas penser aux bêtises et hisser le drapeau blanc marquant l'abandon de la rébellion. Christian Suarez interprète le (petit) rôle du jeune toxico avec énergie. Il est disons plus discret en tant que metteur en scène des saynètes. Pourtant il en connait un rayon sur la question puisqu'il vient de signer aussi la mise en scène de Faut qu'on parle, un sujet similaire, joué en ce moment au théâtre Montorgueil, dont je ne peux rien dire de plus, n'ayant pas vu la pièce.

C’est peut-être quand il a tout pour être heureux que l’homme risque de perdre ce bonheur qu’il ne voit plus. La mère n’a jamais fini d’élever son fils. On ne dira jamais assez qu’il n’y a ni bon Dieu ni providence. Chacun fait son chemin seul.

Xavier Jaillard est aussi maintenant le directeur du théâtre du Petit Hébertot. Faire vivre un théâtre privé n’est pas une mince affaire, même à Paris. Il faut enchainer deux spectacles par jour avec un court moment pour installer des décors, forcément réduits : peu de place pour stocker, pas de cintres pour les actionner et bien sûr pas de gros budget. Le spectateur sait tout cela. Il ne demande pas à être secoué comme il s’attend à l’être en allant voir une star prendre le train à l’Odéon (toute allusion à un spectacle ayant existé sera disons fortuite). Alors s'il vient effectivement au théâtre pour y vivre le seul voyage qui dure, celui des émotions qu'il prenne son billet en confiance.

5 pas dans la tendresse de Xavier Jaillard
Au Théâtre du Petit Hébertot, 78 bis boulevard des Batignolles, 75017 PARIS
Du mardi au samedi à 21 h et le dimanche à 16h30. Relâche le lundi.
Location et renseignements: 01 55 63 96 06

Crédit photos: Tchavdar Pentchev

dimanche 2 mai 2010

Guacamole alternatif

Après avoir revisité la panna cotta avant-hier c'est au tour du guacamole en substituant des fonds d'artichaut à l'avocat parce qu'avoir ce fruit mût à point au bon moment relève de la mission impossible.

Marche à suivre :
Mixer une boite de fonds d'artichauts (environ 5 pièces) en conserve avec le jus d'un demi-citron, 2 cuillerées à soupe d'huile d'olive, une de crème fraiche et 1 cuillerée à café de graines d'anis vert. Si l'on n'a pas cet épice dans le placard on peut opter pour une giclée d'un apéritif anisé, ce n'est pas le choix qui manque.

Servir sur du pain grillé avec un assortiment de crudités et de charcuterie, aujourd'hui du chorizo.

Ce dip vaut bien tous les houmous et autres caviars de légumes libanais . Il constitue une variante facile au traditionnel mezze. Je verrais alors bien pour suivre un taboulé de quinoa et une crème à la rose.

samedi 1 mai 2010

Le jeu de la mémoire, avec Stéphanie Lanier au Petit Hébertot

Créé au festival off d'Avignon au Chien qui fume en juillet 2009, voilà le Jeu de la mémoire posé sur le plateau d'une scène parisienne pour 30 représentations exceptionnelles depuis le 27 avril.

Exceptionnel, l'adjectif est courant. Ici il est juste. La comédienne interprète une actrice qui vacille dans la folie. A cause de son tempérament, de sa propre histoire, de son métier, du metteur en scène qui vampirise ses émotions ... ?

C'est elle qui dérive, mais cela pourrit être toi ou moi car çà n'arrive pas qu'aux autres ... On pense à Catherine Deneuve dans le film de Marie Trintignant, à Romy Schneider, à Anna Karina, à Brigitte Bardot, à Edith Piaf.

Stéphanie Lanier les synthétise toutes et son jeu est explosif. Ultra féminine, façon Arielle Dombasle, mère déchirée comme Méryl Streep dans Kramer contre Kramer, caustique dans ses réflexions sur le cinéma ou persiflant son metteur en scène qui se prend pour Visconti. Personnellement j'aurais dit Godard. Lui aurait sans doute préféré Marcel Carné. Chacun ses références. Il cite bien discrètement Fellini : E la nave va ... Chacun son voyage.

- C'est fini, Stéph. La voix off du réalisateur n'est guère rassurante. Tout s'embrouille : le scénario, la vraie vie, le texte, les faux souvenirs, les reconstitutions, les démons. La comédienne vit une crise de schizophrénie, comme d'autres feraient de la tachycardie. Le personnage est totalement superposé à l'interprète. Même nom. Même diminutif.

Elle a joué. Elle a gagné. On y a cru. Il faut la voir ensuite discuter avec ses amis, joyeuse en sortant de scène, légère en quittant le théâtre au bras d'une vieille connaissance, traverser la cour rondement pavée et partir gracieuse sur ses talons hauts.

C'est pas le scénario mais c'est vrai et nous voilà rassurés. Elle saura retenir le plus longtemps possible les instants de bonheur.

Le jeu de la mémoire de Gérard Vantaggioli
Interprété et mis en scène par Stéphanie Lanier
Au Théâtre du Petit Hébertot, 78 bis boulevard des Batignolles, 75017 PARIS
Du mardi au samedi à 19h30 et le dimanche à 15h00. Relâche le lundi.
Location et renseignements: 01 55 63 96 06

Plus de renseignements, photos et vidéos sur le site http://www.jeudelamemoire.fr/
Production Lycoprod (Laurent Preyale) 5 Bld Poissonnière - 75002 Paris - 06 78 91 15 57
ou LSP 18, rue Sthrau - 75013 Paris - 06 86 08 57 77

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