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samedi 23 avril 2022

Kérosène d'Adeline Dieudonné

Est-ce parce qu'il est sorti le 1er avril (mais de l’année dernière) qu‘il faut considérer Kérosène comme une farce ? J’ai récemment reproché à un auteur de ne pas suffisamment me faire croire en l’histoire qu’il raconte. Et je m’apprête à plébisciter le roman d’Adeline Dieudonné alors que je n’ai pas cru un instant au scénario qu’elle a tricoté. On va penser que je me contredis en osant affirmer mon plaisir de lecture.

C’est pourtant simple. J’aime que les choses soient claires. Je peux croire momentanément à une histoire que je sais être totalement inventée si on ne me balade par avec des faux-semblants.

Adeline Dieudonné va encore plus loin que dans La vraie vie pour dénoncer -certes à sa manière- les rapports de force et de prédation qu’elle conjugue de toutes les manières imaginables, entre parents et enfants, hommes et femmes, humains et animaux, en tordant le coup à de nombreuses idées reçues comme celle de la gentillesse des animaux envers les humains si j’en crois l’horrible mésaventure de Victoire. Elle accorde une place quasi égale aux genres humain et animal en insufflant une certaine porosité entre les deux.

Certes les situations et les paroles sont souvent trashs et violentes, mais ce qui m’a le plus marquée c’est l’immense solitude dans laquelle se noient presque tous les personnages, et bien sûr la fugacité du bonheur, pour lequel l’animal n’est pas plus chanceux que l’homme.

Elle abolit la frontière entre bestial et humain, et les animaux semblent souvent plus humains que les hommes et les femmes. Il y a des pages terribles, Monica, soustraite à une maternité classique, qui deviendra faiseuse d’anges, et cherchera l’endroit idéal pour terminer sa vie, sans porter préjudice à personne, en songeant à Romain Gary, lequel justifiait sa décision en disant : Je me suis enfin exprimé entièrement (p. 207).

On perçoit combien l’auteure est obsédée par la fin de la vie, surtout quand elle n’est pas maîtrisée (ce qui fut le cas quand elle écrivait ce livre, sachant que les personnes âgées s’éteignaient loin de leur famille dans les Ehpad pour ne pas risquer de les contaminer par le Covid) : Il n’existe pas de luxe plus grand que celui de choisir le jour de sa mort. La dernière bouche qu’on embrasse, le dernier regard qu’on échange. Les bras qui nous serrent au moment de partir.

Elle dénonce toutes les formes d’exploitation, y compris celle de la jeune Philippine, vendant son travail pour donner une vie meilleure à ses propres enfants qui, sans doute, ne la reconnaîtront jamais. Les citations du manuel de l’école Abest (p. 70) destiné aux futures employées de maison sont abominables.

Alors les jaloux de l’immense succès que fut La vraie vie peuvent bien qualifier Kérosène de roman « dégoûtant à vomir », ce ne sont pas les paroles d’Adeline qui sont à dénigrer mais la violence du monde sur lequel on ferme les yeux. Mais je peux comprendre, qu’à l’instar de Juliane, on préfère concentrer le regard sur la télévision (p. 174) tant que cet écran parviendra à éloigner les ténèbres, réchauffer le corps et nous protéger des prédateurs.

Si Kérosène est explosif, c’est bien par les sujets abordés. C’est une excellente idée que de les avoir traités sous forme de nouvelles, tout en parvenant à les lier entre elles, quoique de manière un peu artificielle en faisant se croiser les personnages dans un lieu où tout le monde va, quelle que soit sa position sociale. C’est une station-service autoroutière, et la nuit renforce une atmosphère tragique. Ç’aurait pu être tout autant une sortie d’école ou un supermarché.

L’auteure a le génie des descriptions, en images et en odeurs et celui de rendre plausibles des situations fantastiques ancrées dans la réalitéL’essentiel des trajets des personnages se situent entre le Luxembourg et la Belgique, ce qui apporte pour nous Français une touche d’exotisme décalé car qui sait ce que sont des cuberdons, des lards et des babeluttes (p. 247) que mon correcteur orthographique cherche de toute force à transformer ? Il faut avoir lu Nadine Monfils pour ne pas être surprise. L’univers des deux écrivaines se rejoint d’ailleurs … et leur humour aussi, sans doute en raison de leurs origines belges.

Alors je pardonne quelques erreurs minimes de temporalité lorsque je constate par exemple que le Hummer de Chelly démarre deux fois en trombe (p. 55 et 220) du parking alors qu’il n’y est pas revenu entre temps. Ou encore une autre à propos des pérégrinations de Monica. Rarement un roman aura autant eu la capacité de distraire que de faire réfléchir et mon seul regret est d’avoir attendu un an pour le savourer.

A ceux qui douteraient encore je dirais qu’à l’instar des épinards on n’est pas obligé de finir son assiette mais qu’il faut goûter avant de se prononcer. Il se trouve que j’ai interviewé Adeline Dieudonné pour la radio (Entre voix réécoutable ici) et que je sais combien c’est une femme sensible. Je serai très attentive à ne pas tarder à lire son troisième roman, que j’espère avoir bientôt entre les mains. 

Kérosène d'Adeline Dieudonné, chez l’Iconoclaste, en librairie depuis le 1er avril 2021

mercredi 22 août 2018

La vraie vie d'Adeline Dieudonné, chez l'Iconoclaste

(mise à jour 11 juin 2019)
Je n'ai pas pour habitude de parler d'un livre avant sa date de sortie en librairie mais je fais exception pour La vraie vie parce que ce premier roman est un énorme coup de coeur et je constate que je ne suis pas la seule en apprenant qu'il est déjà sélectionné pour plusieurs prix littéraires (depuis que j'ai écrit ces lignes le roman a reçu le Prix du roman Fnac, le Prix Première plume et le Prix Filigranes 2018, et beaucoup d'autres récompenses dont on se réjouit). Ce n'est peut-être pas fini.

Le roman s'annonçait initiatique, drôle et acide. Le résumé le décrit comme le manuel de survie d'une guerrière en milieu hostile. La fureur de vivre en quelque sorte.

Invitée à la présentation des romans de la rentrée par l'Iconoclaste, j'avais eu la chance d'entendre Adeline Dieudonné nous promettre une littérature qui capterait le lecteur, qui ne le lâcherait pas. Je confirme !

La romancière belge nous a comblés. Elle situe l'action de ce premier roman dans un lotissement où chacun vit sa prostration solitaire, devant sa télé, cultivant, au choix, dépression, aigreur, misanthropie, apathie ou diabète (p. 122).

La famille habite un pavillon qui pourrait à première vue être ordinaire, si la quatrième des chambres n'était pas si épouvantable.

Chez eux, il y a quatre chambres. Celle du frère, la sienne, celle des parents. Et celle des cadavres. Le père est chasseur de gros gibier. Un prédateur en puissance. La mère est transparente, amibe craintive, soumise à ses humeurs.

Avec son frère, Gilles, elle tente de déjouer ce quotidien saumâtre. Ils jouent dans les carcasses des voitures de la casse en attendant la petite musique qui annoncera l’arrivée du marchand de glaces. Mais un jour, un violent accident vient faire bégayer le présent. Et rien ne sera plus jamais comme avant.

Le premier chapitre donne tout de suite le ton, cinglant, d'un humour que l'on espère longtemps être du second degré. Il ne pourra rien arriver de léger et de joyeux à la narratrice (dont on ignore le prénom) dans cet endroit évoquant la maison hantée d'un film d'horreur ou celle d'un ogre.

vendredi 8 mai 2020

Entre Voix confiné avec Adeline Dieudonné

La découverte, en 2018, du premier roman d'Adeline Dieudonné aux éditions de Éditions de L'Iconoclaste, La Vraie Vie, avait été pour moi un vrai choc.

Je ne fus pas la seule à manifester mon enthousiasme. Le livre a remporté au moins 15 prix littéraires.

Cette auteure explique dans cet Entre Voix confiné, récoltable ici, pourquoi le Covid l'amène à devoir reprendre l'écriture de son prochain roman.

Elle vit en colocation et raconte comment elle estime avoir trouvé le contexte idéal pour bien vivre ce confinement et en quoi sa vie de quartier, au coeur de Bruxelles, a été modifiée.  Il est intéressant de constater que l'absence de gouvernement n'a pas arrêté la vie, et plusieurs idées d'entraide sont à reprendre...

Le livre de recettes auquel elle fait référence à la fin de l’entretien est celui du chef Yotam Ottolenghi, cuisinier anglo-israélien installé à Londres et auteur (à succès) de nombreux ouvrages culinaires, édités en France chez Hachette. Elle indique que sa dernière expérience gustative est une Shakshuka … Ce chef s'est lui-même beaucoup copié et a proposé plusieurs déclinaisons de ce plat. Vous en trouverez une page 66 de son livre Jerusalem qui est autant un livre dédié au voyage qu'à la cuisine et que j'aime particulièrement.

Elle avait choisi comme musique de fin une chanson qui fait écho à ce que nous vivons tous : Ain’t Got no - I Got Life de Nina Simone.

Ce billet est illustré d'une photo prise au dernier salon Livre Paris au printemps 2019.

lundi 13 avril 2020

Le blog a 13 ans

Il fallait bien que cela arrive ... Un jour le blog passerait le cap des 13 ans. Signe de chance si l'on en croit Claude Lelouch ....

J'aurais dû écrire ce billet il y a deux mois, comme je le fais chaque année à la mi-février, mais la situation devenait surréaliste, partagée entre les pressions et la crainte d'une contamination. Manque de chance, je suis tombée malade.

2020 sera une année blanche diront bientôt les artistes empêchés de se produire devant le public, et les écrivains suivront en souffrant d'être privés de rencontres dans les librairies et dans les salons avant de songer à employer des moyens dits virtuels, comme Zoom et Skype pour maintenir les liens.

Année noire pour les malades et leurs proches.

Année grise au final ? Qui vivra verra.

2019 aura été en tout cas une année riche d'événements dont je n'ai pas toujours rendu compte suffisamment sur le blog. Notamment le festival d'Avignon où j'ai peut-être vu "trop" de spectacles ...

J'ai adoré l'expérience du Grand bazar des Savoirs au Théâtre Firmin Gémier la Piscine. Partager cinq de mes passions (le théâtre, le Mexique, l'écriture, la cuisine, la radio) avec le public aura réactivé mon envie d'écrire au-delà de l'espace du blog et de le faire également déborder un peu de sa ligne éditoriale. Voilà pourquoi j'ai publié une série de nouvelles, presqu'une dizaine, mais il en reste à venir. Et j'ai d'autres projets d'écriture dont j'espère pouvoir parler en février 2021, ce qui prouvera que les mois prochains n'auront pas été "blancs".

J'avais exprimé il y a trois ans mon souhait de combiner l'écrit avec l'oral, en l'occurrence à la radio. En dix-huit mois j'aurais enregistré 170 chroniques et 71 émissions. C'est beaucoup et l'heure viendra de faire des choix, faute de s'épuiser, et de ne parvenir à faire la radio qu'au détriment du blog.

En ces jours si particuliers, qu'on espère ne pas devoir revivre, nous sommes nombreux à reconsidérer notre vie, et nos priorités. Je ne vais pas échapper à ce bilan.
Parallèlement, et là encore, rien d'extraordinaire à cela, nous sommes nombreux à vouloir agir, et sortir de l'enfermement, d'une manière ou d'une autre. La mienne passera par des interviews de personnalités qui se livreront en toute intimité, mais avec pudeur, à travers des "Entre Voix confinés", enregistrés par téléphone, dans un format plus court que ceux que je faisais en face à face en studio uniquement. Ce sont tous des amis, ce qui explique que, pour une fois, j'emploierai le tutoiement. 

Il y aura
Ils vont dire en quoi le confinement aura été propice pour eux à vivre différemment. On pourra les ré-entendre à partir du 15 mai en suivant ce lien. J'aurais adoré poursuivre ce type d'émission mais la direction de Needradio n'a pas voulu continuer alors que la France se déconfinait, même lentement.

Ces entretiens m'ont amenée à remettre en question ma façon d'interviewer même si je n'ai pas à rougir de ce que je faisais dans les Entre Voix classiques. Et que sans doute il y aura davantage de portraits sur le blog, en version écrite.
Et si 2020 était une année ... orange !

mardi 17 mars 2020

Sauf que c’étaient des enfants de Gabrielle Tuloup chez Philippe Rey

J’ai lu Sauf que c’étaient des enfants de Gabrielle Tuloup alors que j’étais confinée. J'ai eu la "chance" de le recevoir avant que la France ne soit paralysée. J'étais impatiente de le découvrir car, étant sorti début janvier, il avait déjà une belle réputation.

Ayant alors des soucis de santé j’ai voulu utiliser la dictée de manière à enregistrer mes notes de lecture sur l'Ipad. Tout semblait parfait, même si, évidemment, il fallait corriger abondamment et régulièrement parce que le logiciel de reconnaissance vocale traduisait mes paroles de manière très souvent fantaisiste.

J’étais assez contente de moi de n’avoir pas cédé à la paresse et d’être parvenue à travailler alors qu’autour de moi on craquait de plus en plus quand, au moment de transférer le texte sur le blog, l’entièreté des paragraphes avait disparu. Ce n’est pas tragique mais rageant tout de même.

Pardon à l’auteure. Je vais faire de mon mieux pour rattraper le coup mais, comme disait Bourvil à Louis de Funès, dans une scène désormais d'anthologie : C'est une catastrophe. Elle va marcher beaucoup moins bien maintenant, forcément.

Ce roman s'organise en trois partie, la première commençant par sauf, la deuxième également, et la troisième par sauve. De cette troisième partie je ne raconterai rien si ce n’est qu’elle est essentielle et qu’elle apporte un éclairage aux précédentes. Et la dédicace, pour ma petite Maman "sainte sentinelle et gardienne" de ses enfants, prend toute sa valeur quand on la relit après avoir refermé le roman.

J'ai énormément aimé ce livre. Je regrette juste, et ce n’est pas la première fois que je le dis, de ne pas disposer d’un album pour écouter chacun des morceaux que Gabrielle Tuloup cite en début de chapitre. J'en écoute plusieurs en boucle, très souvent (comme La boxeuse amoureuse) mais j'ai découvert Agnès Bilh que je ne connaissais pas.

A cet égard l’éditeur aurait pu, a minima, faire figurer la liste à la fin. La voici donc pour ceux que ça intéressent de façon à ce qu’ils se préparent : L’océan, Dominique A. Le drapeau, Mano solo. La mélancolie, Léo Ferré. La nuit je mens, Alain Bashung. Parce que, Serge Gainsbourg. La boxeuse amoureuse, Arthur H. Le soleil noir, Barbara. Viol au vent, Agnès Bilh.

Ils sont huit garçons, élèves du collège André-Breton de Stains (Ne cherchez pas à vérifier, il n’y a pas d'établissement de ce nom dans cette ville où les collèges portent celui de Barbara et de Pablo Neruda) reconnus formellement par la jeune Fatima pour viol en réunion, dont un élève de cinquième.

Leur interpellation fait exploser le quotidien de chacun des adultes qui entourent les enfants. En quoi sont-ils, eux aussi, responsables ? Il y a les parents, le principal, les surveillants, et une professeure de français, Emma, dont la réaction extrêmement vive surprend tout le monde.

Tandis que l’événement ravive en elle des souvenirs douloureux, Emma s’interroge : face à ce qu’a subi Fatima, a-t-elle seulement le droit de se sentir victime ? Car il est des zones grises où la violence ne dit pas toujours son nom…

Ludovic Lusnel, le chef d’établissement, comprend que l’enfance de chacun de ses élèves se termine aujourd’hui, plus rien ne sera comme avant (page 28).

Ce sont les surveillants qui recevront l’ordre d’aller les chercher en classe. Voilà les élèves en garde à vue. L’entrée de ceux qui appartiennent aux forces de l’ordre dans un établissement scolaire est toujours quelque chose de mal accepté, même lorsque les policiers arrivent pour faire de la prévention en terme de violence ou interviennent dans le cadre des plans Vigipirate.

Les surveillants sont ulcérés d’avoir dû faire cela et expriment leur colère : vous faites votre travail, on fait le nôtre. Chacun fait sa part pour que le bahut tourne. Mais là, franchement, ce que vous avez fait, c’est dégueulasse (page 44). Ils considèrent les élèves comme leurs petits frères et ils pressentent d’avoir, par cet acte, perdu la confiance des gamins. Effectivement cela peut sembler paradoxal mais il n’est pas possible d’avoir une bonne influence sur des enfants, et cela vaut aussi pour des parents maltraitants, en utilisant uniquement des menaces et en faisant juste des rappels à la loi. Parfois il faut intervenir "plus haut", par exemple auprès de l'Aide Sociale à l'Enfance mais gare au personnel enseignant qui s'y risque (je sais bien que c'est de son devoir mais il est préférable que ce soit le médecin scolaire qui fasse le signalement) si ensuite le service social n'agit pas. Les enfants sont alors encore davantage en danger et plus personne, à l'intérieur de l'école, ne peut les soutenir, en raison du sentiment de trahison ressenti par la famille.

Admettons que plus tard le principal obtienne son changement de poste, les surveillants eux précisément, resteront ici, et personne n'aura oublié ce qu'ils ont fait. 

Emma Servin, l'enseignante qui les a suivis depuis quatre ans, sera choquée de n'avoir même pas pu leur dire au-revoir (page 153). Qui sait s'ils réapparaitront un jour ... Et pourtant elle est particulièrement clairvoyante, sachant pertinemment que dans les films les monstres se transforment en prince charmant. Dans la vraie vie, c’est l’inverse, exactement l’inverse (page 73). Et on pensera évidemment au livre La vraie vie d’Adeline Dieudonné.

Les surveillants, l’assistante sociale, chacun fait ce qu’il peut mais la menace d’une "mauvaise réputation" peut conduire n’importe quelle adolescente à se fourvoyer, et ici à accepter malgré elle de suivre un garçon sans imaginer que la situation va dégénérer. Car il arrive qu’on n’identifie pas immédiatement son bourreau (page 143).


On observe, à l'instar du film Acusada (qui a inspiré Stéphane Demoustier pour La fille au bracelet) une hypersexualisation de l’environnement qui contraste avec la puissance du déni, à la fois chez les victimes mais aussi chez les agresseurs. Il faut rappeler que le viol est un crime et que, même si on est mineur, quand on prétend à une sexualité d’adulte, on peut être jugé comme tel (page 77).

Moins de 2 % des viols aboutissent à une condamnation en cour d’assises. Quel courage il aura fallu à Fatima et à sa maman pour défier la loi du silence ! On voit bien que l'opinion est partagée. Ainsi Camélia, une bonne élève au demeurant, donnera son avis à sa professeure d’arts plastiques, Elise Poincet franchement c’est à elle qu’il faudrait en vouloir. (…) J’aimerais vraiment pas être à sa place mais elle n’est pas toute blanche non plus, vous savez (…) Il fallait pas qu’elle parle. On déballe pas sa vie comme ça chez nous (page 82). On lit plus loin qu'on serait violée parce qu’on a cherché les embrouilles (page 84). Il est malgré tout vrai que se respecter impose d’apprendre à dire NON à temps. Mais je rappelle que la présomption de consentement (comme le devoir conjugal) ont disparu en 2010 du Code civil.

Toujours est-t-il que personne n’a rien vu venir. Les parents, et particulièrement les mamans, se culpabiliseront, estimant qu’elles auraient peut-être dû être plus présentes, peut-être moins laisser de liberté à leurs filles. Le soulagement viendra malgré tout de la déposition qui signifie, au pied de la lettre, se délivrer d’un fardeau.

Gabrielle Tuloup est enseignante en Seine-Saint-Denis. Alors, évidemment, quand elle insère au fil du récit des documents administratifs tels que un extrait de séquence pédagogique, des bulletins trimestriels, un rapport d’incident, ou un compte-rendu de réunion, le lecteur est en immersion totale. Il faut dire qu'il a été sensibilisé depuis le film La vie scolaire et que, du coup, cet univers est moins opaque.

J'ai été frappée par la justesse de toutes les pièces jointes qui figurent dans le roman. Bravo. On y est. 

Je recommande aussi son premier roman, La Nuit introuvable, dans lequel un fils retrouvait sa mère atteinte de la maladie d’Alzheimer et qui, avant de sombrer, lui avait laissé une confession épistolaire émouvante qui allait modifier son jugement et sa vie.

Sauf que c’étaient des enfants de Gabrielle Tuloup chez Philippe Rey, en librairie depuis le 2 janvier 2020
Livre lu dans le cadre de la Sélection "anniversaire" 2020 : 14 romans (premiers ou deuxième textes, anciens ou récents, français ou traduits) choisis par un panel d’auteurs et 5 seconds romans français.

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