Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

samedi 5 novembre 2022

Que vais-je offrir à Noël ?

J’ai eu l’occasion de découvrir cet été en avant-première des objets qui m’ont semblé avoir le potentiel pour être des cadeaux de fin d’année idéaux. Et pourtant il était drôle tout de même d’avoir cette pensée en pleine canicule alors que la perspective de Noël était carrément surréaliste. Voilà pourquoi j’ai attendu pour en parler. Mais, croyez-moi, si j’ai eu un coup de coeur, c'est qu'il était fort.

Il est (très) rare que je me laisse aller à des confidences qui prennent l’allure de préconisations mais j’ai tellement été emballée par quelques objets de l’univers de la cuisine, au sens large, il y a quelques semaines que j’ai pensé que cela valait le coup de les partager, puisqu’elles me trottent encore dans la tête.

Et sinon, il reste l’option abonnement dans une salle de cinéma ou un théâtre.

Je vais commencer par un des articles fabriqués par une marque que j'affectionne, Microplane. Cette fois il s'agit d'un objet qui cadre totalement avec une ambiance festive puisque c'est une très élégante râpe à truffe 2 en 1 avec son manche en noyer huilé. On peut râper une truffe sans la déchiqueter mais on peut aussi la trancher selon l'épaisseur souhaitée. Et bien sûr, en vertu de qui peut le plus peut le moins, elle servira pour tous les aliments fragiles comme les champignons ou même les fraises.

Si la personne de votre coeur n'a pas encore l'ultra fameux testeur iconique employé par tous les grands chefs, sachez qu'il habille son manche de nouveaux graphismes originaux. Désigné sous le nom d'Aquarelle, une nouvelle édition limitée a été conçue pour celui qui se sent l’âme d’un artiste. La lame «signature» de la marque américaine est toujours la même, durable et affûtée à l’extrême pour des résultats incomparables.
Je l’utilise quasi quotidiennement comme les autres râpes, plus larges et mieux adaptées aux légumes.
Chez Kitchen Aid, outre tous les robots ménagers, on trouvera cet hiver un formidable mini-hâchoir capable aussi d’émulsionner. Très astucieux puisque les accessoires se rangent dans le socle. Je l’ai photographié derrière des cookies surmontés d’une crème fouettée à la pistache, faite maison grâce à cet appareil.
J’aime boire le café le matin dans une grande tasse à déjeuner. Ce n’est pas fréquent d’en trouver de jolies comme cette tasse jumbo proposée par la Maison Roussot. C’est une marque d’art de la table et d’objets déco personnalisables réalisés en France. Les créations sont exclusives. Elles sont élaborées dans le studio de design nantais et fabriquées en collaboration avec des artisans français.
Ces mugs à oreilles existent avec des mots classiques comme Liberté ou Chance, ou encore des noms de personnages familiaux. Mais on peut passer commande en en choisissant son texte et l’article deviendra unique. Et pourquoi pas A bride abattue ?

jeudi 3 novembre 2022

Le Soldat désaccordé de Gilles Marchand

Je l’ai déjà avoué, je ne me précipite pas sur un livre (un film, une pièce de théâtre ou une exposition) qui a pour sujet un des grands conflits internationaux. J’ai la guerre en horreur et je n’ai pas du tout envie qu’on me force à me replonger dans ce qui fut (aussi) des souvenirs familiaux.

Je me rappelle trop bien ce que mon grand-père en disait. Coupant court aux confidences et aux apitoiements, il répétait qu’aucune guerre ne valait d’être faite. Qu’aucune bataille ne méritait une médaille. Il avait -en toute cohérence- refusé la Croix de guerre.

Il était cependant patriote, mais il avait été, je crois, écœuré par le comportement de l’état-major et comprenait qu’on ait pu vouloir déserter, non par manque de courage mais dans une sorte de mouvement de rébellion. Plus tard, quand l’amitié franco-allemande fut à l’ordre du jour, le sujet restait encore tabou, mais pour cette même raison que je lis (p. 38) : Heureusement qu’on détestait les boches sinon comment aurait-on fait pour tenir ? (…) si on avait su qu’un boche c’était rien qu’un Français qui parle allemand on aurait eu du mal à continuer à leur tirer dessus.

Si j’ai lu le livre de Gilles Marchand c’est parce que j’ai beaucoup de respect pour cet auteur que je connais depuis qu’il a été remarqué en 2016 par Hors Concours pour son premier roman. J’apprécie son humanité. J’ai décidé de lui faire confiance. Et je n’ai pas été déçue.

J’ai retrouvé cette problématique des soldats traqués pour avoir cherché à éviter les combats dans Le soldat désaccordé et plusieurs aspects dont on ne parle pas beaucoup et qui tenaient à coeur à mon aïeul.
Paris, années 20, un ancien combattant est chargé de retrouver un soldat disparu en 1917. Arpentant les champs de bataille, interrogeant témoins et soldats, il va découvrir, au milieu de mille histoires plus incroyables les unes que les autres, la folle histoire d’amour que le jeune homme a vécue au milieu de l’Enfer. Alors que l’enquête progresse, la France se rapproche d’une nouvelle guerre et notre héros se jette à corps perdu dans cette mission désespérée, devenue sa seule source d’espoir dans un monde qui s’effondre.
Le thème est original et magnifiquement traité. Qui mieux qu’un ancien soldat serait plus compétent pour retrouver un combattant disparu ? A t-il déserté ? Fut-il agent secret ? Est-il mort ou vivant ? Aurait-il perdu la mémoire ? A t-il émigré outre-Atlantique ? Sa disparition est-elle naturelle ?

L’enquêteur connaît parfaitement les arcanes de l’armée et de l’administration. Et pourtant il va découvrir des pans entiers (et sombres) de notre historie nationale. Il sera tout comme nous choqué par le comportement d’un certain docteur Robert, repérant les trouillards et les déserteurs en les soumettant à des électro-chocs.

A l’inverse, il appréciera les confidences du médecin major Adolphe Menu, obsédé par les horaires, mais qui trouva à Joplain un prétexte pour qu’il se repose. Il prendra le temps de savourer avec lui un verre de Pessac-Léognan (p. 72), détail amusant pour moi qui ai découvert cette AOP tout récemment.

A propos de médecine, il pointera combien l’état des hôpitaux est catastrophique en 1941 (p. 200). J’ai appris beaucoup de choses en lisant ce roman et je reconnais que cette lecture est nécessaire pour mieux comprendre ce que fut ce conflit. Si je savais que des soldats anglais, écossais ou belges avaient combattu aux côtés des français, j’ignorais que nous n’avions eu aucune honte à faire appel aux Amérindiens parce que leur allure créait la surprise (p. 123) alors que peu de temps auparavant on les « montrait » dans des foires, sans tenir compte de leur condition humaine.

Il est bon aussi de rappeler quelques chiffres. Leur niveau est monstrueux. La bataille aura coûté aux Français 378 000 hommes (162 000 tués, plus de 101 000 disparus et plus de 215 000 blessés, souvent invalides) et aux Allemands 337 000. Quand on remarque le nombre de disparus on se dit que le sujet choisi par Gilles Marchand est loin d’être exceptionnel. Et on comprend qu’ils furent nombreux à se chercher de part et d’autre.

A ce triste bilan il faut ajouter le nombre de morts par suite de la grippe espagnole, pas moins de 200 000 en France à la fin de la première Guerre Mondiale et 30 à 50 millions à travers le monde, certaines réévaluations montent jusqu’à 100. A titre de comparaison le COVID aurait à ce jour fait 15 millions de victimes dans le monde.

Le décès de la femme du soldat enquêteur par la grippe est donc lui aussi plus que plausible. Outre ces considérations relatives aux conditions sanitaires générales on constate aussi combien le concept de stress post-traumatique n’était pas du tout considéré. C’est manifestement ce dont souffrit Lucie Himmler, figure archétypale des blessés oubliés de la Grande Guerre. Rien d’étonnant à ce qu’elle puisse être considérée comme une sorte de dame blanche, dite « fille de lune » dans le roman.

Gilles Marchand n’édulcore pas la condition des femmes après la guerre. Si la société a été bienheureuse de les solliciter pour remplacer les hommes partis au combat elle n’a pas été tendre avec elles au retour des hommes qui ont réclamé à reprendre leur place, quand ceux-ci étaient suffisamment valides. Si notre héros est devenu enquêteur c’était en premier lieu parce qu’il n’avait plus son emploi : La compagnie trouvait qu’un conducteur manchot, ce n’était pas rassurant pour les passagers (p. 32). Quant à sa femme, elle a fini comme la plupart des autres femmes : reléguée à une tache subalterne.

Le travail de l’auteur est remarquable parce qu’il traite un grand nombre de sujets tout en ne lâchant pas le fil conducteur qui est l’enquête pour retrouver Émile Joplain que le lecteur cherche lui aussi à cerner, car être romantique et poète n’explique pas tout. Ce qui est particulièrement réussi c’est de parvenir à nous captiver (aussi) par cette histoire d’amour entre Émile et Lucie qui, elle aussi est à sa recherche.

Et si la guerre fut partout cruelle elle le fut peut-être avec encore plus d’acuité dans cette région qu’on voulait récupérer à tout prix. Combien d’Alsaciens, enrôlés de force dans l’armée allemande en ont été traumatisés ? On les appela ensuite les « malgré nous ». Mais il y eut aussi ceux qui s’étaient sincèrement senti allemands et qui après la guerre n’ont pas réussi à se réjouir d’être français. Gilles Marchand a raison de les évoquer : En sortant de son bureau, je me suis senti bête, j’ai pris conscience que je ne m’étais jamais réellement posé la question de l’Alsace. Jamais posé la question des Alsaciens. J’avais tué pour récupérer ces régions, j’avais estimé que cela était juste. Et j’avais obéi aux ordres (p. 94).

Ajoutez à tout cela une écriture précise au service de descriptions cinématographiques et d’une histoire d’amour romanesque qui, combinée à une analyse socio-économique parfaitement documentée, compose un bel hommage aux femmes et aux hommes de cette époque sans nous en cacher l’horreur. Et qui nous fait réfléchir sur les épreuves que traversent d’autres pays en ce moment.

Enfin une couverture aussi belle qu’originale qui est tout à fait dans dans le style de cet éditeur.

Le Soldat désaccordé de Gilles Marchand, Aux Forges de Vulcain, en librairie depuis le 19 août 2022

mercredi 2 novembre 2022

Premières urgences, un documentaire d’Eric Guéret

Les questions autour de la santé, et singulièrement des hôpitaux, défraient la chronique très régulièrement.

C’est à se demander si les français peuvent encore avoir confiance dans le système hospitalier en général, dans les urgences en particulier.

Dans un tel contexte, le film d’Eric Guéret est intéressant car ce n’est pas une fiction. Le spectateur suit le premier stage en internat de cinq étudiants en médecine qui intègrent les Urgences de l’hôpital Delafontaine de Saint-Denis (93), en pleine période d'épidémie Covid.

Premières Urgences est une immersion de six mois dans un service qui est, on s’en doute, débordé et victime des restrictions budgétaires. Et comme dans bien des services, c’est la personnalité du patron (ici Mathias Wargon qui bien entendu interprète son propre rôle) qui permet de faire tourner la maison, comme on peut le constater au fil des séquences.

J’ai vu ce film en avant-première. Il sortira sur les écrans le 16 novembre. C’est un documentaire mais il a été conçu de telle manière qu’on s’attache aux personnages principaux, Amin, Evan, Hélène, Lucie et Mélissa, dont on partage les hésitations et les questionnement. Certes, les malades ne sont pas absents mais, pour une fois, c’est le point de vue des soignants qui est privilégié et ce n’est que justice car on remarque combien leur position est complexe.

Après 5 années d’études, ils vont faire ici leurs premiers pas de médecins. Certains veulent être généralistes, d’autres spécialistes, mais tous doivent obligatoirement faire un stage aux urgences. Un passage obligé qu’ils abordent dans un mélange de crainte et d’excitation. Ils vont pour la première fois aller seuls au contact des malades et passer enfin de la théorie à la pratique. Ils ont appris à faire un diagnostic et ont depuis peu le droit de prescrire des médicaments. Mais les urgences c’est l’épreuve du feu. C’est le service par lequel la ville entre dans l’hôpital. Toutes les pathologies et traumatismes y arrivent. 

L’hôpital Delafontaine est situé, comme la moitié du territoire français, au cœur d’un désert médical, et cette question est un axe fort du documentaire, surtout dans une région fortement frappée par la pauvreté. Pour beaucoup de ses habitants l’hôpital est l’unique accès aux soins et cet aspect va dérouter les étudiants.

Nous, ici on fait de l’humanitaire à 5 kilomètres de Paris. Mais heureusement qu’on est là car ce ne sont pas les cliniques privées qui vont s’occuper de nos patients. En plus, un tiers n’ont ni papiers, ni de quoi payer, confie Mathias Wargon à son équipe.

Mathias Wargon, médecin urgentiste et docteur en sciences, est, depuis 2017, à la tête des urgences et du SMUR de l’hôpital Delafontaine. Il est aussi chargé de mission à l’ARS et président de l’Observatoire régional des soins non programmés d’Île-de-France. Il est l’auteur de Hôpital : un chef-d'œuvre en péril paru chez Fayard en avril 2022.

La caméra est présente sans être intrusive. Les émotions ne sont pas mises de côté mais elles restent contenues pour autoriser une proximité sans empêcher un certain recul qui permet l’analyse. C’est un documentaire qui serait alors plus engageant qu’engagé, et c’est un regard très encourageant alors, je le répète, qu’on tire à boulets rouges de tous côtés sur le service public.

Cette expérience particulièrement intense dans l’hôpital public, renforcera ou fragilisera-t-elle leur vocation ? Quelle a été leur motivation à choisir cet hôpital ? Auront-ils envie de devenir urgentistes ? Et si ce n’est pas le cas, cette expérience aura-t-elle une influence sur leur manière d’exercer la médecine ?

A souligner qu’il y a aussi une réflexion sur la pédiatrie qui est au coeur de l’actualité en ce moment.

Premières urgences, un documentaire d’Eric Guéret
Distribué par Haut et Court
Au cinéma le 16 novembre 2022

vendredi 28 octobre 2022

L'homme qui danse de Victor Jestin

J'avais eu un coup de coeur en 2019 pour le premier roman de Victor Jestin, La chaleur. J'étais donc prédisposée à aimer le second, L'homme qui danse.
La Plage est le nom de la boîte de nuit d’une petite ville en bord de Loire. C’est là qu’Arthur, dès l’adolescence et pendant plus de vingt ans, se rend avec frénésie. Dans ce lieu hors du temps, loin des relations sociales ordinaires, il parvient curieusement à se sentir proche des autres, quand partout ailleurs sa vie n’est que malaise et balbutiements. Sur la piste de danse, il grandit au gré des rencontres – amours fugaces, amitiés violentes, modèles masculins écrasants. Au fil des ans, il se cherche une place dans la foule, une façon d’exister. Jusqu’où le mènera cette plongée dans la nuit ?
Aller à La Plage est devenu une addiction. Ç’aurait pu en être une autre pour ce garçon mal dans sa peau.  Ce n’est pas pour les scintillements des boules à facettes qu’Arthur s’y rend si régulièrement. Ce qui est particulièrement réussi dans ce roman c’est que l’auteur a construit un personnage qui se force à tenter d’aller mieux et qui n’a trouvé que ce moyen, peut-être parce qu’il est somme toute à portée de main.

Il n’est pas très à l’aise pour danser, c’est le moins qu’on puisse dire mais elle lui apporte malgré tout un certain apaisement : J’ai ressenti précisément pourquoi j’aimais ça (…). Dans la danse, la vie s’ordonnait, se réglait en un système de rythmes et de mouvements dont même les ruptures répondaient à une logique ; c’était comme un quadrillage géant, un filtre familier posé sur ce qui partout ailleurs relevait pour moi de l’immaîtrisable (p. 91).

L’écriture est, comme pour le précédent roman, puissamment masculine, profondément grise, presque désespérée tout en brossant le portrait d’un homme qui évolue malgré tout positivement, mais si peu qu’il semblerait que rien ne changera vraiment. La famille constate les dégâts mais croit bien faire en jouant la carte de l’encouragement et en n’intervenant qu’a minima.

Sa seule amie Alicia, barmaid à La Plage, ne le comprendra pas davantage. Il aurait été évident de son point de vue qu’Arthur fasse de la danse un métier. Mais son mal-être l’emporte : ma vie ne tenait qu’à la boite. (…) J’avais peur de tout, de la rue, du travail, de la paperasse, des questions, des visages inconnus en plein jour. J’étais bloqué. (…) J’avais renoncé au combat. Je savais que ce n’était pas bien. Mais je n’y pouvais plus rien (p. 164).

Le lecteur lui aussi ne peut que suivre le parcours sans prendre parti. Et c’est là que Victor Jestin est très fort car on conserve notre liberté de pensée tout en assistant à ce qui s’apparente, on peut le dire, à une sorte de naufrage. Combien sont-ils ceux qui, comme Arthur, n’ont pas les clés pour devenir « quelqu’un », avoir un métier épanouissant, fonder un foyer qui les écartera de la solitude ?

On pense du coup à ces drames qui font les choux gras des faits divers et qui demeurent inexpliqués quand, à la fin d’une sortie en boite, une relation dérape. Arthur n’est ni meilleur ni pire que les autres, mais il a reçu une solide éducation qui l’éloigne du cynisme et le rend touchant.

Enfin, comme le souligne Victor Jestin, l’univers des boites de nuit s’effondre doucement, comme ont disparu les petits bals des campagnes, au profit de relations nouées sur des sites qui n’apporteront sans doute pas davantage le bonheur à leurs inscrits, lesquels, eux aussi, y reviennent régulièrement, comme les mouches attirées par la promesse de miel.

Victor Jestin a reçu le Prix Blù qui chaque année repère un second ou un troisième roman et qui a pour but de « valoriser une plume audacieuse et inattendue qui deviendra l’incontournable de demain ». C’est exactement l’avenir qu’on souhaite à cet auteur prometteur.

L'homme qui danse de Victor Jestin, Flammarion, en librairie depuis le 24 août 2022
Prix de la Maison Rouge 2022 - Prix Blù Jean-Marc Roberts 2022

jeudi 27 octobre 2022

Et si on cherche un Rouge pour accompagner un curry …

Il y a peu de temps je proposais un Blanc pour accompagner un curry. Je me suis aussi posé la question version Rouge… alors j’ai choisi une AOC Haut-Médoc au nom original, Fabre on the Rocks, qui est un Bordeaux pour le moins différent puisqu’il est 100% Malbec alors que les vignerons voisins vendangent du Cabernet Sauvignon et du Merlot, qui sont les deux cépages les plus représentatifs de la région, comme je l’ai d’ailleurs indiqué récemment, dans un billet consacré à l’AOP Pessac-Léognan.

Je connaissais le Malbec comme cépage présent dans l’AOC Cahors et je dois dire que jusque là je le trouvais trop puissant. Mais ici, au contraire, sa force est son atout.

L’étiquette est très expressive. Vous aurez deviné que le nom qui y figure n’a rien à voir avec l’expression des barmen qui servent un alcool sur des glaçons. Il fait par contre allusion au sol très rocailleux de la butte parsemée de cailloux calcaires où il a été planté et sur lequel il s’épanouit idéalement.

Cette cuvée est Issue de la dernière parcelle de Malbec plantée en 2018. Elle est gourmande et juteuse, un brin rebelle à déguster sur de simples moments de partage. Ainsi, sa fraîcheur et son fruité ont été préférés au boisé. A déguster dans sa jeunesse.

Comme tous les Malbec, il a une robe pourpre intense. Le nez est très expressif, avec des notes de fruits à petites baies, myrtilles et groseilles. Il est ample en bouche, avec des tannins gras et ronds qui s’accorderont avec la puissance féroce du curry pour peu qu’on l’ait laissé décanter une trentaine de minutes et qu’on le serve autour de 16-17°.
Fabre on the Rocks s’accorde aussi avec une soupe de lentilles servie avec un croûton frotté d’un éclat d’ail.
Le Malbec est un cépage très ancien. Il est connu sous le nom de Côt ou Auxerrois à Cahors. Le vin de cette région est réputé pour son côté rustique, avec des notes de gibier et des arômes de raisins secs, de peau de prune et de tabac. Appelé autrefois «vin noir», la forte présence de tannins autorise un très bon vieillissement. Mais sa présence a fortement baissé à cause de la grande vulnérabilité du cépage face au gel. Il reste cependant encore cultivé dans le Sud-Ouest et la vallée de la Loire.

Fameux en France, il a connu un second souffle grâce aux vins d'Argentine dont la qualité n'est plus à démontrer. Il faut savoir que ce cépage est originaire de Bordeaux, et ce sont les immigrés venus d'Europe au milieu du XIXème siècle qui l’introduisirent alors en Argentine où le climat chaud et sec lui convenait parfaitement.

Les Malbecs argentins sont charpentés et riches en tannins, à la belle robe sombre violette. Il développe des arômes de fruits noirs de mûre et de prune, et des notes épicées de poivre et de clou de girofle.
Les Domaines Fabre regroupent plusieurs propriétés familiales depuis cinq générations. Ce sont aujourd’hui Mélanie et Jean-Hubert qui reprennent progressivement la suite de leurs parents, tout en s’appuyant sur leur expérience pour continuer à développer des vins en appellation Haut-Médoc et Margaux. Ils sont désormais engagés dans une démarche environnementale et s’ouvrent à l’œnotourisme.

Domaines Fabre - Lamothe, Cissac-Médoc - 33250 Pauillac - Tel : 05 56 59 58 16

mercredi 26 octobre 2022

La mère à côté de Thael Boost

Je connais (un peu) Thael Boost dont je suis « amie » sur les réseaux sociaux. Nos points de vue s’accordent souvent. C’est donc avec un intérêt particulier que j’ai lu son premier roman tout en redoutant d’en parler ensuite (parce que c’est toujours plus difficile de chroniquer une œuvre de quelqu’un qui ne nous est pas totalement étranger).

Elle nous offre un ouvrage très personnel puisqu’elle raconte l’essentiel de ses rapports avec sa mère, une personne assez fantasque, au caractère bien trempé, et qui s’empêtre dans la maladie d’Alzheimer, cette dégénerescence qui rend double, qu’elle surnomme Schrödinger et dont elle dit aussi que sa conscience refuse de voir. La mère à côté. On en rit (p. 111).

Pourtant si, puisque  La mère à côté est le titre qu’elle a donné à son roman. Le sujet a certes déjà été traité et par chance, il n’est pas l’essentiel du livre. L’important, c’est ce qui reste de la relation fusionnelle entre une fille non voulue par son père, et désirée par sa mère, alors que la mémoire se fait la malle et que tout fout le camp, pour parler comme Rosy.

A l’instar de ce qu’elle publie sur Facebook à propos des frasques de sa maman, et qui sont pour la plupart très drôles, le ton est souvent joyeux malgré la gravité de la situation. Nous sommes nombreux à savoir que nous devrons traverser semblable épopée, soit comme accompagnateurs de nos parents (je n’aime pas le terme d’aidants qui est plutôt galvaudé), soit comme combattants, avec le secours plus ou moins bienveillant de nos enfants, voire même enchaîner les deux postures à quelques années d’intervalle.

C’est dire à quel point nous pouvons nous sentir concernés. Combien de fois ai-je repéré cette manière de donner le change que l’auteure souligne. Les « je ne sais plus très bien, aide-moi. Les réponses au pif et les fulgurances aussi ». J’ai noirci des pages entières des remarques de ma mère, dans lesquelles je cherchais une cohérence que je n’ai jamais établie avec certitude mais j’avais le sentiment qu’elle avait un message à transmettre. Thael aussi a cette sorte de regret de ne pas avoir osé poser toutes les questions, ou du moins de ne pas avoir pu saisir toutes les réponses.

J’ai donc, à multiples reprises, reconnu tantôt ma mère, tantôt ma fille, et me suis sentie entre deux, pas encore à côté mais ça viendra. La lecture est de ce point de vue presque douloureuse. De même que j’ai eu parfois le sentiment de m’immiscer au sein d’une intimité qui me plaçait dans une position d’indiscrète tant la mère -comme la fille d’ailleurs- s’expriment sans filtre.

Et pourtant j’ai adoré ces instants de partage auxquels Thael m’a conviée et j’ai le sentiment d’être une privilégiée de les avoir vécus. Je pourrais jurer avoir pris un verre en terrasse avec elles deux.

Les chapitres sont courts. L’alternance irrégulière entre le présent et le passé dynamise le récit et lui apporte une certaine légèreté. On est tout le temps dans un élan vital. D’ailleurs, alors que je la redoutais, j’ai apprécié que la fin ne soit pas tragique. De toute façon, on la connait. Nul besoin de nous la raconter.

Le livre aborde aussi des sujets qu’on pourrait qualifier de périphériques comme la vieillesse en général et la condition de la femme. Rien ni personne ne nous prépare à cela, la femme âgée n’est pas qu’une petite vieille. La femme âgée est une femme comme les autres (p. 107). Et cette question du nom, dont on se demande pourquoi les politiques ne sont pas  revenus sur la tradition qui prive les femmes de leur patronyme à partir de leur mariage. Et pourtant la loi est formelle : on ne change pas de nom, la preuve en est lorsqu’on vote. On demeure répertorié à son nom de naissance.

Thael Boost vit entre Paris et Nice. Elle est directrice au sein d’un cabinet de conseil et d’expertise comptable. Parallèlement, sa passion du livre l’a conduite à devenir une bookinstagrameuse reconnue dans la sphère des réseaux sociaux.

La mère à côté de Thael Boost, Anne Carrière, en librairie depuis le 13 mai 2022

mardi 25 octobre 2022

Dégustation Château de France Pessac-Leognan

(Mis à jour le 29 octobre 2022)
Très appréciés tant en France qu’à l’étranger, les vins de Pessac-Léognan sont issus d’un vignoble péri-urbain puisque situé seulement à une quinzaine de kilomètres de Bordeaux, sur un terroir unique, dans la région des Graves,.

Voilà pourquoi beaucoup de personnes emploient encore le nom de Graves, qui est antérieur à celui de Pessac-Léognan pour désigner les vins de cette AOC, somme toute récente, puisque c’est Jacques Chirac, alors Premier Ministre du Président François Mitterand qui en signa le décret de création en septembre 1987, avec fonction rétroactive de manière à ce que le cru 1986 puisse en bénéficier.

La famille Thomassin fait aujourd’hui partie des plus anciens propriétaires de l’appellation. Château de France avait été repris en 1971 par Bernard Thomassin et Arnaud (ci-contre) en assure désormais la direction.

Le bâtiment a été édifié sur les fondations d’un ancien manoir dont il conserve la belle cave voûtée… une maison de maître construite à la fin du XVIIe siècle par un procureur. C’est un Conseiller au Parlement de Guyenne, Taffard, qui développe le vignoble au siècle suivant dans une période clef : celle de la naissance de la notion qualitative de Grand Cru.

C’est encore un siècle plus tard, au XIXe siècle, que va se construire la réputation des Vins d’appellation Pessac-Léognan en premier lieu sous l’action de Jean-Henri Lacoste, négociant en tissus d’ameublement, propriétaire du domaine durant 32 ans, créateur du château actuel.

A cette époque, les domaines prennent petit à petit l’appellation de château … et de grandes demeures apparaissent. Jean-Henri Lacoste rénove modestement la sienne : il élimine les ailes formant le U, rajoute de petits pavillons à chaque bout et crée un second étage. Cette chartreuse figure sur l’étiquette des vins Château de France.

Mais quand Bernard Thomassin acquiert le domaine, celui-ci est resté un peu à l’écart du Bordelais viticole comme une majorité des Grands Crus des Graves depuis plus de 50 ans, de 1920 jusqu’aux années 1975. Le Château de France est alors à un tournant historique. Il est désormais le fruit de la rencontre entre une famille et un terroir. Le travail accompli, couronné par la reconnaissance en AOC a permis au Château de France rouge et au Château de France blanc de se partager aujourd’hui les reconnaissances mondiales.

Cette propriété familiale de 40 hectares inclut 4 hectares de Sauvignon et de Sémillon pour la production de vin blanc mais c’est surtout l’AOC Pessac-Léognan rouge qui est produite avec 36 hectares de Cabernet sauvignon et de Merlot.

En raison de la jeunesse (quoique relative) de l’appellation et de son positionnement haut de gamme (souligné par la mention « Grand Vin de Graves » sur chaque étiquette) le Pessac-Léognan est un vin de connaisseurs … chanceux puisque le prix des bouteilles n’a pas bougé malgré, notamment, la multiplication par trois du prix du papier et une progression les salaires de 10%. C’est une vraie prouesse.

Il y a deux méthodes pour déguster un vin. Le goûter en le comparant à d’autres, selon un ordre que le vigneron a établi, ou bien le savourer au cours d’un repas, à condition qu’il soit servi avec un plat qui lui correspond. Dans l’idéal on combinera les deux, et c’est ce que j’ai pu faire, en toute modération, avec cette AOP Pessac-Léognan de Château de France.

Que ce soit l’une ou l’autre méthode, on commence toujours par les blancs. Château de France en propose deux, qui sont tous deux un assemblage de 80% de Sauvignon et 20% de Sémillon. A noter que le Sauvignon est vendangé le plus tardivement possible pour bénéficier des arômes de bourgeon de cassis.
La première cuvée porte le qualificatif de Coquillas dont le nom et l’étiquette évoquent immédiatement le terroir sur lequel les vignes s’enracinent, un ancien gisement marin datant de plus de 19 millions d’années laissant apparaitre des milliers de coquillages. Que ce soit pour le Blanc comme pour le Rouge, elles poussent sur des graves pyrénéennes très profondes, parfois sur un sous-sol argilo-calcaire. Le sol est pauvre mais l’assemblage de Sauvignon et de Merlot permet de conjuguer une structure tannique à une touche fruitée. Le minéral et le fuit s’accordent aussi bien en blanc qu’en rouge.

Le Château Coquillas est exclusivement élevé en barriques neuves. C’est typiquement la bouteille que l’on partagera entre copains à l’apéritif. Bien que l’année 2021 ait été difficile en raison de gelées, ce millésime est appréciable pour son côté très aromatique. On le présenterait au cours d’un repas sur une viande grillée ou rôtie ou encore avec un fromage de chèvre frais.

Son nez est très harmonieux et doux, d’abricot confit, lychee et fruits à chair blanche, puis de miel. La bouche est joliment structurée, puisque gras et fraîcheur se combinent avec beaucoup d’élégance, laissant place à une finale minérale.
Le Château de France Blanc est plus gastronomique et le 2021 est très tendu, avec une salinité qui fait saliver, et que l’on appréciera tout à l’heure -en 2020- avec le carpaccio de poisson.

lundi 24 octobre 2022

Fantôme sur mesure de Moka

J'avais été invitée à une Flânerie littéraire qui m’avait placée en immersion dans la chambre de Moka, la soeur de Marie-Aude Murail, autrice elle aussi, et née comme elle au Havre.

Nous connaissons tous son premier roman, Escalier C, dont elle écrivit elle-même les dialogues pour le cinéma lorsque Jean-Charles Tachella décida de le réaliser en 1984. A cette époque, elle publiait sous son nom, Elvire Murail. Trois romans pour adultes suivirent puis elle décida de se tourner vers la littérature jeunesse. Nous sommes à la fin des années 80. Elle devient et restera Moka.

Elle a conçu depuis, plus de cent vingt livres, publiés pour la plupart par l’Ecole des loisirs dans les collections Mouche, Neuf et Médium, et qui explorent une veine policière ou une veine fantastique. Sa reconnaissance internationale lui vaut d’être traduite dans une quinzaine de langues.

L’extrait que Moka avait lu donnait envie d’en savoir davantage mais j’ai choisi d’attendre le moment propice, à savoir cette période d’Halloween. Et comme elle coïncide avec les vacances scolaires c’est une période idéale pour que les enfants prennent le temps de lire.

Une fois que je repris le livre il me fallut tout de même attendre la page 19 pour saisir à peu près de quoi il retournait quoique je n’ai pas compris (et même après avoir terminé la lecture) quel but poursuivait cet Institut Brumbeck. Peu importe, fiction pour fiction … j’ai malgré tout reconnu l’évocation de la chambre de la maison hantée dans le décor où je m’étais moi-même trouvée au cours de l’après-midi. J’ai retrouvé du même coup l’atmosphère particulière qui s’était installée dans la pénombre et la moiteur de cette chambre, éclairée de bougies, pendant que Moka nous faisait la lecture, masquée par le rideau de toile de jute de la salle d'eau.
Le titre du roman est aussi celui du chapitre 7, correspondant à la phase 3 de l’expérimentation (p. 63) et c’est à ce moment là que l’histoire m’a vraiment passionnée. J’ignorais tout de l’affaire de Philip le fantôme qui nous est rapportée comme exacte, selon la note de bas de page. Je ne fais pas partie des gens qui croient à ce qu’on appelle Poltergeist (le terme aurait d’ailleurs mérité d’être traduit : esprit frappeur).
Aurore croit que le croquemitaine habite chez elle. Tina croit en beaucoup de choses mais ne jure que par son Harley Davidson. Rémi ne croit en rien sauf en la Gendarmerie Nationale. Matthieu croit que moins on en fait, mieux on se porte. Jonas croit en la valeur nutritionnelle des chips. Le fantôme, quant à lui, (si tant est que nous lecteurs y croyons) croit que tous ces gens-là sauront lui venir en aide. Souhaitez-lui bonne chance !
Ce qui est intéressant dans la construction de Moka c’est qu’elle partage une histoire qui est tout à fait vraisemblable, et qui de plus nous replace dans ce que la Résistance a de plus sombre, surtout dans le massif du Vercors. Le lieu est un cadre idéal, truffé de failles et de gouffres, qui sont des lapiaz et des scialets, ce que j’ignorais également.

Les personnages sont attachants. Un ado, des jeunes adultes et des retraités, ce qui stimule un intérêt intergénérationnel chez les lecteurs. Un fantôme sur mesure n’est donc pas seulement un livre de littérature jeunesse accessible à partir de 13 ans pour éprouver tous les mécanismes de la peur.

Le visuel de la couverture illustre une scène clé qui est décrite page 80, à un détail près, la couleur de cheveux d’Aurore qui n’est pas brune mais blonde. Par contre ses yeux sont bel et bien bleus. Quant à l’illustration que j’ai choisie, il ne s’agit pas d’un phénomène paranormal mais du surgissement d’un arc-en-ciel à travers quelques gouttes de pluie qui tombaient sur la plage au moment du coucher du soleil.
Fantôme sur mesure de Moka, Illustration d’Emanuel Polanco, Collection Medium +, Ecole des loisirs, en librairie depuis le 21 septembre 2022
Photo du livre prise sur un massif de succulentes rampantes du nom de Carpobrutus, autrement dit Griffes de sorcières et qui sont très communes en bord de mer.

dimanche 23 octobre 2022

Le Pineau des Charentes, encore un succès que l'on doit à une erreur

Savez-vous que la naissance du Pineau des Charentes date de 1589, et qu’elle est la conséquence d’un événement fortuit ?

Un vigneron charentais stockait, comme de coutume, son moût de raisin dans les fûts pour la fermentation. Par mégarde, il oublia que l’un d’entre eux contenait de l’alcool. C’est quelques années plus tard, lors de la mise en bouteille, qu’il découvrit le résultat extraordinaire de ce mélange inattendu. On appela Pineau ce mélange improbable du moût de raisin et du cognac.

Mais ce n’est qu’en 1921 que le Pineau des Charentes fut pour la première fois commercialisée par Émile Daud, un viticulteur de la Charente-Maritime. Et c’est finalement en 1935 que son existence a été officiellement reconnue par le décret du 6 juillet, sous l’appellation Pineau des Charentes. Le statut de vin de liqueur, appellation d’origine, fut acquis par la même occasion.

La belle histoire continue et en 1945, il devient un « vin de liqueur d’appellation d’origine contrôlée » (VLAOC).

Le Pineau blanc est obtenu immédiatement à la fin des vendanges. Afin d’obtenir du pineau rouge, il est nécessaire de macérer les raisins pendant plusieurs heures avant de les pressurer pour donner à la boisson cette robe vive, typique et unique.

Vient ensuite le mutage, étape cruciale du processus de fabrication. C’est durant cette phase qu’on ajoute aux moûts de raisin de l’eau-de-vie de Cognac vieille d’un an minimum. Le cognac doit représenter environ 30 % du volume du mélange pour empêcher la fermentation complète du vin et conserver sa douceur. Le produit obtenu sera alors analysé au laboratoire œnologique et mis au repos en cuve pendant un mois.

L’étape suivante est le vieillissement. Il s’effectue obligatoirement dans des fûts de chêne. Le produit y acquiert ses dernières notes et sa robe aromatique. La durée du vieillissement dépend du type de vin qu’on souhaite avoir. Elle est de :

- 12 mois minimum pour le pineau blanc ;
- 8 mois pour le pineau rosé ou rouge ;
- 5 ans minimum pour le pineau vieux ;
- 12 ans au moins pour le pineau extra vieux.

Enfin, on procède à la mise en bouteille qui doit se faire suivant des normes précises et obligatoirement dans la région de production. Et chez Abecassis, on ferme avec une capsule afin de ne pas induire le consommateur en erreur car ce vin ne vieillira plus une fois qu’il sera en bouteille. Le bouchon serait en quelque sorte une fausse promesse.

Avec 220 hectares de vignes, les Domaines Francis Abécassis sont aujourd’hui l’un des plus grands producteurs indépendants de l’appellation Cognac. Francis et sa fille Elodie ont constitué une équipe de tout premier plan où chacun met, dans ses gestes quotidiens, la compétence, l’attention et l’amour indispensables à la création de Pineau raffinés.

La famille Abécassis a ainsi rassemblé une véritable collection de Domaines qu'ils ont su magnifier pour produire des Pineau d'exception : ABK6, LEYRAT, REVISEUR et GRANDS DOMAINES.

J’ai eu l’opportunité de découvrir le Pineau signé ABK6, réalisé avec le cépage Ugni Blanc, et j’ai été conquise. Pourtant je suis assez difficile en la matière puisque j’ai la chance de me rendre souvent sur l’île d’Oléron où c’est l’apéritif emblématique.

Celui-ci offre des notes intenses de fruits exotiques, abricots confits et une pointe d’épices douces. Il est soyeux et généreux en bouche avec une finale délicatement acidulée.

Servi frais et en toute modération avec des chips de sarrazin, il réunissait deux belles régions, la Saintonge et la Bretagne.

Domaines Francis Abécassis - 16250 Val des Vignes

vendredi 21 octobre 2022

Rendez-vous de Martina Chyba

Peu de choses me prédestinaient à lire Rendez-vous de Martina Chyba : une auteure inconnue (de moi, mais qui n’en est pas à son premier roman), un titre un peu fade, un fond de couverture ni beige ni jaune, avec une illustration franchement agaçante quand on connait Kiss V, l’œuvre originale peinte par Roy Liechtenstein en 1964, et d’autant plus agaçante qu’un des sujets du livre est de proposer une thérapie par les œuvres d’art.

J’avais promis de le lire, alors je l’ai ouvert en me jurant intérieurement que je restais libre de le refermer dès que … Mais voilà, j’ai énormément apprécié. A part les critiques que je viens de formuler, et qui demeurent justes, il n’y a rien à redire au roman de Martina Chyba dont j’ai beaucoup aimé l’originalité du propos, son traitement, et la liberté de ton de son écriture.
J’ai rendez-vous. Avec un homme. Au bas des marches du Sacré-Cœur, à Paris. Je ne le connais pas, c’est un site de rencontres qui nous a mis en contact par erreur. Il va peut-être me découper en rondelles et on ne découvrira jamais mon corps. Ou passer la nuit avec moi et disparaître. Ce n’est pas gagné. Mais ce n’est pas perdu non plus. Il faut essayer.
Le roman n’est absolument pas écrit en langue de bois, pas du tout béni-oui-oui comme on disait chez moi pour qualifier un propos intentionnellement consensuel. Ses personnages sont résolument modernes et cependant totalement humains. Elle se décrit comme faisant partie d’une génération pathétique, révoltée contre rien mais fatiguée de tout, persuadée d’avoir trente ans dans sa tête et dans sa chair, mais désespérée d’en avoir cinquante dans ses artères et dans son job. Son héroïne lui ressemble et représente la nouvelle Wonder Woman, qui n’a pas que des forces … d’où son besoin de se planter devant des oeuvres d’art en s’interrogeant : Comment ce que je vois peut-il me donner de la force ?
Le concept de thérapie par les œuvres d’art se tient de bout en bout. Les analyses des tableaux et sculptures retenues par l’auteure sont fines. Vous me direz que nous n’avons pas tous et toutes les moyens d’aller contempler une œuvre in situ dans un musée new-yorkais (voilà pourquoi d’ailleurs je recommande d’aller les admirer quand les chefs d’œuvres sont à portée de nos yeux et je vous invite à suivre ce lien vers les dernières expositions qui m’ont éblouie) mais le concept est déclinable à l’infini.

Ça pourrait être un paysage, ou même seulement un arbre ou une plante. J’ai été fascinée hier par les couleurs d’une haie de vigne vierge automnale. Des milliers de visiteurs -et beaucoup se déplacent spécialement du Japon- viennent se recueillir sous le cèdre bleu pleureur de l’arboretum de Chatenay-Malabry (92) et on sait la vénération que reçoivent les arbres estampillés remarquables.

Ça pourrait aussi être une musique, et alors point n’est besoin de faire de coûteux déplacements. Ou même une gourmandise. Bref, c’est la pensée positive dans ce qu’elle a de tout à fait motivant.

Les soucis rencontrés par ses personnages sont diablement réalistes. Je n’ai rien à ajouter à ses aléas ferroviaires. Il faut dire que partageant sa vie entre Genève et Paris elle dispose d’un panel de situations vécues statistiquement représentatif. L’héroïne de ce roman, inspirée par le vécu de l’auteure, cumule les rôles et les défis, entre travail, enfants, deuils à surmonter, années qui passent, déménagement à gérer et amour à retrouver. Avec un seul objectif: rester vivante, toujours, et attentive à l’essentiel.

Rendez-vous constituerait un point de départ fort savoureux pour une série télévisée car, sincèrement, je serais ravie de rencontrer tous les protagonistes. D’ici là je vais sans doute ouvrir un autre des romans de Martina Chyba, histoire de prendre une nouvelle dose de pensée positive car je parie qu’elle imprègne tout ce qu’elle fait. 

Enfin, j’ignore si c’est un artifice pour éviter de le citer mais je sais en tout cas qui est derrière la remarque acerbe qu’elle invoque p. 130 pour qualifier un plat « immangeable », et je ne saurais terminer ma chronique sans lui donner la réponse qu’elle prétend n’avoir trouvé nulle part. Il s’agit de notre ancien président de la République Jacques Chirac et je suis bien heureuse que ses propos la fassent autant rire.

Rendez-vous de Martina Chyba, éditions Favre, en librairie le 3 novembre 2022

mercredi 19 octobre 2022

Une journée dans un musée de l'Oise Episode 3 : Musée Camille-Pissarro de Pontoise

Après le Musée de L'Isle-Adam et celui d'Auvers-sur Oise, allons à Pontoise pour la dernière étape de l'exposition "Impressions au fil de l’Oise" qui se déroule dans trois villes différentes, au Musée d’Art et d’Histoire Louis-Senlecq de l'Isle-Adam, au Musée Daubigny d'Auvers-sur-oise et au Musée Camille-Pissarro de Pontoise, du 15 octobre 2022 au 5 février 2023.

Comme pour les parties précédentes et pour ne pas alourdir la publication j'ai là encore d'abord résumé le propos et vous pourrez accéder à toutes les photos et commentaires en cliquant sur le lien en bas de l'article, sachant qu'ensuite chaque photo peut s'afficher plein écran.
Episode 3 : Musée Camille-Pissarro de Pontoise

Si le nom de Pontoise est connu dans le monde entier, c’est à Camille Pissarro que la ville le doit. À l’instar de Charles François Daubigny à Auvers-sur-Oise, Camille Pissarro aime s’entourer d’amis pour travailler. Il en fera même l’essence de son évolution, poursuivant toute sa vie des collaborations avec ses amis puis avec ses cinq fils.

Inauguré le 22 novembre 1980 à l’occasion du 150e anniversaire de la naissance de l’artiste, le musée Camille-Pissarro fut conçu pour rendre hommage à la présence du maître de l’impressionnisme à Pontoise pendant les années décisives du mouvement (1866-1884). Il est installé dans une maison bourgeoise située sur le promontoire du château médiéval aujourd’hui détruit.

Aujourd’hui, le musée possède plusieurs centaines de peintures, pastels, aquarelles et plusieurs milliers d’estampes de Camille Pissarro et de ses fils (Lucien Pissarro, Georges Manzana-Pissarro, Ludovic Rodo, Félix dit Jean Roch et Paulémile), ou encore d’artistes ayant travaillé dans la région dans la seconde moitié du XIXe siècle. Cette collection est par ailleurs complétée par des peintures d’artistes paysagistes qui ont travaillé dans la vallée de l’Oise, tels que Charles François Daubigny, Luis Jimenez, Norbert  Goeneutte ou encore Octave Linet.

Camille Pissarro (1830-1903) séjourna dès 1866 à Pontoise et s’y installa de 1872 à 1883. Durant ces années décisives de l’impressionnisme, il y réalisa plus de trois cent cinquante toiles et un grand nombre de dessins et de gravures. L’Oise, les champs et les jardins maraîchers des alentours, les marchés animés de cette petite capitale provinciale vont lui offrir la diversité nécessaire à ses aspirations picturales.

Dès 1872, imaginant un futur groupe d’artistes indépendants, il invite ses amis rencontrés au début des années 1860, Edouard Béliard (1832-1912), Paul Cézanne (1839-1906), Armand Guillaumin (1841-1927), puis entre 1874 et 1878 Ludovic Piette (1826-1878), peintres qui partagent sa philosophie anarchiste et au tournant des années 1870-1880, Paul Gauguin (1848-1903). Ensemble, ils privilégient les motifs modestes du quotidien se distinguant ainsi des thématiques plus bourgeoises des autres impressionnistes. Dans cette vallée, pendant une dizaine d’années Pissarro et Cézanne confronteront côte à côte leurs recherches les plus radicales. Puis, entre 1879 et 1883, ce sera au tour de Gauguin de venir trouver en Pissarro un maître et initiateur.

Ayant fait ses premières armes loin de Paris, il est né et a commencé à peindre en autodidacte aux Antilles danoises et au Venezuela, et d’une philosophie profondément anarchiste, Pissarro imagine à Pontoise la création d’une association de peintres indépendants destinée à l’organisation d’expositions en marge des salons officiels. Entre 1874 et 1886, il sera ainsi à l’origine des huit expositions du groupe des impressionnistes.

Édouard Béliard s’installe sur l’autre rive à Saint-Ouen-l’Aumône où il demeure jusqu’en 1875. C’est à ce peintre franc-maçon aux idées anarchistes que Pissarro doit sa rencontre avec Maria Deraismes, célèbre journaliste créatrice de la première loge féminine, dont il représente dans une œuvre célèbre, le jardin de sa propriété des Mathurins dans le quartier de l’Hermitage. Avec Paul Cézanne, Pissarro va travailler lors de longs séjours de ce dernier entre 1872 et 1881, à des recherches picturales qui auront des conséquences déterminantes sur l’évolution de l’art français. Quant à Gauguin, il se réclame son élève durant les premières années de sa conversion à la peinture, ce dernier adoptant toutes les caractéristiques de son esthétique avant de s’en éloigner lorsque Pissarro imposera en 1886 les néo-impressionnistes, Georges Seurat (1859-1891) et Paul Signac (1863-1935) au sein des expositions du groupe.

L’exposition présentée au musée Camille-Pissarro en 2022 s’appuie principalement sur les collections du musée constituées depuis quarante ans. Elle présente aux côtés des peintures, dessins et estampes des Pissarro père et fils, la richesse du paysage indépendant dans la vallée de l’Oise, qu’il soit impressionniste ou postimpressionniste.

Singulièrement, Pontoise a également vu deux autres Pontoisiens prendre par à ces révolutions picturales, Louis Hayet (1864-1940) avec le néo-impressionnisme,  et Gustave Loiseau (1865-1935) avec le postimpressionnisme.

mardi 18 octobre 2022

Le Fitou Anthocyane 2019, parfait avec des champignons

J'ai précédemment proposé un accord mets-vins autour d'oeufs cocotte et de curry de volaille.

Voici maintenant l'exercice inverse en cherchant à associer un plat à un vin, en l’occurrence un AOP Fitou. Cette appellation produisant des vins rouges uniquement (à l’inverse par exemple du Pouilly Fumé qui n’existe qu’en blancs) ne manque pas de singularités. Le terroir est qualifié de magique par les exploitants et la garrigue omniprésente dans les paysages apporte des notes chaleureuses.

La diversité des vins de l’AOC Fitou offre un large choix pour chaque moment de dégustation, de l’apéritif au plat principal.

C’est la première Appellation d’Origine Contrôlée du Languedoc depuis 1948. Elle est reconnue pour ses vins de qualité, travaillés par des vignerons visionnaires qui, dès le premier jour, ont su miser sur le cépage Carignan afin de résister aux éléments et aléas climatiques, la région étant très ensoleillée mais venteuse tout au long de l’année.

L’appellation compte 2 100 ha en production, regroupe 215 producteurs au total dont 3 coopératives, environ 180 viticulteurs coopérateurs adhérents et 35 caves particulières répartis sur 9 communes dans l’Aude : Cascastel-des-Corbières - Caves - Fitou - La Palme - Leucate - Paziols - Treilles - Tuchan – Villeneuve-les-Corbières.

Cette fois c’est le Fitou du Mas des Caprices - Anthocyane 2019, (prix TTC vente cave : 18,00 €) que j’ai retenu pour l’associer à une côte de veau cuisinée à la crème et servie avec une fondue de poireaux et des pleurotes. Car ces champignons étant un peu fades il fallait relever le plat.
C’est un vin Bio, composé de trois cépages : Carignan 40 %, Grenache noir 20 % et Mourvèdre 40 %. Sa robe est rubis avec des reflets grenat, correspondant à la promesse de son nom puisque c’est ainsi qu’on désigne le pigment rouge des feuilles des arbres, très visible en automne. Je l’avais appris cet été en visitant le Conservatoire du bégonia de Rochefort.

Le nez est très floral avec des parfums de pivoine et de violette, et très vite de fruits rouges. La bouche est fraîche et ample avec des saveurs de mûres et surtout de figue noire.

Il s’accorderait avec un bœuf mariné avec des herbes mais il est parfait avec des champignons, même une espèce qui ne manque pas de goût. Voilà pourquoi j’ai récidivé le lendemain avec une quiche aux trompettes de la mort dont voici la recette. On fait cuire les champignons à la poêle avec un peu de beurre et de l’ail car ils vont perdre leur eau. Ensuite on les disposera sur un fond de tarte et on parsèmera de noix.
Dans un bol, on battra quelques œufs, ajoutera des fines herbes hachées (roquette-persil-ciboulette-estragon), des lamelles de fragmentation de Comté, de la crème fraîche détendue d’un peu de lait, sel , poivre.
On versera sur la préparation et on enfournera pour 40 minutes à 180°.
On dégustera avec une salade verte … et, en toute modération, un verre d’Anthocyane.
Fitou du Mas des Caprices - Anthocyane 2019 
Propriété de Madame et Monsieur Pierre MANN
37 avenue Georges Brassens – 11370 Leucate - 06 76 99 80 24 - tchin@masdescaprices.fr

Articles les plus consultés (au cours des 7 derniers jours)