vendredi 13 septembre 2019

Fahim, de Pierre-Francois Martin-Laval


Fahim est le sixième film de Pierre-Francois Martin-Laval, dont nous nous rappelons comme comédien dans Les Robins des Bois. C’est le prénom de ce petit garçon dont l’histoire, vraie, a inspiré le réalisateur qui dédie le film au vrai Sylvain Charpentier (Gérard Depardieu), décédé il y a quelques années à 54 ans.

l'histoire d'un petit garçon qui failli mourir au Bangladesh de la jalousie provoquée par son talent aux échecs et qui devint français pour ce mérite.

Il commence par des images d’archives de répression tournées au Bangladesh dont j’ignorais le nom de la capitale, Dacca. Nous sommes en mai 2011. Le réalisateur a été tourner des images terrifiantes qui témoignent de la pauvreté, la surpopulation, l’atmosphère. La caméra s’attarde dans la rue sur Fahim, en train de faire une partie d’échecs sur le chemin du retour de l’école. Le regard du gamin fatigué balayant l’échiquier est touchant. Il est manifestement exploité par un parieur qui gagne de l’argent sur le dos de l’enfant qui doit réclamer sa (petite) part. On remarquera ensuite que son père exerce un métier qui témoigne de grandes valeurs humaines puisqu’il est pompier.

On entre avec lui dans la maison après quelques plans intermédiaires qui rappellent le moment tragique où l’enfant faillit être enlevé sous les yeux de ses parents. Ils ont tous les deux promis à leur fils que le voyage est destiné à lui faire connaître un grand maître dans l’art des échecs (la caméra s'attarde sur le livre "un roi clandestin" dont est tiré le scénario...). La scène d’adieu entre la mère et le duo père-fils est particulièrement touchante parce que le spectateur comprend que l’enjeu est tout autre : ensuite on sera tous ensemble promet le mari à sa femme.

Ils vont prendre un autobus, le bac puis payer un passeur pour franchir la frontière avec l’Inde où la corruption est importante on on suit leur difficile voyage et la foire d’empoigne pour monter dans le train. Encore heureux d’avoir une petite place sur le toit. Puis ce sera le tuk-tuk jusqu’à l’aéroport. Le réalisateur fait une ellipse et nous ne saurons pas comment ils obtiennent un billet d’avion ni pourquoi ils atterrissent à Orly. Ce trajet est l’occasion de nous de pointer le grand désir de l’enfant de découvrir la mer (qu’il confond avec les nuages) et l’étonnement de voyager dans un métro aérien sans conducteur.

Pour le père, la France est associée à l’image de la tour Eiffel que l’on voit se profiler derrière lui (et qui plus tard sera le lieu où il se fera arrêter par la police alors qu’il essaiera misérablement de gagner sa vie en vendant des tours Eiffel). Pour l’enfant la France est synonyme de Zidane. Les voici ensuite dans un hôtel qui porte le nom sans doute pas anodin d’hôtel de la paix. La recherche de travail échoue pour le père. Ils dorment bientôt dans la rue mais sont secourus par La Croix rouge en maraude. L'enfant s’étonne de n’avoir pas rencontré le fameux professeur d’échecs et les voilà à Créteil, dans le quartier si reconnaissable à ses immeubles aux balcons en forme de feuilles (qui constituaient le décor du livre Le fou de Hind).
C'était une grande chance de découvrir ce film en avant-première dans le cadre du festival Paysages de Cinéastes. Il sera sur les écrans le 16 octobre. Gérard Depardieu y est, sans surprise, exceptionnel. La première confrontation de l'enfant avec le maitre des échecs révèle son mauvais caractère et la difficulté de communication en raison également de la langue. La scène d’explication de leur motivation à demander l’asile est terrible. D’autres films ont déjà révélé de la malhonnêteté de certains traducteur désireux d'avantager une ethnie plutôt qu’une autre.

Six mois ont passé. Sylvain est toujours bourru comme on s’y attendait. Les échecs ce n’est pas un jeu mais une guerre. C’est un sport violent disait l'immense champion Kasparov. L’entraîneur oblige ses élèves à faire régulièrement une activité sportive pour libérer des hormones qui ensuite favoriseront leur concentration.

Plusieurs anecdotes sont inévitablement présentes dans le scénario comme l’épisode de l’apprentissage du maniement de la fourchette et du couteau, une séquence de danse à la mode Bollywoodienne vécue en rêve.

La secrétaire du club d'échecs (Isabelle Nanty) est le combiné de trois personnes "réelles" : la secrétaire du club, une dame qui les a aidés pour l'administration et une autre qui, après avoir vu son titre de champion sur Facebook, a interpellé sur son cas, en direct sur France Inter, François Fillon, alors Premier ministre.

Le personnage de Sylvain a été confié à Gérard Depardieu sans penser à un autre comédien. Le réalisateur a connu le vrai entraineur de Fahim et a donc dirigé le comédien en connaissance de cause. Quand apparaissent ses photos au générique de fin les spectateurs perçoivent la cohérence du choix. Par contre il fallut des mois de casting dans les communautés Bangladeshi avant de trouver Fahim ... ne savait pas jouer aux échecs.

Certaines répliques de Sylvain sont à double sens comme par exemple celle-ci : il y a plus d’aventure sur un échiquier que sur toutes les guerres du monde. On apprend des termes techniques. Ainsi un match se dit une ronde.
Avec les images du camp de réfugiés de la porte des Lilas, le film devient un film social. Qui pointe des dysfonctionnements dans l’attribution des papiers, qui témoigne de la rigidité des statuts de certaines fédérations, qui montre avec beaucoup de sensibilité la manière qu’ont les parents de ses petits camarades de vouloir l’aider mais qui en fait lui témoignent surtout de la pitié.

Mais tout finira bien. Faim deviendra champion de France d’échec des moins de 12 ans, ce qui lui vaudra d’acquérir la nationalité française et les papiers qui vont avec. Il donne pleinement raison à Sylvain : J’ai vu des nains devenir des géants.

Fahim est l'adaptation du roman "Un Roi clandestin", un récit autobiographique coécrit par Fahim Mohammad, Sophie Le Callennec et Xavier Parmentier, publié en 2014 aux éditions Les Arènes.

Xavier Parmentier, né le 9 décembre 1963 à L'Haÿ-les-Roses et décédé le 30 avril 2016 à Paris des suites d’un cancer du cerveau et de la moëlle épinière, était un entraîneur d’échecs français de nature exceptionnelle. Ayant appris à jouer aux échecs vers l’âge de 12 ans il donne ses premiers cours en tant qu’entraîneur vers l’âge de 17 ans tout en menant parallèlement des études de mathématiques appliquées aux sciences sociales, qu’il arrêtera ensuite pour se consacrer totalement aux échecs. 

Il a commencé sa carrière d'entraîneur en 1983. Il a entrainé de nombreux champions dans les catégories jeunes, parmi lesquels Jonathan Dourerassou, Quentin Loiseau, Aurélie Dacalor, Fahim Mohammad, Marie Sebag, Murtas Kazhgaleïev ou encore Wassel Bousmaha : 13 podiums en France, dont 4 titres de champions de France.

Il a entraîné bénévolement durant des années le jeune Fahim Mohammad, enfant sans papier arrivé du Bangladesh à l’âge de huit ans mais aussi soutenu matériellement, jusqu’à ce que Fahim devienne champion de France des pupilles en 2012 puis champion du monde des scolaires en 2013. La forte médiatisation de cette histoire a permis à Fahim et à sa famille d’obtenir des papiers pour demeurer en France.

Il a également été entraîneur d’entraîneurs, et atteint le grade d’entraîneur d’échecs FIDE, le plus haut niveau mondial pour un entraîneur, en 2006. Passionné infatigable, il donnait encore des cours via Skype sur son lit d’hôpital. Il fut un des meilleurs pour entraîner et repérer des champions.

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