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lundi 22 août 2011

Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine de Vigan

(dernière mise à jour 7 sept 2011)
L'an dernier c'était Geneviève Brisac qui m'avait bouleversée avec Une année avec mon père. Cette rentrée littéraire est fournie elle aussi de livres écrits sur ou autour de la perte d'un proche. David Foenkinos évoque le décès de son grand-père. Charles Berling celui de sa mère. Delphine de Vigan consacre un livre à la mémoire de la sienne. Et Jean-Philippe Blondel à tout un pan de sa famille.

Chacun a été accompagné par une chanson. Osez Joséphine de Bashung pour Delphine qui lui emprunte le titre de son livre. Rich de Lloyd Cole pour Jean-Philippe.

Tous deux écrivent cependant dans un style et une forme radicalement différents. La première a pris la plume presque à chaud alors que le second a laissé s'écouler une vingtaine d'années. Elle a fouillé la réalité. Il a cherché à la fuir. Elle a mené une enquête. Il a laissé affleurer les souvenirs. Elle se tourne vers la nuit. Il scrute les levers de soleil.

L'un comme l'autre ne sont pas écrivains de métier. Ils ont commencé à écrire alors qu'ils exerçaient une profession exigeante, en termes d'horaires ou d'implication. Quand on a la discipline de démarrer sa journée à 5 heures du matin devant un clavier cela augure forcément qu'un jour ou l'autre on cèdera à l'autobiographie. Delphine de Vigan avait déjà beaucoup livré d'elle-même dans ses précédents romans. Mais l'anorexie et le harcèlement au travail ne sont que de faibles maux comparativement à la perte d'un proche, même si on sait que la mort est inéluctable de la vie.

De son coté Jean-Philippe Blondel nous avait offert une joyeuse récréation en nous racontant ses heures passées dans la classe G 229 où il officie en qualité de professeur d'anglais.

La chronique d'aujourd'hui devait se focaliser sur ces deux auteurs que j'ai lus dans un même souffle mais par crainte de "faire trop long" je n'en publierai aujourd'hui que la première partie.

Le livre de Delphine de Vigan surprendra tous les lecteurs. C'est plus un journal qu'un roman. Il me semble que sa forme n'est pas complètement aboutie mais c'est cela qui, paradoxalement, participe à son intérêt. Elle a déjà reçu le Prix Roman Fnac 2011 ! Et elle est annoncée en première sélection du Goncourt 2011.

En 2008 c’est elle qui découvre sa mère, Lucile, quelques jours après son décès à l’âge de soixante et un an. Outre la tristesse et le désarroi, elle éprouve surtout le sentiment d’être victime d’un abandon. Peut-être un cocktail de culpabilité (les enfants se sentent toujours responsables des souffrances de leurs parents ou du moins ils craignent d’y être pour quelque chose). Alors à la fois pour tenter de comprendre et d’admettre, Delphine se met à fouiller la vie de sa mère.

Elle ne sait pas encore au juste ce qu’elle cherche, ne pouvant cette fois maitriser la trajectoire de ses personnages, dont elle ne connait que la fin de l’histoire. Suicidée, en quelque sorte, estimera le petit-fils. Foutue en l’air, écrira-t-elle, et avec de bonnes raisons d’en arriver là (p.16). Et c’est là le sujet. Non pas le pourquoi de cette fin mais le comment de ce temps étiré à l’extrême, jusqu’à ce qu’il soit devenu impossible de poursuivre.

Courageusement, là où d’autres auraient esquivé les images peu glorieuses ou les auraient modifiées (Personne n’y aurait trouvé à redire puisque le livre affiche son appartenance au genre du roman) Delphine de Vigan va creuser franchement malgré une souffrance palpable. Quand on cherche on trouve, parfois plus qu’on ne souhaite. Et c’est toute la famille qui trinque.

La vérité apparait par à coups. Car le lecteur ne peut s’empêcher de penser que c’est pour de vrai, en quelque sorte … même si nous avons tous pleinement conscience de glisser dans un sujet galvaudé qui flirte entre la fiction et la réalité. Le voyage conduira l’auteur très loin sur le terrain miné de sa propre enfance, et nous avec, assistant à son dédoublement entre la femme qu’elle est, la fille qu’elle fut, et la romancière qu’elle demeure.

La façon qu’a l’auteur de désigner Lucile par son prénom, comme elle parlerait d’une amie ou d’une sœur la met à distance. Essayez de penser à votre père ou à votre mère ainsi. Cela change tout.

Autant elle extériorise la relation, autant le lecteur fait le chemin inverse. Il entre dans cette famille si particulière, du moins peut-on l’espérer, où personne n’est à sa place. Ou l’on vouvoie ses enfants tout en pratiquant le naturisme. Cela trouble. Et moi par-dessus tout parce que j’ai enregistré des concordances de temps, d’espace et de nom avec cette famille joyeuse et dévastée.

Delphine de Vigan savait sa mère maniaco-dépressive. Une maladie dont on ne guérit pas encore et sur laquelle quelques livres-témoignages permettent à peine à lever le voile. Elle cite d’ailleurs l’Intranquille de Gérard Garouste (p.113). On pense aussi à Personne de Gwenaëlle Aubry, publié la même année au Mercure de France, et couronné par le prix Femina.

Lucile avait bien d’autre raisons de craquer que le syndrome bi-polaire. Enfant modèle, elle posait pour des magazines. On sait les ravages que l’idéalisation peut provoquer chez un enfant en pensant au superbe film d'Eva Ionesco My little princess. Tout le monde ne sort pas indemne de la surexposition. Lucile fut un enfant de total mystère selon sa mère, Liane, dont le prénom est tout un programme. Quant à ce qu’elle fut pour son père …

Delphine de Vigan ne s’arrête pas à cette vérité là. Elle exhibe la vitalité de Lucile, son humour, son aptitude à la fantaisie, son énergie, non pas celle des phases maniaques mais la force qu’elle a mobilisée pour changer de métier et affronter le cancer.

Elle explore l’entièreté du lexique familial pour se délivrer des fausses images d’une mythologie étouffante, rêvant déjà, et nous avec, au livre qu’elle écrira après, lorsqu’elle sera délivrée de celui-ci (p.204) et qu’elle aura cessé d’avoir peur.

Jean-Philippe Blondel a fait le chemin inverse, publiant presque une dizaine de livres avant Et rester vivant, pour arriver à semblable conclusion en espérant que, désormais, plus aucun de ses livres ne sera un hommage. La seconde partie de cette chronique sera consacrée à son livre. Elle sera très prochainement mise en ligne ... et la voici ...

Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine de Vigan, roman aux éditions Jean-Claude Lattès, en librairie depuis le 17 août.
Et rester vivant de Jean-Philippe Blondel, roman publié chez Buchet-Chastel, en librairie le 1er septembre 2011.


Précédent livre de Delphine de Vigan, les Heures souterraines, également chez JC Lattès, 2009

vendredi 4 septembre 2015

D'après une histoire vraie de Delphine de Vigan, chez Jean Claude Lattès


(mise à jour le 1er décembre 2015)

Le grand public guette le nouveau Nothomb à chaque rentrée. Je l'ai fait moi aussi, je le concède. Mais, cette année, la découverte du dernier De Vigan m'intéressait bien davantage. Sans que ce soit exclusif parce que j'étais tout autant impatiente d'avoir entre les mains le dernier Bertholon, Tessarech, Giraud, Blondel ... pour ne citer au hasard que quelques-uns de mes auteurs préférés, qu'ils aient ou non publié fin août.

Cela faisait plusieurs années qu'il n'y avait pas eu de nouveau de Vigan à l'horizon. Rien en 2012, ni les suivantes. Je patientais. Sans me douter que l'auteur me donnerait la réponse dans ce roman - car c'en est un - qui est sorti le 26 août dernier.

Le vrai du vrai c'est la conséquence de sa rencontre avec une femme et qui aurait provoqué deux ans d'impuissance à écrire. Ce démon reste masqué derrière une initiale, L. qui s'entend aussi à la troisième personne (elle) tandis qu'une pléiade de prénoms comme François, Olivier, Nathalie ... surgissent au fil des pages de ce roman à (petites) clés pour le cercle littéraire.

Rassurez-vous : point n'est besoin de débusquer les patronymes pour apprécier l'ouvrage. Je ne vais pas vous les donner. A l'exception du nom de famille du compagnon de l'écrivain, puisqu'il est de notoriété publique, François Busnel, qui anime la Grande Librairie sur France 5.

Delphine de Vigan fait référence dans son livre à son passage dans cette émission littéraire quelques semaines après la sortie de Rien ne s'oppose à la nuit. Elle dit combien cette soirée lui a été reprochée, les mauvaises langues estimant qu'elle avait bénéficié de favoritisme. Elle relate la jalousie dont elle a été abusivement la cible puisque ce roman était déjà un grand succès. Elle raconte surtout combien elle était terrorisée de s'exprimer devant François Busnel ce soir là. C'est tout à fait exact. Il se trouve que j'y étais et je me souviens parfaitement de la façon dont elle se tenait, avec le plus de discrétion possible, comme si elle avait voulu se fondre dans le décor.

Elle m'avait très gentiment dédicacé cet ouvrage après l'émission. Sa manière d'écrire m'avait surprise. Non pas parce qu'elle écrivait de la main gauche mais par sa façon unique de tenir son stylo. Ce qui est drôle c'est que ce geste fait l'objet d'une mention dans le dernier roman. Mais je peux jurer que je ne suis pas L.

Nous avions ce soir là évoqué la question de la vérité. Je n'avais pas pu m'empêcher de l'interroger sur deux ou trois points, en raison des prénoms et des patronymes qu'elle avait employés et qui faisaient terriblement écho à ma propre histoire familiale. Ce n'était que pure coïncidence.

Il faut se garder de raccourcir le titre D'après une histoire vraie en laissant tomber le premier mot. Il est essentiel. Finalement tous les auteurs écrivent "d'après" des éléments plus ou moins réels. Et c'est ce mot là qui situe le texte dans l'univers du roman.

L. demande trois photomatons (p. 203) pour conserver un souvenir de Delphine. Sans doute les trois clichés reproduits sur la couverture ... à ceci près que ce n'est pas le visage de Delphine, même si la ressemblance est troublante.

Delphine de Vigan a effectivement écrit pour le Paris des Femmes. Elle s'est rendue au festival de Chalon sur Saône en avril 2014. Que les faits rapportés soient un peu, beaucoup, ou exacts à la folie, peu m'importe. La lecture de ce dernier roman est tout à fait palpitante, à la manière d'un polar, jusqu'au mot FIN*. Et je vous encourage à entreprendre ce voyage plusieurs fois parce qu'il y a de toute évidence plusieurs niveaux de lecture.

L. porte la même initiale que Lucile, la mère ou Liane, la grand-mère ... de Delphine et déjà dans Rien ne s'oppose à la nuit (p.204), elle s'inquiétait du livre qu’elle écrira après, lorsqu’elle sera délivrée de celui-ci. La question du sujet la hante. Et je ne suis pas loin de penser que L. est son double au simple motif que l'écriture est une grenade (p. 212).

Je n'ai pas recueilli de confidence mais je suis persuadée que l'histoire qui nous est racontée a été inventée de toutes pièces pour ce qui est de l'enchainement des actions. Vue la noirceur de certaines scènes je souhaite sincèrement à Delphine de ne pas les avoir vécues et si par hasard c'était le cas j'ose croire qu'elle interprétera mes doutes comme une preuve de sympathie.

En tant que lectrice j'ai pourtant totalement adhéré au scénario, même si les citations empruntées à l'univers de Stephen King m'ont mise sur la piste de l'hommage. Je suis une fan inconditionnelle de Misery, que j'ai vu plusieurs fois.

La construction du roman en trois actes, séduction, dépression et trahison, démontre une analyse rigoureuse de la relation d'emprise, ce qui n'a rien d'étonnant pour quelqu'un qui connait le sujet du harcèlement au travail, déjà traité dans Les heures souterraines.

Delphine de Vigan raconte aussi la pesanteur des dédicaces et je la comprends. Tous les auteurs le disent. Elle a beaucoup donné dans le registre de l'autobiographie. Je ne veux plus faire çà (écrire sur sa famille), pas sous cette forme confie-t-elle p. 208.

En fait elle punit son personnage. Elle règle des comptes. C'est très habile, très intelligent, même généreux. Elle est elle-même et son double. Un double L.

Ce qui est surtout "vrai" ce sont ses réflexions sur l'écriture. Au lieu de nous livrer un livre sous forme d'essai, à la manière de Barthes, elle nous offre un thriller psychologique. C'est tout de même plus réjouissant. Autrement dit un livre dans le livre.

On pourrait tout de même lui faire un reproche : la source des lettres anonymes n'est pas élucidée, à moins qu'il n'y ait rien à en dire ... ce qui reviendrait à supposer qu'elles furent le fruit d'une imagination débridée.

Emilie Frèche traite à sa manière, et de façon elle aussi très réussie, le même double sujet, l'écriture et l'emprise avec un Homme dangereux.

D'après une histoire vraie de Delphine de Vigan, chez Jean Claude Lattès
Sélectionné pour le Goncourt
Prix Renaudot attribué le 3 novembre 2015
Goncourt des lycéens le 1er décembre 2015

vendredi 22 février 2019

Les gratitudes de Delphine de Vigan, chez JC Lattès

J'avais beaucoup apprécié Les loyautés l'année dernière, estimant que Delphine de Vigan nous offrait là un livre puissant, très contemporain, qui posait un regard bienveillant sur les adolescents qui sont maltraités et qui s'enferment dans le silence.

Elle poursuit dans cette veine avec le même talent, en s'intéressant cette fois à la détresse des personnes âgées privées progressivement d'élocution. A la différence du précédent, il n'y a pas de débat : les protagonistes mettent tout en oeuvre pour que les choses se passent au mieux, même si le processus, une fois enclenché, ne peut qu'être ralenti, sans être stoppé.

Mais à l'image du précédent, le lecteur suit les étapes d'une enquête dont la résolution apporte la clé pour comprendre le message du roman ... lequel n'est pas, en fin de compte, très éloigné de celui des Loyautés.

C'est l'histoire de Michka que nous racontent Marie et Jérôme, à partir de l'instant où la vie de la vieille dame prend un virage qui n'a rien de follichant. Je mets le mot en italiques parce que vous allez croire que je me suis mal relue mais c'est bien de cela qu'il s'agit, et l'auteure n'use ni de gants, ni de guillemets pour nous faire vivre les dernières semaines de Michka. C’est triste, mais pas désespérant.

C'est une histoire d'amours, écrite au pluriel.  Marie a été secourue par Michka quand elle était enfant. Jérôme est l'orthophoniste de l'EHPAD où l'octogénaire vient d'entrer parce qu'elle s’inquiète de ne plus parvenir à dire le mot juste. Ça peut être tellement dangereux un mot si on se trompe d'usage. Elle enchaine les lapsus à l’instar de Fabrice Luccini dans le film Un homme pressé. Mais ce qui était amusant au cinéma devient bouleversant dans le roman de Delphine de Vigan en raison de la justesse des émotions. Et de l'irréversibilité de la situation.

Jérôme et Michka en ont parfaitement conscience même s'ils ne le disent pas de la même manière : On peut juste ralentir les choses, mais on ne peut pas les arrêter (p.47). On est des vieilles. Il faut être réalistique, au bout d'un moment, ça peut plus durer.

On m'avait prévenue : le livre peut faire pleurer de la première à la dernière page. J'ai longtemps résisté, refusant de me projeter dans un des personnages (chacun est touchant).  Je n'ai pas senti venir les larmes avant la page 130. Et les contenir fut difficile mais je n'ai aucun regret et je recommande cette lecture parce que le texte a une intense dimension poétique, et une force de vie surprenante qui fait qu'en fin de compte il devient vivifiant.

dimanche 15 juin 2008

JE VOUS AI LUE QUELQUE PART

Une forte assemblée était réunie pour le dépouillement du Prix des lecteurs d'Antony (92) samedi 14 juin puisqu'une cinquantaine de personnes avait fait le déplacement.

170 personnes s'étaient engagées dans l'aventure.
143 avaient voté, nombre élevé au regard des inscrits.
10 romans avaient été sélectionnés et présentés au lectorat potentiel au cours de deux rencontres orchestrées par les bibliothécaires.



La liberté qu'elles ont eu dans l'établissement de la sélection avait autorisé des choix audacieux comme


Cendrillon
d'Eric Reinhardt (sélectionné pour le Prix Médicis)






No et moi de Delphine de Vigan,
couronné depuis par le Prix des Libraires







Mais les grandes pointures s'étaient glissées malgré tout dans la "short list" tel Dans le café de la jeunesse perdue de Patrick Modiano





à côté de livres déjà primés comme La stratégie des antilopes de Jean Hatzfeld (prix Médicis, sélectionné pour le prix Interallié)






Il y avait enfin Les disparus de Daniel Mendelsohn,
qui, depuis a obtenu le prix Médicis étranger







le Canapé roug
e de Michèle Lesbre,
sélectionné pour le Goncourt










la Cage aux lézards
, de Karen Connelly
déjà couronné par le prix Kiriyama en 2006,









Latitudes à la dérive
de Jamal Mahjoub







Les belles choses que porte le ciel
de Dinaw Mengestu









et, enfin, Un homme de Philip Roth







Isabelle Rolland, nouvellement maire-adjoint à la culture, présidait le dépouillement. Des bibliothécaires-assesseurs traçaient autant de bâtons que de voix pour chaque premier choix et chaque coup de coeur tandis qu'une collègue empilait les bulletins suivant le premier choix.

Fabienne Serris était impatiente de connaître l'issue et aurait bien voulu que des résultats intermédiaires soient donnés. Force était de constater que la pile de "la Cage aux lézards" gonflait mais "le Canapé rouge" montait assez vite. Certains lecteurs avaient du interpréter l'expression "coup de coeur" en votant pour des romans hors sélection comme "En plein coeur" de Ray Kluun ou "Le boulevard périphérique" d'Henry Bauchau. Puis "No et moi" remonta vaillamment.

Une discussion s'engagea avec l'assemblée pendant le dénombrement des bulletins, faisant monter la pression. Isabelle Rolland poursuivit le suspense en donnant les résultats du dernier au premier :
  • Dans le café de la jeunesse perdue de Patrick Modiano
  • Latitudes à la dérive de Jamal Mahjoub
  • Cendrillon d'Eric Reinhardt
  • Un homme de Philip Roth
  • La Stratégie des antilopes de Jean Hatzfeld
  • Les Disparus de Daniel Mendelsohn
  • Les Belles choses que porte le ciel de Dinaw Mengestu
  • Le Canapé rouge de Michèle Lesbre, avec 15 voix
  • No et moi de Delphine de Vigan, avec 19 voix
  • La Cage aux lézards, de Karen Connelly, avec 35 voix

Si on considère maintenant le coup de coeur c'est No et moi qui est en tête, avec 21 voix, suivie immédiatement de La Cage aux lézards, avec 17 voix. Si bien que même si on avait voulu tenir compte de cet impact le résultat final n'en aurait pas été modifié.

Le prix a donc été attribué à La Cage aux lézards, de Karen Connelly et le coup de coeur à No et moi de Delphine de Vigan. Résultat qui a réjoui Fabienne puisque la cage était son choix. Et résultat qui me convient doublement pour deux motifs très différents : j'avais suggéré que le règlement permette aux lecteurs de donner un double vote parce que je sentais que les romans n'étaient pas tous à "égalité" de puissance éditoriale et il se trouve que No et moi était mon propre coup de cœur.

L'assistance était prête -en tout bien tout honneur- à défendre son opinion bec et ongles (je ne résiste pas à donner le titre de ce livre formidable). En fait la discussion fut argumentée avec courtoisie entre les pour et les contre. Voici quelques extraits de ces échanges :

- Y-a-t-il quelqu'un qui aurait voté pour Cendrillon et qui pourrait le défendre ? - Faut dire qu'il a été dans beaucoup de sélections ... - Joker !
Une lectrice se lance :
- C'est un livre très riche, avec un côté assez novateur. Il y a des passages que j'ai aimés (la critique sur la télévision actuelle, sur le monde des traders) mais d'autres que je n'ai pas appréciés (ce garçon qui se met en dehors de la vie, un chapitre çà va, mais les autres, j'ai eu envie de les sauter). C'est vrai que c'est un roman fourre-tout. Inégal et déroutant. Avec quelques descriptions magnifiques. disons que c'est un petit concerto, une zarzuela (sorte de petite opérette, mais aussi une variante de la paëlla. pour ceux qui veulent se lancer dans la recette, c'est ici). Bon, c'est vrai que c'est déroutant et je le reprendrai pus tard.
La bibliothécaire qui l'avait présenté reconnait avoir elle aussi sauté des passages. Mais elle souligne l'implication de romanesque. Une collègue insiste sur la scène du bal. Fabienne confie que c'est un des livres qui a le plus fait parler à la banque de prêt.

- Pourquoi avoir sélectionné la Stratégie et les Disparus, deux livres remarquables, mais qui frisent le journalisme ? Ce sont deux témoignages formidables. Ce ne sont pas des romans ! - C'est vrai qu'on peut s'interroger même s'ils ont été publiés en tant que romans, probablement pour avoir une certaine marge de manoeuvre avec la vraie réalité des faits. un peu comme pour ces films où l'on met en garde que "toute ressemblance avec ... ne serait que le fruit du hasard", histoire de couper court à la critique et d'éviter les procès en diffamation.
- La cage aux lézards n'est pas éloignée non plus de l'histoire avec un grand H. - Si on retirait tout ce qui est apparenté à l'autobiographie et au roman historique il ne resterait plus beaucoup de romans purs. - C'est comme Tom est mort ... - Alors c'est comme No et moi, une sorte de docu-fiction.

Fabienne tranche en justifiant que c'était des livres que l'on voulait faire lire. La salle approuve.
- Il y a quelques livres que je n'aurais pas empruntés spontanément et je serais passée à côté de quelque chose en ne les lisant pas. - Je me sens un peu esseulée. je n'ai pas pu rester dans la Cage aux lézards. A la page 30 j'ai arrêté : trop de cauchemars ! est-ce que j'aurais dû aller plus loin ?
-C'est un livre multi-dimensionnel. On peut s'attacher à trois facettes du roman : l'homme nourri de philosophie hindouiste qui meurt détaché de tout, l'évolution de l'enfant, la cruauté qui amène les gens à faire n'importe quoi. Il fallait pour cela accepter de rentrer dedans et ce n'était pas facile. C'est un livre qui a été moins médiatisé que les Disparus.

Je fais partie des lecteurs qui n'avaient pas tout lu. Je n'avais même pas ouvert la Cage aux lézards. Je le reconnais sans ressentir de culpabilité puisqu'il n'y avait pas obligation à lire tous les livres ni à lire entièrement ceux qu'on avait empruntés. Je peux aisément m'en justifier : j'ai calé au bout de 8, avec un formidable besoin d'oxygène. Il y avait trop de malheur dans cette sélection. Un peu comme les informations au Journal de 20 heures qui mettent insuffisamment en avant ce qui marche, ce qui va bien, ce qui peut réjouir. C'est d'ailleurs en grande partie pour cela que je poursuis l'effort (car cela en est un, vraiment) d'écrire dans ce blog. Parce que notre monde de blasés manque cruellement d'enthousiasme.

On croit qu'on est seul(e) à penser ce qu'on pense. C'est une idée reçue. Beaucoup d'abonnés ont fait la même réflexion puisque Fabienne avait ouvert la séance en annonçant que le lundi précédent l'association des Libraires avait effectué une présentation "emballante" de livres gais, suscitant des ah et des oh de satisfaction dans l'assemblée :

Laurent Gaudé, prix Goncourt pour le Soleil des Scorta en 2004. Il avait publié en 2002 la Mort du roi Tsongor. Et Eldorado en 2006.

Alice Ferney, à qui on doit le Ventre des fées, Grâce et dénuement, Conversation amoureuse, Dans la guerre, les Autres. Je viens d'avoir la chance de l'entendre s'exprimer sur l'écriture, dans un blog que je viens de découvrir, dont je vous donne les coordonnées plus loin, et qui recèle beaucoup de choses intéressantes. Vous allez apprécier. Elle explique notamment pourquoi elle écrit sous pseudonyme. (Et Delphine de Vigan confie pourquoi elle a laissé tomber le sien ...)

Michel Le Bris

Richard Ford (je me suis renseignée pour vous : le titre du prochain roman est l'état des lieux)

Valérie Goby, dont la dernière production est qualifiée de stupéfiante.

Je n'ai pas entendu le nom de Jeanne Benameur, qui elle aussi publie une nouveauté. Soit dit en passant je préfère son Présent ! à Entre les murs (le "fameux" livre qui est à l'origine de la palme d'or du festival de Cannes). Mais je vous en reparlerai ...

On nous a fait beaucoup d'autres promesses de cadeaux : un premier Café littéraire le 20 Septembre 2008, Sabine Wespieser en Décembre, Laurent Gaudé au printemps.

Nous nous sommes quittés avec entrain et les conversations interpersonnelles ont fait écho à toutes ces heureuses nouvelles. J'ai alors eu le bonheur de recevoir des avis de lecteurs à propos de mes articles. C'était inattendu et heureux. Je découvrais le visage de mon lectorat. Que je ne connaissais pas puisque son âge moyen se situant au-dessus de 30 ans, il n'a pas pour habitude de laisser des commentaires. Je sais mieux maintenant ce qu'il aime et ce qu'il attend.

Alors à tous ceux qui m'ont dit m'avoir "lue un peu quelque part" je mets dans la corbeille quelques interviews filmées dont deux proviennent d'un blog que je vous invite à découvrir http://auteurstv.blogspot.com :

Alice Ferney pour qui avoir un style c'est savoir créer des écrins pour rendre les mots plus beaux. Elle exprime avec humilité qu'il lui faut une année pour trouver la première phrase du prochain livre. Qu'elle essaie en permanence d'être novatrice sans y parvenir encore.

Laurent Gaudé

et Delphine de Vigan dont je pourrais reprendre à mon compte le contenu de l'entretien tellement je ressens ce qu'elle exprime.

lundi 2 janvier 2012

Prix du livre et du disque robinsonnais 2012

(billet mis à jour le 10 juin 2012)
Le lancement du Prix robinsonnais a eu lieu le 10 décembre, après une intéressante rencontre avec Dominique Vittoz, venue parler de son métier de traductrice aux abonnés de la médiathèque du Plessis-Robinson (92).

A l'instar de la façon dont j'ai procédé l'an dernier je vous donne aujourd'hui les titres sélectionnés avec un bref résumé. Au fur et à mesure de mes lectures j'ajouterai la photo de la couverture sur laquelle il suffira de cliquer pour ouvrir le lien conduisant vers le billet dédié. Vous pouvez d'ores et déjà en consulter plusieurs. Les illustrations des pochettes de disques ne seront par contre pas associées à des critiques.

Je rappelle que, pour participer, il suffit d’être inscrit à la médiathèque et de s’engager à lire au moins les 5 ou 6 documents d’une des sélections. Tous les livres et les CD vous seront prêtés.
Date limite de vote : vendredi 8 juin à 19h
Annonce des lauréats : samedi 9 juin à 10h30 (résultats ajoutés en fin de d'article)

Fabienne Serris, la directrice, avait annoncé la sélection de manière originale en installant le suspense. Elle avait bénéficié de la complicité de Gérard Savoisien, le directeur du Théâtre du Coteau, lequel a lu des extraits des livres de la sélection Best sellers, dont bien sur l'assemblée a deviné les auteurs sans grand effort.

· Catégorie Best-sellers (5 livres)

D'acier de Silvia AVALLONE
Traduit de l'italien
L. Levi, 2011
Ce roman social suit deux amies italiennes, Anna et Francesca, 13 et 14 ans, vivant dans des HLM construits en bordure de mer à Piombino en Toscane. Les deux jeunes filles supportent, grâce à leur relation, un contexte social et familial étouffant, marqué par le chômage que provoque le déclin de l'aciérie locale et l'oppression masculine sur les femmes. Prix des lecteurs de L'Express 2011.

Des vies d'oiseaux de Véronique OVALDÉ
Ed. de l'Olivier
Gustavo Izzara constate que sa maison de Villanueva a été cambriolée et décide d'appeler la police. Le lieutenant Taïbo apprend alors que la fille de Gustavo et Ida, Paloma, 18 ans, s'est enfuie avec Adolfo, le jardinier. Sa mère les soupçonne d'être venus habiter la maison en leur absence. Un roman sur les liens conjugaux, familiaux et sociaux qui se croisent et se défont.

Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine DE VIGAN
Lattès, 2011
Au cœur de la mémoire familiale, entre souvenirs lumineux et secrets enfouis, un roman autour de Lucile, la propre mère de Delphine de Vigan.

Le Système Victoria d’Eric REINHARDT
Stock
La vie de David Kolski bascule le jour où il aborde Victoria dans une galerie marchande. Onze mois jour pour jour après leur rencontre, la jeune femme trouve la mort. Aujourd'hui, David vit retiré dans un hôtel de la Creuse, détruit par le rôle qu'il a joué dans ce drame.

Tout, tout de suite de Morgan SPORTÈS
Fayard
En 2006, une bande de délinquants de banlieue enlève un jeune homme et exige une rançon à sa famille. Le montant réclamé est beaucoup trop élevé pour le milieu modeste dont la victime est issue, mais le choix des agresseurs s'est porté sur lui car il est juif et supposé riche. Le récit de 24 jours de séquestration, de brutalités et de guerre psychologique qui conduiront à la mort du garçon.


· Catégorie Coups de cœur des bibliothécaires et des libraires (6 livres)

Léna de Virginie DELOFFRE
Albin Michel
Léna affectionne son Grand Nord sibérien. Quant à son mari Vassia, pilote dans l'armée de l'air, il rêve de poursuivre l'épopée soviétique de l'espace. Mais tous deux voient leur univers s'effondrer et doivent s'acclimater aux difficiles temps de la perestroïka. Premier roman.




Niloufar de Ron LESHEM
Traduit de l'hébreu
Seuil
Kami, jeune provincial iranien venu étudier à Téhéran, loge chez sa tante Zahra. Loin des regards malveillants, Internet lui ouvre des portes sur le monde. A l'université, il rencontre Niloufar, fille de la grande bourgeoisie, qui défie les normes religieuses et qui l'entraîne dans les souterrains de la ville : drogue, alcool, abandon du voile, livres interdits.

Quatre jours en mars de Jens Christian GRONDAHL
Traduit du danois
Gallimard, 2011
Au cours de quatre jours dramatiques, Ingrid Dreyer, architecte et mère divorcée, va être amenée à replonger dans les souvenirs de sa jeunesse solitaire et de son mariage raté, afin de comprendre pourquoi sa vie commence à ressembler à une impasse.

Une Femme fuyant l'annonce de David GROSSMAN
Traduit de l'hébreu
Seuil
Ora décide de quitter Jérusalem et de partir effectuer une randonnée à travers le pays pendant 28 jours. Durant cette période, son fils, Ofer s'est porté volontaire pour une mission dans une ville palestinienne. Ora pense que si elle n'est pas présente pour apprendre la nouvelle de sa mort, son fils vivra. Elle part en compagnie de son amour de jeunesse, Avram.

Grâce leur soit rendue de Lorette NOBÉCOURT
Grasset
Histoire d'une passion unique et brûlante entre deux écrivains, Unica et Roberto. Envoûtante et sensible, Unica a coupé les ponts avec sa famille. Roberto, lui, a fui le Chili sous la dictature de Pinochet. Leurs chemins se sont croisés à Barcelone. C'est l'amour fou suivi de quinze années d'une rare intensité. Unica décide de retourner au Chili mais ne se remet pas de ce voyage et se suicide.

L'Alcool et la nostalgie de Mathias ENARD, aux Editions Inculte
Jeanne téléphone à Mathias pour lui annoncer la mort de son ami Vladimir. Mathias se rend alors à Moscou pour accompagner, seul à bord du Transsibérien, le corps de son ami jusqu'à Vladivostok. Au cours du voyage, il se remémore des épisodes de son passé avec Jeanne et Vladimir, entre amour, drogue et alcool.
L'écriture est certes vivante et intime à la fois mais je n'ai pas eu envie de faire tout le trajet avec Mathias dont j'avais pourtant apprécié le si controversé livre précédent Zone. Il n'y aura pas de chronique associée à ce titre.

· Catégorie Policiers (5 livres)

Miséricorde de Jussi ADLER-OLSEN
Traduit du danois
Albin Michel
L'inspecteur Carl Morck et son assistant Hafez el Assad rouvrent le dossier de la disparition, cinq ans auparavant, de la femme politique qui incarnait l'avenir du Danemark.

Nord de Frederick BUSCH
Traduit de l'anglais (Etats-Unis)
Gallimard
Ancien membre de la police militaire, Jack est agent de sécurité dans un centre balnéaire du sud, où il sympathise avec une avocate new-yorkaise, Merle Davidoff. Elle décide de l'employer pour enquêter sur la disparition de son neveu, Tyler Pearl. C'est pour Jack le début d'un long pèlerinage dans l'Etat de New York, non loin de là où il avait vécu avec sa femme Fanny, désormais décédée.

Le Diable dans la ville blanche d’Erik LARSON
Traduit de l'anglais (Etats-Unis)
Le Cherche Midi
En 1893, l'Exposition universelle de Chicago est l'occasion pour les Etats-Unis de montrer l'étendue de leur puissance. L'architecte Daniel H. Burnham est chargé de créer à Chicago une cité de rêve, surnommée la Ville blanche. Dans l'ombre, un jeune médecin et serial killer, H. H. Holmes, construit un gigantesque hôtel dévolu au service de ses pulsions meurtrières.

Ce qu'il faut expier d’Olle LÖNNAEUS
Traduit du suédois
L. Levi
Konrad Jonsson, journaliste, revient après trente ans sur les lieux de son enfance qu'il s'était pourtant efforcé d'oublier. Mais la police de Tomelilla, au sud de la Suède, l'a convoqué dans le cadre de l'enquête sur le meurtre de ses parents adoptifs, Herman et Signe.

Tijuana Straits de Kem NUNN
Traduit de l'anglais (Etats-Unis)
Sonatine éditions
Sam Fahey mène une vie solitaire à Tijuana Straits, à la frontière de la Californie et du Mexique, jusqu'au jour où il recueille Magdalena, une jeune femme mexicaine qui a échappé à une tentative d'assassinat. Elle entraîne Sam à la recherche de ses meurtriers au Mexique où règnent la corruption, l'immigration clandestine et les trafiquants de drogue.


Le Prix du Disque est lui aussi scindé en deux catégories, d'une part les Best-sellers (5 CD), d'autre part les Coups de cœur des bibliothécaires et des libraires (5 CD). Le disquaire, Kevin Lesseurre, a fait écouter des extraits des hit-parades actuels, espérant faire découvrir les titres ausi facilement que précédemment pour les livres. Mais ce fut une autre paire de manches. Heureusement que quelques dignes représentants du service jeunes de la ville ont soufflé les bonnes réponses.
Certains airs étaient connus mais difficilement attribuables. Parmi les surprises, l'album de blues Let them talk de Hugh LAURIE, qui n'est autre que le célébrissime Docteur House, et que je vous recommande chaudement de découvrir. Je le trouve si réussi qu'il se pourrait que je déroge à la règle énoncée plus haut en lui consacrant un billet spécial.

Ce n'est pas banal, les abonnés ont pu repartir en fin d'après-midi avec plusieurs livres et CD sélectionnés et il faut saluer la bonne volonté des bibliothécaires pour ce surcroit de travail puisqu'ils n'étaient pas sur leur lieu de travail habituel.
Autre initiative sympathique : une vente, au profit du Téléthon, avait permis auparavant d'acquérir pour un euro symbolique des livres qui furent ainsi sauvés du pilon. Là encore il faut faire preuve de ténacité puisque la vente est très réglementée. Aucune initiative de dernière minute : chaque titre doit être autorisé par arrêté municipal mais c'est une opération qu'il serait malgré tout à multiplier ... surtout dans les municipalités où on se targue de pratiquer le développement durable !

La journée se clôtura par une très intéressante discussion animée par sur le thème de la rencontre entre fiction et réalité à l'intérieur d'un roman, animée par Frédérique Pernin, professeur de philosophie.

Pendant toute la durée du prix des rencontres auront également lieu avec les auteurs de la sélection ainsi que des ateliers de critique littéraire animés par Anne Panvier, professeur de français. Les ateliers auront lieu à l’Orangerie les samedis 21 janvier, 11 février, 24 mars et 2 juin à 10h30.
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Le dépouillement des votes pour le Prix du Livre et du Disque robinsonnais a eu lieu le 9 juin dans une ambiance très conviviale.

Pour le Prix du Livre, les lauréats sont :
Catégorie Policiers : Miséricorde de Jussi Adler-Olsen
Catégorie Best-sellers : Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan
Catégorie Coups de cœur : Léna de Virginie Deloffre

Pour le Prix du Disque, les lauréats sont :
Catégorie Best-sellers : Fatou de Fatoumata Diawara
Catégorie Coups de cœur : The Devil’s Walk d’Apparat

Rendez-vous est donné par l'équipe de cette bibliothèque pour de nouvelles et belles lectures l’année prochaine.

samedi 9 octobre 2021

Les enfants sont rois de Delphine de Vigan

C’est un truc de fou! J’arrive pas à y croire! (p. 103) Delphine de Vigan auteure de polar, c’est une surprise.

Pourtant il y avait déjà quelque chose de cet ordre dans D’après une histoire vraie. D’ailleurs Delphine adore jongler avec des moments de vérité pour nourrir des intrigues. Dans un autre de ses livres je m’étais étonnée de lire mon nom. Un hasard, m’avait-elle assuré lorsque nous en avions parlé. Cette fois, c’est mon cadre de vie qui est exposé. Le domaine du Poisson bleu (p. 52) est la résidence voisine de la mienne à Châtenay-Malabry.

Elle n’est pas la première à s’intéresser à la question de l’exploitation des enfants par des parents qui les surexposent à un âge où ils devraient plutôt jouer à la poupée qu’en être une. Florida explorait ce sujet en montrant sans complaisance les ravages sur une jeune femme qui avait été top-model dès l’enfance. Mais en situant l’action aux Etats-Unis, Olivier Bourdeaut nous permettait de mettre le phénomène à distance. Ceci, malgré des prénoms américains, on est « chez nous » et même chez moi.

Alors qu’on alerte quotidiennement les éducateurs sur la nécessaire maitrise des écrans, Mélanie est elle-même à l’origine du processus. Depuis des années, elle poste quotidiennement des vidéos mettant en scène ses deux enfants Sam 8 ans et Kim 6 ans qui sont devenus des acteurs publicitaires lui faisant gagner des millions d’euros  Est-ce alors un hasard si Kimmy, surexposée, disparaît le 10 novembre 2019 dans une partie de cache-cache qui la soustrait à la domination parentale ?

Le lecteur est perturbé, ne parvenant pas à mesurer l’ampleur du drame (n’ayant pas un polar annoncé comme tel entre les mains je n’ai pas pu croire à une issue fatale), cherchant des circonstances atténuantes à la mère (dépressive, suite à son premier accouchement et qui aurait bien eu besoin d’un soutien psychologique) et se demandant comment va évoluer la confrontation entre elle (archétype de la famille heureuse) et Clara, la policière chargée de l’enquête, précisément procédurière (ses missions sont décrites p. 53), orpheline, ayant renoncé « par sécurité » à avoir un enfant pour éviter le risque d’une perte prématurée.

L’auteure multiplie les points de vue, opposant sans cesse les choix de vie des deux femmes. « La première fois que Mélanie Claux et Clara Roussel se rencontrèrent, Mélanie s’étonna de l’autorité qui émanait d’une femme aussi petite et Clara remarqua les ongles de Mélanie, leur vernis rose à paillettes qui luisait dans l’obscurité. “ On dirait une enfant ”, pensa la première, “elle ressemble à une poupée”, songea la seconde.
Même dans les drames les plus terribles, les apparences ont leur mot à dire (p. 63). »

Ce qui fait l’intérêt de ce roman c’est de démonter l’affirmation candide de la mère certifiant que chez elle les enfants sont rois (p. 249), pour prétendre leur bonheur à faire ce qu’on leur demande alors qu’en réalité ils sont des esclaves. D’habitude cette phrase dénonce au contraire la soumission des parents aux exigences de leur progéniture. En ce sens le lecteur non averti sera surpris par la démonstration.

Delphine de Vigan s’est manifestement documentée précisément sur l’univers de l’influence, le fonctionnement et la logique économique du placement de produits, autant que sur l’addiction aux réseaux. Elle souligne aussi combien Facebook ou Instagram peuvent tout autant sauver de la dépression du fait de la restauration narcissique du média qu’entretenir la jalousie de la part de l’entourage.

On referme le livre avec angoisse. La télé-réalité filmée dans le Loft il y a vingt ans, l’affaire Grégory, le meurtre sauvage d’Alexia Daval (cité p. 135 sans la moindre note de bas de page) semblent croiser la disparition de la petite fille en la banalisant. On préférerait que ce soit de la science-fiction. Pourtant même si l’histoire se poursuit en 2031, elle n’en est pas moins effrayante car la progression des addictions numériques et la souffrance des enfants sont totalement plausibles. N’en déplaise au législateur qui pense avoir réglé le problème en encadrant le travail de ces influenceurs d’un nouveau genre.

Il suffit, pour en être convaincu, d’écouter la plainte d’un bambin de quatre ans supplier sa mère dans le métro alors qu’elle a les yeux rivés sur l’écran de son téléphone : Maman, s’il-te-plaît, parle-moi.

Les enfants sont rois de Delphine de Vigan, collection Blanche, Gallimard, en librairie depuis mars 2021

lundi 19 février 2018

Les loyautés

La couverture prend tout son sens une fois le livre refermé. Quelle claque ! J'avais énormément aimé D'après une histoire vraie, laquelle ne l'était pas tant que ça ... vraie. Mais je retrouve avec ce nouveau roman la force de la plume de No et moi, ou des Heures souterraines.

Il est bouleversant dès les premières lignes. La manière que Delphine de Vigan a de nous faire toucher le désespoir de la transparente Cécile ou la conviction d'Hélène. Elle brosse de superbes portraits de femmes car on remarquera que les hommes sont plutôt minables (William, le père d'Hélène), déchus (le père de Théo) ou fades (le collègue Frédéric). Les femmes peuvent être agaçantes, mais elles portent la vie et la défendent, sauf la prof de sport, madame Berthelot, odieuse, mais qui n'est pas un personnage principal.

Même si l'analyse d'Hélène est pour partie erronée (Théo n'est pas à proprement parler un enfant maltraité physiquement) il est malmené psychiquement et au bout du compte sa santé est réellement en danger).
Hélène, professeure de SVT, est alertée par le comportement de Théo qui lui évoque ce qu'elle a connu elle-même enfant, à savoir la maltraitance. Elle mobilise l'infirmière scolaire qui ne trouve rien de concluant. Frédéric, son collègue, craint que la jeune femme ne se mêle de ce qui ne la regarde pas. Le pré-ado ne se plaint de rien et ses résultats scolaires sont excellents au début de l'histoire. Les parents sont insaisissables.
Le lecteur saisit tout de suite la gravité de la situation. Delphine de Vigan peint une société à la dérive où la loyauté envers les adultes mène les enfants à la catastrophe. Elle écrit avec la densité d’un roman policier parce qu'on a compris que c'est un compte à rebours qui s'est déclenché. Rien ne dit qu'Hélène parviendra à éviter le pire.

Tous les éducateurs savent qu'un enfant maltraité ne se plaindra pas avec des mots. Aucune souffrance ne le poussera à remettre en cause ses parents, encore moins à les dénoncer, parce que ce serait leur faire du mal. C’est ce qu’on appelle le conflit de loyauté. Quand on a des soupçons on ruse en faisant dessiner l’enfant ou en lui demandant de raconter l’histoire d’un personnage imaginaire dans laquelle on décrypte  ... ou pas. 

Curieusement les gens dont c’est le métier, ou en tout cas qui ont le pouvoir comme infirmière, psy scolaire ... médecin, e font jamais de signalement au procureur de la république. Ils se retranchent derrière secret et neutralité. Mais ils sont très forts par contre pour culpabiliser les enseignants et leur rappeler leur devoir de signalement. Il est assez logique qu'Hélène "bidouille", quitte à franchir la ligne jaune. Parce qu'elle sait que (p. 157) que les enfants protègent leurs parents et quel pacte de silence les conduit parfois jusqu'à la mort. Elle le sait parce qu'elle a vécu une enfance terrible.

Delphine de Vigan montre que la maltraitance se propage d'autant "mieux" que personne ne communique avec personne. Aucun personnage n’a de vie de couple. Ils sont soit célibataire, soit séparés, soit en couple mais murés dans le silence pour protéger une femme malade ou une vie intérieure pas très jolie jolie. Ils ont tous l’air normaux. Est-ce que la vie de "famille" dite "normale" (au sens mathématique) serait devenue ainsi ?

Cécile le reconnait (p. 42) William pense toujours que je me fais des idées. Je ne sais pas quand nous avons cessé de parler. Il y a longtemps, c'est certain. Plus tard elle se souvient de l'atmosphère mortifère qui régnait à la maison quand elle était enfant (p. 66). L'histoire se répète souvent en matière de maltraitance.

Quand Théo retrouve sa mère après un week-end chez son père pour en dire le moins possible il faisait semblant de ne pas comprendre les questions, ou bien répondait de manière évasive. (...) Il lui semblait accueillir la souffrance de sa mère dans son propre corps (p. 53). Et quand il arrive chez son père il a la peur au ventre (p. 72) parce qu'il le sait au bord du désastre (p. 95). Cette terreur il ne peut la partager avec personne, même pas avec son meilleur ami Mathis. Par contre il l'entraine sur la voie dangereuse de l'alcoolisme.

Les chapitres alternent les points de vue exprimés par les deux femmes Hélène et Cécile qui parlent à la première personne et ceux des ados Mathis et Théo que l'auteur fait vivre à la troisième personne, ce qui instaure une distance et symbolise la difficulté à les atteindre.

L'auteure dépeint l'addiction à l'alcool avec beaucoup de finesse et là aussi de justesse. Le résultat est extrêmement prenant. Si un roman mérite l'expression d'écriture à l'os c'est bien celui-là. On n'est pas près de l'oublier.

Les loyautés, de Delphine de Vigan, chez JC Lattès. En librairie depuis le 3 janvier 2018

jeudi 1 septembre 2011

Et rester vivant de Jean-Philippe Blondel

Il y a quelques jours j'avais amorcé une comparaison entre le livre de Delphine de Vigan et celui de Jean-Philippe Blondel, tous deux écrits sur le thème du deuil, un sujet qui semble dominer la rentrée littéraire.

Je remarquais néanmoins que chacun écrit dans un style et une forme radicalement différents. La première a pris la plume presque immédiatement après le décès de sa mère alors que le second a laissé s'écouler une vingtaine d'années après la mort des siens. Elle a fouillé la réalité. Il a cherché à la fuir. Elle a mené une enquête. Il a laissé affleurer les souvenirs. Elle se tourne vers la nuit. Il scrute les levers de soleil.

L'un comme l'autre ne sont pas écrivains de métier. Ils ont commencé à écrire alors qu'ils exerçaient une profession exigeante, en termes d'horaires ou d'implication. Quand on a la discipline de démarrer sa journée à 5 heures du matin devant un clavier cela augure forcément qu'un jour ou l'autre on cèdera à l'autobiographie.

Delphine de Vigan avait déjà beaucoup livré d'elle-même dans ses précédents romans avant de nous offrir un vibrant hommage à la mémoire de sa mère. De son coté Jean-Philippe Blondel nous avait offert une joyeuse récréation en nous racontant ses heures passées dans la classe G 229 où il officie en qualité de professeur d'anglais. Il a suivi un long chemin d'écriture, publiant presque une dizaine de livres avant ce dernier pour arriver à la conclusion que, désormais, il espère en avoir fini avec les hommages.

Je vais aujourd'hui m'attarder sur son livre qui se lit d’une traite, à vitesse constante.

Ce n’est pas parce qu’on est écrivain que la vie exempte des malheurs. Loin de là. A croire que leur accumulation est même une promesse de faire carrière en littérature. Jean-Philippe Blondel a perdu soudainement sa mère et son frère sans atteindre encore le pire. Survient la mort d’un père violent (très) dont on ne sait pas trop si la mort brutale est un malheur supplémentaire ou une délivrance. A-t-il bien réalisé qu’il était un pion sans avenir dans ce jeu de massacre qui ne prévoyait qu’un seul gagnant ?

Sans doute puisqu’il ironise être ce "gagnant"-là devant le cercueil de son père (p.46). Mais la victoire est autant traumatisante que la perte. S’agit alors de s’aérer les neurones. Quand certains fuient dans les tâches ménagères ou ingurgitent de l’alcool, Jean-Philippe Blondel avale les kilomètres et se lance dans un long périple américain.

Lui qui n’a pris aucune photo, ne voulant conserver aucune autre trace que celles qui s’incrustent dans la mémoire, (p.124) réussit à nous faire revivre son voyage en maniant le stylo comme s’il regardait dans le viseur d'un appareil photographique. Après (l’enterrement) pendant des jours et des jours, c’est blanc, noir, blanc – je reste surexposé. (…) j’évolue dans un monde Noir et Blanc – de longs travellings entrecoupés de pertes de conscience. Et nous, on pense à Stranger than paradise.
Je cale ses yeux (du notaire) dans les miens. Il parait que j’ai un don pour ça, pour choper le regard et ne plus le lâcher, comme s’il s’agissait d’une paire de couilles. Il parait aussi que, dans mon regard, il y a une sauvagerie qui estomaque. Nous restons comme ça une minute, sans parler. Et puis je lâche du lest. Je lâche tout mon lest. Je dis oui. A tout.
Aidé de son copain Samuel, Jean-Philippe liquide les meubles et les objets, dont il dresse un inventaire à la Prévert sans perdre de vue le profit qu’il pourra en tirer, un jour, en les faisant revivre dans un roman (p.62). Une fois riche, il court s’acheter le disque de Lloyd Cole. Il devient lui-même une des chanson de l'album, Rich et ne vise plus qu'un objectif, suivre les traces du chanteur en s'élançant dans l'ouest américain.

On le confond avec son frère. Il voudrait nous faire croire que ce n’est pas important. Je suis soluble, explique-t-il p. 51. Justement c’est bien là le problème, à fondre il aurait risqué de s’effondrer.

C’est que Jean-Philippe Blondel a l’art des images. L’autoroute de son imagination est large et son champ de vision est panoramique. Le présent vient se refléter dans le rétroviseur, rendant le voyage plus léger. Cette manière d’entrecroiser les années provoque une sorte de mimétisme chez le lecteur qui se surprend à lui aussi revisiter une ou deux décennies.

Avoir des références communes aide sans doute aussi à l’apprécier. Ses allusions aux films de Carax et de Jarmusch, et aux chansons des Smith et de Style Council me parlent. Il évoque sa mère chantant la Californie, c’est une frontière, et j’entends monter la voix de Julien Clerc. Pas besoin de développer.

Je me suis sentie extrêmement proche de lui, même si quand il rencontrait Jean Echenoz pour de vrai dans une ambassade c’est à Françoise Sagan que je me heurtais dans une boutique de vêtements. Il décline le mot rose en verbe irrégulier, rise, rose, risen, quand j’entends Jacques Brel égrener le latin dans le vieux tango du monde :
Rosa rosa rosam
Rosae rosae rosa
Rosae rosae rosas
Rosarum rosis rosis.

Il suffit qu’il se souvienne des balades à Solex avec sa mère pour que je revive les équipées que je faisais moi aussi les pieds dans les sacoches. Qu’il explique qu’il n’a ressenti la douleur d’une entaille qu’une demi-heure après un accident pour que je revoie la moto couchée sur le flanc, à cent mètres de moi sur le goudron fondu, et puis les gouttes de sang affleurant sur ma peau brûlée en songeant ouf même pas mal. Et soudain la fulgurance de la souffrance qui n’a pas reculé avant plusieurs jours.

Je l’imagine aisément se peler de froid sur cette côte de l’Ouest américain où la neige m’a contrainte à faire demi-tour un printemps. Quelle illusion d’avoir songé couper au court par le Yosemite pour atteindre la Vallée de la Mort … Arrêtons de noter les points communs. De la même façon qu’il y a des limites à la fiction, mine de rien (p. 11) il y a aussi des limites à la comparaison.

Outre un regard sensible et poétique l’auteur exerce un humour décapant. L’épisode de la couverture de survie comme ersatz de sac de couchage est à pleurer de rire (p.104). Le rêve de Michka est une parenthèse enchantée. Et on se laisse aller à vouloir s’arrêter nous aussi au Red Rose Motel pour y surprendre une leçon de piano, assister à un lever de soleil comme à une prière silencieuse et entendre le conseil de Rose : Il n’y a pas de bien et de mal. Il n’y a que des circonstances. Va vers ce qui te cicatrice.

Je craignais le sujet plombant. L’humour intact de G229 transcende le récit. On n’écrit pas vingt ans après un drame comme on le ferait à seulement deux ans de distance. Il est plus commode de ciseler les formules quand l’émotion s’est émoussée. Et pour le lecteur aussi la tentation de laisser affleurer ses propres souvenirs est irrépressible.

Ce fan de Kerouac découvre le Grand canyon par un chemin de traverse, mais le visite tout de même. Il fait tout avec spontanéité. Il prétend p. 159 exister alors dans deux temps qui l’écartèlent (le passé et puis le présent qu’il a tout de même envie de vivre). Lui revient brusquement cette phrase de sa mère a propos du temps qu’on a devant nous et dont il sait que c’était une fausse promesse.

Jean-Philippe Blondel avait la capacité d’osciller entre maintenant et plus tard. Désormais il navigue entre maintenant et avant. Faisant resurgir alternativement la beauté d’un ciel orange et le battement d’ailes d’un colibri. Un très beau voyage en somme.

Et rester vivant de Jean-Philippe Blondel, roman publié chez Buchet-Chastel, en librairie en septembre 2011.
Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine de Vigan, roman aux éditions Jean-Claude Lattès, en librairie depuis le 17 août.

Précédent livre de Jean-Philippe Blondel, publié également chez Buchet-Chastel, G 229, 2009

jeudi 17 mars 2011

Le Salon du Livre de Paris rouvre ses portes

Je ne suis pas encore blasée d’être invitée à l’inauguration d’un Salon aussi prestigieux. En faire le compte-rendu est un exercice imprévisible : on n’a pas tous les ans la chance de saisir une photo un peu décalée ou d’entendre une confidence amusante. Difficile de prévoir où aller pour cueillir cette perle.

L’an dernier j’avançais au petit bonheur. Maintenant que je connais beaucoup d’écrivains ma motivation a changé. Ce qui me plait c’est de les revoir et de pouvoir échanger quelques mots en dehors du contexte un peu stressant (pour eux) de la sortie de leur dernier titre.

J’aime aussi mettre un visage sur les voix des attachés de presse, surtout quand on a échangé de multiples mails. J'aurais pu mitrailler les "people" avec qui j'ai discuté ou que je reconnaissais dans les allées, une coupe de champagne d'une main, un toast de l'autre, un livre coincé sous le bras. Mais ce n'est pas mon style de jouer les paparazzi.

Ce sont les éditions de l'Épure qui m'ont donné envie de sortir l'appareil photo. Ces créations de pièces montées de Frédérique Decré avec des chutes de cartons d'imprimerie ont séduit tous les visiteurs. Des gâteaux comme cela, on en croquerait volontiers. Cet éditeur accomplit par ailleurs depuis 20 ans un superbe travail éditorial dont je parlerai bientôt avec plus de détails.

La soirée n'est pas pour autant une complète partie de plaisir. Parce qu’il y a du bruit, une foule bigarrée, que la signalétique est toujours aussi étonnante, si bien qu’on se perd et qu’on finit par renoncer à chercher le stand de X ou de Y. Levez les yeux au plafond et votre regard flottera entre les panneaux. Faisons un test : quelle est la rangée que j’ai photographiée ?

Non ce n’est pas la I comme Imprimerie, mais L comme Livre. Et vu que certaines allées sont en pointillés le plan n’est pas mentalisable sans effort. On est vite dans la position d’un véhicule que son GPS fait tourner en rond, sujet que j'aborderai bientôt sur le blog. Je vous promets du vécu.

C’est ainsi que je me suis retrouvée devant le stand Michelin. Figurez-vous que Michel Houellebecq n’avait jamais contacté la marque pour demander l'autorisation de citer son nom en long, en large et en travers de la Carte et le territoire. Loin de se plaindre, Michelin apprécie une publicité aussi intense, et dopée par le Prix Goncourt.

Juste en face, le stand de l’ECPAD, ce qui m’a permis de régler en moins de temps qu’il n’en faut pour le raconter le problème que m’a causé hier la frilosité de la Maison des arts d’Antony (92). En résumé on m’avait demandé de modifier le compte-rendu d’une exposition de photos de l’ecpad pour intégrer une mention de copyright ecpad dans chacune des photos que j’avais prises, ce que j’avais refusé de faire parce que je mentionnais l’origine des clichés et que surtout « mes photos de leurs photos ne pouvaient pas être leurs photos ». Leur responsable partage mon point de vue, a lu l'article d'origine et l'a jugé immédiatement publiable en l'état, sans aucune modification. Ce sera fait sous peu.

Sans divulguer des scoops indiscrets je peux dire que les visiteurs ne verront pas Claire Castillon qui est à l'étranger, que Martin Provost fera un saut rapide mais que ce soir il ne relèvera pas le nez de ses papiers car il est en train d'écrire un nouveau roman (comme Delphine de Vigan). Je parlerai du prochain film de Martin Provost très bientôt. Il a tourné en avril 2010 « Où va la nuit » dans l'Avesnois, une très belle région que j'ai eu l'occasion de mieux connaitre lors de mon passage à Aiguilles en fête . Le film retracera les mésaventures d'une femme recluse, régulièrement battue par son mari, et qui finit par le tuer pour échapper à son emprise... C'est Yolande Moreau, césar de la meilleure actrice en 2009 pour « Séraphine » qui interprète le rôle principal et qui m'a donné l'occasion d'écrire une de mes premières critiques. Sortie annoncée en salles le 4 mai. Rendez-vous sur A bride abattue pour une chronique dans la semaine du 6 avril.



Vanessa Caffin
, dont le 3ème roman "Rossmore Avenue" vient juste de sortir (et que je suis en train de lire) s’est déjà remise elle aussi à écrire, dans un style qui renoue avec celui de Mémoire vive. L’action se situera de nouveau en France, et même à Paris. Le sujet est (encore) en lien avec un travail sur la mémoire dans une atmosphère de suspense. Vanessa adore l’univers du polar où elle plongera sans doute un jour à son tour. Ceux qui pensent que les écrivains sont égocentrés se trompent furieusement. Chacun m'a donné ce soir des conseils de lecture. Vanessa m’incite à entrer dans la caravane de Nadine Monfils qui s’amuse de la proposition. Le héros des Vacances d’un serial killer est plutôt déjanté, me prévient-elle. Fabienne Jacob est elle aussi entrée en écriture mais je n’en saurai pas davantage sur le sujet que le double indice « ni femme ni lorraine ».

Sophie Adriansen
, coauteur avec Rodolphe Macia de Je vous emmène au bout de la ligne, passe du témoignage au roman. Nous découvrirons son premier livre personnel d'ici la fin de l'année. A sa place sera publié chez Laura Mare. Une histoire de destins croisés de deux jeunes femmes que tout oppose. J'ai apprécié la nouvelle forme de communication, imaginée par Anne Cazaubon, journaliste radio et télévision, avec ses Textopolitains (Collection : Cause toujours, Casterman, 2011). Chaque livre est un carnet de tickets à découper, à distribuer ou à abandonner derrière soi sur un fauteuil dans les transports en commun. Une phrase très courte en forme de clin d’oeil, d’aphorisme, d’invitation, de question, de sourire… comme par exemple celle-ci : Notre histoire touche à sa fin ... je descends là. Ce n'est pas parce qu'on a l'habitude d'écrire des scénarios pour la télévision qu'on se sent de faire le travail sur son propre livre.

Delphine Bertholon
ne signera pas le scénario de Twist pour France 2. Je suis impatiente de voir la version filmée de ce livre qui fut un coup de cœur. Les discussions avec les auteurs sont informelles le soir de l'inauguration. Le public apprécie par contre les quelques mots qu'il échangera au moment d'une rituelle séance de dédicace. Les organisateurs en ont programmé 3800, de quoi satisfaire les 2 millions de visiteurs attendus.

Même s'il manque toujours celui dont on vient d'apprécier le livre et avec qui on aimerait échanger. Par exemple j'aurais aimé converser avec Jean Echenoz dont les Eclairs (éditions de Minuit) m'ont touchée. Ou encore avec Bruno Tessarech qui, après le magnifique témoignage des Sentinelles, s'est plié à l'exercice de la lettre avec Vincennes pour Nil-Editions.

J'ai par contre bavardé cuisine et bonheur avec Akli Tadjer, Prix de la révélation littéraire en 2000, qui traitait de l'amour paternel avec Il était une fois, peut-être pas. On parlait aussi de la rentrée prochaine (eh oui déjà …) dans les coursives. Par exemple chez Buchet-Chastel il y aura un brusque changement de registre pour Jean-Philippe Blondel. Avec G 229, il nous embarquait joyeusement dans une salle de classe. Il poursuit sur le chemin de l’autobiographie en revenant cette fois sur un passé forcément douloureux. L’auteur a perdu sa mère et son frère dans un accident de voiture dont son père fut le seul rescapé. Jean-Pierre part brutalement à San Francisco avant de rallier Morobe. (la suite en septembre …)

Également à découvrir à la rentrée, et après le Tigre blanc, le nouveau roman d'Aravind Adiga. Il replantera ses griffes dans une petite ville indienne d’aujourd’hui avec Les ombres de Kittur. Pas besoin d'attendre au-delà du mois de mai on pourra savourer la Modiste, une comédie à l’italienne très dialoguée écrite par Andrea Vitali. Cet auteur nous brossera le portrait des habitants d’un village du bord du lac de Côme dans les années 1950, véritable clochemerle italien. Parmi eux une jeune veuve mettra ses voisins en panique avec ses projets de remariage.

La communauté de lecteurs Babelio (dont je fais modestement partie) était présente pour la première fois.

Le Salon est aussi un lieu de remise de prix. J'ai choisi de relayer un des moins médiatiques, le Prix poésie des lecteurs Lire et faire lire, décerné pour la neuvième année en 2011. Ce sont les Zanimaux Zétonnants de Constantin Kaïteris (Editions Corps Puce, 2009) qui ont reçu les plus grand nombre de suffrages de la part des 245 bénévoles de l'association qui lisent auprès d’environ 4250 enfants de 42 départements français. J'ai beaucoup d'admiration pour le travail des bénévoles de Lire faire lire dans les écoles élémentaires ou maternelles. Ces passeurs d'histoires sont un peu des substituts de grands-parents qui maintiennent de précieux liens intergénérationnels et qui, au quotidien, déclinent la citation de Marcel Proust figurant en tête du dossier de presse du Salon : la lecture est une amitié.

Le Salon du livre de Paris est aussi le moment de faire le point sur l'édition et les tendances du marché. On prédisait que l'e-book signait la mort du livre. Que nenni puisque les ventes qui progressent sur Internet sont ... des ventes de livres papier. Certes la profession de libraire est en souffrance mais ce sont les plus gros qui semblent résister le moins bien. Il faut croire que les lecteurs sont attachés à la relation de proximité quand celle-ci est de qualité. Attendons quelques jours pour dresser le bilan de ce salon nouvelle mouture : moins de jours d'ouverture mais sur des plages horaires plus étendues.

Principaux ouvrages des auteurs cités dans le billet : Vanessa Caffin pour Mémoire vive et Rossmore Avenue (lecture en cours) Claire Castillon pour les Bulles Martin Provost auteur de Bifteck Delphine de Vigan avec les Heures souterraines Delphine Bertholon pour Twist et pour l'Effet larsen Jean Echenoz et Des Eclairs Bruno Tessarech avec les Sentinelles, et Vincennes (lecture en cours) Akli Tadjer, pour Il était une fois, peut-être pas Rodolphe Macia et Sophie Adriansen avec Je vous emmène au bout de la ligne Fabienne Jacob pour Corps Michel Houellebecq pour la Carte et le territoire (lecture en cours) Anne Cazaubon avec Les Textopolitains

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