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Comme promis les 70 articles des spectacles vus aux festivals d'Avignon In, Off et If ont été publiés (mois de juillet). Arrivent maintenant les critiques de la rentrée littéraire (mois d'août). Merci de votre patience …

dimanche 17 juillet 2022

Bananas (and Kings), de et mis en scène par Julie Timmerman au Théâtre de l’Oulle (Avignon 2022)

Partons au Théâtre de l’Oulle, qui est la plus grande salle de La Factory, pour trois spectacles qui, eux aussi feront réfléchir.

Bananas (and Kings) dénonce à 14 h 50 les pratiques scandaleuses et pourtant éternelles des lobbys des riches au détriment des pauvres, … et de la planète, qui va finir par ne pas s’en remettre.

On sait pourtant que la monoculture est un boulevard pour les maladies. Et que l’extinction de plusieurs espèces animales, au profit d’une autre est à l’origine des pandémies.

Après moi le déluge, telle est la devise de ces rois du pétrole qui saccageront pays après pays pour y surexploiter leurs bananeraies tant qu’il sera plus facile de faire avec une mauvaise conscience qu’avec une mauvaise réputation, comme le disait Edward Bernays.

Il peut pourtant y avoir des "contre-lobbys". Gérard Philipe, en son temps, avait été un des premiers à signer la pétition de l'appel de Stockholm en 1950 contre l'armement nucléaire en pleine guerre froide et je rappelle l’exposition qui lui est consacrée à la Maison Jean Vilar.
Le spectacle s'appuie sur des faits hélas réels :
- En 1871, Minor Keith débarque au Costa Rica. Il plante des bananiers partout en Amérique centrale, exploite les hommes, trompe le fisc, empoisonne les sols, en faisant prospérer la United Fruit.
- 60 ans plus tard, son successeur Sam Zemurray, immigré, juif, végétarien, self-made-man proche de ses ouvriers, parlant des dialectes mayas, laisse entrevoir un avenir plus humain. Mais il va devenir expert en lobbying.
- 1953, Jacobo Arbenz est élu président du Guatemala. Ce socialiste est l'espoir des sans-terres. Sa réforme agraire nuit aux intérêts de la United Fruit Company qui représente alors 33% du marché mondial de la banane. Il sera renversé par un coup d'état organisé par Sam en 1954 avec des hommes de l'ombre, Edward Bernays, conseiller en Relations Publiques et les frères Dulles, occupant de très hautes fonctions à la CIA et à la Maison Blanche.
- 1989 l'UFC change de nom pour la Chiquita Brands International suite à la volonté de donner une nouvelle image à la marque dans le but de rassurer les investisseurs et les consommateurs après la série de scandales liés à la corruption, l'exploitation humaine et le trafic d'influence.
Le sujet est éminemment politique et  sulfureux. On ne ressort pas indemne de cet excellent spectacle qui secoue nos consciences. Le désastre écologique et humain qu'il retrace et dénonce est indubitable. Ce n'est pas une fiction.

Tout l'art de la compagnie est de le faire en s'inspirant de la tradition de la dénonciation par la bouffonnerie que les argentins ont élevé au rang d'art théâtral. Il suffit de se souvenir de Copi ou d'Alfredo Arias.

On passe du film de gansters au western, du clown à la tragédie, de la fresque historique à la BD, sans oublier l'imaginaire maya de nature magique.

C’est très drôle, sinon nous partirions en continuant de nous voiler la face. C’est onirique et magique grâce à la présence de la Llorona, cette femme fantôme qui hante les corrompus à la manière d’une Katrina mexicaine et qui est le seul personnage "inventé".

C’est très bien interprété par 4 comédiens qui endossent 34 rôles. Avec des dialogue percutants qui, souvent, font froid dans le dos puisqu'on sait qu'ils reposent sur la vérité historique. Quand on pens qu'à l'époque on donnait une banane à chaque immigré débarquant à New York, ce qui justifie le choix de l'affiche avec un montage remplaçant le flambeau de la statue de la Liberté par un régime de bananes

Je rappelle que, bien que très différent, le spectacle de Julia Duchaussoy à 10 h au Théâtre du Roi René Avignon est dans la même veine.

Enfin j'ajoute (mais je ne l'ai appris que bien après avoir quitté Avignon) que la compagnie présente une autre pièce, Un démocrate, à la Condition des soies à 11 h 25. Julie propose une traversée épique à l’humour impitoyable de la vie et de l’œuvre d’Edward Bernays (1891-1995), neveu de Freud, inventeur dans les années 20 de techniques de manipulation des masses sans précédent : la "Fabrication du consentement" dont se sont inspirés les dirigeants nazis.

Aucun doute que Julie Timmerman est une femme à suivre !
Bananas (and Kings), de et mis en scène par Julie Timmerman
Avec Anne Cressent, Mathieue Desfemmes, Jean-Baptiste Verquin, Julie Timmerman
Scénographie Charlotte Villermet
Lumière Philippe Sazerat
Costumes Dominique Rocher
Musique Benjamin laurent
Vidéo Jean-Baptiste Pigneur
Sélection 2020-2021 du Bureau des Lecteurs de la Comédie-Française

Spectacle vu le Dimanche 17 juillet 2022 au Théâtre de l’Oulle. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après dans la matinée.

Pour accéder aux photos du spectacle, suivre le lien :
 
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