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mardi 17 octobre 2023

Va aimer de et avec Eva Rami

(article mis à jour le 6 mai 2024)  
Quel bonheur de retrouver Elsa Ravi, alias Eva Rami dans son troisième solo ! Cette comédienne qui joue dans les pièces écrites par d’autres auteurs excelle à nous offrir ses créations.

Des raisons familiales m’avaient tenue éloignée cet été aller du festival d’Avignon où je n’aurais pas manqué cette nouvelle création. Depuis que j’ai découvert Eva (alors qu’elle jouait un "petit" rôle dans Mon coeur fume encore) je ne loupe rien d’elle. Et je serais directrice de casting, je l’aurais déjà mille fois distribuée. Pas seulement parce qu’elle a une belle personnalité, mais aussi parce qu’elle peut tout jouer, jeune, vieille, gentille, méchante, jolie, vilaine tout, absolument tout. Elle est le parfait couteau suisse dont un metteur en scène ou un réalisateur peut rêver de trouver.

En attendant, elle se distribue elle-même et elle a bien raison. Avec Va aimer elle aborde le sujet, ô combien actuel, des violences faites aux femmes, y compris l’inceste, mais elle le fait avec originalité, dans une mise en scène admirablement construite et sous des éclairages qui ont du sens.

Ce troisième spectacle est encore plus abouti que les précédents, combinant encore davantage théâtre, danse, chant. L'artiste a gagné en maturité, allant plus loin que le seule-en-scène en suivant une dramaturgie admirablement construite qui fait mouche tant auprès des jeunes (très nombreux ce soir) que du public plus âgé.

Bravo pour l'habile traitement d'une résurrection (je n'ai pas envie de spolier le déroulement original du spectacle) sans négliger une certaine dose d'humour car il en faut quand on subit une charge mentale proche de l'Ohio … Aucun doute : Faut pas garder ça pour toi. Et Eva Rami a bien le sens du partage.

Merci de nous rassurer en nous démontrant que si on est les seuls à vivre notre vie de la façon dont on la vit ce n'est pas une malédiction.

Et merci plus encore de nous envoyer nous faire tous aimer !
Va aimer de et avec Eva Rami
Au théâtre Lepic - 1 avenue Junot - 75018 Paris
Le mardi à 20 heures jusqu'au mardi 5 décembre 2023
Du mardi au vendredi du 12 décembre au 5 janvier 2024

Eva Rami a reçu le Molière du Seul/e en scène 2024 le 6 mai 2024

dimanche 14 juillet 2019

Quelques grands seul(e)s en scène avec Eva Rami, Eric Métayer, Raphaëlle Saudinos, Marc Pistolesi...

La performance d'un acteur me touche particulièrement quand il est seul en scène. Dans la forêt des propositions, plusieurs m'ont séduites. Quand je dis ici "seul en scène" je pense à ces spectacles où un comédien endosse successivement plusieurs rôles, donnant au spectateur l'impression de voir double.

J'ajouterai quelques autres où la transformation est peut-être moins soudaine mais si nette que je voulais pointer cette capacité si particulière qu'ont les grands comédiens à pratiquer la rupture de ton.

A ces spectacles en tout cas dont la reprise par un autre comédien serait inenvisageable. Voilà pourquoi je ne parlerai pas dans ce billet du Syndrome du banc de touche ni d'Un coeur simple alors que si je devais leur attribuer une note je mettrai au moins 9 sur 10 à Léa Girardet comme à Isabelle Andréani.

Pareillement pour Esteban Perroy dans Une histoire vraie ou Grégori Baquet dans le K et auxquels j'ai consacré un billet dans cette série sur le festival d'Avignon. Il me semble que leur rôle pourrait être interprété par quelqu'un d'autre. Ce fut d'ailleurs le cas pour un autre excellent spectacle, Venise n'est pas en Italie.

Les performances de Eva Rami, Eric Métayer, Raphaëlle Saudinos, Marc Pistolesi, Elise Noiraud, Omar Porras ou Olivier Denizet appartiennent à une autre catégorie.
J'avais vu Olivier Denizet en avant-première à la Huchette, et je l'ai parfaitement reconnu à La Luna cet été, où il jouait à 19 h 05.
Eva Rami fut un de mes énormes coups de coeur. Je l’avais remarquée dans Et le coeur fume encore au 11 Gilgamesh Belleville (en robe rouge ci-dessus) et j’ai bouleversé mon emploi du temps pour y caser T'es toi ! à la Condition des Soies à 11 h 15. Bien m’en a pris. Cette jeune femme est plus qu’un Stradivarius, c’est un orchestre. Elle passe d’un emploi à l’autre en moins d’une seconde. C’est toujours juste, drôle bien sûr, mais aussi tendre et incisif (oui c’est possible). La vingtaine de personnages offre un panorama truculent, aussi amusant qu'attachant.

Comme personne ne m'en avait parlé j'ai cru assister à une création, alors qu'Eva était déjà à l’affiche l'année dernière en Avignon. Il faut plusieurs mois avant que le bouche à oreille ne produise un grand effet (ce fut un peu pareil pour Elise Noiraud dont Le champ des possibles a affiché complet au bout de quelques jours au Transversal. Il s'agit tout de même du troisième volet de son autofiction.

Bien qu'il soit difficile d'obtenir une place (ou un coussin) pour T'es toi ! j'ai malgré tout recommandé à beaucoup de personnes de tenter le coup. Les parisiens auront la chance, à partir de janvier 2020, de suivre ses péripéties de la petite araignée quand elle sera à l’affiche du Théâtre de la Huchette.

Eva démontre que quand on veut on peut et que quand on peut on doit. Enfant, elle disait qu’elle voulait, une fois grande, faire "Elie Kakou" comme métier. Je dirai qu’elle fait celui là mais aussi "Philippe Caubère" ... Je dis ça ... je dis rien... Et ses parents ont bien raison d'être fiers de la "petite".

Elle avait écrit un premier seul en scène Vole ! qui retraçait le passage difficile de l’adolescence vers l’âge adulte. Comment ai-je pu ignorer ce spectacle ? 

Ce second opus a été également programmé à la Condition des Soies, mais cette fois dans la rotonde, dite salle Molière, devenue emblématique du festival depuis que l’immense Philippe Caubère y avait créé La danse du diable en 1981. La Condition des Soies était alors une salle du festival in.... 
Eva y a rendez-vous avec son avatar, Elsa Ravi, pour aborder cette fois la difficulté de s’imposer dans sa vie d’adulte, tant sur le plan familial que professionnel. Et le contrat est rempli puisque le public a, le jour de ma venue, interrompu plusieurs fois la comédienne pour l’applaudir sans attendre la fin. On m'a dit que c'était comme ça tous les jours et vous remarquerez la puissance (et la fréquence) des rires dans le court extrait de 2 minutes qui donne bien le ton et que je vous invite à ouvrir ...

jeudi 30 avril 2020

Entre Voix confiné avec Eva Rami

Eva Rami est une comédienne exceptionnelle. Elle n'est pas la seule ... mais je l'adore.

Je l'ai découverte pendant le festival d'Avignon l'été dernier et nous avons sympathisé. Elle avait attiré mon attention dans un spectacle où elle ne jouait pourtant pas le premier rôle, Et le coeur fume encore au 11 Gilgamesh.

Comme je la félicitais elle m'avait alors proposé de venir la voir dans son seule-en-scène à la Condition des Soies. Malheureusement l'horaire était incompatible avec mon emploi du temps. Elle avait avec grande simplicité accepté que j'arrive en cours de route.

Et puis j'avais pu me libérer et assister à toute la représentation de T'es toi ! Sa performance avait renforcé mon opinion. Coup de coeur absolu que j'ai crié sur les toits en tuiles de la cité.

Je lui avais promis un grand succès parisien à la Huchette où il était prévu qu'elle joue jusqu'à fin avril (au moins). Le confinement a brutalement stoppé l'aventure et je n'ai pas eu le temps de revenir l'applaudir. 

En attendant j'ai continué à suivre les aventures de ses personnages à travers les scènettes qu'elle poste sur Facebook depuis sa salle d'eau, en réalisant ainsi le vieux projet de raconter une vie de chiottes. Cette vignette quotidienne est drôlissime ... évidemment. Je ne pouvais pas manquer de proposer à Eva un Entre Voix confiné. Vous pourrez l'écouter ici en sachant qu'elle a choisi comme musique de fin : My face de Biga Ranx.

Elle se trouve à Nice, dans des conditions de vie un peu spéciales, mais qui lui conviennent. Elle nous dit combien cette pause imposée lui permet de reprendre des activités auxquelles elle avait renoncé. Comme beaucoup d'autres artistes elle espère qu'on ne repartira pas ensuite tête baissée et souhaite de tout coeur qu'on garde cette empreinte au fond de nous pour l'utiliser dans la poursuite de notre vie.

Son conseil est de dire à ceux qu'on aime qu'on les aime. 

Ne la manquez pas quand le théâtre pourra réouvrir ! Je parie qu'elle aura même enrichi son spectacle...

Cet article est illustré d'une photo prise l'été dernier pendant le Festival OFF d'Avignon.

mardi 30 avril 2024

N’avoue jamais, film d’Ivan Calberac

(mise à jour 7 mai 2024)
Les signes militaires apparaissent tout de suite et nous mettent dans l’ambiance. On devine qu’on va avoir affaire à un psychorigide à cheval sur les principes.

Entendre des voeux d’anniversaire sur la musique de la Marseillaise, ça c’est fort. Fallait oser. Le début du film nous présente une famille unie et heureuse qui bientôt éclatera en morceaux. Personne en fait n’occupe sa vraie place car pour le moment tout tourne autour du père. 

François Marsault (André Dussolier), général à la retraite, va péter une durite lorsqu’il découvre par hasard que la femme dont il est encore fou amoureux au bout de 50 années de mariage l’a trompé 40 ans plus tôt avec Boris (Thierry Lhermitte).

Annie (malicieuse Sabine Azéma) prend les choses à la légère, nous faisant douter de l’exactitude des faits qui, pourtant vont se révéler peut-être plus graves qu’il n’y paraissait au premier regard. Il y aura plusieurs duels en paroles dont le chien comptera à chaque fois les points d’un hochement de tête. 

Ivan Calbérac a conçu un scénario très fin qui, certes repose sur les codes de la comédie avec caricatures et rebondissements cocasses, mais qui s'enrichit d'une vraie réflexion sur la paternité, la ressemblance avec sa descendance, la soif de vérité, la confiance et surtout l'acceptation de l'altérité, … de toutes les altérités, même quand elles remettent en cause nos certitudes.

Avoir été "trompé" peut-il être considéré comme une trahison qui imposerait réparation en vertu d'un soit disant code d'honneur et qui s’affranchirait de toute prescription ? C'est la première réaction de François, dont le prénom, soit dit en passant, n'est pas anodin. Il décide d'affronter manu militari son (ancien) rival et ancien ami dont il extorque les coordonnées à un lieutenant qui fut autrefois sous ses ordres (Frédéric Deleersnyder) avec qui il continue à s'entretenir par téléphone et leurs dialogues sont très savoureux.

Arrêtons-nous un instant sur cette notion de prescription, qui a une définition juridique qui ne cesse d’ailleurs d’évoluer en faveur des victimes. Il est juste de souligner que le concept n’a pas sa place dans la réalité de ce qu’on éprouve. Et si on peut reprocher quelque chose à François ce sont ses excès mais pas sa sincérité. 

Le film est riche de jeux de mots et de traits d’esprit, de vrais et de faux proverbes. On arrête vite de chercher à démêler l'original de la copie. On retiendra malgré tout qu'un lion blessé est toujours cruel alors que dans le ciel, les cancans des canards résonnent comme des moqueries.

On enrichira notre lexique d'un sigle, qui malheureusement ne sera pas facilement recyclable dans une conversation ordinaire, la RCIR, qui est une Ration de Combat Individuelle Réchauffable. On pourra plus facilement réemployer la si célèbre, mais si magnifique formule de Paul Eluard Il n’y a pas de hasards, que des rendez-vous. Suffira-t-elle à décider Annie à succomber une nouvelle fois au charme toujours intact de Boris ?

Parallèlement à la résolution de la première épreuve (comment laver son honneur) François devra faire face à une énigme : son fils Adrien (Sébastien Chassagne) est-il bien le sien ? Il ne lui ressemble pas pour deux sous alors qu’Amaury (Gaël Giraudeau) est presque sa copie conforme. Il lui faudra aussi affronter ses préjugés quant aux amours de sa fille Capucine (Joséphine de Meaux) avec Mika (Eva Rami qui de mon point de vue est sous-employée par rapport à la richesse d’interprétation que je lui connais et qui vient d'être récompensée d'un Molière pour son spectacle Va aimer au Théâtre Lepic).
François cherchera conseil auprès de son avocat (Michel Boujenah) qui campe un professionnel tout en nuances, presque à contre emploi.

Côté bande son, les choix de Laurent Aknin sont très malins. On passe de j’ai un amant pour le jour, un autre pour la nuit chanté par la si sensuelle Brigitte Bardot (dans Ciel de lit) à Je reviens te chercher de Gilbert Bécaud, deux moments qui seront ponctués de rires dans la salle. On terminera avec N’avoue jamais de Guy Mardel qui sera applaudi. Je rappellerai que cette chanson -choisie pour donner son titre au film- a représenté la France au concours de l’Eurovision en 1965.

Ce qui est très agréable dans cette comédie c’est son aspect sociétal et le fait que tous les personnages sont amenés à des degrés divers à remettre en question leurs préjugés et leurs rapports aux autres.

On peut bien rire de la plainte d’Adrien : je fais pas du guignol, je suis marionnettiste. Mais combien de personnes se méprennent sur cet art qui a tant évolué ? Il faut féliciter Ivan Calberac d’avoir introduit une séquence avec un extrait de spectacle de marionnettes pour adultes d’une beauté et d’une émotion magiques. Nous aussi on aurait envie d’applaudir même si ce type de retournement de situation a déjà été filmé pour le cinéma.

Ivan Calberac est tout autant homme de cinéma que de théâtre. Souvenons-nous de La dégustation, et de Venise n'est pas en Italie pour ne citer que deux de ses précédents succès, dans l'un et l'autre domaine. C'est un formidable dialoguiste et on se souviendra longtemps de la recommandation du fils à son père sur les difficultés conjugales :
- Dans un couple, quand ça va pas on attend que ça passe. 
- Et si ça passe pas ?
- C’est qu’on n’a pas attendu assez longtemps. 

L’adage voulant qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire n’a jamais aussi bien été exploité. Un an plus tard la situation aura radicalement changé. La Marseillaise ne sera plus au programme de l’anniversaire.

N’avoue jamais, film d’Ivan Calberac
Avec André Dussollier, Sabine Azéma, Thierry Lhermitte, Joséphine de Meaux, Sébastien Chassagne, Michel Boujenah, Gaël Giraudeau, Eva Rami, Frédéric Deleersnyder …
En salles depuis le 25 avril 2024

lundi 13 avril 2020

Le blog a 13 ans

Il fallait bien que cela arrive ... Un jour le blog passerait le cap des 13 ans. Signe de chance si l'on en croit Claude Lelouch ....

J'aurais dû écrire ce billet il y a deux mois, comme je le fais chaque année à la mi-février, mais la situation devenait surréaliste, partagée entre les pressions et la crainte d'une contamination. Manque de chance, je suis tombée malade.

2020 sera une année blanche diront bientôt les artistes empêchés de se produire devant le public, et les écrivains suivront en souffrant d'être privés de rencontres dans les librairies et dans les salons avant de songer à employer des moyens dits virtuels, comme Zoom et Skype pour maintenir les liens.

Année noire pour les malades et leurs proches.

Année grise au final ? Qui vivra verra.

2019 aura été en tout cas une année riche d'événements dont je n'ai pas toujours rendu compte suffisamment sur le blog. Notamment le festival d'Avignon où j'ai peut-être vu "trop" de spectacles ...

J'ai adoré l'expérience du Grand bazar des Savoirs au Théâtre Firmin Gémier la Piscine. Partager cinq de mes passions (le théâtre, le Mexique, l'écriture, la cuisine, la radio) avec le public aura réactivé mon envie d'écrire au-delà de l'espace du blog et de le faire également déborder un peu de sa ligne éditoriale. Voilà pourquoi j'ai publié une série de nouvelles, presqu'une dizaine, mais il en reste à venir. Et j'ai d'autres projets d'écriture dont j'espère pouvoir parler en février 2021, ce qui prouvera que les mois prochains n'auront pas été "blancs".

J'avais exprimé il y a trois ans mon souhait de combiner l'écrit avec l'oral, en l'occurrence à la radio. En dix-huit mois j'aurais enregistré 170 chroniques et 71 émissions. C'est beaucoup et l'heure viendra de faire des choix, faute de s'épuiser, et de ne parvenir à faire la radio qu'au détriment du blog.

En ces jours si particuliers, qu'on espère ne pas devoir revivre, nous sommes nombreux à reconsidérer notre vie, et nos priorités. Je ne vais pas échapper à ce bilan.
Parallèlement, et là encore, rien d'extraordinaire à cela, nous sommes nombreux à vouloir agir, et sortir de l'enfermement, d'une manière ou d'une autre. La mienne passera par des interviews de personnalités qui se livreront en toute intimité, mais avec pudeur, à travers des "Entre Voix confinés", enregistrés par téléphone, dans un format plus court que ceux que je faisais en face à face en studio uniquement. Ce sont tous des amis, ce qui explique que, pour une fois, j'emploierai le tutoiement. 

Il y aura
Ils vont dire en quoi le confinement aura été propice pour eux à vivre différemment. On pourra les ré-entendre à partir du 15 mai en suivant ce lien. J'aurais adoré poursuivre ce type d'émission mais la direction de Needradio n'a pas voulu continuer alors que la France se déconfinait, même lentement.

Ces entretiens m'ont amenée à remettre en question ma façon d'interviewer même si je n'ai pas à rougir de ce que je faisais dans les Entre Voix classiques. Et que sans doute il y aura davantage de portraits sur le blog, en version écrite.
Et si 2020 était une année ... orange !

mercredi 14 juillet 2021

L'Odyssée d'un acteur à l’Alchimique Circus pour le Festival d’Avignon Off 2021

Jamais je n’ai autant apprécié de disposer d’une bicyclette pour la durée du festival. Je prends la direction l’île de la Barthelasse pour passer la journée avec la troupe de l’Alchimique Circus qui est installée au Kabarouf, Chemin des Canotiers. Et à cette heure ci il est trop tôt pour prendre la navette fluviale (gratuite, il faut le souligner).

Implantée à Annecy dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, L'Alchimique propose des spectacles de cirque et de théâtre sur des thématiques lucides, en prise avec notre temps, mais sans perdre pour autant sa part d'enfance et d'émerveillement.

Il est dirigé par Clément Victor. Cet ancien du Cours Florent et de L'Ecole Supérieure d'Art Dramatique du Théâtre National de Strasbourg (TNS) a déjà un parcours long comme le bras. Il a travaillé avec les plus grands mais il garde une simplicité et une bienveillance sans bornes qui se ressentent quand on passe un moment en sa compagnie.

C’est autour de l’éblouissant projet phare CeQuiNousLie, véritable feu d’artifice circassien, qui pour autant prend à bras le corps les thématiques d’aujourd’hui qui nous tiennent à coeur : écologie, égalité femme-homme, solidarité, réalisation de soi et sens du commun… qu’il a choisi de décliner d’autres spectacles tout aussi pertinents et originaux, auxquels s’ajoutent trois spectacles invités (dont je n’ai pu voir que celui qui retrace la vie de Frida Kahlo).
Place au théâtre sous le chapiteau avec L’Odyssée d’un acteur, un seul en scène d’une heure trente, ode d’amour au théâtre, qui lève le voile sur le travail de l’ombre des comédiens. Ecrit et mis en scène par Clément Victor il met en lumière toutes les subtilités de jeu de Benoit Asnoune-Delbort.

Tout acteur rêve de jouer une telle partition et de laisser une trace comparable à celle de Philippe Caubère, …ou d’Eva Rami qui avait remporté un immense succès à la Condition des soies en 2019. Benoit Asnoune-Delbort est un instrument dont Clément Victor révèle toutes les nuances de jeu en lui offrant un répertoire très large, allant de David Leon (Un jour nous serons humains), à Alexandre Nikolaïevitch Ostrovski, Heiner Muller (Ciment), Peter Handke (Par les villages), en passant par le célèbre monologue d’Hamlet de Shakespeare. Il est prodigieux dans l’extrait du film Série noire avec Patrick Dewaere.
On suit le jeune homme, passionné inlassable, tenter plusieurs fois tenter sa chance en passant le concours d’entrée des meilleures écoles de théâtre. Aucune péripétie ne l’arrête. Il s’obstine à vouloir travailler les grands textes alors que sa mère l’aurait bien vu dans un Molière.

Il nous fait partager toutes ses péripéties, et dont surtout à comprendre comment s’exerce le travail sur de grandes scènes classiques et contemporaines. Il lève le voile sur l'art véritable de l'acteur et mérite amplement que des metteurs en scène traversent le Rhône pour venir le voir « jouer » comme on dit dans le métier. Son humilité n’a d’égal que la générosité de son talent. L’entente avec Clément Victor (ci-dessous à gauche) est de celle dont rêvent tous les artistes.

Article extrait d’une publication intitulée "Avignon le 14 juillet aux Brunes et à l’Alchimique Circus". 

jeudi 14 juillet 2022

Tapis rouge d’Agnès Pat au Théâtre des Vents (Avignon 2022)

Un peu de légèreté s’impose en général pour moi en fin d'après-midi. Je me suis laissée convaincre d'aller voir Agnès Pat' et j'ai fait une agréable découverte.

Elle a tant de vitalité et d'audace que, si je l'avais vue il y a quelques jours, j'aurais osé conclure qu'elle met le feu à 19 h sur la scène du Théâtre des Vents avec Tapis rouge. Le jeu de mots aurait été malin. Evidemment il sonne bizarrement maintenant que nous savons qu’un véritable incendie s'est déclenché au même moment à 10 km de là.

Un hasard qui ne doit pas faire oublier la folle énergie de cette jeune artiste que vous allez voir un jour prochain sur des scènes d’humour parisiennes, impossible qu’elle ne soit pas vite repérée. Elle a toutes les qualités nécessaires pour une belle et longue carrière (vous ne pourrez qu'approuver en regardant les photos qui donnent spectacle un aperçu en images, à la toute fin de cette publication).

Elle me fait penser à Eva Rami racontant à la Conditons des Soies en 2019 ses années d’apprentie-comédienne (et qui joue cette année dans le Festival d'Avignon sous la direction d’Olivier Py un spectacle de 10 heures). Agnès serait bien capable de tenir aussi longtemps.

Elle rêve depuis l'enfance de marcher sur un tapis rouge et elle a tout mis en oeuvre pour réaliser son objectif. Elle est compétente en tout, même en chauffeuse de salle pour provoquer les applaudissements.

Elle enchaine en rouge et noir les tableaux avec maestria. Très peu d'accessoires lui suffisent pour changer de personnage grâce aussi à une robe digne d'un transformiste. Elle se moque en premier lieu d'elle-même qui aurait tant "voulu être une artiste" comme l'écrivait Luc Plamondon dans une chanson dont elle a modifié les paroles.

Le moindre de ses souvenirs a été recyclé en scènette. Qu'il ait été vécu pendant l'enfance, ses cours à l'école de théâtre, un trajet dans le métro, en maison de retraite, avec son coach vocal ou une assistante sociale psychopathe lui promettant qu'elle ne valait rien de rien.

Quelle erreur ! Elle joue admirablement du piano, chante superbement L'air de la nuit de Mozart, comme Over the rainbow, ou Love me tender (à une lettre près). Tout est parfait. Il n'y a rien à changer. On prend avec elle une immense bouffée d'air pur et de bonne humeur.

Elle sait tout faire, alors elle pourrait auditionner pour jouer dans un spectacle d'Alexis Michalik. Sa prestation tient du clown, avec davantage d'agilité, mais elle est aussi diva, soprano colorature, ballerine, circassienne, imitatrice, humoriste, pianiste, chanteuse d’opérette, danseuse de claquettes, et néanmoins modeste avec ça.

Tapis rouge
Interprète, création, écriture et mise en scène : Agnès Pat’
Régie son et lumière : Corentin Masson

Spectacle vu le Jeudi 14 juillet 2022 au Théâtre des Vents. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après dans la matinée.

lundi 26 mai 2025

Cache-cache de et avec Vanessa Aiffe-Ceccaldi

Je ne voulais pas manquer Isabelle Andreani dans son interprétation de Madeleine Béjart. Je ne voulais pas davantage faire faux-bond à Vanessa Aiffe-Ceccaldi dont je savais combien la création de Cache-cache était importante pour elle.

C’est une chance que le Théâtre des Gémeaux Parisiens présente des avant-premières avignonnaises. Il faut s’en emparer.

Si j’ai choisi une photo de Vanessa joyeuse et décontractée, prise sur le vif, après le spectacle c’est parce que c’est comme ça que je la connais le plus. Elle dégage une énergie folle et il ne faudrait pas s’arrêter au thème de son seule-en-scène pour la caractériser.

Pas plus d’ailleurs que par le rôle d'Alix qu’elle interprétait en 2022 dans le film réalisé par Alexandra Lamy (qui est marraine de Cache-cache). Touchées rend compte des parcours de résilience de différentes femmes qui ont subi des violences conjugales et/ou sexuelles. Il a été récompensé au Festival de la Fiction de La Rochelle. Le sujet est hélas d'actualité depuis que des voix se sont élevées pour dénoncer des faits trop longtemps considérés comme des "affaires de famille" et à propos desquels Vanessa a une position pour le moins militante.

Difficile de concevoir une scénographie plus simple avec d’abord juste une chaise. C’est que les lumières et la scénographie (de Régis Romele qui signe brillamment là sa première mise en scène) vont composer autant d’espaces que nécessaires à la narration.

La comédienne emprunte le masque de Thelma pour raconter un jeu de cache-cache qui va tourner mal le 30 juin 1984. Elle a 11 ans et elle est victime d’un cousin, ce qui constitue déjà en soi un traumatisme important. Sa mère en ajoute un autre, qui fera l’effet d’un coup de massue : son père n’est pas son père, ce que tout le monde savait, … sauf elle.

La mère, dont Vanessa restitue à merveille les paroles doucereuses ponctuées de Mon ange, comme les tics (ah cette façon de tenir sa cigarette !) est une femme pour laquelle le spectateur ne ressent aucune empathie. On la laissera se plaindre à longueur de qu’est-ce que je t’ai fait ? Elle est détestable, et pas seulement parce qu’elle ne sait cuisiner que des endives au jambon. C’est pourtant elle que la fille appelle parfois à l’aide … Mais c’est auprès de sa grand-mère qu’elle trouvera l’affection qui lui permettra de trouver la force de continuer à vivre.

Je ne sais trop comment vous convaincre que l’interprétation de Vanessa est captivante tant elle réussit à incarner une large palette d’émotions. Peut-être en vous disant que j'ai parfois songé à Eva Rami (qui reçut l'an dernier le Molière du Seul/e en scène pour Va aimer) et que je suis depuis plus de 6 ans. A Elise Noiraud aussi. Ces deux comédiennes ont écrit une trilogie à partir de leur histoire familiale. Vanessa suivra-t-elle la même voie ?

L'autofiction est une des spécificités qu'on retrouve fréquemment dans les seuls/es en scène, en toute logique parce qu'il faut bien que la marmite déborde faute d'exploser. Tant de personnes doivent puiser dans leurs ressources personnelles pour affirmer leur personnalité et triompher de violences intrafamiliales ! Leur talent est une porte de sortie pour progresser en sérénité. Puisse ce type de témoignage être autant salvateur pour celui/celle qui nous le livre que pour nous qui le recevons !

Sur le plan de la forme, ce spectacle est admirablement construit et Vanessa nous touche par son énergie débordante. Ses mots, parfois ceux, jamais impudiques, et son jeu restituent l'enfant, l'adolescente, la jeune adulte et la femme qu'elle est devenue (sans compter de multiples personnages) sans changer de costume -ce qui témoigne de sa force d'interprétation- en provoquant parfois nos larmes, souvent nos rires aussi, accompagné d'une bande-son très réfléchie. Sur le fond, Cache-cache appartient à ceux qui démontrent que la honte doit changer de camp. On se réjouira malgré tout que la mère finira par s’apitoyer : c’est toi qui as vécu ça ma fille … ?
Cache-cache de et avec Vanessa Aiffe-Ceccaldi
Mise en scène de Régis Romele
Costume Black Baroque by Marie-Caroline Béhue
Marraine officielle Alexandra Lamy
Du 24 au 31 mai 2025
Au Théâtre des Gémeaux Parisiens - 15 rue du Retrait - 75020 Paris
Puis à 19 h 05 au Petit chien, du 5 au 26 juillet 2025 (relâche les 8, 15, 22 juillet) pendant le festival d’Avignon
À partir de 12 ans

mercredi 14 juillet 2021

Avignon le 14 juillet aux Brunes et à l’Alchimique Circus

Je me suis levée de bonne heure pour aller voir la dernière création que Emmanuelle Erambert met en scène au Théâtre des Brunes à 9 h 50. 

Elle a écrit le conte musical Nacé et la pierre d’arc-en-ciel pour un trio de comédiens-danseurs-chanteurs-musiciens. Le propos est adapté aux enfants à partir de 3 ans. Elle fait la démonstration qu’on peut aborder de vrais problèmes en employant un langage soutenu, pourvu qu’on reste dans le parler vrai et juste. 

Il y avait ce matin des tout-petits accrochés à leur doudou qui ont suivi le spectacle avec attention sans jamais broncher.Il y avait aussi de plus grands, sans doute déjà repérés par leurs enseignants pour leur haut potentiel. Les comédiens furent autant à la portée des premiers que des seconds.

Je salue particulièrement le parti-pris de n’avoir pas employé de sonorisation HF (inutile au demeurant mais si souvent utilisée pendant le festival sans admettre que cette façon de faire dé-localise celui qui parle ou chante, et du coup nuit à l’attention).

L’histoire est prétexte à traiter des sujets dont les enfants ont forcément entendu parler sans peut-être les avoir compris.

Nacé (Tiph Courau) est présentée comme un enfant, fille ou garçon, préférant plonger parmi les poissons qu’affronter le jugement des autres qui la trouvent insuffisamment fille et trop garçon manqué. Elle vivait cependant dans la joie et l’harmonie avec les autres habitants de son village de pêcheurs grâce à la pierre musicale aux couleurs de l’arc-en-ciel jusqu’à ce que celle-ci soit volée. La récitante (Garance Dupuy) interroge les enfants sur le nom des couleurs et ceux-ci se sentent immédiatement pris en considération et partant pour les reprendre en chantant sur un air de jazz.
Toutes les compostions musicales sont d’Arthur Dupuy, en collaboration avec Garance Dupuy. Elles sont simples mais variées et illustrent chacune un genre particulier. Après le jazz il y aura un air de musique latine, du reggae, du disco, du rap, et même une démonstration de looping. Chacun met en valeur un instrument plus ou moins « noble », la guitare, le saxophone, les castagnettes … Le déroulé présente aussi parallèlement les spécificités de plusieurs animaux marins, pas nécessairement très connus comme l’hippocampe, le crabe, le requin, le phoque, la pieuvre, la baleine, et même une créature chimérique familière à l’univers des enfants, la sirène. L’auteure n’a pas hésité, et elle a eu raison, à employer un lexique soutenu, avec les termes de corail, branchies, aurore boréale, cétacé … et à nous apprendre que la pieuvre, munie de huit tentacules, dispose de 2240 ventouses. Tout cela laisse entrevoir les prolongements que pourrait offrir le spectacle en ateliers complémentaires, par exemple dans un cadre scolaire ou parascolaire. Elle ose également un dialogue en espagnol, partiellement traduit. Et parfois, quand c’est à propos, un terme de verlan (comme t’es ma reusse pour tu es ma soeur).
A l’inverse des autres qui aideront Nacé à retrouver tous les morceaux de la pierre qui a été dérobée, la sirène n’est pas bienfaisante. On comprend qu’elle a volé le talisman par jalousie. Ce qui est très bien vu dans le scénario imaginé par Emmanuelle Erambert c’est qu’au lieu de la punir, comme on le fait traditionnellement dans les contes, on aidera ce personnage à surmonter ses frustrations et à trouver sa tessiture vocale.

La sensibilisation au dérèglement climatique, à l’écologie, et à la plus que jamais nécessaire préservation de la nature est très prégnante sans générer la moindre angoisse. Le discours est positif, accessible sans être bêtifiant et souvent teinté de poésie : dans le ventre de la baleine, Nacé n’est pas au bout de ses peines.

On sort plein d’espoir : il n’est jamais trop tard pour tenter de redresser la situation. Si chacun prend sa part
Jamais je n’ai autant apprécié de disposer d’une bicyclette pour la durée du festival. Je prends la direction l’île de la Barthelasse pour passer la journée avec la troupe de l’Alchimique Circus qui est installée au Kabarouf, Chemin des Canotiers. Et à cette heure ci il est trop tôt pour prendre la navette fluviale (gratuite, il faut le souligner).

Implantée à Annecy dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, L'Alchimique propose des spectacles de cirque et de théâtre sur des thématiques lucides, en prise avec notre temps, mais sans perdre pour autant sa part d'enfance et d'émerveillement.

Il est dirigé par Clément Victor. Cet ancien du Cours Florent et de L'Ecole Supérieure d'Art Dramatique du Théâtre National de Strasbourg (TNS) a déjà un parcours long comme le bras. Il a travaillé avec les plus grands mais il garde une simplicité et une bienveillance sans bornes qui se ressentent quand on passe un moment en sa compagnie.

C’est autour de l’éblouissant projet phare CeQuiNousLie, véritable feu d’artifice circassien, qui pour autant prend à bras le corps les thématiques d’aujourd’hui qui nous tiennent à coeur : écologie, égalité femme-homme, solidarité, réalisation de soi et sens du commun… qu’il a choisi de décliner d’autres spectacles tout aussi pertinents et originaux, auxquels s’ajoutent trois spectacles invités (dont je n’ai pu voir que celui qui retrace la vie de Frida Kahlo).
J’ai d’abord assisté à 11 h 15 à Tel & Vision, un duo burlesque, totalement accessible aux enfants. Les deux clowns sont aussi des acrobates impressionnants. L’un (Antoine Branche) spécialisé dans le diabolo, l’autre (Loucas Ledru) dans le vélo acrobatique. Ensemble ils combinent leurs talents pour évoquer l’art équestre.

Clément Victor a posé sur leur création un regard extérieur pour canaliser toutes les idées qu’ils ont à propos des plus ou moins nouvelles technologies, télé, téléphone qui conduisent parfois à des visions chamaniques obéissant à des logiques absurdes et loufoquesOn s’amuse et on salue leurs prouesses physiques. On devrait aussi nous interroger sur le peu d’enthousiasme du public à prêter son smartphone pour qu’un artiste puisse appeler une ambulance et porter ainsi secours à son camarade qui vient de faire une chute impressionnante. Peut-on rire de notre égoïsme et du refus de solidarité au motif que c’est pour de faux ? 
Place ensuite au théâtre sous ce même chapiteau avec L’Odyssée d’un acteur, un seul en scène d’une heure trente, ode d’amour au théâtre, qui lève le voile sur le travail de l’ombre des comédiens. Ecrit et mis en scène par Clément Victor il met en lumière toutes les subtilités de jeu de Benoit Asnoune-Delbort.

Tout acteur rêve de jouer une telle partition et de laisser une trace comparable à celle de Philippe Caubère, …ou d’Eva Rami qui avait remporté un immense succès à la Condition des soies en 2019. Benoit Asnoune-Delbort est un instrument dont Clément Victor révèle toutes les nuances de jeu en lui offrant un répertoire très large, allant de David Leon (Un jour nous serons humains), à Alexandre Nikolaïevitch Ostrovski, Heiner Muller (Ciment), Peter Handke (Par les villages), en passant par le célèbre monologue d’Hamlet de Shakespeare. Il est prodigieux dans l’extrait du film Série noire avec Patrick Dewaere.
On suit le jeune homme, passionné inlassable, tenter plusieurs fois sa chance en passant le concours d’entrée des meilleures écoles de théâtre. Aucune péripétie ne l’arrête. Il s’obstine à vouloir travailler les grands textes alors que sa mère l’aurait bien vu dans un Molière. Il nous fait partager toutes ses péripéties, et dont surtout à comprendre comment s’exerce le travail sur de grandes scènes classiques et contemporaines. Il lève le voile sur l'art véritable de l'acteur et mérite amplement que des metteurs en scène traversent le Rhône pour venir le voir « jouer » comme on dit dans le métier. Son humilité n’a d’égal que la générosité de son talent. L’entente avec Clément Victor (ci-dessous à gauche) est de celle dont rêvent tous les artistes.
Changement de registre avec  FUIR ! spectacle immersif et itinérant écrit suite à la crise du coronavirus,  faisant plus qu’évoquer le concept de résistance au complot. Il appartient à la catégorie des spectacles particuliers parce qu’ils impliquent les spectateurs. Celui-ci encore davantage que Coupables ou Terreur (qui sont programmés eux aussi dans le Off). S’il est une fantaisie, il est construit sur un thème qui nous parle encore très vivement et sur lequel on doit réfléchir car il n’y aura pas de deuxième lendemain.
Pour commencer, les téléphones portables sont confisqués. J’ai échappé à cette contrainte parce que j’ai rejoint le groupe avec quelques secondes de retard. Un mal pour un bien puisque j’ai pu prendre quelques clichés des moments les plus propices à être montrés.
C’est une expérience à vivre les pieds confortablement glissés dans des baskets. Nous parcourerons plusieurs kilomètres sur des chemins de campagne, le long du Rhône, dans les sous-bois, prévenus qu’il faut s’attendre à tout, à chaque instant.
Chaque scène est méticuleusement chronométrée de manière à ce que deux groupes puissent se succéder sur un parcours semé d’embûches qui font le régal d’un public parfois si investi qu’il en oublie qu’il est au théâtre. Il faut dire que les cigales s’en donnent à coeur joie pour assurer la bande-son.

Pas de saluts à la fin, la dizaine de comédiens sollicités pour tenir des personnages de circonstance doit préférer demeurer dans l’ombre de l’anonymat … mais chacun les aura finalement reconnus dans les autres rôles qu’ils remplissent dans les autres spectacles.
J’ai regretté de n’avoir pas pu retourner dans la ferme bio La reboule. J’en avais la disponibilité dans mon timing mais j’avais juste oublié que nous étions un jour férié et que je me heurterai à porte close.
Il est 17 h 30 et le voyage prend maintenant la forme d’une évocation du parcours singulier de Frida Kahlo par la Cie Burdin Rhodes. C’est du théâtre de tréteaux comme il en subsiste peu. C’est aussi du théâtre d’objets, fragile et poétique, qu’il est très agréable de regarder en plein air en s’émerveillant des images qui sont proposées. Frida est Une bombe dans un ruban de soie. Cette femme qui refusait qu’on la considère comme malade au motif qu’elle était brisée est bel et bien vivante, avec ses excès et ses souffrances. La magie est dans le coeur des artistes, Brigitte Bourdin et Gilles Rhode.
Est venue l’heure de retourner sous le chapiteau pour CeQuiNousLie, orthographié avec les majuscules intermédiaires pour signifier l’importance du lien qui unit en particulier les circassiens sur le plateau mais aussi tous les individus. La création a eu lieu en 2019 au Pôle Cirque d’Amiens, mais la pandémie a freiné la programmation de ce spectacle, mis en scène par Clément Victor à partir de toutes les idées partagées collectivement dans la troupe.
J’ai presque vu une centaine de spectacles de cirque contemporains, notamment au Pôle Cirque d’Antony. J’ai suivi le déroulement de celui-ci en me disant qu’il mérite amplement d’aller à Auch et d’être présenté sur les plus belles scènes. Je voudrais en rendre compte dans le détail, ce qui m’est impossible dans le marathon avignonnais. Je ne glisse ici que quelques photos des tableaux les moins difficiles à photographier depuis ma position de spectatrice.
La promesse d’allier le spectaculaire circassien à la poésie du théâtre en abordant  des thèmes contemporains tels que l’écologie, la violence de la société, le passage à l’âge adulte n’est jamais oubliée pendant les 90 minutes qui nous tiennent en haleine.
Avec des moments où la poésie ou l’humour viennent délicatement se poser. Je me souviendrai toujours de ce tableau de dressage d’humains en reprenant les codes des dompteurs de fauves illustrant mieux que tous les beaux discours la question de savoir ce que l’on faut subir aux bêtes.
Les numéros s’enchaînent dans une (très) apparente décontraction mais les risques sont énormes, notamment dans les numéros de voltige équestre et les applaudissements du public sont largement mérités. Bravo et respect pour leur courage à Zealand Mathez (trapèze), Antoine Branche (acrobatie, voltige équestre), Louison Cancel (cerceau), Lucie Dayot (corde lisse), Alexis Debris (équilibre, acrobatie), Armand Delattre (roue cyr), Dorian Didier (manipulation d’objets portés), Ancelin Dugué (bâton staff), Hortense Godard (équilibre, contorsion), Lucy Guillou (clown acrobatique), Clara Michel (équilibre, acrobatie), Loucas Ledru (vélo acrobatique) … et au cheval Estoqué
La bande-son (signée Delphine Mathieu) est subtilement ponctuée de titres comme Les gens qui doutent, avec la reprise de Lou Gala ou Mon manège à moi d’Edith Piaf sur lequel le spectacle s’achève dans une symbolique très forte.
Pour achever la journée sur un clin d’œil aux coulisses du cirque et à celles du festival d’Avignon Clément Victor a choisi de mettre en scène un ultime spectacle, La Nuit au Cirque de Olivier Py, qui est une sorte de fantaisie théâtrale et musicale qui est jouée en plein air, sous les grands arbres, dans le calme relatif de l’île, une fois que les cigales sont parties se coucher.

Olivier Py est un auteur prolifique et enchanteur qui a retravaillé les mythes pour montrer tout ce que j’aime, voir le spectacle qui se déboulonne. Ici l'histoire d'Amphitryon (on retrouve Benoit Asnoune-Delbortqu’il place dans les coulisses d'un cirque. Clownette, Squelette, Femme-Serpent... feront leur numéro. Les personnages fantasques (habillés des magnifiques costumes de Camille Grangerdéfilent, chantent, tandis qu'Amphitryon pris au piège par le Magicien se pose des questions existentielles !
 
Acceptera-t-il la réalité car ici tout est faux ? La belle Alcmène saura-t-elle le reconnaître ? Et les amoureux profiteront-ils de la mésaventure pour retrouver leurs rêves et leurs idéaux ?
La clownette reconnaîtra que l’histoire n’a plus aucun sens. On a le sentiment que l’âme de Shakespeare vient de se glisser derrière la scène.
Cette fois ils salueront tous : Mathilde Modde, Benoit Asnoune-Delbort, Hervé Charlton, Aurélie De Foresta, Ania Vercasson, Mirabelle Wassef  … tandis que Clément veille, discrètement sur tous.
Nous lèverons le camp puisqu’il nous est intimé l’ordre de dormir alors que le Pont Bénézet se pare des couleurs républicaines. Il est vrai que nous sommes le soir du 14 juillet. Le feu d’artifices n’aura pas été tiré, faute de pandémie m’a-t-on dit mais nos yeux auront été éblouis par le théâtre et le cirque réunis.

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