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dimanche 12 août 2018

Fluides d'Esteban Perroy

Fluides n'est pas une création mais son auteur, Esteban Perroy, la fait évoluer régulièrement et il a demandé à William Mesguisch d'en assurer la mise en scène pour la reprise en Avignon. Elle mérite donc d'être vu ... et revue. D'autant qu'il y a aussi un changement de distribution.

Alors qu'hier je publiais un billet sur Aspirine, l'héroïne vampire imaginée par Joann Sfar, il est amusant de constater que Fluides nous promet une comédie mortellement drôle dans un univers qui se situerait entre Tim Burton et Michel Audiard, sans parler de La nuit d'Eliott Fall qui se joue au Théâtre du Roi René.

Le surnaturel reste une valeur sûre.

La scène du Coin de la lune est vraiment petite. Et pourtant on a réussi à imaginer un décor qui évoque un bel appartement parisien, dans un "bon" quartier, offrant une jolie vue sur les toits et un horizon plutôt romantique. La nuit vient de tomber. L'action se passe peut-être l'été, par une chaleur caniculaire ... Jean Eudes Bregnac (Esteban Perroy) directeur des éditions de l'Emeraude, 40 ans, rentre d'un vernissage après une journée dense. 

Un orage déchire le ciel. La tentation d'aller jeter un oeil sur le balcon est forte mais peu raisonnable.  L'homme y est sans doute électrocuté. Il titube et s'effondre sur son canapé. Pourra-til demain se lever à l'aube pour aller chercher sa mère à l'aéroport ?

On sonne à la porte. L'intrusion soudaine d'un hôte indésirable (Guano) bouleversera l'ordre établi. Il faut se rendre à l'évidence, personne ne lui joue une farce de type caméra cachée. Le visiteur n'est pas un être humain, mais la Mort en personne.

mardi 25 février 2020

Colors, le spectacle culte d'Esteban Perroy à la Pépinière Théâtre

(mise à jour le 9 mai 2020)

On dit que c'est un spectacle-culte et on a raison.

Tenir l'affiche pendant douze ans chaque dimanche soir à 21 heures sans avoir recours à un texte du répertoire, et avec une distribution fluctuante, chapeau !

Après le Gymnase, le Casino de Paris et le Théâtre Michel, Colors est désormais bien installé sur la scène de la Pépinière Théâtre et a déjà diverti et fait rire plus de 100 000 spectateurs. La troupe compte bien reprendre à la rentrée de septembre 2020 ... ou un peu plus tard.

Les règles sont constantes. Le maitre de cérémonie est toujours Esteban Perroy, directeur de l'école française d'improvisation théâtrale, alias Mister Purple, facilement reconnaissable à sa chemise violette. Il partage la scène avec au moins quatre comédiens qui sont identifiés eux (et elles) aussi par la couleur de leur vêtement. Un invité extraordinaire est habillé de blanc et joue le jeu de s'intégrer au groupe un peu au débotté. Ils (elles) sont environ 500 à avoir relevé le défi.

Parmi eux Gregori Baquet, Thierry Beccaro, Liane Foly, Sophie Forte, Virginie Lemoine, William Mesguich, Patrick De Valette des Chiche Capon ... Le soir de ma venue c'était Xavier Lemaire, comédien, metteur en scène, que j'avais souvent applaudi sur scène, plutôt dans un registre dramatique d'ailleurs.

Si vous connaissez, pas besoin d'aller plus loin. Vous êtes forcément acquis. Si ce n'est pas le cas je vous raconterai juste que dans la file d'attente on vous sollicitera pour proposer des sujets aux comédiens, sou forme d'une expression, d'un titre de film, d'une question, ... il n'y a aucune limite à votre propre imagination. Et si vous croyez que vous réussirez à les piéger ... et bien essayez !

Tous les petits papiers seront pliés en quatre et rassemblés dans un aquarium dans lequel, plus tard, on puisera les thèmes sur lesquels les comédiens devront improviser en temps réel. Cela se fait en deux temps. D'abord chacun "pitchera" sa proposition et ensuite on en retiendra une qui sera développée.

Dimanche dernier il y eut les verrues plantaires, le tango, faire les boutiques, la Joconde... des indications apparemment impossible à traiter comme "pourvu qu’elle soit douce", et "le côté de la biscotte", et puis aussi un thème qui devait plutôt concerner les comédiens : vendre sa pièce au festival d’Avignon. Nous ignorions alors que le prochain festival n'aurait pas lieu !

Ils sont tous admirables et l'invité particulièrement puisqu'à de rares exceptions il n'a pas cette habitude. Improviser ne s'improvise pas. C'est un immense travail qui repose sur la confiance et l'écoute. Ce soir là ils en ont tous fait la démonstration et le public n'a pas senti le moindre temps mort. je suis certaine que c'est tout le temps le cas même s'il y a certainement des moments plus forts que les autres.

Aucun ne tire la couverture à lui. Chacun a son moment de "gloire". C'est tout le "secret" de l'attention que le metteur en scène porte à son équipe. Sans se départir d'une grande bienveillance il pousse les comédiens à aller plus loin et le cas échéant il infléchit les registres. Le public lui-même est très vite complice. On en sort tous dopés.

Il ne faut pas oublier le rôle de la musique, jouée en direct, qui adoucit ou pimente, c'est selon.

En avant-programme, on découvre quelques élèves, improvisateurs amateurs, de l'école créée par Esteban Perroy et qui font un peu office de chauffeurs de salle à partir des contraintes que les spectateurs leur fixent. Cette disposition offre au public la possibilité d'entrer en salle jusqu'à 21h30 mais il me semble important d'arriver néanmoins à l'heure car il est essentiel pour ces élèves dont certains font leurs premiers pas sous les lumières de ne pas jouer devant des rangées clairsemées.

Colors, créé et mis en scène par Esteban Perroy avec la complicité de Franck Porquiet
Création lumières : Antho Floyd
Avec en alternance : Prisca Demarez, Guano, Alexandra Bialy, David Garel, Camille Giry, Bastien Jacquemart, Ars Dankar, Mathilde Bourbin, Pablo Rey, Julien Tréfeu, Batiste de Oliveira, Guillaume Beaujolais, Aurélia Coulin, Franck Porquiet, Julia Marras, Etienne Huon, Nicolas Perruchon, Flavie le Boucher, Antonia de Rendinger, Esteban Perroy, Erwan Le Guen (violoncelle), Jérôme Klur (guitare), Eric Le Guen (piano), Kordian Hérétynski (violon)
Théâtre La Pépinière - 7 rue Louis Le Grand - 75002 Paris
Tél. : 01 42 61 44 16
Dimanche 21h30, première partie dès 21h.
Plus de renseignements sur http://www.colorsimpro.com

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Si vous voulez en apprendre davantage sur Esteban Perroy et sur la manière dont il traverse le confinement je vous invite à écouter l'interview qu'il m'a accordée pour Needradio, programmée à l'antenne le jeudi 7 mai, et qui est accessible en podcast ici.

Vous remarquerez combien il est resté ultra actif depuis le début de la crise, tout en respectant le confinement. Sa vision de la "réponse collective que les artistes peuvent donner à notre monde qui saigne" est très intéressante et témoigne de sa profonde humanité.

samedi 13 juillet 2019

Une histoire vraie à la Luna

Esteban Perroy avait entendu cette histoire, racontée au festival d'Avignon durant l'été 2018. Un de ces récits extraordinaires qui s'impriment à jamais dans la mémoire.

Il avait quitté Avignon en jurant qu'il se mettait immédiatement à en écrire la transposition pour le théâtre. On avait cru à une promesse de fin de soirée.

Début septembre, il téléphona à celui qui lui avait confié la vie de son grand-père, l'invitant à une lecture. L'homme, stupéfait, accepta l'entrevue. Il sera bouleversé. Une histoire vraie avait pris corps. Le texte était aussitôt publié aux Editions Les Cygnes et une coproduction enclenchée avec le Théâtre de Poche Graslin de Nantes.

Les idées de mise en scène ne manquaient pas à l'auteur. Mais il préféra renouveler la collaboration avec William Mesguich, avec qui il avait travaillé sur Fluides (repris à 20 h 15 au Coin de la Lune). Le duo ne perdit pas de temps et choisit une forme immersive, avec mapping, un éclairage en ombres et lumières, et la présence sur scène d'un musicien. Une présence constante mais souvent discrète, se laissant à peine deviner derrière un rideau de perles.
Pour seul accessoire une chaise haute, qui est celle du conteur. Et pour décor, une suite d'images splendides, aux couleurs fortes, qui font donne au voyage une intensité particulière.

Esteban Perroy entre en scène et pose la main sur le livre qui prend une dimension sacrée. Il prévient le spectateur : Je vais te raconter un destin hors du commun, une aventure extraordinaire, un combat épique entre les ténèbres et la lumière. La véritable histoire d’un enfant dont l’ardeur de vivre se fracasse contre la monstruosité des hommes attisée par le chaos d’une époque. Tu seras révolté, horrifié, tu perdras pied. Peut-être espéreras-tu un miracle et ne t’accrocheras-tu qu’à des chimères ensorcelantes. Peut-être pleureras-tu. Mais je te promets que toujours ton cœur cognera dans ta poitrine, que la flamme de l’espoir se mêlera à tes larmes et qu’à la fin du récit ton envie de vivre sera décuplée.

Nous sommes en Arménie en 1915 et nous allons partager l'enfance heureuse de Vahram, un petit garçon de 5 ans, enthousiaste, toujours prêt à jouer avec son frère, âgé de de deux ans de plus que lui. Le père de Vahram et un notable. La cellule familiale est soudée autour du grand-père qui cultive le pavot. Chacun prend plaisir à partager les pâtisseries exquises que sa mère confectionne en suivant des recettes qui resteront secrètes. Ils vivent dans la plus parfaite quiétude dans ce pays où leurs ancêtres ont créé le premier pays chrétien de l'histoire.

Surgit une horde de Tchétés, des mercenaires Kurdes pour être exact. La soeur de l'enfant aura la garde tranchée. La maison est incendiée. Le grand frère entraine et protège le petit, qui retient ses sanglots et ses supplications. La mort est-elle joueuse ? Fallait-il des témoins pour raconter cette histoire ... ils auront pour le moment la vie sauve. Les yeux émeraude du bourreau hanteront à jamais les nuits de Vahram.

Le récit se poursuit, décrivant une horreur absolue, que soulignent les plaintes du violon. Leur fuite est semé d'embuches. Le grand frère a eu le doigt arraché et il est probablement gagné par la septicémie. Le petit fait tout ce qu'il peut. Sa vie est devenue un enfer : je ne suis pas mort mais je ne me sens plus vivant.
Il sera capturé, endoctriné, mais l'épopée sera ponctuée de plusieurs autres épisodes, tenant le spectateur en haleine, qui vivra avec l'enfant le voyage qui le mènera de Silvas à Alexandrette, des steppes de l’Anatolie aux rives de la Méditerranée au terme de six terribles années.

Vahram connaitra la paix suite à un épisode étonnant que je ne vais pas révéler. Mais si la fin est d'une certaine manière heureuse rien ne lui fait oublier son peuple décimé.

Esteban Perroy pointe avec justesse combien notre monde est un théâtre mis à feu et à sang en de multiples endroits du globe alors que Vahram fait serment de ne plus tuer en engageant aussi la parole de son fils. Cette scène de fin est aussi bouleversante que ce qui a précédé. Et d'autant plus qu'elle est, comme il nous le rappelle, une histoire vraie, celle d'un homme, celle de tout un peuple et ... de toute la planète qui mérite mal son surnom d'orange bleue alors qu'elle est striée de rivières de sang.
Une histoire vraie est un récit puissant qui réveille la conscience. Il était indispensable qu'elle soit écrite. Cette épopée contemporaine a (hélas) une portée universelle. Tout est juste. Les images choisies pour illustrer les instants les plus forts sans trop les souligner. La musique interprétée en live au violon. Le texte, superbe, ciselé comme un long poème, interprété par l’auteur.

On est bouleversé par tant d’horreur mais on en sort ébloui parce que les valeurs humaines finissent par triompher, nous invitant à partager autour de nous le message positif que ce spectacle véhicule admirablement, prouvant que l’on peut honorer la mémoire d’un peuple sans rien concéder à la beauté.
Une histoire vraie d'Esteban Perroy
Mise en scène et direction d'acteur : William Mesguich
Avec Esteban Perroy, Kordian Heretynski (violon)
Musique originale : Erwan Le Guen
Création sonore immersive : Maxime Richelme
Création visuelle originale et mapping : Thierry Vergnes
Ombres et lumière : Stéphane Baquet
Théâtre de La Luna à 11 h 20
1 rue Séverine, 84000 Avignon
A signaler la reprise parisienne de Colors, à la Pépinière Théâtre, 7 rue Louis le Grand – 75002 Paris / 01 42 61 44 16. Le spectacle culte sera jouée tous les dimanches à 21h à partir du 15 septembre, avec des comédiens et des musiciens parmi lesquels figure Kordian Hérétynski au violon, que l'on retrouvera avec plaisir.

Esteban Perroy en signe la mise en scène et Antho Floyd les lumières. Il annonce ce spectacle, culte depuis une douzaine d'années, comme étant une explosion de couleurs, de rire et de musique avec l'objectif de pulvériser le blues du dimanche soir, avec à chaque fois un nouveau guest comédien, humoriste, musicien ou une personnalité médiatique qui devient Miss ou Mister White avant de s'aventurer avec audace (ou inconscience) à l'art de l'improvisation, chaleureusement entouré par les Colors ...

jeudi 8 juillet 2021

La boite de Pandore d’Esteban Perroy à La Luna pour le Festival d’Avignon Off 2021

A la Luna, à 13 h 10, Esteban Perroy ouvre La boite de Pandore qu’il annonce être aussi bien un coffre au trésor qu’un réservoir de malheurs … puisqu’elle contient les désirs des hommes et leurs envies de pouvoir.

Il sollicite à plusieurs reprises le public, avec beaucoup de bienveillance, afin que spectateur et spectatrice suggèrent les thèmes qu’il va ensuite développer avec son compère (différent chaque jour) et le talent qu’on lui connaît.

En effet, le théâtre c’est aussi la capacité à improviser et Esteban en fait une fois de plus une démonstration éclatante, et parfaitement jouissive. C’est un grand maître en matière d’improvisation comme il en a fait la démonstration des centaines de fois avec Colors que j’avais vu à la Pépinière.
Les deux comédiens-clowns-mimes-chanteurs se donnent physiquement à fond. Avec un plaisir évident et non coupable. Il y a aussi une séquence musicale très réussie.
Vous pouvez venir plusieurs jours de suite. Ce sera toujours différent puisque c’est vous qui donnez le tempo.

Article extrait d’une publication intitulée « Ma journée du 8 juillet 2021 aux festivals d’Avignon ».

jeudi 7 mai 2020

Entre Voix confiné avec Esteban Perroy

Quel bonheur d'avoir pu joindre au téléphone Esteban Perroy pour un Entre Voix confiné. Cet humaniste donne sa vision de la "réponse collective que les artistes peuvent donner à notre monde qui saigne".

Toute l'émission peut-être réécoutée ici.

Ce comédien, auteur et metteur en scène, pianiste, animateur et scénographe d'événements internationaux, qui fut improvisateur et chroniqueur sur Nova, France Inter et Ciné-Cinéma, et qui est directeur depuis 1998 de l'École Française d'Improvisation Théâtrale est resté ultra actif depuis le début de la crise, tout en respectant le confinement.

Il anime depuis mars un live quotidien du lundi au vendredi à 14h30 sur Instagram : Inside Out. Il poursuit ses cours d'impro via Zoom et cet outil lui permettra même après la crise de pouvoir proposer l'enseignement à des personnes qui ne peuvent pas facilement se déplacer ou qui résident loin de la région parisienne.

En 2020 il publie deux nouveaux ouvrages : une adaptation théâtrale à six personnages des Hauts de Hurlevent avec Thierry Frémont et un recueil de récits ésotériques : Les Contes de la Blanche-Nuit.

Evidemment le confinement a stoppé les représentations du spectacle d’improvisation culte qui se jouait le dimanche soir depuis 13 ans Colors, et qui depuis deux ans se produisait au Théâtre de la Pépinière avec une personnalité surprise à chaque fois. Ce spectacle mythique est maintenue, ... sur Instagram, à l'horaire habituel, dans une formule un peu modifiée mais toujours créative.

Il avait choisi comme musique de fin At last d'Etta James.
Ce billet est illustré d'une photo prise en février 2020 au Théâtre de la Pépinière à la fin du spectacle.
Les critiques de ses derniers spectacles sont .

jeudi 8 juillet 2021

Les Hauts de Hurlevent de E. Brontë et Esteban Perroy aux Gémeaux pour le Festival d’Avignon Off 2021


Changement radical de registre aujourd’hui, à 19 h 40, quand Les Hauts de Hurlevent soufflent sur les Gémeaux. C'est un roman très lu d’Emily Brontë, plusieurs fois mis en images au cinéma, que Esteban Perroy a décidé d’adapter en ouvrant sans doute sa Boite de Pandore personnelle.

(Il propose par ailleurs à La Luna un spectacle d’improvisation du même titre, que j’ai vu ce matin et que je recommande pour tous les publics).

La pièce démarre sur une promesse de cauchemar qui commence à l’automne 1801 mais où néanmoins surgissent quelques touches d’humour. Les changements de décor à vue sont très élégants, permettant d’enchaîner les actions sans laisser le spectateur reprendre ses esprits.

Je ne sais pas si le passé c’est comme un cadavre, ça ne se déterre pas.

William Mesguich a eu bien raison de se lancer dans cette aventure là. Il a mis en scène cette valse de pantins qui vont s’entre-tuer. A vous de juger qui est le plus machiavélique de Catherine ou de Heathcliff.

Article extrait d’une publication intitulée « Ma journée du 8 juillet 2021 aux festivals d’Avignon ».

Ma journée du 8 juillet 2021 aux festivals d’Avignon

 Je démarre à 10 heures par un conte musical et fantaisiste autant visuel qu’auditif au Coin de la lune. L’enfant de l’orchestre, c’est Amadea, la petite sœur de Mozart, dont on entend la voix enregistrée. Elle interviendra à plusieurs reprises au cours du spectacle pour interroger sans relâche sa mère à propos de sa filiation.

À partir d’une intrigue qui résonne sans doute dans les préoccupations des jeunes enfants, Morgane Raoux a imaginé un scénario qui lui permet de raconter une histoire à peu près plausible, en tout cas captivante pour un jeune public. Elle est prétexte à jouer et chanter des airs célèbres pour illustrer musicalement la recherche de l’enfant. 

C’est d’une qualité irréprochable. Avec fantaisie et rigueur. Les voix sont belles. Les paroles sont à la portée d’un jeune public. D’ailleurs, ils étaient nombreux ce matin, et fort attentifs. Mais j’ai quelques réserves au plan didactique. J’ai plusieurs fois éprouvé une envie furieuse de shazamer (mon smartphone étant en mode avion l’opération était impossible) quand je peinais à mettre un titre sur un morceau. Ma mémoire n’avait pas le temps de répondre que déjà on enchaînait avec l’extrait suivant.

Je serais la maman (je n’ai pas vu de papa dans la salle) je me serais évidemment sentie obligée d’acheter le CD du spectacle pour faire de la pédagogie musicale de retour à la maison. J’espère qu’il contient en parallèle les versions chantées et les versions instrumentales afin d’éduquer les jeunes oreilles, et de permettre aux adultes de réviser (voire de viser) les classiques.
En face, à la Luna, à 13 h 10, Esteban Perroy ouvre La boite de Pandore qu’il annonce être aussi bien un coffre au trésor qu’un réservoir de malheurs … puisqu’elle contient les désirs des hommes et leurs envies de pouvoir. Il sollicite à plusieurs reprises le public, avec beaucoup de bienveillance, afin que spectateur et spectatrice suggèrent les thèmes qu’il va ensuite développer avec son compère (différent chaque jour) et le talent qu’on lui connaît. En effet, le théâtre c’est aussi la capacité à improviser et Esteban en fait une fois de plus une démonstration éclatante, et parfaitement jouissive.
Les deux comédiens-clowns-mimes-chanteurs se donnent physiquement à fond. Avec un plaisir évident et non coupable. Il y a aussi une séquence musicale très réussie.
Vous pouvez venir plusieurs jours de suite. Ce sera toujours différent puisque c’est vous qui donnez le tempo.

Le bonheur des uns démontre aux Béliers à 13 h 10 que pour être heureux il ne suffit pas d’avoir « tout pour ». L’écriture du spectacle joue sur les mots, avec les mots. Avoir ou être, telle est la question que les quatre comédiens vont développer au cours d’une intrigue à rebondissements permanents, écrite par Côme de Bellescize.
Le propos n’est pas particulièrement nouveau en soi. On sait que beaucoup d’enseignants ont choisi leur métier avec l’ambition de soigner le monde par l’éducation. On sait aussi combien ils peuvent déprimer en réalisant qu’ils tracent sur les copies de leurs élèves des mensonges à l’encre verte pour leur faire croire que la vie sera belle. L’éducation positive, la bienveillance, le recours à la méditation, se centrer sur son intériorité, adopter la méthode Coué, aucune de ces pistes n’est nouvelle. Mais le spectacle est parfaitement bien construit en miroir. Elle et Lui échangent leurs positions avec Voisin et Voisine. J’y ai vu l’évocation d’une Antigone voulant prendre sur ses épaules tous les malheurs du monde. Les costumes, dans un camaïeu de beige, poussière d’or ou cendre, sont très réussis pour signifier des individus interchangeables.
C’est un spectacle qui distrait autant qu’il fait réfléchir sur le concept de bonheur. La conclusion est évidemment à mettre en pratique sans délai : Ce qui n’est pas donné est perdu, alors donnons.

Retour à la musique à 14 h 45 aux Gémeaux avec Badine, mis en scène par Salomé Villiers. Le spectacle commence par  la lecture de la célèbre lettre de George Sand à Musset. Amour … amitié …le propos est original puisqu’il s’agit de démontrer qu’une tragédie peut se faufiler sous l’apparence d’un conte musical, cette fois pour adultes. Salomé Villiers a choisi fort habilement de détourner des airs célèbres en utilisant comme paroles des textes de nouvelles d’Alfred de Musset. La voix de Rosette, la chanteuse, qui est également comédienne, est d’une pureté merveilleuse, à tel point qu’elle dégage quelque chose de surnaturel.
Camille (Delphine Depardieu, que vous pouvez voir aussi dans La Mégère apprivoisée au Chêne noir) veux aimer d’un amour éternel mais ne pas souffrir. Son cousin Perdican cherche à la convaincre que la trahison d’un homme n’est pas si grave que cela, suggérant le remède de prendre un amant, et soulignant qu’il y a pire, à savoir le mensonge de l’amour divin, alors qu’elle lui annonce son intention de devenir religieuse.
Très régulièrement, reviendra en boucle j’ai souffert mais mais j’ai aimé.
Badine interroge sur le mensonge, sur la puissance des sentiments, et le concept de bonheur (lui aussi), lequel est une perle rare. Seuls les pêcheurs célestes peuvent le capturer. La rhétorique est universelle et ceux qui ont assisté à La nuit du loup (au Chêne noir) ne manqueront pas le rapprochement avec d’autres textes.
Nous avons joué avec la vie et la mort mais notre cœur est purNous sommes bien dans la tragédie. Badine ne se noie pas dans l’eau de rose comme trop souvent on en asperge le théâtre de Musset. Excellent.
Allez,  je reste aux Gémeaux pour découvrir à 17 h 20 la nouvelle mise en scène de Stéphane Cottin à partir des délires burlesques, imaginés et partitionnés par le musicien–comédien Jean-Paul Farré, Dessine-moi un piano. Ce pianiste-orchestre a déjà prouvé dans le passé sa maitrise à nous livrer un récital dé-concertant. Le voilà qui revient à trottinette, fait tomber les notes, joue l’épouvantail à piano, frappe les trois coups avec des sacs en papier (c’était le jeu préféré de mon père pour nous effrayer mon petit frère et moi). Se proclame Auguste face à un partenaire qui serait le clown blanc, sauf qu’il est noir. Il nous fait partager ses souvenirs d’astiqueur, de blanchisseur de touches, remplaceur de pédale, accordeur, déménageur de pupitre, testeur de tabouret,… et de banquette, tourneur de page.
Il ramène régulièrement ses cheveux derrière l’oreille pour nous mettre de mèche avec lui. Son discours est surréaliste mais sa dextérité est prodigieuse. Il mérite bien plus qu’une note en bas de page. La meilleure évidemment.
Il joue assis sur une banquette, sur un siège, sur un ballon. Il est loufoque et sérieux à la fois. Le spectacle est enrichi de ponctuations musicales enregistrées entre les tableaux. Un chat miaule sur la lettre à Élise. Il décroche un sol. Quand il termine en nous confiant : Dessine-moi un piano, ce sera mon petit prince à moi, on veut lui répondre que c’est aussi un petit peu le nôtre.
Changement radical de registre, à 19 h 40, quand Les Hauts de Hurlevent soufflent sur les Gémeaux. C'est un roman très lu d’Emily Brontë, plusieurs fois mis en images au cinéma, que Esteban Perroy a décidé d’adapter en ouvrant sans doute sa Boite de Pandore personnelle. La pièce démarre sur une promesse de cauchemar qui commence à l’automne 1801 mais où néanmoins surgissent quelques touches d’humour. Les changements de décor à vue sont très élégants, permettant d’enchaîner les actions sans laisser le spectateur reprendre ses esprits.
Je ne sais pas si le passé c’est comme un cadavre, ça ne se déterre pas. William Mesguich a eu bien raison de se lancer dans cette aventure là. Il a mis en scène cette valse de pantins qui vont s’entre-tuer. A vous de juger qui est le plus machiavélique de Catherine ou de Heathcliff.
Parce que le festival d’Avignon est autant in que off, partons au Cloître des Carmes, où commence à 21 h 30 Ceux-Qui-Vont-Contre-Le-Vent par une altercation en français, anglais, allemand et arabe aussi. Provoquant surprises et rires. Le propos est sérieux : cette vie là d’aujourd’hui ça n’aura plus de sens. On dira c’était comme ça à l’époque.
J’ai l’étrange sentiment d’assister à un spectacle silencieux alors qu’il n’est pas sans paroles. C’est que les regards, les mouvements y pèsent autant que les mots.
C’est une chorégraphie des émotions que Nathalie Béasse a bâtie avec ses comédiens. Elle démontre que l’on peut parler avec autre chose que des mots même si des mots sont prononcés. Elle avait promis des émotions nouvelles et c’est ce que l’on ressent, à l’instar de Pina Bausch qui révolutionna le monde de la danse. Il me semble que cette metteuse en scène fait réellement bouger les lignes du théâtre.
Les tableaux se succèdent avec fluidité. Si j’en avais le temps j’entreprendrais cette nuit une lecture lacanienne. Il faut tenir la hanche, demande une comédienne, l’orange coincée contre son muscle …On assiste à toutes les manières d’éclater un ballon avec son corps. On joue avec l’eau. On joue avec les mots. On transporte le désordre. On interroge sur l’accumulation et l’incapacité de beaucoup d’entre nous à jeter. Alors les comédiens se jettent dans les bras les uns des autres.
C’est vraiment un spectacle où le spectateur se sent partie prenante de ce parti pris.

dimanche 14 juillet 2019

Quelques grands seul(e)s en scène avec Eva Rami, Eric Métayer, Raphaëlle Saudinos, Marc Pistolesi...

La performance d'un acteur me touche particulièrement quand il est seul en scène. Dans la forêt des propositions, plusieurs m'ont séduites. Quand je dis ici "seul en scène" je pense à ces spectacles où un comédien endosse successivement plusieurs rôles, donnant au spectateur l'impression de voir double.

J'ajouterai quelques autres où la transformation est peut-être moins soudaine mais si nette que je voulais pointer cette capacité si particulière qu'ont les grands comédiens à pratiquer la rupture de ton.

A ces spectacles en tout cas dont la reprise par un autre comédien serait inenvisageable. Voilà pourquoi je ne parlerai pas dans ce billet du Syndrome du banc de touche ni d'Un coeur simple alors que si je devais leur attribuer une note je mettrai au moins 9 sur 10 à Léa Girardet comme à Isabelle Andréani.

Pareillement pour Esteban Perroy dans Une histoire vraie ou Grégori Baquet dans le K et auxquels j'ai consacré un billet dans cette série sur le festival d'Avignon. Il me semble que leur rôle pourrait être interprété par quelqu'un d'autre. Ce fut d'ailleurs le cas pour un autre excellent spectacle, Venise n'est pas en Italie.

Les performances de Eva Rami, Eric Métayer, Raphaëlle Saudinos, Marc Pistolesi, Elise Noiraud, Omar Porras ou Olivier Denizet appartiennent à une autre catégorie.
J'avais vu Olivier Denizet en avant-première à la Huchette, et je l'ai parfaitement reconnu à La Luna cet été, où il jouait à 19 h 05.
Eva Rami fut un de mes énormes coups de coeur. Je l’avais remarquée dans Et le coeur fume encore au 11 Gilgamesh Belleville (en robe rouge ci-dessus) et j’ai bouleversé mon emploi du temps pour y caser T'es toi ! à la Condition des Soies à 11 h 15. Bien m’en a pris. Cette jeune femme est plus qu’un Stradivarius, c’est un orchestre. Elle passe d’un emploi à l’autre en moins d’une seconde. C’est toujours juste, drôle bien sûr, mais aussi tendre et incisif (oui c’est possible). La vingtaine de personnages offre un panorama truculent, aussi amusant qu'attachant.

Comme personne ne m'en avait parlé j'ai cru assister à une création, alors qu'Eva était déjà à l’affiche l'année dernière en Avignon. Il faut plusieurs mois avant que le bouche à oreille ne produise un grand effet (ce fut un peu pareil pour Elise Noiraud dont Le champ des possibles a affiché complet au bout de quelques jours au Transversal. Il s'agit tout de même du troisième volet de son autofiction.

Bien qu'il soit difficile d'obtenir une place (ou un coussin) pour T'es toi ! j'ai malgré tout recommandé à beaucoup de personnes de tenter le coup. Les parisiens auront la chance, à partir de janvier 2020, de suivre ses péripéties de la petite araignée quand elle sera à l’affiche du Théâtre de la Huchette.

Eva démontre que quand on veut on peut et que quand on peut on doit. Enfant, elle disait qu’elle voulait, une fois grande, faire "Elie Kakou" comme métier. Je dirai qu’elle fait celui là mais aussi "Philippe Caubère" ... Je dis ça ... je dis rien... Et ses parents ont bien raison d'être fiers de la "petite".

Elle avait écrit un premier seul en scène Vole ! qui retraçait le passage difficile de l’adolescence vers l’âge adulte. Comment ai-je pu ignorer ce spectacle ? 

Ce second opus a été également programmé à la Condition des Soies, mais cette fois dans la rotonde, dite salle Molière, devenue emblématique du festival depuis que l’immense Philippe Caubère y avait créé La danse du diable en 1981. La Condition des Soies était alors une salle du festival in.... 
Eva y a rendez-vous avec son avatar, Elsa Ravi, pour aborder cette fois la difficulté de s’imposer dans sa vie d’adulte, tant sur le plan familial que professionnel. Et le contrat est rempli puisque le public a, le jour de ma venue, interrompu plusieurs fois la comédienne pour l’applaudir sans attendre la fin. On m'a dit que c'était comme ça tous les jours et vous remarquerez la puissance (et la fréquence) des rires dans le court extrait de 2 minutes qui donne bien le ton et que je vous invite à ouvrir ...

lundi 13 avril 2020

Le blog a 13 ans

Il fallait bien que cela arrive ... Un jour le blog passerait le cap des 13 ans. Signe de chance si l'on en croit Claude Lelouch ....

J'aurais dû écrire ce billet il y a deux mois, comme je le fais chaque année à la mi-février, mais la situation devenait surréaliste, partagée entre les pressions et la crainte d'une contamination. Manque de chance, je suis tombée malade.

2020 sera une année blanche diront bientôt les artistes empêchés de se produire devant le public, et les écrivains suivront en souffrant d'être privés de rencontres dans les librairies et dans les salons avant de songer à employer des moyens dits virtuels, comme Zoom et Skype pour maintenir les liens.

Année noire pour les malades et leurs proches.

Année grise au final ? Qui vivra verra.

2019 aura été en tout cas une année riche d'événements dont je n'ai pas toujours rendu compte suffisamment sur le blog. Notamment le festival d'Avignon où j'ai peut-être vu "trop" de spectacles ...

J'ai adoré l'expérience du Grand bazar des Savoirs au Théâtre Firmin Gémier la Piscine. Partager cinq de mes passions (le théâtre, le Mexique, l'écriture, la cuisine, la radio) avec le public aura réactivé mon envie d'écrire au-delà de l'espace du blog et de le faire également déborder un peu de sa ligne éditoriale. Voilà pourquoi j'ai publié une série de nouvelles, presqu'une dizaine, mais il en reste à venir. Et j'ai d'autres projets d'écriture dont j'espère pouvoir parler en février 2021, ce qui prouvera que les mois prochains n'auront pas été "blancs".

J'avais exprimé il y a trois ans mon souhait de combiner l'écrit avec l'oral, en l'occurrence à la radio. En dix-huit mois j'aurais enregistré 170 chroniques et 71 émissions. C'est beaucoup et l'heure viendra de faire des choix, faute de s'épuiser, et de ne parvenir à faire la radio qu'au détriment du blog.

En ces jours si particuliers, qu'on espère ne pas devoir revivre, nous sommes nombreux à reconsidérer notre vie, et nos priorités. Je ne vais pas échapper à ce bilan.
Parallèlement, et là encore, rien d'extraordinaire à cela, nous sommes nombreux à vouloir agir, et sortir de l'enfermement, d'une manière ou d'une autre. La mienne passera par des interviews de personnalités qui se livreront en toute intimité, mais avec pudeur, à travers des "Entre Voix confinés", enregistrés par téléphone, dans un format plus court que ceux que je faisais en face à face en studio uniquement. Ce sont tous des amis, ce qui explique que, pour une fois, j'emploierai le tutoiement. 

Il y aura
Ils vont dire en quoi le confinement aura été propice pour eux à vivre différemment. On pourra les ré-entendre à partir du 15 mai en suivant ce lien. J'aurais adoré poursuivre ce type d'émission mais la direction de Needradio n'a pas voulu continuer alors que la France se déconfinait, même lentement.

Ces entretiens m'ont amenée à remettre en question ma façon d'interviewer même si je n'ai pas à rougir de ce que je faisais dans les Entre Voix classiques. Et que sans doute il y aura davantage de portraits sur le blog, en version écrite.
Et si 2020 était une année ... orange !

dimanche 30 juin 2019

Ce que j'irai voir en Avignon et ce que je vous recommande

Avec plus de 1500 propositions, le Festival d’Avignon est sans doute le plus important au monde.

Même si ce nom est synonyme de théâtre, ce festival est bien plus que cela. C’est un rendez-vous sans pareil autour de toutes les formes de spectacles vivants parce qu’on va y voir bien entendu du théâtre, toutes les formes de théâtre, aussi bien en salle qu’en extérieur, du théâtre classique, du drame, de la comédie, de l’improvisation, du stand up, du boulevard, du théâtre d’objets, de la marionnette, du théâtre contemporain … et aussi de la chanson, de la danse,

Beaucoup de créations sont faites en Avignon. C’est un vivier pour les directeurs de salles pour leur permettre de finaliser leur programmation.

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