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mardi 12 septembre 2023

Anatomie d’une chute, film de Justine Triet

On m’avait prévenue qu’Anatomie d'une chute était un chef d’œuvre et on a eu raison car ce n’est pas l’affiche qui m’aurait incitée à aller le voir. J’en suis sortie éblouie par la maitrise de l’équipe technique et de l’équipe artistique ainsi que par la qualité de l’interprétation. La palme d’or du festival de Cannes est amplement méritée.

Justine Triet place constamment le spectateur dans un double doute, celui de penser qu’il a devant lui un film documentaire sur un procès alors que c’est une totale fiction et sur l’origine du scénario qu’on pense être inspiré de faits réels. Le résultat est extrêmement surprenant et pourtant totalement naturel. Ce doit être cela le talent.

On retrouve avec grand plaisir Swann Arlaud, très à l’aise pour s’exprimer dans plusieurs langues. Il assume la double position délicate d’ami de l’accusée et d’avocat, sachant qu’on dit qu’on ne devrait jamais assurer La Défense d’une amie, surtout si on éprouve encore des sentiments pour elle. L’un comme l’autre devraient recevoir les confidences de Sandra Voyter, une écrivaine reconnue donc publique (Sandra Hüller) sans que le moindre mensonge puisse faire barrage à la compréhension des faits, après qu’elle ait fait taudis) des confidences à une journaliste venue l’interviewer sur son métier dans son chalet.
Et c’est là que le film est particulièrement réussi car jusqu’au la fin le spectateur s’interrogera sur la culpabilité de cette femme à propos de la mort du mari. Et le plus étonnant sera le témoignage du fils, malvoyant de 11 ans (donc censé ne pas avoir assisté à la mort de son père), dont l’avis perturbera les jurés.
Sandra, Samuel (Samuel Theis) et leur fils malvoyant de 11 ans, Daniel (Milo Machado Graner), vivent depuis un an loin de tout, à la montagne. Un jour, Samuel est retrouvé mort au pied de leur maison. Une enquête pour mort suspecte est ouverte. Sandra est bientôt inculpée malgré le doute : suicide ou homicide ? Un an plus tard, Daniel assiste au procès de sa mère, véritable dissection du couple.
S’il s’agissait « juste » d’un procès ce serait déjà très intéressant car l’analyse scientifique ne permet pas vraiment de trancher entre suicide et homicide. Du coup, la bataille entre procureur (Antoine Reinartz) et avocat est très fine et pourrait faire basculer l’issue du procès si la présumée innocente (mais tellement soupçonnée en réalité …) passait aux aveux, ce qu’elle ne fait pas. Mais le film va plus loin en autopsiant la relation de couple. La réalisatrice convient avoir écrit en sachant qu’elle confierait le rôle à Sandra Hüller et on comprend pourquoi en la regardant jouer.
Impossible d’en dire beaucoup plus faute de vous gâcher la saveur de la découverte. Dès le premier plan, qui montre une balle rebondisssant dans un escalier et jusqu’au bout on est sans cesse surpris par ce qui arrive, par la nature des plans.

La musique est familière, sans qu'on la connaisse directement. Il s'agit de la Variation sur un prélude de Chopin qui évoque -et pour cause car Gainsbourg s'en était fortement inspirée- une chanson de Jane Birkin intitulée Jane B.

Le recours à plusieurs langues - le français, l’anglais, l’accent allemand - déplace la focale et complexifie le jeu avec, encore une fois, un naturel confondant. On ne sent pas passer les deux heures et demi du film. C’est remarquable et on ne peut que regretter qu’il ne représente pas la France aux Oscars.

Anatomie d’une chute, film de Justine Triet
Avec Sandra Hüller, Swann Arlaud, Milo Machado Graner, Antoine Reinartz, Samuel Theis, Sophie Fillières …
Sur les écrans depuis le 23 août 2023

samedi 18 novembre 2023

La passion de Dodin Bouffant, le film de Tran Anh Hung

Par chance il me restait une portion … de pot-au-feu et j’ai pu satisfaire ma fringale en rentrant du cinéma. La passion de Dodin Bouffant ne m’a pas … passionnée, hélas.

Je ne comprends pas que ce film ait reçu le prix de la mise en scène au dernier festival de Cannes. J’ai vu un documentaire, d’ailleurs bien fait, et je pourrais énumérer chacun des ustensiles, plats de cuisson (comme la si caractéristique turbotière en cuivre que j’avais vue chez Mauviel 1830, qui reste la seule entreprise française encore capable de produire aujourd’hui) ou de service (je me suis réjouie de voir à l’honneur un cul noir comme celui dont j’ai hérité de ma mère et qui est en photo ci-contre) avec de bons, voire très bons acteurs (en particulier évidemment Juliette Binoche et Benoit Magimel), mais pas un film.

On ne pourra pas dire que le duo n’est pas crédible. Juliette et Benoit furent considérés, il y a presque 25 ans, comme formant un couple magnifique. Ils étaient alors Georges et Alfred de Musset dans Les enfants du siècle de Diane Kurys (1999). Ils ont eu une fille, Hannah (née en 1999), mais ils se sont séparés en 2003. 

Ce qui est formidable, je le reconnais bien volontiers, c’est que pour une fois le tablier de la cuisinière ne sort pas du pressing. Ses mains sont en action et il faut admettre qu’elle s’y connait, au moins a minima. 

Mais quelle torture de voir tous ces plats nous passer sous le nez. J’espère que le jury des Oscars sera magnifiquement masochiste sinon c’est la statuette qui va passer sous le nez du réalisateur qui avoue volontiers ne pas savoir cuisiner. Si le contraire avait été vrai il n’aurait sans doute pas choisi d’adapter l’historie d’un cuisinier qui n’a jamais existé. C’est un personnage fictif, imaginé par l’historien Marcel Rouff en s’inspirant d’authentiques grands noms de la gastronomie française comme Brillat-Savarin, at qui a écrit le roman "La vie et la passion de Dodin Bouffant, gourmet",

La trame de l’histoire n’est d’ailleurs pas respectée car la cuisinière Eugénie disparait dès le premier chapitre, et est remplacée par une paysanne que le metteur en scène ne fait apparaitre que dans le dernier tiers du film, de manière à développer la relation amoureuse entre Dodin et Eugénie. C’est ce qu’on appelle en cuisine, une revisite.

Comble de l’affaire, je n’ai pas glané le moindre conseil culinaire. Pierre Gagnaire que je respecte infiniment, et qui a sans doute été un excellent auxiliaire sur le film, fait une apparition grotesque. On lui fait lire un menu, engoncé dans un ridicule costume de pâtissier et coiffé de la toque de Maurice Carême. Il ne fait aucun doute qu’il n’a aucun talent pour la lecture, et encore moins pour le métier d’acteur. Si encore il avait été devant un fourneau on aurait compris.

Bref, je me suis royalement ennuyée, pressée d’arriver au bout de ces ripailles qui me soulevaient le coeur. Lorsque la caméra a fait deux fois (oui deux fois, pulvérisant le record de Claude Lelouch) le tour de l’immense cuisine seigneuriale j’ai su que j’allais enfin être autorisée à me lever de table, malheureuse qu'au long de ces 2 heures 15 de belles images je n’ai pas ressenti l’émotion qui m’avait gagnée avec L’odeur de la papaye verte, du même réalisateur Tran Anh Hung.

Le comité de sélection des films présentés aux Oscars a écarté deux longs-métrages exceptionnels, Le Règne animal et Anatomie d’une chute, croyant sûrement donner davantage sa chance à la France avec cette Passion qui en rappelle une autre, celle d’une femme dans Le festin de Babette qui reçut l’Oscar du meilleur film étranger en 1987. Mais celui-là avait un scénario … écrit d’après une nouvelle de Karen Blixen.

Je me suis retenue de quitter la salle au moment de la scène de "dégustation" des ortolans, dont on ne voit pas les convives s’empiffrer, sans doute parce que Pierre Gagnaire a fait une mise en garde de l’interdiction de consommer ces oiseaux protégés. Je connais des chefs qui servent ce mets délicat dans le plus grand secret aux grands de ce monde, soit-disant garants du respect des lois.

Vous retiendrez malgré tout cette affirmation juste du cuisinier jouant au pédagogue : il faut de la culture, de la mémoire pour que le goût se forme. Je dirais qu’il faut surtout goûter et regoûter, suivant la recommandation que j’ai entendue d’un autre chef étoilé, Guy Martin, propriétaire du grand Véfour, il faut avoir gouté au moins seize fois avant d’affirmer qu’on n’aime pas (tel ou tel produit). 

Pour ceux qui voudraient une recette de pot-au-feu réaliste (car celui du chef étoilé exige une tranche de foie gras frais) suivez le lien. Et pour les autres, qui ont pu être choqués par mon emploi du terme de cul noir, il désigne un plat de service épais et par conséquent lourd, dont le fonds est recouvert d'un émail brun foncé obtenu grâce à l'oxyde de manganèse choisi pour la robustesse qu'il procure à la pièce mais aussi pour la modicité de son prix.

L’aspect de cette faïence est généralement grossier parce qu’on utilise de l’argile d'un blanc grisâtre qui se craquelle. Quant à la décoration, elle est souvent naïve, réduite à l’essentiel pour connoter un univers campagnard et humble, ce qui confère un charme rustique à ce plat qui s’accorde très bien avec un pot-au-feu.

La passion de Dodin Bouffant de Tran Anh Hung
Avec Juliette Binoche, Benoît Magimel, Pierre Gagnaire …
D'après le roman de Marcel Rouff, paru en 1924, La Vie et la Passion de Dodin-Bouffant, gourmet, aux éditions Menu Fretin
En salles le 8 novembre
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Article illustré par la photographie d’un pot-au-feu associé en toute modération avec la cuvée anniversaire d’un Pessac Leognan Rouge Chateau de France 2021.

Les vignes de Cabernet Sauvignon puisent leurs ressources dans un terroir de Graves très profondes, parfois sur un sous-sol argilo calcaire. Les raisons sont récoltés manuellement. La vinification s'effectue pendant 7 à 10 jours de fermentation, puis 3 à 4 semaines de macération en cuves de 130 hl et 85 hl. La fermentation malo-lactique a lieu en cuves et l’élevage se poursuit en Barriques neuves (30%) et de un vin pendant 12 mois. Une légère filtration est réalisée avant la mise en bouteille.
La robe est rubis profond. Le nez intense fait immédiatement penser à des fruits rouges (cassis, myrtilles, cerises) et au pain d’épices. En bouche, le vin est sans surprise épicé et réglissé. Ses tanins sont élégants. Les arômes boisés sont très fins, avec une note fumée en finale et une très belle longueur.
C’est un vin de grande garde que les connaisseurs dégustent sur des viandes grillées ou rôties, au cours d’un repas qui se termine avec une poire au vin et aux épices.
Pourtant il confère une noblesse certaine à un plat rustique comme le pot-au-feu, pourvu que les viandes soient savoureuses et que les légumes ne soient pas surcuits.

Pour ce faire je place la viande dans une grand cocotte. Je couvre d'eau à hauteur et porte à ébullition rapidement. J'écume régulièrement pendant 5 min, puis je baisse le feu pour conserver un léger frémissement. J'ajoute le gros sel, les grains de poivre, l'oignon, la tête d'ail et le bouquet garni. Je laisse cuire pendant 1 h 30.
J'ajoute ensuite les légumes (à l'exception des pommes de terre) ainsi que les os à moelle et je poursuis la cuisson durant 1 h.
Je finis en ajoutant les pommes de terre et je laisse se terminer la cuisson (30 min).

Je prélève un peu de jus au terme de la cuisson : s'il n'est pas assez goûteux, j'en retire 1 litre que je fais réduire de moitié. 

Château de France, 98 avenue de Mont de Marsan, 33850 Léognan-Gironde,
contact@chateau-de-france.com

vendredi 28 août 2026

Fjord, un film de Cristian Munglu

J’ignore les motivations du jury du festival de Cannes pour avoir accordé la palme d’or à Fjord. C’est une récompense qui incite à se faire sa propre opinion, un peu à l’instar du Goncourt.

Franchement, malgré de grandes qualités, de construction narrative, mais surtout d’interprétation, mon choix se serait porté plutôt sur Soudain qui, de mon point de vue, marquera davantage et plus longtemps.
Les Gheorghiu, un couple roumano-norvégien très pieux, s’installent dans un village au bout d’un fjord où ils se lient rapidement d’amitié avec leurs voisins, les Halberg. Les enfants des deux familles deviennent très proches, malgré des éducations différentes. Lorsqu’une enseignante découvre des ecchymoses sur le corps d’Elia, l’aînée des enfants Gheorghiu, la communauté se demande si l’éducation traditionnelle des parents pourrait en être la cause.
La question de la protection de l’enfance est le sujet de nombreux films parce qu’on le sait, les statistiques sont effroyables. On estime globalement à 10% la proportion d’enfants victimes de violence et de toute évidence elles ne font pas toutes l’objet d’une enquête. Signaler des parents maltraitants est une lourde responsabilité.

La Norvège n’échappe pas à ce fléau. On y a mis en place un système de protection (Barnevernet) qui est a priori plus énergique que les méthodes françaises. Il en résulte qu’environ 70% des séparations d'enfants d'avec leurs parents s'effectuent sans le consentement des représentants légaux, ce qui est bien plus élevé qu’ailleurs.

Alors que la majorité des réalisateurs (comme des écrivains) dénoncent le silence qui a accompagné des situations de violence ainsi que l’ampleur des traumatismes subis par les enfants Cristian Munglu prend le contrepied en établissant un procès à charge contre l’administration protectrice.

Il présente la situation comme une énigme, si bien que le spectateur s’interroge tout de même sur l’éducation donnée par la famille Gheorghiu (qui est, disons conservatrice, religieuse et plutôt sévère mais non dénuée d’affection) mais il est probable que la réponse est à chercher dans l’affiche. On y voit une famille unie, heureuse. L’affaire est réglée : elle ne peut pas être le siège de violences intrafamiliales.

J’ai été intéressée par la découverte du système de protection de l’enfance norvégien, par la complexité de s’exprimer soit en norvégien soit en anglais (avec le risque de déformer des interprétations du fait des différences lexicales) et par celle du fonctionnement de la justice. On critique nos institutions mais elles m‘ont paru par contraste assez respectueuses des individus.

Il est difficile de prendre le parti qui nous est suggéré, qui consisterait à estimer que les autorités norvégiennes sont dans l’excès et dans une totale erreur. Rien n’est tout noir ou tout blanc et la famille idéale n’existe pas même si on cherche à nous faire croire que les Gheorghiu n’auraient finalement que des qualités contrairement aux Halberg. Ce qui m’a d’ailleurs le plus dérangée c’est que le réalisateur n’ait pas imaginé d’autre solution que la fuite, justifiant que le vivre ensemble soit une utopie et que la tolérance et la bienveillance soient en échec. Il est hâtif de condamner la manière de faire norvégienne. Croire les enfants c’est précisément ce que réclament les parents (français) qui manifestent contre les violences subies dans le cadre de centre de vacances. Faudrait-il par contre procéder différemment pour des violences soupçonnées dans le milieu familial ?

Certes Cristian Munglu a raison de démontrer que la xénophobie peut se dissimuler derrière la volonté de protéger et ce qu’on nous montre de la Norvège est clairement un dysfonctionnement mais suffit-il à condamner tout un système de protection ?

J’ai pensé à un roman d’Amélie Cordonnier (formidable autrice qui a l’art d’écrire des fictions à partir des travers de notre société). Il s’agit de En garde qui se passe en France et dans lequel elle retrace son propre calvaire lorsqu’elle a été soupçonnée de violences sur ses enfants.

Un spectateur peu attentif pourrait faire cette conclusion et condamner une administration trop vigilante alors que la vraie question est celle de l’opposition de deux systèmes de valeurs opposés ayant pourtant le même objectif, à savoir le bien de l’enfant. Une famille a pour piliers la foi, l'autorité, la tradition. L'État privilégie l'autonomie, les droits de l'enfant, la protection contre la violence. On ne peut pas vraiment reprocher quoique ce soit à ces principes, bien qu’ils soient apparemment divergents. En fait le souci vient de la mauvaise interprétation des enseignants norvégiens. Et lorsque la responsable de l’application du système Barnevernet se veut rassurante en disant au début du film qu’il n’y a pas de Dracula ici, on peut y entendre un trait d’humour noir de la part du dialoguiste.

On a le sentiment que le jury cannois aime particulièrement ces affaires de procès, comme Anatomie d’une chute, lui aussi construit un peu dans la même veine, et qui était un chef d’œuvre.

Fjord de Cristian Munglu
Avec Sebastian Stan, Renate Reinsve, Lisa Carlehed, Ellen Dorrit Petersen, Lisa Loven Kongsli
En salle depuis le 19 août 2026
Durée 2h26

lundi 17 novembre 2025

Exposition Marey au Musée d'histoire de la Médecine

Ce fut une chance de visiter l’exposition Étienne-Jules Marey : chronophotographie, sciences et arts au Musée d'histoire de la Médecine en compagnie d’Agathe Sanjuandirectrice du pôle patrimoine, culture et rayonnement scientifiques à la Direction générale déléguée aux bibliothèques et musées de l’Université Paris Cité, commissaire de l'exposition. 

D’abord parce qu’elle se déploie dans le cadre plutôt étonnant du Musée d’Histoire de la Médecine. Ensuite parce que cette exposition replace l’œuvre de Marey (1830-1904), inventeur de techniques photographiques, dans le contexte scientifique de son époque et démontre son rayonnement dans de nombreuses disciplines.

Mais d'abord il faut se rendre dans le sixième arrondissement de Paris, au 12 rue de l'école de médecine. Le bâtiment a été construit en 1775 pour accueillir l'Académie royale de chirurgie voulue par Louis XV pour y enseigner la chirurgie, alors grande rivale de la médecine. Les praticiens y faisaient leur apprentissage "sur le tas" mais parvenaient à développer des compétences supérieures à celles de leurs "confrères" médecins.

Tout avait commencé à cause d'un des nombreux soucis de son prédécesseur, Louis XIV qui, à seulement 48 ans, ne pouvait plus monter à cheval et devait faire ses promenades en chaise à porteurs en raison d'une fistule anale fort douloureuse. Aucun traitement médical n'étant efficace le roi fait appel au chirurgien Charles-François Félix qui, constatant qu'elle était très difficile à opérer, va d'abord mettre au point un instrument spécifique et s'exercer sur plusieurs dizaines d'indigents (dont beaucoup succomberont ensuite). En novembre 1686 le chirurgien opère le roi, sans anesthésie et l'intervention dure trois heures. Le bistouri "recourbé à la royale" est conservé dans les collections du Musée.

Si jusque là la primauté était donnée aux médecins, qui avaient une définition intellectuelle de leur métier, c'en est fini du mépris pour les chirurgiens, alors considérés comme des manuels. On fournit alors à la chirurgie une académie. Cependant, à la Révolution française elle devra de nouveau s'accorder avec la médecine.

L'Ecole de chirurgie (appelée "Amphithéâtre d'anatomie" jusque dans les années 1970) a été fondée par un arrêté du Conseil général des hospices du 21 décembre 1821 pour mettre fin aux dissections clandestines auxquelles se livraient certains chirurgiens.

Elle est l’héritière de l’Académie royale de Chirurgie fondée par Louis XV en 1748 et supprimée sous la Terreur en 1793, devenue la société des chirurgiens de Paris en 1843, reconnue d’utilité publique en 1859 et convertie en société des chirurgiens français en 1875.

On peut toujours visiter le grand amphithéâtre où on pratiquait des dissections, et un second amphi destiné aux sages-femmes. La cour est restée jusqu'à nos jours, dans son ordonnancement XVIII° néoclassique. La partie où se trouve le musée est davantage XIX°. La bibliothèque fait encore référence pour les médecins, composée d'archives extraordinaires dont certaines remontent au Moyen-Age.

Le musée proprement dit a un caractère historique et a presque l'allure d'un cabinet de curiosités. D'abord purement universitaire il a finalement ouvert ses portes au grand public en 1994. Ses plages d'ouverture ont été étendues depuis 2020 à cinq après-midis par semaine et il présente chaque année deux expositions. Il est relativement petit mais accueille plus de 20 000 visiteurs par an. Les collections sont présentées dans des vitrines tout autour d'une salle rectangulaire, éclairée par des verrières et bordée de coursives en mezzanine, dont une seule est accessible (pour des raisons de sécurité).  Son prix d'entrée est très raisonnable mais il sera gratuit tout novembre pour faciliter l'accès à l'exposition.

Les collections, considérées comme les plus anciennes d’Europe, installées suivant un parcours chronologique, sont surtout constituées d'instruments de chirurgie allant de l'Antiquité au XX° siècle, et rassemblés par grands domaines. Plusieurs de ces "outils" sont nés sur les champs de bataille.

Très franchement certains sont effrayants. D'autres sont amusants comme des dentiers en porcelaine et os d’hippopotame du XVIII° siècle. Ou encore émouvants comme le bistouri de Charles-François Félix ou la trousse du médecin ayant autopsié Napoléon.

Après une présentation sur l'histoire de l'anesthésie, la partie centrale accueille une nouvelle exposition sur le travail de Étienne-Jules Marey et que la Direction déléguée aux bibliothèques et musées de l’Université Paris Cité a imaginée en s’associant pour la quatrième année au festival PhotoSaintGermain et en partenariat avec le Collège de France qui a prêté de nombreuses œuvres.

Agathe Sanjuan a opté pour un ordonnancement chronologique. Elle nous en a expliqué chaque vitrine. Quelques pièces m'étaient familières parce que j'avais déjà eu l’occasion de découvrir une partie de son travail au cours d’une visite inaugurale du Musée de la MarineEgalement au Musée Marmottan Monet qui affichait en avril 2024 plusieurs de ses chronophotographies, tout à fait légitimes dans un accrochage intitulé Les artistes et le sport. Beaucoup d'oeuvres n'avaient jamais été montrées au public et sont tout à fait inédites.

Le visiteur est mis en garde à propos de l'emploi de certains termes à connotation raciale, tout à fait acceptables pour l'époque, choquants pour la nôtre. La rigueur historique impose de les reprendre, ce qui ne doit pas être interprété comme une caution.

Étienne-Jules Marey, né le 5 mars 1830 à Beaune et mort le 15 mai 1904 à Paris, était avant tout un scientifique, mais aussi un médecin (selon le désir de son père, petit commerçant bourguignon) et un physiologiste, sous la houlette de Claude Bernard, étudiant sans relâche les propriétés et les fonctions des organismes vivants. Il fera sa thèse de médecine, présentée dans une vitrine, sur la circulation sanguine. Mais ses recherches se focalisent surtout sur la compréhension du mouvement que nos sens ne peuvent pas saisir, et qu’il analyse à partir des traces qu’il a enregistrées.
Ne disposant pas d'instruments de mesure il en invente. Le plus célèbre est ce Fusil chronophotographique et sa cartouchière, en acier, bois, cuir, ivoire, laiton, verre, fer (Musée des Arts et Métiers. Dépôt du Collège de France, Collection muséale), inspiré du revolver photographique de l'astronome Jules Janssen pour imprimer une plaque sensible circulaire en verre, à raison de 12 images par seconde.

Le procédé, inventé en 1882, dénommé chronophotographie est encore utilisé de nos jours. La technique consiste à prendre en rafale des instantanés sur une même plaque fixe de verre enduite de gélatinobromure, avec un appareil de prise de vues muni d'un seul objectif, placé dans une chambre photographique mobile, qui opère sur des sujets clairs disposés devant un fond noir afin de pouvoir analyser avec précision les différentes positions des corps au cours d'un mouvement. Il utilisera le film dès 1890, donc cinq ans avant la soit-disant "invention" du cinéma ce qui vaut à Marey d'en être considéré aujourd'hui comme le précurseur.

Il faut comprendre que la science est à son époque en constante ébullition. Passionné par ce qu'on appelle aujourd'hui la recherche fondamentale, Marey laissera à d'autres le soin de faire fructifier ses découvertes … dans l'enseignement de l'anatomie (car ses travaux sont une alternative à la vivisection), dans l'aviation, les programmes d'entraînement des soldats et des athlètes, l'usage de la bicyclette (alors en pleine expansion), l'utilisation de la force physique humaine et animale, la lecture labiale, l'anthropologie, et même en art moderne puisqu'il inspirera  de nombreux artistes, de Giacomo Balla jusqu'à Marcel Duchamp

Il ne travaille pas isolément, s'entourant d'un réseau d'élèves et de collaborateurs. Il est parfaitement intégré à la société parisienne influente, est nommé professeur au Collège de France puis à l'Académie des Sciences. C'est un proche de plusieurs ministres, Victor Duruy comme Jules Ferry, ce qui lui vaut le financement de la Station physiologique du Parc des Princes où il mènera ses investigations en intérieur comme en extérieur. Il partage son temps avec un laboratoire privé, situé à Naples et financé par un mécène … qui n'est autre que le mari de sa maitresse.

Il restera atypique jusqu'au bout, demeurant en marge de la communauté scientifique académique en dépit de sa renommée internationale. Le menu du banquet de la conférence "Scienta", présenté dans la première vitrine, n'est pas intéressant pour les plats servis le 17 janvier 1901 mais pour les illustrations conçues par Louis Poyet et qui résument la carrière du scientifique.
Marey a beaucoup pratiqué l'expérimentation animale. Une épreuve sur papier albumine le montre en compagnie de Demany en train d'observer le 5 mai 1887 la marche d'un chevreau présentant une déformation calcanéenne.

dimanche 17 septembre 2023

Le livre des solutions de Michel Gondry

J’avais promis de revenir sur Le livre des solutions qui ouvrit la 21e me édition du Festival Paysages de cinéastes le 8 septembre, en avant-première et en plein-air dans le parc de la Maison de Chateaubriand.

Il avait été présenté à la Quinzaine des Cinéastes au Festival de Cannes 2023. C’est le dernier film de Michel Gondry qui a une filmographie impressionnante.

Il réalise en 2001 son premier long métrage Human Nature, sélectionné à Cannes. Eternal Sunshine of the Spotless Mind lui vaut l’Oscar du meilleur scénario original, partagé avec Charlie Kaufman et Pierre Bismuth. Ses films La Science des rêves et Soyez sympas, rembobinez ont été sélectionnés aux festivals de Sundance et de Berlin. Il enchaîne sur un épisode de Tokyo, présenté à Cannes en 2008 puis sur L’Épine dans le cœur, présenté à Cannes en 2009. En 2010, il adapte The Green Hornet puis en 2011 tourne The We and the I dans le Bronx. Michel Gondry adapte ensuite un célèbre roman de Boris Vian à l’univers singulier, L’Écume des jours, et en 2015 réalise Microbe et Gasoil.

Je n’avais pas vu ce dernier film mais j’avais exprimé quelques réserves sur L’écume des jours, malgré d’énormes qualités. Les observations que je faisais n’ont pas lieu d’être pour Le livre des émotions que j’ai pu aimer sans réserve. Certes, le scénario est foisonnant et il est probable que le personnage de Marc soit l’alter-ego du réalisateur dont il partage les tourments et l’inventivité. Mais le résultat est jouissif et surtout plein d’amour.
Marc (Pierre Niney), cinéaste bipolaire et parano, ne peut tolérer de voir retoqué par les producteurs son film en cours, dont les extraits entrevus peuvent en effet laisser craindre le pire. Accompagné de sa monteuse (Blanche Gardin), il embarque tous les rushes chez sa tante (Françoise Lebrun), dans les Cévennes, pour boucler le film selon ses souhaits. Il s’évertue plutôt à en différer la finalisation, en lançant incessamment de nouveaux chantiers, qui sont autant de dérivations et d’impasses, tour à tour comiques et inquiétantes.
Tout ne fonctionne pas comme le personnage le souhaiterait car, et c’est une évidence une fois qu’on l’entend : une idée, par définition, c’est du jamais vu. Mais on avance avec lui dans la progression du film qu’il est en train de monter. On progresse d’une idée à une autre, toutes notées dans son cahier.
L’équipe est hébergée par une vieille dame extrêmement bienveillante, formidablement interprétée par Françoise Lebrun avec un naturel proche du documentaire.
Il y a des trouvailles farfelues qui font mouche, comme la scène d’enregistrement de la musique du film. Il y en a d’autres avec un guest improbable mais je ne vais pas la spoiler.
Et puis les fans de Blanche Gardin se régaleront tandis que ses détracteurs conviendront qu’elle est vraiment une bonne comédienne.
Moi qui suis adepte de la formule selon laquelle il n’y a pas de problème mais juste une solution qu’on ignore, je ne peux qu’encourager le public à aller voir ce film qui prône le fait que chaque problème a sa solution … et vice versa d’ailleurs.

Il tombe amoureux de Gabrielle (Camille Rutherford) en craignant que les sentiments ne soient pas réciproques. On est heureux de retrouver cette actrice qui a joué dans énormément de films, dont Holy Motors, La vie d’Adèle, La danseuse, et tout récemment dans Anatomie d’une chute. On la retrouvera bientôt dans Les trois Mousquetaires : Milady de Martin Bourboulon dans le rôle de Mathilde.

Le Livre des solutions, de Michel Gondry avec Pierre Niney, Blanche Gardin, Françoise Lebrun, Vincent Elbaz, Camille Rutherford …
En salle depuis le 3 septembre 2023

dimanche 20 mai 2012

Les araignées s'exposent au Museum national d'histoire naturelle de Paris


Certains en ont peur. Peu les aiment. Il faut dire qu'on les connait mal et l'exposition que présente en ce moment le Museum a le mérite de (presque) tout dire sur ces petites bêtes qui ne sont pas des insectes.

L'assistance était majoritairement masculine ce dimanche. Beaucoup de papas "poules" avec leur progéniture. Tout heureux de manipuler les manettes des différents points d'information.

Si araignées et insectes ont en commun un squelette externe et des pattes articulées les différences sont nombreuses : la forme du corps, le nombre d’yeux, la présence ou non de crochets à venin et d’organes de production de soie et surtout le nombre de pattes (6 pour les insectes, 8 pour les araignées).


L'anatomie de l’araignée se découvrait grâce à une sculpture métallique et un dispositif interactif appreait à la reconstituer pour s’assurer que l’on n’avait rien oublié :

Un corps divisé en deux parties : le céphalothorax à l’avant et l’abdomen à l’arrière, reliés par un fin pédicule.
Une paire de chélicères : placés à l’avant de la tête, ces 2 appendices injectent le venin.
Une paire de pédipalpes (ou pattes-mâchoires) : organes sensoriels pour l’examen des proies et leur manipulation.
Quatre paires de pattes ambulatoires articulées qui interviennent dans la manipulation de la soie et dans le déplacement. Et puis, associées aux pattes, des peignes pour “carder” la soie, des épines, des crins, des poils (qu’il convient d’appeler soies) qui constituent des organes sensoriels très sensibles.
Des yeux répartis à l’avant de la tête : La plupart des araignées en ont 8, mais quelques familles en ont moins.
Des filières : toutes les araignées possèdent à l’arrière du corps de courts appendices articulés nommés filières qui produisent les fils de soie nécessaires au déplacement, à la fabrication des cocons et des pièges.
C'est une exposition où il y a beaucoup à lire, mais les photos à elles seules sont assez spectaculaires quand on découvre ces petites bêtes en gros plan. Si les araignées sont souvent de couleurs sombres, plusieurs dizaines d’espèces françaises arborent des teintes vives : jaune, vert ou rouge.

Voici la petite Araignée à cornes. La fonction de la forme très particulière de son abdomen de reste un mystère. Selon certains scientifiques ses excroissances rendent sa capture par les prédateurs plus difficile.
Et maintenant une Araignée sauteuse. Deux gros yeux à l'avant de la tête lui assurent une bonne vision frontale. Elle peux ainsi bondir sur ses proies avec une grande précision depuis une distance atteignant 40 fois sa taille. Cependant, et en général, beaucoup d’araignées ne distinguent que les changements de luminosité et les silhouettes.

On est loin de soupçonner la variété de l’ordre des araignées qui compte une variété infinie d’espèces : 1 650 en France, 5 700 en Europe et autour du bassin méditerranéen ; un peu plus de 41 000 dans le monde. Certaines vivent au sol, d’autres dans les hautes herbes, quelques-unes occupent la cime des arbres ou au contraire sont recluses dans des grottes et une seule vit sous l’eau.

Le public, peu habitué à en voir en vivarium, pensait que les specimens présentés étaient tous des faux. Ils sont simplement immobiles parce que le moindre mouvement sur leur toile troublerait leur perception. Il y a quelques jours encore leurs toiles se touchaient et c'était la pagaille quand un moucheron frôlait un fil. Chacune croyait que la proie était pour elle. Il y eut de la bagarre. Elles ont refait tout le travail pour avoir des toiles indépendantes.

Ces néphiles venues de Madagascar sont des prédatrices, et un criquet jeté vivant sur la toile de l'une d'elles n'a aucune chance d'échapper à son appétit. La première à être nourrie immobilise sa proie en moins d'une seconde. Le criquet sacrifiera sa patte pour tenter de se dégager mais le venin fera son effet pour le paralyser avant que l'araignée ne l'emballe d'un fil solide pour le remonter comme un baluchon au centre de sa toile et le déguster en l'aspirant. Le venin des araignées est très toxique, conçu pour foudroyer les insectes avant qu’ils ne s’échappent. En revanche, les composants de ce venin sont rarement actifs sur l’homme et fait beaucoup moins de victimes que les guêpes ou les serpents, ou même la puce, la guêpe ou le moustique.

Le mâle, minuscule par rapport à elle, s'agite, espérant, soit récupérer une miette du festin, soit avoir l'opportunité d'une saillie pendant que sa belle se régale. Car la femelle serait bien capable de ne faire qu'une bouchée de l'animal du sexe faible.

On remarque quatre femelles dans le terrarium alors qu'il ne reste que deux mâles. Les deux autres ont été dévorés. Il n'y a pas de couple chez les araignées. L'égalité des sexes n'y est pas de mise. La femelle fait tout. La toile est son monopole. La chasse aussi. Le mâle limite son activité à la reproduction.

Derrière une vitre voisine, une mygale qui, elle, n'est nourrie qu'une fois toutes les trois semaines avec un grillon. On pourrait lui donner une souris mais c'est alors un jeune de trois mois qui suivrait et le public n'aurait plus rien à voir, qu'une araignée gigantesque en train de digérer ... Plus loin aune autre mygale, grillée et présentée sous cloche rappelle qu'il existe des pays où on s'en régale. Une araignée vit généralement un ou deux ans, mais certaines espèces ont des espérances de vie plus longues : les grosses mygales peuvent ainsi atteindre 20 ans. 

L'exposition fait comprendre en quoi ces bestioles ne sont pas si dangereuses qu'on ne le suppose. Elles ne mangent pas tous les jours et n'attaquent que les petites proies, et uniquement quand elles ont faim. Se faire mordre par une araignée est donc rarissime.

On apprend aussi que cette "petite bête" était sur terre bien avant les dinosaures. Cette araignée est prisonnière d'un bloc d’ambre depuis 45 millions d’années.

Un des axes, peu traités encore dans cette exposition, concerne l'intérêt médical de l'araignée. Son fil présente des qualités qui intéressent la chirurgie. On espère bientôt pouvoir concevoir des tendons artificiels à partir de la substance élastique et solide qu'elle sécrète. Pas question de passer commande à un élevage, qui ne fournirait pas une quantité assez suffisante, même avec une hyperstimulation. On espère reproduire la soie d'araignée grâce au génie génétique. Sa forte résistance permettrait d’en faire des vêtements ou des parachutes légers. À diamètre égal, elle est bien plus solide que le kevlar qui sert aujourd’hui de protection notamment dans les vêtements militaires. Davantage résistante que l'acier et possède une mémoire de forme 5 à 12 fois plus grande que le latex. 

L'animal fabrique une soie de nature différente pour chaque usage : collante pour piéger les proies, isolante pour protéger son cocon, plus solide pour la retenir en cas de dégringolade. La majorité des araignées laissent en permanence un fil derrière elles, dit “fil de sécurité”, qu’elles fixent de place en place et qui leur permet de se rattraper en cas de chute, volontaire ou non.

Utilisé pour les sutures, le fil de l’araignée serait non toxique et plus fin que celui utilisé actuellement. Quant au venin, les études en cours laissent présager de nombreuses applications : insuffisances cardiaques, tumeurs au cerveau, maladies neurologiques... Les araignées ne sont pas des monstres poilus mais des animaux très surprenants qui méritent bien une exposition. 

Une présentation au final didactique, esthétique et même humoristique. On y voit en effet tout ce qui porte le nom d'araignée, y compris en cuisine avec cette sorte d'égouttoir. Il ne manque qu'une araignée géante comme celles que Louise Bourgeois avait présenté à Paris il y a quatre ans.
AU FIL DES ARAIGNÉES jusqu'au 2 juillet 2012
Jardin des Plantes - Grande Galerie de l’Évolution 36, rue Geoffroy Saint-Hilaire - Paris Ve - Accueil des publics : 01 40 79 56 01 / 54 79
http://araignees.mnhn.fr
Horaires : de 10h à 18h, tous les jours, sauf le mardi.
Tarifs : 9€ adulte, 7€ enfant

Profitez de votre venue pour poursuivre la visite dans la Grande Galerie de l'Evolution. Vous y verrez notamment de près quelques animaux comme ceux là :






samedi 1 mars 2025

Palmarès des César 2025

En 2025, les César ont 50 ans et avaient choisi de moderniser la cérémonie. Ainsi, au lieu de faire porter la responsabilité du ton de la soirée sur un maitre de cérémonie unique ce sont treize artistes qui se sont partagés la tache.

Dans la mesure où Jean-Pascal Zadi prit la parole le premier les téléspectateurs n'ont pas forcément compris cette subtilité et ont pu penser qu'il avait lâché l'affaire en court de route. Le partage de la scène était pourtant une bonne idée et aurait mérité d'être expliqué. Il y eu donc au micro Pio Marmaï, Raphaël Quenard (qui tous les deux ont composé un duo hilarant sur la jalousie), Emmanuelle Béart, Alice Belaïdi, Cécile de France … qui ont chacun eu à coeur de mettre leur grain … d'humour dans la soirée.

C'est, je crois, la 6ème fois que j'écris un article à propos de cette soirée. Mon objectif n'est pas de la raconter mais d'en pointer quelques moments et de souligner quelques succès qui m'ont réjouie.

Alors que les invités s'installaient Jean-Pascal Zadi a voulu prendre le contrepied de la situation en promettant que "avoir un César, les gars c'est pas grave". Bien entendu c'est tout le contraire qu'il fallait entendre et j'imagine l'amertume de ceux qui, arrivés favoris comme l'équipe de L'Amour ouf (13 nominations) sont repartis bredouille, ou presque. Seul Alain Chabat obtiendra le Meilleur acteur dans un second rôle.

Pire encore pour Un p'tit truc en plus qui malgré 11 millions d'entrées (et c'est heureux pour ce film) n'obtiendra pas le César du meilleur premier film. Il faut reconnaitre que la compétition était sévère.

Déception aussi sans nul doute pour Miséricorde (8 nominations) et il faut souhaiter à David Ayala d'avoir une seconde chance en 2025 pour le rôle de Bruno, le fils d'Hélène Vincent dans On ira, le film de Enya Baroux, qui sortira le 12 mars.

La fanfare que Cédric Klapisch, avait convoquée pour cette soirée d'ouverture n'a pas davantage porté chance au film En fanfare (7 nominations, dont une pour Pierre Lottin qu'on retrouvera lui aussi dans On ira). Je signale d'ailleurs que le réalisateur de la soirée s'était largement trompé dans ses prévisions de statuettes. Les votants restent classiques dans leurs choix bien qu'ils ne soient pas passés à coté de films d'immenses qualités. Ils sont 4951 (à jour de leur cotisation) au 20 décembre 2024.

Catherine Deneuve, présidente de la cérémonie, a souligné la présence croissante des femmes à des postes clé dans le cinéma et a dédié (et c'était un soulagement de l'entendre après avoir subi le comportement du président américain à l'égard du président ukrainien) la soirée à l’Ukraine dont elle portait l'insigne : le cinéma a changé ma vie et j'espère que ma présence ce soir donnera de l'espoir à tous.

Nous avons revu des images iconiques de films d'Alain Delon qui ont fait venir une larme dans les yeux de son fils Anthony. Tout à l'heure, Pomme et Aliocha Schneider accompagneront trois jolies séquences In mémoriam, dédiées aux disparus de l'année et qui pour une fois a été imaginée de façon originale. Il y aura aussi un hommage à Michel Blanc qui sera pour Josiane Balasko l'occasion de souhaiter une Europe de la culture (sans doute irréaliste quand on voit combien l'institution est mise à mal). 

Puis ce fut le moment attendu de l'annonce de la Meilleure révélation masculine et le choix d'Abou Sangare dans L'Histoire de Souleymane a été une confirmation de tous les paris. Le comédien, qui est aujourd'hui mécanicien poids lourds dans un garage en Picardie, a ému ceux qui ne connaissaient pas son parcours. Très touché par sa reconnaissance il nous invite à réfléchir sur qu'est-ce que c'est que recevoir quand on peut donner. Personne ne mettra en doute la misère qu'il a connue et qui l'a poussé à traverser la Méditerranée.

Evidemment (mais est-ce vraiment utile de plaisanter sur ce sujet si sensible ?)  Jean-Pascal Zadi n'a pas pu s'empêcher de proposer à Julia Roberts, venue pour recevoir un César d'honneur de solliciter la nationalité française en affirmant que la France était une terre d'accueil pour les réfugiés. L'allusion était malgré tout directe au comportement choquant du président américain. L'actrice qui affirme que sa vie aujourd'hui est un rêve ne se lancera sans doute pas dans cette procédure.

Plus tard dans la soirée le film recevra 3 autres César : Boris Lojkine et Delphine Agut ont été remarqués pour le Meilleur scénario original (la vraie vie demeure la meilleure source d'inspiration, même s'il est nécessaire d'y apporter de la fiction)Xavier Sirven pour le Meilleur montage et côté interprétation Nina Meurisse en Meilleur second rôle … ce qui est presque amusant quand on songe que c'était la seule actrice professionnelle du film. Comme elle a raison de dire malgré tout qu'on n'est rien sans un bon scénario.

Il avait aussi été nominé comme Meilleur film, Meilleure réalisation, Meilleur son mais il était quasi impossible de rivaliser avec Emilia Pérez de Jacques Audiard dans ces catégories.

Le film reçu d'abord le César de la Meilleure adaptation et le réalisateur monta sur scène avec son légendaire chapeau noir. Il challenge ainsi Le Comte de Monte-Cristo dans cette catégorie et celles du Meilleur film (succédant ainsi à Anatomie d'une chute de Justine Triet), du Meilleur son, Meilleure musique originale (pour  Clément Ducol et Camille) de la Meilleure photo, des Meilleurs effets visuels pour Cédric Fayolle qui travaillait pour la cinquième fois avec Jacques Audiard. Le réalisateur s'attendait-il à autant de succès ? Il a invoqué le psychanalyste Donald Winnicott disant être partagé entre le plaisir de se cacher et la terreur de ne pas être découvert. Merci de m'avoir trouvé !

Il concède juste Meilleurs costumes et Meilleurs décors pour Thierry Delettre (qui a bien raison de s'étonner que le Maquillage et la coiffure soient absents des César) et Stéphane Taillasson qui ont travaillé sur le film réalisé par Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière qui repartirent avec (seulement) deux récompenses. Le César des lycéens pourra-t-il consoler la production ?

La remise du César du premier film ne m'a pas surprise. J'avais découvert Vingt Dieux réalisé par Louise Courvoisier dans le cadre de la soirée surprise de l'AFCAE le premier lundi du mois. Son talent à mettre en lumière la jeunesse rurale est manifeste, tout comme l'est la qualité de l'interprétation de la non-comédienne Maïwène Barthelemy comme Meilleure révélation féminine, confirmant que, cette année, ce sont de vraies "révélations" féminine comme masculine, qui sont couronnées. La jeune femme s'est exprimée à travers un très beau discours.

Il n'empêche que mon coeur balançait malgré tout avec Le Royaume réalisé par Julien Colonna, lui aussi choisi par l'AFCAE.

Karim Leklou obtint le César du meilleur acteur pour sa très belle prestation dans Le roman de Jim. Le choix a dû être cornélien entre François Civil dans L'Amour oufBenjamin Lavernhe dans En fanfarePierre Niney dans Le Comte de Monte-Cristo et Tahar Rahim (si génial il faut le dire) dans Monsieur Aznavour. Passablement ému le vainqueur affirma : C'est pas normal ce qui se passe. Y a des gens dans ma tête qui font la fête. Le comédien a dédié sa récompense à tous les gentils et à tous les résilients.

Dix-sept ans après avoir reçu le César du Meilleur Espoir, Hafsia Herzi est couronnée Meilleure actrice pour Borgo. Elle aussi avait des concurrentes de taille : Adèle Exarchopoulos dans L'Amour ouf ; Karla Sofía Gascón dans Emilia Pérez ; Zoe Saldaña dans Emilia Pérez ; Hélène Vincent dans Quand vient l'automne. Cette dernière (meilleure actrice dans un second rôle pour La vie est un long fleuve tranquille en 1989) sera peut-être gagnante l'an prochain avec On ira.

Coté court, le Meilleur film de court métrage de fiction est L'Homme qui ne se taisait pas (Palme d'or à Cannes et nominé pour les Oscars) réalisé par Nebojša Slijepčevićle qui rappela la philosophie de son film : Il peut perdre sa vie en ne se taisant pas mais il peut changer le monde.

Meilleur film de court métrage d’animation Beurk ! réalisé par Loïc Espuche, également nommé aux Oscars et qui a beau être "court" a nécessité plus de cinq années de travail.

Meilleur film de court métrage documentaire Les Fiancées du Sud réalisé par Elena López Riera.

Le Meilleur film d’animation est le superbe Flow, le chat qui n'avait plus peur de l'eau réalisé par Gints Zilbalodis et qui est aussi en lice pour les Oscars. Il totalise déjà plus de 620 000 entrées et porte un message de confiance, en soi et dans les autres.

Meilleur film documentaire La Ferme des Bertrand réalisé par Gilles Perret qui fit des remerciements éminemment politiques et souligna la nécessité de rendre visibles les invisibles, dédiant sa statuette à ceux qui luttent pour vivre de leur travail. On constate que le monde rural n'aura pas été oublié cette année avec au moins trois films célébrant cet univers, dont deux le Jura.

Le lauréat du César du Meilleur film étranger est La Zone d'intérêt (The Zone of Interest) réalisé par Jonathan Glazer qui fit un discours très remarqué à propos de Gaza et Israël. J'avais pour ma part l'espoir que le vainqueur soit Les Graines du figuier sauvage (Daneh Anjeer Moghadas) réalisé par Mohammad Rasoulof, autre film lui aussi très politique.

Outre le César d'honneur à l'actrice américaine Julia Roberts et un autre fut remis au réalisateur franco-grec Costa-Gavras qui remercia la "France accueillante".

Il fallait bien une séquence humour. Ce fut Franck Dubosc qui s'y colla, acceptant de recevoir un Césario, une statuette miniature destinée à tous ceux qui n'ont pas eu la grande. Avec 52 films à son actif il est étonnant qu'il soit passé "entre les mailles de la raquette". Qui sait si avec son réellement excellent Ours dans le Jura il n'aura pas le grand format l'an prochain ?

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